1.         Parc national historique – Citadelle, Sans Souci, Ramiers (Haïti) (C 180)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1982

Critères  (iv)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/180/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1982-2010)
Montant total approuvé : 246 110 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/180/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

74.780 dollars EU : mission technique de juillet 2010, mission technique Centre du Patrimoine mondial de janvier 2012 ; mission technique pluridisciplinaire de mars 2012, financées principalement par les Fonds-en-dépôt espagnols pour le patrimoine mondial.

Missions de suivi antérieures

Septembre 2006 : visite technique du Bureau de l’UNESCO de la Havane; juillet 2010 : mission technique d'experts; mars 2011 : mission de préparation-Conférence des donateurs, CLT ; janvier 2012 : mission technique Centre du patrimoine mondial; mars 2012 : mission technique multidisciplinaire. 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) absence de plan de gestion;

b) absence de plan de conservation;

c) dégâts causés par l’eau;

d) vandalisme;

e) activités sismiques;

f) projets infrastructurels

g) absence de plan de prévention des risques.

h) potentiel développement touristique non contrôlé

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/180/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

L’État Partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du site le 15 février 2012 avec le projet de Déclaration rétrospective de Valeur Universelle Exceptionnelle élaboré par l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN). Ce rapport apporte une vision globale de la situation actuelle dans le site et fait état des mesures prises suite aux décisions du Comité.

Une mission technique du Centre du patrimoine mondial s’est déroulée du 9 au 15 janvier 2012 et une mission technique multidisciplinaire s’est rendue sur le site du 6 au 22 mars 2012.

a) Route nationale RN003

En ce qui concerne la finalisation de la route nationale RN003 financée avec des fonds en provenance de la Commission européenne, l’État partie mentionne succinctement que le deuxième tronçon de la route reliant Hinche à Saint Raphaël a été approuvé par les autorités nationales en janvier 2012 et que le troisième tronçon arrivant au Cap haïtien, et qui comporterait une bifurcation évitant le Parc national, fera prochainement l’objet d’un appel d’offres par le Ministère des travaux publics. Il faut néanmoins signaler qu’aucune étude n’a pas encore été transmise au Centre du patrimoine mondial sur la proposition d’une route alternative, comme il a été demandé par le Comité lors de ses dernières réunions par Décisions 34 COM 7B.110 et 35 COM 7B.125.

Quant au projet d’amélioration de la route existante dans les limites du Parc entre Milot and Dondon, les autorités locales ont informé la mission que le financement pour ces travaux n’était pas encore assuré. De même, les autorités nationales haïtiennes n’ont pas encore soumis de projet technique d’amélioration de la route qui se trouve dans les limites du Parc.

b) Les interventions architecturales dans les limites du Parc national

Il a été signalé par ailleurs que les travaux de construction de la clôture historique en fer forgé et une barrière limitant l’accès au site du côté de l’entrée nord du Palais de Sans Souci ont été finalisés le premier trimestre 2011. Le rapport fait également état de la finalisation en août 2011 d’une étude sur les travaux d’étanchéité des sols et d’étayage des murs du Palais Sans-souci. De même, il a été reporté que quelques travaux de réhabilitation à la Citadelle Henri ont été finalisés en novembre 2011 grâce à une contribution en provenance des États- Unis (restauration des guérites, escaliers, murs, etc.).

c) Cadastre et types de propriété des terrains

En ce qui concerne l’Inventaire rétrospectif du bien, les travaux de recensement des types de propriété dans les limites du site ainsi que dans les environs sont en cours, mais l’étude cadastrale a connu certaines difficultés dues principalement à l’opposition des habitants de la zone. La Mairie de Dondon avec l’Institut de sauvegarde du patrimoine national d’Haïti (ISPAN) ont conduit une étude d’aménagement communal devant aboutir à un règlementde construction à l’intérieur du Parc comprenant les zones vertes à caractère forestier et/ou agricoles autour des frontières de celui-ci.

d) Mission technique du Centre du patrimoine mondial

Avec le financement de l’Agence espagnole pour de coopération internationale pour le développement (AECID), le Centre du patrimoine mondial a entrepris une mission en Haïti du 9 au 12 janvier 2012 dans le cadre de la préparation du plan de conservation. Les objectifs de la mission étaient d’évaluer la situation actuelle dans le domaine de la culture, en particulier au nord d’Haïti, deux ans après le tremblement de terre et d’identifier les partenaires potentiels pour la mise en œuvre du plan de conservation intégral du site, afin de commencer l’utilisation des fonds extrabudgétaires obtenus lors de la Conférence des donateurs pour la culture en Haïti qui s’est tenue à Paris le 19 avril 2011. Cette mission avait également comme objectifs préparer la mission technique prévue pour le mois de mars 2012 et de discuter avec les autorités nationales et les partenaires locaux et internationaux sur l’évolution des activités de conservation entreprises depuis 2011.

