1.         La Grande Barrière (Australie) (N 154)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/154/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/154/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mars 2012 : mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/154/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

Le 31 janvier 2013, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Le rapport apporte des éléments de réponse à la décision 36 COM 7B.8, résume les progrès accomplis quant aux  recommandations de la mission de suivi réactif de mars 2012 et donne notification des aménagements envisagés conformément au paragraphe 172 des Orientations et comme demandé par la décision 35 COM 7B.10. Une notification actualisée des propositions d’aménagements de l’État partie a été reçue le 29 mars 2013. Un volume important d’informations, dont une évaluation d’état d’avancement par diverses ONG connues basées en Australie (WWF-Australie et l’Australian Marine Conservation Society) et un état 2013 de la mise en œuvre des recommandations de la décision 36 COM 7B.8 du Comité du patrimoine mondial pour la Grande Barrière (Australie) et de la mission de suivi réactif de mars 2012, a été communiqué au Centre du patrimoine mondial et à l’UICN. Ces rapports sont disponibles à l’adresse : http://m.wwf.org.au/index.cfm/6081/Report-to-the-UNESCO-World-Heritage-Committee). Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN prennent également note des conclusions d’un nombre d’importants rapports scientifiques et techniques produits en 2012, faisant état d’une perte significative de la couverture corallienne ces 27 dernières années, résultats de dommages causés par les tempêtes, les effets du changement climatique et l’étoile de mer à la couronne d’épines, les Acanthasters pourpresi, et en concluent qu’une réduction du nombre d’étoiles de mer tueuses est un facteur déterminant pour inverser la tendance. Le Centre du patrimoine mondial a demandé à l’État partie de commenter ces informations. À l’heure de finalisation de ce rapport, aucune réponse n’a été reçue de l’État partie.

a)  Développement côtier

L’État partie rapporte que, comme demandé par le Comité, aucun nouvel aménagement portuaire ou infrastructure portuaire connexe n’a été approuvé en dehors des principales zones portuaires existantes et établies de longue date. Toutefois, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’aucune déclaration de politique n’a été faite par le gouvernement australien visant à garantir l’interdiction de tout développement portuaire en dehors des principales zones portuaires existantes. L’État partie rapporte qu’actuellement un total de 43 projets d’aménagement sont évalués pour leurs impacts potentiels sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien.

Le 31 octobre 2012, le gouvernement du Queensland a publié un projet de Stratégie 2012-2022 pour les ports de la Grande Barrière pour une consultation publique. Le document définit la vision et les principes de l’approche du gouvernement du Queensland quant au développement et à l’aménagement des ports dans le périmètre du bien, et propose d’empêcher tout développement «important» en dehors des zones portuaires existantes jusqu’en 2022, mais ne limite pas le développement des empreintes actuelles de chaque port. Selon cette Stratégie, les développements sont possibles dans toutes les zones identifiées dans les plans d’aménagement du territoire de chaque port. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des rapports indiquant que ces dernières années, un certain nombre de limites portuaires avaient été considérablement étendues pour inclure des zones d’habitats sensibles contribuant à la VUE. Ils notent que le communiqué de presse du vice-Premier ministre du Queensland annonçant le projet de Stratégie pour les ports indiquait que de futurs aménagements seraient possibles «sur plusieurs sites tels que Balaclava Island et Port Alma dans le port de Gladstone». Ils notent également que ces deux sites sont en dehors des principales zones portuaires existantes (entre 40 et 50 km du port de Gladstone), dans le delta de la rivière Fitzroy relativement peu aménagé, et qu’il n’y a actuellement aucun aménagement sur l’Ile de Balaclava à même de justifier son classement comme zone portuaire existante.

