Lors de sa 27e session, le Comité du patrimoine mondial a demandé à l’ICOMOS et au Centre du patrimoine mondial d’organiser une mission conjointe d’évaluation sur l’île de Gorée, en consultation avec les autorités nationales. La mission a été organisée du 29 mars au 03 avril 2004. Les objectifs de cette mission étaient d’évaluer l’état de conservation du bien, et de conseiller le Comité sur la nécessité ou non de l’inscrire sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
La mission a tiré les conclusions suivantes sur l’état de conservation de l’île de Gorée :
a) Patrimoine architectural
Même si l’on peut noter la présence de bâtiments d’importance historique dont l’état de délabrement est inquiétant, des efforts d’amélioration de l’état général de conservation du patrimoine architectural ont été réalisés depuis 2002 par les autorités sénégalaises. En effet, il a été constaté que de nombreux bâtiments ont à ce jour été réhabilités, que de nombreux chantiers de restauration, financés par l’Etat sénégalais et destinés à des activités socio-culturelles, sont en cours, et enfin que des aménagements urbains ont été réalisés dans le but de faciliter les déplacements des visiteurs sur toutes les parties de l’île. Le plan de sauvegarde a été actualisé en 2003.
Il demeure néanmoins important de rappeler les menaces sérieuses d’écroulement qui pèsent sur les bâtiments de la zone nord de l’île (Ecole William Ponty, Ecole des sœurs, Pavillon des Sœurs et annexes, Hopital militaire, Bâtiment du camp des gardes), ainsi que l’urgence qu’il y a de résoudre la question de l’évacuation des squatteurs et de lancer les travaux de restauration/stabilisation de ces bâtiments avant leur écroulement. Il est également nécessaire de contrôler les interventions architecturales ou d'aménagement en s’assurant que les chantiers de restauration/reconstructionse déroulent selon des règles précises qui respectent l’esprit et l’histoire des matériaux qui ont toujours été utilisés dans l’île.
Il s'avère donc indispensable de réfléchir sur la revitalisation des techniques de conservation traditionnelles de Gorée, et mettre en place des documents techniquespour assurer les meilleures interventions, aussi bien sur le bâti que sur l’aménagement des espaces publics.
b) La réplique du projet du Mémorial Gorée-Almadies érigée sur le site du castel
Suite à un vœu ardent exprimé par les intellectuels, écrivains et artistes noirs venant de divers continents, un projet d’édification d’un Mémorial destiné à l’Afrique et à sa diaspora a été initié par le gouvernement du Sénégal. Ce vaste complexe devait être construit sur le site des Almadies, le statut de l’île de Gorée ne permettant pas d’y ériger un monument de cette ampleur. Néanmoins, le gouvernement sénégalais avait prévu de construire sur l’île une réplique à échelle réduite afin d’assurer « le lien symbolique » entre le Mémorial et l’île. Les orientations, les structures et les stratégies que le Sénégal avait mises au point pour l’exécution de ce projet, ont été approuvées par l’UNESCO lors de la 136e session du Conseil Exécutif de 1991.
Cette réplique en béton armé du Mémorial Gorée-Almadies a été construite en 1999 sur le site du Castel au sud de l’île. Depuis son inauguration en 1999 par Son Excellence le Président Abdou Diouf, une vaste polémique a été déclenchée en vue de sa démolition. Malgré cette polémique, cinq années se sont écoulées et la réplique n’a pas été démolie par les autorités sénégalaises. Au cours d’une réunion organisée par l’équipe spéciale sur les activités relatives à l’étude de la traite négrière et de ses implications, le 05 décembre 2003, le Directeur général de l’UNESCO s’est lui-même prononcé sur la présence contestée de la réplique et a recommandé que toutes les questions liées à l’intégrité du site soient prises en charge par le Centre du patrimoine mondial. Se référant aux dispositions contenues dans la Convention du patrimoine mondial, notamment celles relatives à la préservation du caractère global du bien inscrit, le Centre du patrimoine mondial a adressé, le 10 décembre 2003, un courrier aux autorités sénégalaises, leur demandant d’entamer, dans les meilleurs délais, la procédure devant aboutir à la démolition de ce monument qui affecte considérablement l’authenticité et l’interprétation du site, de par ses matériaux et sa monumentalité. D’un point de vue technique, les experts ont recommandé d’insister auprès des autorités du Sénégal pour qu’elles procèdent à la démolition. Mais compte-tenu des années écoulées, et des sensibilités politiques et affectives liées à l’ensemble du projet du Mémorial Gorée-Almadies, les experts ont souhaité que le Comité du patrimoine mondial se prononce sur cette question.
c) Etat de conservation du littoral maritime
Des dégradations importantes du littoral maritime ont été observées. L’enrochement tout autour du site s’affaisse considérablement du fait de l’effet érosif de la mer. La destruction de la batterie Ouest, l’attaque des fondations des bâtiments annexes de l’ancien Relais de l’Espadon au Nord de l’île, la destruction de la clôture de l’Ecole Mariama Bâ au sud de l’île, sont des exemples visibles qui démontrent l’urgence d’entreprendre des actions d’arrêt de cette érosion, le plus vite possible. Le 3 février 2004, le gouvernement du Sénégal a transmis au Directeur général de l’UNESCO la copie d’un projet de protection du littoral de l’île de Gorée, soumis pour financement à l’Etat du Qatar. Il est important que le Sénégal informe l’UNESCO sur les suites qui ont été données à ce dossier.
d) Inscription de l’île sur la Liste du patrimoine mondial en péril
Au regard des dispositions des Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial (paragraphes 80 à 82), la situation de Gorée n'est pas telle qu'il faille recommander à ce jour, son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Ce, d’autant plus que l’Etat sénégalais a mis en œuvre, depuis 2003, de nombreuses activités visant à améliorer l’état de conservation de l’Île.