Pour ce qui est des projets de développement touristique, les conclusions de la mission font état d’une série d’initiatives visant l’accroissement d’un nombre extrêmement significatif de visiteurs au Parc national dans le cadre d’une offre multi-destinations. La mission a réitéré aux partenaires de ce projet, principalement la Banque Interaméricaine de Développent (BID), la Royal Caribbean Cruise Lines et le Ministère du tourisme, des décisions récentes adoptées par le Comité du patrimoine mondial, demandant à l’État partie de prendre toutes les mesures nécessaires au niveau interministériel pour s’assurer qu’aucune exécution, travaux ou installations destinés à la visite touristique ne soient développés avant leur prise en compte dans le plan de conservation. Le Centre du Patrimoine mondial a saisi l’opportunité pour réaffirmer sa disposition d’apporter son appui technique pour le développement d’une approche touristique participatif qui tient compte dans un futur projet les besoins de la population locale pour l’amélioration de leur qualité de vie. Il ressort également de la mission de janvier 2012 que l’infrastructure du site et de sa zone tampon reste défaillante en termes d’accès et de facilités pour les visiteurs, ce qui constitue un obstacle pour recevoir une majeure fréquentation touristique. De plus, il a été constaté que les garanties de sécurité ne sont pas tout à fait optimales pour faire face à cette offre touristique. Prenant en considération les impacts socio-économiques pour les communautés habitant dans les alentours du Parc, la mission a souligné la nécessité d’entamer un processus participatif avec celles-ci afin de les impliquer activement dans les mesures de conservation et dans la gestion et préservation dans le long-terme du site. Elle a également insisté sur l’implication d’autres ministères concernés (travaux publics, éducation, affaires sociales, environnement, et CIAT, Conseil intersectoriel pour l’aménagement du territoire, entre autres).

Pour ce qui est des travaux de rénovation de la Route nationale RN003, la mission a rappelé les décisions du Comité à cet égard et réitéré sa demande de soumission des rapports techniques détaillés concernant (i) le projet de déviation de la route afin d’éviter le Parc national, (ii) l’amélioration de la route à l’intérieur du Parc entre Milot et Dondon et (iii) le projet de route entre l’Acul du Nord et Millot qui amènerait des touristes depuis les bateaux à Labadee. Le Centre du patrimoine mondial a, à cet effet, envoyé le 27 janvier 2012 une lettre à la Secrétaire d’État au Patrimoine du Ministère de la Culture et de la Communication afin de demander information officielle sur les travaux de construction. À ce jour, le Centre n’a pas encore reçu l’information demandée. Enfin pour ce qui est des travaux de démarcation du Parc national, la mission a considéré qu’il serait contreproductif d’entamer dès à présent un bornage physique du Parc tant que les études de cadastre actuellement en cours ne soient pas finalisées et qu’une stratégie participative pour la conservation et la gestion du Parc ne soit pas mise en place.

e) Mission technique multidisciplinaire

Du 6 au 22 mars 2012, une mission technique composée d’une équipe multidisciplinaire de 5 experts internationaux a été effectué sur le site. Cette mission a travaillé en étroite coopération avec l’ISPAN et la Secrétaire d’État pour le patrimoine, afin d’effectuer une analyse approfondie de la situation structurelle du bien et d’identifier les composants les plus endommagés. La mission a également identifié les mesures de conservation nécessaires afin d’assurer la préservation du site sur le long-terme, tout en indiquant les mesures prioritaires qui doivent être prises en compte dans le plan de conservation, le calendrier d’interventions, les mesures d’urgence à prendre afin de sécuriser les visites, ainsi que le budget requis.

Les recommandations émanant de la mission soulignent principalement la nécessité d’effectuer des interventions dans le Parc national afin de répondre à des problèmes urgents liés à (i) la stabilité structurelle, (ii) la sécurité des visiteurs, et (iii) les dégâts des eaux, tout en ayant à l’esprit une approche individuel et prenant en considération les particularités de chacune de composantes du site. En ce qui concerne Sans-souci, la mission a recommandé une méthode à deux niveaux pour assurer à la fois la stabilisation structurelle du site et la mise en place d’une étude sismique. La mission a également identifié des problèmes importants pour la Citadelle, tenant principalement à la détérioration de la structure ainsi qu’aux répercussions de sécurité pour les visiteurs du site en la Batterie de la Reine et la Batterie de Coidavid. Afin de pallier les importants infiltrations sur les structures de la Citadelle, la mission a recommandé des mesures d’urgence pour imperméabiliser les murs endommagés, la réparation des plafonds et d’assurer une évacuation appropriée des eaux de pluie et des réservoirs d’eau. La mission a également souligné la nécessité d’installer des barrières pour protéger les visiteurs. Pour ce qui est Ramiers, la mission a recommandé le surfaçage de murs afin de réduire la détérioration générale, l’arrêt des excavations archéologiques et la coupe de végétation excessive dans toute la zone pour permettre la mise en oeuvre des travaux de restauration des forts et des ruines. Les rapports peuvent être consultés en suivant le lien Internet suivant : https://whc.unesco.org/fr/sessions/36COM