L’État partie indique que la politique et la planification du gouvernement du Queensland «Projet de dispositions visant à réglementer la planification générale de la protection côtière» devrait continuer à assurer la protection des valeurs clés de la biodiversité côtière et à garantir une planification appropriée du développement côtier. Toutefois, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des rapports les informant que les propositions de modifications de la législation de l’aménagement du territoire a) affaibliraient notablement la protection des caractéristiques écologiques du récif, notamment la végétation (riveraine) dans les bassins hydrographiques du bien ; b) limiteraient les types d’aménagements requérant une évaluation des questions de protection côtière, s’appliquant uniquement aux projets d’aménagement situés dans l’étroit district de gestion du littoral ; et c) affaibliraient les dispositions pour le dragage et l’élimination des résidus de dragage.

Le 19 février 2013, le gouvernement australien a annoncé le cadre de référence d’une étude indépendante pour le port de Gladstone et la constitution d’un groupe d’étude scientifique. Ce groupe a entre autres pour mission d’examiner toutes les conclusions et informations ayant servi de base aux approbations actuelles de développement pour le port de Gladstone. Un rapport final des conclusions de l’étude indépendante est attendu pour le 30 juin 2013.

b)  Évaluation stratégique et plan à long terme pour le développement durable

L’État partie rapporte que l’évaluation stratégique du bien (pilotée par la Great Barrier Reef Marine Park Authority (GBRMPA) et l’évaluation stratégique de la zone côtière adjacente (pilotée par le gouvernement du Queensland) sont bien engagées et qu’un plan de développement durable sera transmis pour examen au Comité du patrimoine mondial à sa 39e session en 2015. Alors que les évaluations stratégiques portent plus spécifiquement sur l’efficacité de la planification, de la gestion et des mesures institutionnelles visant à protéger les éléments d’importance environnementale nationale, le plan de développement durable à long terme prévoit d’établir des principes explicites et des résultats à atteindre afin d’assurer la conservation future à long terme du bien.

c)  Qualité de l’eau

L’État partie note l’engagement du gouvernement australien à mettre en œuvre une seconde phase du programme Caring for our Country sur 2013-2014 à 2017-2018 et à poursuivre son investissement dans le programme Sauvetage de la Barrière (Reef Rescue), mais aucun détail sur le montant de l’investissement n’est donné. Il est à noter que le gouvernement du Queensland a confirmé son engagement aux objectifs et cibles du plan pour la Barrière et maintenir l’allocation budgétaire annuelle existante de 35 millions AUD pour les initiatives en rapport avec la qualité de l’eau, en plus des 2 millions AUD alloués à l’amélioration de la formation des exploitants sur les pratiques de gestion améliorée des terres.

L’État partie indique qu’il continuera à rendre compte des progrès réalisés quant aux cibles et objectifs du plan pour la Barrière au moyen de bulletins annuels. Toutefois, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’à l’heure de rédaction de ce rapport, un seul de ces bulletins a été publié (en août 2011, décrivant l’état de référence de 2009). La publication d’un second bulletin (faisant état de résultats à mi-2010) était prévue début 2012 mais n’a pas été émise.

d)  Protection et gestion générales du bien

L’État partie note que la gestion du bien est complexe et requiert un examen de l’utilisation humaine raisonnable conforme à la nécessité de préserver la VUE du bien. L’État partie note également que des progrès sont faits pour formuler et, le cas échéant, cartographier la VUE du bien et indique que ce travail contribuera à l’évaluation stratégique. Les améliorations requises dans les dispositions relatives à la gestion actuelle seront spécifiées dans les rapports de l’évaluation stratégique. Il est également signalé qu’un travail est également entrepris pour identifier et évaluer plus clairement les aspects esthétiques, géologiques/géomorphologiques et autochtones qui contribuent à la VUE du bien. Des travaux sont également en cours pour diviser la déclaration de VUE en « éléments » plus petits qui permettront une évaluation détaillée des conditions et tendances pour tous les aspects de la VUE du bien, à comparer à son état de 1981. Les résultats de ce travail devraient être intégrés dans le rapport 2014 sur les perspectives de la Grande Barrière.

