Etant donné la signification nationale et mondiale des monuments d'Angkor et des caractéristiques archéologiques qui leur sont associées en tant que représentations de la grande civilisation khmère, le Conseil national suprême du Cambodge a ratifié en novembre 1991 la Convention de 1972 sur le patrimoine culturel.
Le Comité du patrimoine mondial, à sa seizième session à Santa Fé, a décidé le 14 décembre 1992 d'inscrire Angkor sur la Liste du patrimoine mondial et sur la Liste du patrimoine mondial en danger.
Cependant, le Comité a posé un certain nombre de conditions auxquelles il a demandé aux autorités cambodgiennes de souscrire, notamment :
(i) promulguer une législation de protection adéquate ;
(ii) établir un organisme national pour la protection ;
(iii) établir des limites permanentes ;
(iv) établir des zones-tampons significatives, toutes deux basées sur le Projet ZEMP (Plan de gestion des zones et de l'environnement) ;
(v) établir un suivi et une coordination de l'effort international de conservation.
Avec l'assistance juridique de l'UNESCO, un projet de nouvelle législation d'ensemble a été rédigé. Celui-ci a été longuement discuté par le Conseil national suprême du Cambodge (SNC) au cours de sa réunion de janvier 1993, avant qu'il ne l'adopte, le 10 février 1993, en tant que "Décision sur la protection du patrimoine culturel national". On s'attend à ce que cette Décision du SNC soit promulguée sous forme de loi par l'organe législatif qui doit être établi par le nouveau gouvernement.
En réponse à la condition (ii), et en collaboration avec l'administration civile de l'UNTAC, une agence supra-ministérielle, le "Service de protection du patrimoine national du Cambodge" (NHPAC), a été solennellement adoptée par décision du SNC, le 10 février 1993.
Pour se conformer aux conditions (iii) et (iv), l'UNESCO a créé un "Plan de gestion des zones et de l'environnement" (ZEMP) pour la zone d'Angkor, avec des fonds provenant du PNUD et de Suède et avec l'assistance technique du Service des parcs nationaux des Etats-Unis d'Amérique, de la Fondation Angkor de Hongrie, du Département des Beaux-arts de Thaïlande, de l'Ecole française d'Extrême-Orient et de l'Union mondiale pour la nature.
Quelque 25 experts de diverses disciplines scientifiques venus de 11 pays, en association avec des techniciens cambodgiens, ont participé à ce projet en effectuant des études poussées des conditions environnementales et socio-économiques de l'endroit, ainsi qu'une collecte de données archéologiques dans une zone d'étude de 5.000 km2 entourant le noyau central des monuments d'Angkor. Les données spatiales ont été rassemblées et informatisées selon un Système d'information géographique (GIS), puis installées au Bureau de la Conservation à Siem Reap, où elles pourront être consultées par tous ceux qui participent aux efforts de conservation et de restauration ; il est prévu de garder ces données à jour en permanence en se fondant sur les résultats des futures missions sur le terrain. L'analyse des données a permis de définir une "Zone culturelle d'Angkor". A l'intérieur de cette zone, on a délimité deux grandes zones protégées. L'une, provisoirement intitulée "Parc archéologique d'Angkor", est concentrée sur le centre de l'ensemble monumental ; l'autre, le "Parc Phnom Kulen", comprend le Mont Kulen, très important sur le plan de l'environnement, ainsi que plus de 100 monuments importants datant du tout début de l'Empire khmer. De plus, à l'intérieur de la zone culturelle d'Angkor, de petits parcs-satellites ont été délimités autour de l'ensemble monumental de Banteay Srei et de Phnom Krom.
On a également délimité plus de 500 "Zones spéciales d'intérêt archéologique" (SAAC) situées à l'extérieur des limites des parcs et dont beaucoup ont été découvertes grâce au projet ZEMP, ainsi que des "Zones écologiquement sensibles", qui sont des territoires exigeant une protection spéciale permettant d'assurer une utilisation convenable des ressources naturelles.
L'équipe du projet ZEMP recommande donc la création d'une Agence pour les Parcs d'Angkor qui serait un organisme gouvernemental puissant et multi-disciplinaire consacré à la protection et à la gestion du Parc d'Angkor, site du patrimoine mondial, ainsi que d'autres parcs nationaux dans la région. L'équipe du ZEMP a également fait des recommandations en vue de l'établissement d'autres services gouvernementaux, comme un bureau de développement régional consacré à la coordination des
Activités sociales et physico-infrastructurelles du développement.
Le projet de Plan contenant les propositions de zones, les orientations et les options de structures pour l'organisation et la gestion du site, a été soumis au nouveau gouvernement cambodgien pour examen et adoption éventuelle.
Sur le plan général, le Directeur général de l'UNESCO a créé une Unité spéciale pour la sauvegarde d'Angkor au sein du Secteur de la Culture et renforcé le Bureau de l'UNESCO au Cambodge, à Phnom Penh et son annexe à Siem Reap.
Sur le plan local, une réunion du Comité de direction des responsables sur le terrain se tient chaque mois sur le site, co-présidée par l'UNESCO et le Directeur cambodgien du Bureau de la Conservation d'Angkor. En avril 1993, l'UNESCO a convoqué à Siem Reap une réunion consultative d'experts internationaux concernés par la sauvegarde et le développement de la région d'Angkor. On espère pouvoir renouveler chaque année ce type de réunion.
Afin d'assurer une coopération plus étroite entre les organisations impliquées dans le travail sur le terrain à Angkor et les autorités nationales, l'annexe du Bureau de l'UNESCO à Siem Reap, situé dans les locaux du Bureau de la Conservation d'Angkor, a été renforcé par du personnel national supplémentaire auquel il est prévu d'adjoindre prochainement des experts techniques internationaux.
La clef du bon fonctionnement de cette coordination réside dans la formation en gestion des administrateurs cambodgiens du site d'Angkor. Pour cela, un important projet, financé par le gouvernement japonais, vise à améliorer le niveau de l'enseignement à la Faculté d'archéologie de l'Université des beaux-arts de Phnom-Penh. Une extension du projet ZEMP est également centrée sur la formation des gestionnaires de sites pour l'administration des parcs d'Angkor.
La Conférence intergouvernementale sur la sauvegarde et le développement du site historique d'Angkor, organisée à l'initiative des gouvernements français et japonais, s'est tenue à Tokyo les 12 et 13 octobre 1993 ; elle a réuni des représentants de 29 gouvernements, 7 organisations internationales, des institutions financières et quelques organisations non gouvernementales. L'UNESCO a été étroitement associée à la préparation de cette conférence et en a assuré le secrétariat.
La conférence a insisté sur les liens inséparables entre la préservation des valeurs culturelles d'Angkor, la conservation de ses ressources naturelles et le développement économique de la région et elle a adopté la "Déclaration de Tokyo" qui a décidé de la création d'un comité intergouvernemental qui sera établi à Phnom-Penh et permettra de coordonner, au niveau des ambassades, de manière bilatérale et multilatérale, toutes les activités menées à Angkor, que ce soit dans le domaine de la préservation du patrimoine culturel ou du développement socio-économique. L'UNESCO assurera le secrétariat de ce comité qui sera présidé par la France et le Japon et devrait avoir, selon tout espoir, Sa Majesté le roi Norodom Sihanouk du Cambodge comme Président honoraire.
La conférence a abouti à des engagements en faveur d'un programme international pour la sauvegarde et le développement d'Angkor et des garanties financières pour un montant d'environ 15 millions de dollars EU qui seront déboursés au cours des deux ans à venir.