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives observent que bien que l'État partie a commencé dans la mesure de ses disponibilités à mettre en œuvre progressivement les décisions du Comité, il est extrêmement urgent d’effectuer une intervention afin d’assurer la stabilisation des structures qui risquent de s’effondrer. Les conclusions des études effectuées et des diagnostiques de composants et structures ont révélé l’extrême vulnérabilité du site et ont clairement identifié dans ses recommandations les mesures urgentes à prendre. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives sont d’avis que si les mesures de sauvegarde d’urgence préconisées ne sont pas mises en oeuvre entre août et novembre 2012 de cette année, le Comité devrait considérer la nécessité d’inscrire le site sur la Liste du patrimoine en péril car les problèmes liés à sa instabilité structurelle constituent un risque d’effondrement d’éléments majeurs de l’ensemble, ce qui pourrait à terme mettre en péril sa valeur universelle exceptionnelle. 

Décision adoptée: 36 COM 7B.99

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7B.Add,

2.   Rappelant la décision 35 COM 7B.125, adoptée à sa 35e session (UNESCO, 2011),

3.   Prend acte des informations fournies par l’État partie concernant les dispositions prises pour mettre en œuvre les décisions du Comité du patrimoine mondial et reconnaît les efforts déployés par l’ISPAN pour assurer la sauvegarde du bien ;

4.   Remercie le Gouvernement de l’Espagne et l’Agence espagnole de coopération internationale et développement pour sa généreuse contribution qui a permis de poursuivre la mise en œuvre des décisions du Comité du patrimoine mondial ;

5.   Prend note du rapport de la mission du Centre du patrimoine mondial (9-15 janvier 2012) et de la mission technique multidisciplinaire (6-22 mars 2012) et fait siennes les recommandations formulées pour assurer le maintien de la valeur universelle exceptionnelle du bien, notamment en ce qui concerne les interventions urgentes pour assurer (i) la stabilité structurelle, (ii) la sécurité des visiteurs, et (iii) la solution aux problèmes d’infiltration d’eau, afin que celles-ci soient intégrées dans le plan de conservation dans les plus brefs délais ;

6.   Réitère sa demande à l’État partie, conformément au paragraphe 172 des Orientations, de soumettre au Centre du patrimoine mondial et aux Organisations consultatives pour examen avant toute intervention le projet final de construction du dernier tronçon de la Route nationale 003, ainsi que les études d’évaluation d’impact environnemental, patrimonial et socio-économique sur le site ;

7.   Réitère également sa demande à l’Etat partie de soumettre le projet technique d’amélioration de la route existante dans les limites du Parc, y compris le trajet, les travaux d’ingénierie pour la canalisation du fleuve, le type de bitume et la largeur de la route ;

8.   Demande à l’État partie de poursuivre ses efforts pour finaliser l’étude cadastral ainsi que la définition des limites du Parc, de sa zone tampon et du cadre juridique pour sa protection  dans le contexte de l’inventaire rétrospectif entrepris dans la région d’Amérique Latine et les Caraïbes et d’attendre les résultats de cette étude avant de procéder au bornage physique du bien afin de faciliter la mise en place d’une stratégie participative pour la conservation et la gestion du Parc ;

9.   Demande également à l’État partie d’attendre la finalisation du plan de conservation avant de poursuivre les projets de développement touristique afin que les mesures de conservation du plan soient prise en considération dans la mise en  œuvre de ces projets et d’impliquer activement les communautés locales dans le processus de conservation et de gestion ;

10.  Prend note également des résultats récents obtenus par les études de stabilisation structurelle de la Citadelle, et prie instamment l’État partie de prendre toutes les mesures nécessaires pour initier les actions d’urgence en coopération avec les institutions techniques et financières afin d’assurer l’intégrité des structures fortifiées ; 

11.   Demande également à l’État partie d’interrompre sans délai toute visite touristique à la Citadelle, jusqu’à ce que des mesures de sécurité soient prises afin d’assurer des conditions de sureté pour les visites ;

12.   Demande en outre à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial d’ici le 30 novembre 2012 un calendrier des interventions, en précisant les besoins techniques, ainsi qu’un plan financier détaillé ;

13.   Engage la communauté internationale à assurer, par tous les moyens possibles, son soutien dans la mise en œuvre des recommandations pour approuver rapidement les ressources financières et humaines afin d’aider l’État partie à veiller à la conservation d’ensemble du bien ;

14.   Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2013, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et la mise en œuvre de ce qui précède, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013.