1.         Pitons, cirques et remparts de l’île de la Réunion (France) (N 1317)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2010

Critères  (vii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1317/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1317/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1317/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

Le 31 janvier 2013, l’Etat partie a soumis un rapport exhaustif concernant l’état de conservation du bien. Le rapport donne des informations sur l’état d’avancement de la stratégie de lutte contre les espèces invasives, ainsi que sur la gestion des incendies intervenus depuis son inscription sur la Liste du patrimoine mondial.

a) Plan de gestion

Au moment de son inscription, le bien ne disposait pas encore de document de gestion complet en vigueur. L’établissement public du Parc national de La Réunion (PNR) a engagé en 2008 la procédure d’élaboration de sa charte, qui constitue également le plan de gestion à la fois du bien inscrit et de sa zone tampon. Le projet de charte du parc national, validé par le conseil d’administration le 21 juin 2012, traite les questions d’intégrité, de protection et de gestion pour garantir la conservation à long terme de la Valeur universelle exceptionnelle du bien. Pour les éléments du bien situés en dehors du territoire de compétence du parc, l’Etat partie prévoit de compléter ces dispositions d’ici 2014 par des conventions d’application et des contrats de partenariat, qui permettront de définir des plans de gestion spécifiques et de mobiliser les moyens nécessaires à leur mise en œuvre.

b) Espèces exotiques invasives

La Réunion s’est dotée au cours de l’année 2010 d’une stratégie de lutte contre les espèces invasives (Programme Opérationnel de Lutte contre les Invasives), qui s’appuie notamment sur des actions de prévention, de lutte active, de sensibilisation et de coopération régionale, nationale et internationale. Cette stratégie animée par la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) est mise en œuvre avec des moyens financiers importants par un comité de pilotage, et mobilise l’ensemble des acteurs compétents. La lutte contre les espèces exotiques invasives constitue également un axe transversal de la charte du parc national. Des projets démonstratifs d’installation d’aires de contrôle intensif ont permis d’observer des résultats en matière de restauration des écosystèmes dégradés par les espèces exotiques invasives. Cependant, l’éradication de certaines espèces exotiques invasives reste problématique, en particulier le Goyavier de Chine (Psidium cattleianum), qui fait l’objet d’usages locaux dans la zone tampon et dont la progression dans les limites du bien est difficile à contrôler. Le PNR donne des avis conformes sur les aménagements forestiers pour contrôler cette espèce et soutient la restructuration de la filière en périphérie. Par ailleurs, l’Office national des forêts a développé une stratégie d’intervention contre l’ajonc d’Europe et programmé des travaux de lutte. Ce dispositif nécessite des moyens adaptés et pérennes.

Enfin, suite à la recommandation du Comité du patrimoine mondial de partager les enseignements tirés des activités d'éradication et de gestion des espèces exotiques avec d'autres Etats parties intéressés, l’Etat partie a mis en place un séminaire annuel dans la région de l’Océan Indien (2011, 2012, 2014). Un projet d’accord de coopération est prévu avec le parc national d’Hawaï afin de mutualiser les expériences en matière de gestion des espèces exotiques invasives, et des échanges techniques ont lieu avec l’Ile de Rodrigues.

L’ensemble de ces actions nécessite d’être pérennisé à long terme et doté des moyens humains et financiers suffisants, en veillant à la coordination étroite entre les différentes composantes de l’Etat.

c) Gestion des incendies

En 2010 et en 2011, des incendies ont détruit plusieurs milliers d’hectares dans le bien (massifs du Maïdo et de Grande Chaloupe), impactant plusieurs espèces indigènes ou endémiques de flore et de faune, parmi les plus rares de l’Ile de La Réunion. Le principal risque concerne la recolonisation des sols post-incendies par des espèces exotiques, en particulier l’ajonc d’Europe, l’acacia et plusieurs espèces herbacées. A la suite des incendies, un plan d’action post incendies (PAPIF) a été défini et doté de moyens financiers pour sa mise en œuvre, qui mobilise l’ensemble des acteurs publics concernés. Toutes les actions de ce plan ont été engagées, en particulier le renforcement des dispositifs de défense des forêts, la lutte contre les espèces exotiques invasives et les travaux de restauration des paysages, incluant un suivi sur le long terme de la biodiversité. Cependant, la présence de bovins divagants empêche la restauration naturelle des milieux et la régénération des forêts après incendies, et favorise l’extension des espèces exotiques invasives et l’eutrophisation des milieux.

Afin d’améliorer la prévention des incendies, La Réunion envisage de renforcer le programme de création de pistes (réseau de défense de la forêt contre les incendies) dans le secteur des Bénares et de Maïdo. Or, toutes les options techniques envisagées présentent des impacts paysagers et des risques en termes de propagation d’espèces exotiques invasives. La facilitation des accès dans cette zone de végétation semi-sèche rare et vulnérable présente également un risque d’accroissement de la fréquentation.

