Un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie le 2 février 2012. Ce rapport reprend toutes les précédentes décisions du Comité depuis 2005. Des copies de la loi sur les zones protégées (2010), du projet de décret relatif au parc du patrimoine naturel du lac Tegano (2009), du plan de gestion du site du patrimoine mondial de Rennell Est (2007), de la constitution de l’association du site du patrimoine mondial du lac Tegano (2009) ainsi que de l’évaluation environnementale et du rapport d’audit des opérations d’exploitation forestière sur les terres coutumières de Tehakamagoku dans l’ouest de Rennell (2012) sont jointes au rapport.
a) Exploitation forestière
Le rapport de l’État partie note qu’une licence d’exploitation forestière a été accordée à l’entreprise forestière Amos Company (SI) Limited, par le Haut Responsable des forêts en juillet 2008, pour la concession de Tehakamagoku de 6 900 hectares dans l’ouest de Rennell. Des infrastructures telles que routes, bassin, quai et campement ont été construites et les opérations d’abattage ont commencé. Cette licence n’a pas fait l’objet de l’évaluation d’impact environnemental requise, ce qui a conduit le ministère de l’Environnement a déclaré l’arrêt de l’exploitation, ignoré par l’entreprise forestière et non appliqué. En janvier 2012, une évaluation des opérations d’abattage a été réalisée en vertu des procédures d’audit et de suivi environnementaux de la loi sur l’Environnement de 1998, dont le rapport est joint au rapport de l’État partie. Cette évaluation reconnaît que la destruction de l’habitat de la flore et de la faune est une conséquence environnementale majeure de l’exploitation forestière. Il n’a pas été considéré que le bien du patrimoine mondial fût directement affecté par les opérations d’abattage car situé loin (12 km environ) de la concession mais il a été accepté qu’indirectement le bien souffre de la perte de la biodiversité de l’île et des impacts visuels pour les visiteurs. Quoi qu’il en soit, l’évaluation a recommandé qu’une autorisation d’aménagement soit consentie en vertu de la loi.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont soucieux de l’impact probable des opérations d’abattage sur l’intégrité et la valeur universelle exceptionnelle du bien. Ils notent que le plan de gestion du bien reconnaît que les communautés de Rennell Est essaient d’attirer l’exploitation forestière dans des zones extérieures au bien, et inclut des politiques prévenant l’extraction de bois à grande échelle au sein du bien. Des rapports reçus par le Centre du patrimoine mondial et l’UICN indiquent que pour le moins six cargaisons ont extrait près de 60 000 mètres cubes de bois de la concession de Tehakamagoku, et qu’une autre licence a été concédée en 2008 pour exploiter les forêts de Magaone & Aga’eha dans l’ouest de Rennell. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont également reçu une copie d’une demande de droits de coupe sur la forêt d’Agapogabu au sein du bien, et un avis du Secrétaire de province précisant qu’une audition sur ces droits de coupe était prévue en avril 2012. Le 29 février 2012, le bureau océanien de l’UICN a écrit au Secrétaire permanent du ministère de l’Environnement pour demander des informations sur la demande, proposant son assistance, notant que la proposition de création de plantations d’huile de palme dans les zones abattues affecterait directement les valeurs pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial et compromettrait l’intégrité du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN aimeraient également souligner que la construction de quais, la création d’échafaudage d’abattage et de zones de chargement et l’activité accrue des navires de transport pourraient toutes menacer la valeur universelle exceptionnelle de l’important élément constitutif marin du bien. L’UICN précise que le directeur régional de son bureau océanien a rencontré les principaux dirigeants des îles Salomon en avril 2012 pour parler de ces problèmes. Le 21 mars 2012, le directeur du Centre du patrimoine mondial a adressé une lettre à l’État partie demandant que des précisions soient apportées aux rapports sur les projets d’exploitation forestière au sein du bien, conformément au Paragraphe 172 des Orientations. Aucune réponse n’a été reçue à ce jour.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont également reçu des rapports sur la conduite d’activités de sensibilisation auprès des villageois, réalisées par une ONG nationale et des représentants du ministère de l’Environnement et du gouvernement provincial, prévenant des menaces de l’abattage, présentant le Code de pratique de l’exploitation forestière, soulignant les désavantages financiers de cette exploitation (par exemple, les propriétaires fonciers ne perçoivent que 5% des revenus à l’exportation de l’abattage) et les impacts sociaux perturbateurs pour la communauté. Le rapport de la délégation note que la majorité des habitants est opposée à l’exploitation forestière, préfère le développement d’initiatives qui mettent en place des moyens de subsistance durables, comme l’écotourisme, soutient le patrimoine mondial et est préoccupée par un possible retrait du bien de la Liste. Le rapport note par ailleurs que le gouvernement provincial souhaite interdire l’abattage au nom du patrimoine mondial et de ses effets délétères sur la vie des habitants, et qu’il mettra tout en œuvre pour que le bien soit convenablement reconnu dans le décret provincial en cours de rédaction.