L’État partie note également la création d’une nouvelle réserve marine du Commonwealth pour la mer de corail, couvrant une superficie de 989 842 kilomètres carrés attenante au bien, susceptible de notablement améliorer l’intégrité, la protection et gestion du bien, sous réserve d’une mise en œuvre efficace.

e)  Autres problèmes - progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi réactif et changement climatique

L’État partie rend compte sur l’état d’application des recommandations formulées dans le rapport de mission. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que si des progrès ont été accomplis vis-à-vis de certaines recommandations de la mission, l’avancement global reste limité. Ils jugent essentiel que des progrès soient accomplis sur l’ensemble des recommandations, pour soutenir le développement durable à long terme du récif, sans préjuger de la mise en œuvre des résultats de l’évaluation stratégique.

En décembre 2012, une nouvelle stratégie et plan d’action d’adaptation au changement climatique pour la Grande Barrière a été proposée. Cette stratégie définit une politique visant à encourager l’adaptation des industries et communautés au changement climatique et envisage une amélioration des perspectives générales du bien. Des initiatives ont également été entreprises pour partager les mesures innovantes d’adaptation au changement climatique avec d’autres pays où les récifs coralliens souffrent des effets du changement climatique.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent au Comité d’accueillir favorablement les progrès accomplis par l’État partie dans l’évaluation stratégique et de la création d’une étude indépendante des dispositions relatives à la gestion du port de Gladstone. Ils considèrent que le processus de consultation de l’évaluation stratégique pilotée par la GBRMPA semble solide mais que celle entreprise par le gouvernement du Queensland n’affiche, à ce jour, qu’une implication limitée des parties prenantes. Étant donné la responsabilité législative et politique substantielle du gouvernement du Queensland dans les futurs développements susceptibles d’affecter la VUE du bien, il est essentiel que l’évaluation stratégique afférente bénéficie d’un engagement et d’une consultation solides des parties prenantes. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que le Comité réitère sa demande de voir l’évaluation pleinement traiter les impacts directs, indirects et cumulés des développements envisagés au sein et dans les environs du bien et aboutir à des mesures concrètes pour garantir la conservation générale de la VUE du bien. Ils notent que le délai pour l’étude des dispositions relatives à la gestion du port de Gladstone est très bref (4 mois) eu égard à l’étendue des préoccupations environnementales et socio-économiques et au besoin pressant d’établir des recommandations détaillées en matière de développement portuaire et activités annexes, notamment activités de marine marchande. Ils recommandent également que le Comité demande à l’État partie de garantir que cette étude se traduise en une optimisation des développements et activités portuaires dans le port de Gladstone et sur Curtis Island, ainsi que des autres aménagements portuaires existants, conformément aux normes internationales de bonnes pratiques.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que certaines des actions entreprises par l’État partie semblent incohérentes avec les demandes du Comité du patrimoine mondial. Si l’État partie n’a pas approuvé de développements portuaires en dehors des principales zones portuaires existantes, il n’y a toutefois aucun engagement clair en faveur d’une limitation desdits développements aux zones portuaires existantes. Ce qui est corroboré par le fait que restent possibles, en vertu de la Stratégie pour les ports de la Grande Barrièredu gouvernement du Queensland, des aménagements en dehors des principales zones portuaires existantes (par exemple, Balaclava Island et Port Alma), des projets de modifications de la législation en matière d’aménagement du territoire par le gouvernement du Queensland, et un soutien continu au développement d’installations autres que portuaires et infrastructures afférentes en l’absence de l’achèvement de l’évaluation stratégique.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont d’avis que, outre les préoccupations susmentionnées relatives au développement côtier, une autre inquiétude majeure concerne le manque de clarté sur la poursuite ou non de la réduction de la tendance négative de la qualité de l’eau et le maintien ou non des signes positifs de rétablissement, dans la mesure où les bulletins annuels sur la qualité de l’eau n’ont pas été publiés comme prévu. Ils recommandent que le Comité prie l’État partie de confirmer l’engagement financier explicite du gouvernement australien à maintenir le programme de sauvetage de la Barrière, de façon prioritaire.