Les incendies déclarés en 2011 ont mis en évidence le besoin de moyens aériens de lutte contre les incendies, en particulier pendant la période à risque (la saison sèche de septembre-décembre). Des moyens ont été mobilisés à la fin de l’année 2012, avec le pré-positionnement d’un avion. Cependant, aucun engagement formel n’a été pris pour pérenniser ces moyens et mettre en place des structures facilitant leur déploiement dans le territoire.

d) Autres problèmes de conservation

Les flux touristiques croissants sont susceptibles de constituer une menace pour la biodiversité et les paysages. Suite à la recommandation de l’UICN, le Conseil Régional de La Réunion avait annoncé en 2010 l'abandon définitif du projet de géothermie dans la plaine des sables, contradictoire avec l’objectif de protection et de mise en valeur du patrimoine naturel. Par ailleurs, la charte du Parc national prévoit d’interdire le développement de la géothermie dans le bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’en début mars 2013, des représentants de la région de l’Ile de La Réunion, du Ministère de l’Environnement de la France, de l’UNESCO, et de l’UICN ainsi que son comité français, avaient prévu une réunion pour discuter de l’impact potentiel de projets de géothermie sur la Valeur universelle exceptionnelle du bien. Cette réunion n’a finalement pas eu lieu.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que le projet de développement de la géothermie avait été estimé incompatible avec le statut de patrimoine mondial lors de l’inscription du bien.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que les recommandations formulées en 2010 ont été prises en compte par l’Etat Partie et que leur mise en œuvre est engagée. La mise en œuvre des actions de lutte contre les espèces exotiques invasives est bien engagée, en lien avec l’ensemble des acteurs concernés. Ces actions nécessitent d’être pérennisées et renforcées à long terme, en veillant à assurer une bonne coordination entre tous les services de l’Etat, et à fournir un appui technique et financier adéquat. En outre, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que le Comité demande à l’Etat partie de prendre les mesures nécessaires pour évacuer le bétail du bien, afin de réduire le risque de propagation des espèces exotiques invasives.

Cependant, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN attirent l’attention du Comité du patrimoine mondial sur le fait que le programme de renforcement du réseau de pistes pour la lutte contre les incendies dans le bien et certains projets de développement des énergies renouvelables, pourraient avoir des impacts négatifs sur les principaux éléments de la Valeur universelle exceptionnelle, et que des alternatives doivent être envisagées pour éviter ces impacts. Ils recommandent que le Comité demande à l’Etat partie de respecter l’engagement pris en 2010 avant l’inscription du bien d’abandonner définitivement le projet de géothermie dans la plaine des sables. Ils notent également qu’il serait souhaitable de mettre en place une stratégie globale concernant le tourisme croissant ainsi que des schémas d’interprétation. Il serait également souhaitable de réaliser des évaluations de l’impact potentiel de certains évènements sportifs majeurs sur la valeur universelle exceptionnelle du bien.

Décision adoptée: 37 COM 7B.20

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7B,

2.  Rappelant la décision 34 COM 8B.4 , adoptée à sa 34e session (Brasilia, 2010),

3.  Accueille favorablement les progrès réalisés par l’Etat partie dans la définition d’un plan de gestion et la mise en œuvre d’une stratégie pour lutter contre les espèces exotiques invasives, et demande à l’Etat partie d’assurer tous les moyens techniques et financiers pour la mise en œuvre effective à long terme de ces dispositifs, et de prendre les mesures nécessaires pour évacuer le bétail du bien ;

4.  Demande également à l’Etat partie de :

a)  renforcer les moyens pour l’éradication du goyavier de Chine (Psidium cattleianum) dans les limites du bien, en veillant à ce que cet objectif soit inscrit dans les aménagements forestiers et les programmes pluriannuels, et appuyer la restructuration de la filière de production de goyaves dans la zone tampon,

b)  élaborer une stratégie de prévention, de surveillance et d’intervention rapide contre les incendies en veillant à éviter les impacts des moyens mis en œuvre sur les valeurs du bien, particulièrement de ne pas ouvrir de nouvelles pistes et de privilégier la mise à disposition de moyens aériens de lutte contre les incendies pendant la période sèche,

c)  assurer une coordination étroite entre les différents acteurs sur les actions à mettre en œuvre pour la gestion du feu, en veillant à impliquer la population dans la surveillance des incendies ;

5.  Recommande à l’Etat partie de solliciter l’expertise de l’UICN en matière de gestion post-incendie et de contrôle des espèces exotiques invasives ;

6.  Demande en outre à l’Etat partie de développer une stratégie de gestion du tourisme pour le bien en prenant en compte les résultats de l’étude, actuellement en cours, d’évaluation de l’impact potentiel des manifestations sportives de grande ampleur sur la Valeur universelle exceptionnelle du bien ;

7.  Rappelle que le projet de développement de la géothermie est incompatible avec le statut de patrimoine mondial et demande par ailleurs à l’Etat partie de respecter l’engagement pris en 2010, lors de l’inscription du bien et d’abandonner définitivement le projet de géothermie dans la plaine des sables ;

8.  Rappelle également que les activités économiques telles que l'agriculture, la sylviculture, la production d'énergie et le tourisme doivent être gérées de manière à ne pas nuire à l’intégrité ni à la VUE du bien, que les projets de développement des activités économiques ayant un impact potentiel sur le bien doivent faire l’objet d’évaluations d’impact environnemental conformes aux normes internationales de bonne pratique et demande de plus à l’Etat partie de soumettre les rapports de ces évaluations d’impact environnemental au Centre du patrimoine mondial, conformément au Paragraphe 172 des Orientations ;

9.  Demande enfin à l’Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2015, un rapport détaillé sur l’état de conservation du bien, et sur la mise en œuvre de ce qui précède.