b) Espèces invasives associées à l’abattage illégal
L’UICN a reçu des rapports sur l’introduction, sur l’île, de rats et d’une espèce invasive d’escargot africain avec le démarrage des opérations d’abattage. Cela pourrait avoir des conséquences extrêmement sérieuses pour le biote du bien. Le rapport d’évaluation de l’UICN lors de l’inscription du bien soulignait l’absence de Rennell de prédateurs invasifs tels que rats et escargots terrestres exogènes, qui ont décimé la faune de nombreuses autres îles océaniques du Pacifique. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent qu’au moment de l’inscription du bien, la question s’est posée de limiter le bien à une partie seulement de l’île où la couverture forestière est insuffisante pour garantir la survie à long terme de la population d’oiseaux endémique, en particulier. Toute perturbation de l’écosystème forestier en raison de l’abattage dans l’ouest de Rennell pourrait, par conséquent, sévèrement affecté la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien. Ils considèrent que la situation devrait être rapidement évaluée et un contrôle approprié ou des mesures d’éradication mis en œuvre.
c) Législation, planification de la gestion et administration du bien
L’État partie note que la loi nationale de 2010 sur les zones protégées, qui s’applique uniquement à la conservation de la diversité biologique, inclut la publication au Journal Officiel et la gestion en zone protégée des zones qui méritent une protection en vertu de la Convention du patrimoine mondial. La législation nationale pour la protection de la culture, incluant les sites de patrimoine et les paysages culturels, est au stade de projet, et le décret relatif au parc du patrimoine naturel du lac de Tegano de la province de Rennell-Bellona sera avancé en 2012 avec l’assistance du gouvernement australien et du WWF. L’État partie rapporte qu’un plan de gestion pour le bien a été produit en janvier 2007 avec le soutien du Fonds du patrimoine mondial. Le rapport note également que la Commission nationale des îles Salomon pour l’UNESCO a mis en place une sous-commission du patrimoine mondial en 2011 avec points focaux dans les principales agences gouvernementales. Une association représentative du site du patrimoine mondial de Rennell Est a été créée en 2008, et remplacée en 2009 par l’Association du site du patrimoine mondial du lac Tegano bénéficiant du soutien financier du gouvernement australien. Ce soutien se poursuit sous la forme d’un partenariat avec l’ONG Live and Learn Environmental Education dans l’optique de renforcer la gouvernance du bien et d’améliorer les moyens de subsistance des propriétaires coutumiers.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent favorablement ces développements. Toutefois, ils notent la nécessité de renforcer les dispositions du plan de gestion pour faire face aux menaces posées par l’abattage et l’exploitation excessive du crabe de cocotier et des ressources marines, en particulier, et accueille favorablement l’intention de l’État partie de préparer une demande d’assistance internationale en vertu du Fonds du patrimoine mondial en 2012.
d) Exploitation excessive du crabe de cocotier et des ressources marines
Le plan de gestion note que le crabe de cocotier est ramassé à des fins de subsistance et qu’il est une importante source de revenus, et que le potentiel d’une extinction localisée de l’espèce ne cesse de croître. Le plan note également que l’exploitation excessive des langoustes, troques, bêche-de-mer et palourdes est la menace la plus sérieuse qui pèse sur les ressources marines pour l’instant. Des déclins localisés des stocks de troques et bêche-de-mer sont constatés.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’une évaluation immédiate du crabe de cocotier et des ressources marines commercialement exploitées devrait être réalisée pour déterminer les impacts des pratiques de ramassage actuelles et établir des mesures de conservation appropriées.