Dans sa précédente décision, le Comité avait décidé d’envisager l’inscription possible du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril en l’absence de progrès significatifs. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont d’avis que l’État partie a fait des progrès sur certains problèmes et mesures clés mais que les progrès accomplis sur plusieurs recommandations, notamment celles afférentes à la qualité de l’eau et aux mesures visant à prévenir le développement côtier susceptible d’avoir un impact négatif sur la VUE du bien et/ou d’amoindrir les résultats de la prochaine évaluation stratégique, restent limités. Des mesures décisives et urgentes sont requises pour régler ces problèmes. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que le Comité réitère sa demande à l’État partie d’entreprendre les actions suivantes afin de préserver la VUE du bien : a) prendre un engagement financier explicite pour maintenir le programme de sauvetage de la Barrière et veiller à ce que la qualité de l’eau continue de s’améliorer, b) cesser d’approuver les projets d’aménagement côtier susceptibles d’avoir un impact individuel ou cumulé sur la VUE du bien et de compromettre l’évaluation stratégique en cours, et c) veiller à ce que la législation protégeant le bien reste forte et adéquate pour préserver et améliorer sa VUE. Ils recommandent également au Comité d’envisager l’inscription de La Grande Barrière sur la Liste du patrimoine mondial en péril à sa 38e session en 2014 en l’absence d’un engagement ferme et démontrable sur ces questions prioritaires par l’État partie.

Décision adoptée: 37 COM 7B.10

Décision :      37 COM 7B.10 

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7B,

2. Rappelant la décision 36 COM 7B.8, adoptée à sa 36e session (Saint-Pétersbourg, 2012),

3. Accueille avec satisfaction les progrès accomplis par l’État partie à l’égard de l’évaluation stratégique et réitère sa demande à l’État partie de veiller à ce que l’évaluation et le plan à long terme en résultant pour le développement durable du bien soient menés à bien par rapport à des critères définis de réussite, traitent les impacts directs, indirects et cumulés sur le récif et aboutissent à des mesures concrètes pour garantir la conservation de la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien ;

4. Accueille également favorablement la mise en place d’une étude indépendante sur les dispositions relatives à la gestion du port de Gladstone, et demande que ces efforts se traduisent en une optimisation du développement et de l’exploitation du port de Gladstone et de Curtis Island, ainsi que des autres développements portuaires existants, conformément aux normes internationales de bonnes pratiques les plus élevées, en adéquation avec le statut emblématique de bien du patrimoine mondial ;

5. Accueille également favorablement l’engagement renouvelé du Plan de protection de la qualité de l’eau du récif et les mesures de sauvetage du récif ainsi que les résultats positifs indiqués dans le deuxième bulletin annuel du plan du récif ;

6. Note avec inquiétude les progrès limités accomplis par l’État partie dans la mise en œuvre des demandes clés formulées par le Comité (décision 36 COM 7B.8) et les recommandations de la mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN de mars 2012 ainsi que le développement côtier constant sur le récif et prie l’État partie d’intensifier ses efforts afin de pleinement mettre en œuvre les demandes du Comité et les recommandations de la mission qui n’ont pas encore, ou seulement partiellement, été mises en œuvre, y compris en s’engageant à ;

a) rigoureusement garantir qu’aucun développement susceptible d’avoir un impact individuel ou cumulé sur la VUE du bien ou de compromettre l’évaluation stratégique et le plan à long terme en résultant pour le développement durable du bien n’est permis,

b) garantir qu’aucun développement portuaire ni infrastructure portuaire afférente ne sont autorisés à l’extérieur des principales zones portuaires existantes et établies de longue date au sein ou dans les environs du bien,

c) garantir que la législation protégeant le bien reste forte et adéquate pour préserver et améliorer sa VUE ;

7. Considère que les problèmes susmentionnés représentent un danger potentiel pour la VUE du bien conformément au paragraphe 180 des Orientations ;

8. Demande également à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2014, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien, notamment sur la mise en œuvre des actions précédemment définies ainsi que sur les autres points soulevés dans le rapport de mission 2012, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014, afin de considérer, en l’absence de progrès substantiels, l’inscription éventuelle du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.