1.         Sanctuaire historique de Machu Picchu (Pérou) (C/N 274)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1983

Critères  (i)(iii)(vii)(ix)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/274/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1986-2001)
Montant total approuvé : 166 625 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/274/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Pression touristique ; absence de mécanismes de gestion (y compris juridiques) ; absence de coordination institutionnelle ; glissements de terrain. 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/274/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2004

A sa 27e session, le Comité du patrimoine mondial a fait part, une fois de plus, de sa très vive préoccupation concernant les dispositions de gestion et de planification du Sanctuaire historique de Machu Picchu. Il a instamment demandé au gouvernement du Pérou de prendre les mesures nécessaires pour faire appliquer les recommandations des missions de suivi réactif UNESCO-ICOMOS-UICN de 1999 et 2002, et de fournir un rapport d’avancement. Le Secrétariat a reçu un rapport d’avancement de l’Etat partie le 30 janvier 2004.

 

Le rapport sur l’état de conservation consistait en un document d’orientation qui traitait des 38 points soulevés par de précédentes missions de suivi réactif. Ce document d’orientation renvoyait à 17 autres documents d’information, qui précisaient certaines des questions soulevées par les missions. Ces documents abordaient ainsi la décision du Comité WHC-03/27.COM/7B.30 :

 

a)  Calendrier pour la révision du plan directeur : un document d’une page indiquant que la mise à jour du plan directeur avait commencé en janvier 2004 et serait achevée en juin 2004. Le Secrétariat note que ce calendrier est très ambitieux, compte tenu de la lenteur des procédures et du fait que l’on n’ait reçu jusqu’ici aucune information sur la mise en place d’un processus de consultation d’ensemble impliquant tous les partenaires concernés. Qui plus est, dans un compte rendu de réunion de l’Unité de gestion (UGM) daté du 9 décembre 2003, l’Instituto Nacional de Cultura (INC) a suggéré de demander une assistance internationale du Fonds du patrimoine mondial pour aider à finaliser le plan directeur. A ce jour, le Secrétariat n’a reçu aucune demande de ce genre.

 

b)  Réglementation concernant l’organisation et les fonctions de l’Unité de gestion (UGM) : par la résolution n° 001-2003-UGM-CD du 20 octobre 2003, une réglementation régissant l’organisation et les fonctions de l’UGM a été approuvée et publiée dans l’édition du 23 janvier 2004 du Journal officiel « El Peruano ». Le Secrétariat a pris note de l’effort que représente la formulation de cette réglementation, selon la décision du Comité WHC-03/27.COM/7B.30. Cependant, le 9 décembre 2004, les membres du Comité exécutif de l’UGM ont convenu de transférer la gestion et la coordination de l’UGM au gouvernement régional de Cuzco, et de demander à ce gouvernement d’élaborer une proposition. Cette proposition devait inclure une modification de la répartition des revenus des ventes de tickets pour la Piste inca. Aucune nouvelle information n’a été reçue sur cette question.

 

c)  Evaluation des options en matière de transports : ce point n’a pas été abordé dans le rapport d’avancement.

 

d)  Evaluation liées à la capacité d’accueil de la Citadelle et du Camino Inca : le document d’orientation renvoyait à un document de 1998 sur la capacité d’accueil du Sanctuaire de Machu Picchu, document qui n’a été ni reçu par le Secrétariat ni consulté par les précédentes missions UNESCO-ICOMOS-UICN. L’exécution d’une étude intitulée « Standards applicables aux agences de tourisme et directives pour l’homologation de la Piste inca » a été reportée pour des raisons financières. D’autres activités associées restent à l’état de projet. Malgré plusieurs articles dans les médias sur les restrictions apportées à l’accessibilité du bien, aucune action nationale n’a été mise en œuvre à ce sujet.

 

e)  Etablissement d’un plan d’utilisation publique : le processus d’actualisation du plan directeur inclut cette composante mais le plan directeur est toujours en cours de révision et en attente d’approbation. Une première mesure a cependant été officialisée : un cours de formation pour les guides touristiques de la Piste inca, du 22 novembre au 4 décembre 2003.

 

f)  Mise en œuvre de mesures d’urbanisme et de contrôle pour Aguas Calientes : le Ministère du Commerce extérieur et du Tourisme réalise des travaux d’infrastructure dans le cadre du plan d’urbanisme, en collaboration avec l’Instituto Nacional de Recursos Naturales (INRENA) et l’Instituto Nacional de Cultura (INC). Selon la loi locale n° 802-2003-INC/DC du 23 juin 2003, le plan d’urbanisme d’Aguas Calientes a été approuvé par le gouvernement provincial d’Urubamba. Une nouvelle délimitation de la limite urbaine du centre d’Aguas Calientes a été prévue.

 

g)  Mise en œuvre d’études géologiques et réalisation d’une étude concernant les impacts des cars sur les glissements de terrain : l’Etat partie a créé un organisme consultatif pluridisciplinaire sur cette question. Des activités récentes ont été entreprises par l’Université de Kyoto (Japon), les Universités de Florence et Turin (Italie) et l’Université Charles (République tchèque) pour établir un système d’enregistrement. Le contrôle des données sur le risque de glissement de terrain susceptible de menacer la Citadelle est en attente de vérification. Une première conclusion de l’Université de Kyoto indique que les glissements de terrain survenus dans le passé aux abords de la Citadelle sont toujours possibles dans le périmètre du bien du patrimoine mondial. Il est donc nécessaire d’effectuer de nouvelles recherches pour évaluer ces risques.

 

h)  Réalisation, en coopération avec l’UNESCO, d’une étude de faisabilité sur la création d’une institution internationale permanente de protection du bien : le gouvernement péruvien s’est montré tout a fait disposé à demander à l’UNESCO d’étudier la possibilité de créer une institution internationale susceptible d’apporter un soutien scientifique, technique et financier à l’Unité de gestion (UGM) et aux institutions associées à la conservation intégrée de Machu Picchu.

 

Le Secrétariat félicite les autorités péruviennes des efforts déployés pour fournir toutes les informations. Néanmoins, le rapport ne fournit pas de détails ni de justificatifs sur plusieurs points et il ne répond pas explicitement aux recommandations des précédentes missions UNESCO-ICOMOS-UICN. Un grand nombre d’activités ont été prévues pour mise en œuvre en 2004, alors que le scénario prévoyant la révision et la finalisation du plan directeur sur six mois s’interroge sur la faisabilité.

 

L’ICOMOS a passé en revue les documents d’information et a fait les commentaires suivants. L’étude de juillet 2003 sur la capacité d’accueil fournissait uniquement des informations sur la Piste inca et montrait que son utilisation avait des répercussions sociales, culturelles et écologiques négatives. La Proposition d’actualisation des règles d’utilisation du réseau de Routes de l’Inca concernait la réglementation du Camino Inca, mais les documents n’étant pas datés, on ignore s’ils sont entrés en vigueur. Le mandat d’établissement de normes pour les agences de voyages et de directives pour la Piste inca et les activités de commercialisation à la Citadelle sont restés au stade de projet. Les résultats de son application sont inconnus. Quant aux questions d’urbanisme, l’ICOMOS a fondé son travail sur le même document qu’en 2000. L’Etat partie n’a fourni aucune information supplémentaire et, fait inexplicable, la nouvelle loi 12-2002-MPU semble recommander la mise en place d’un nouveau plan. S’agissant de l’Unité de gestion (UGM), l’Etat partie en a actualisé les règlements mais ces derniers restent à l’état de proposition et ne traitent pas les problèmes essentiels concernant les responsabilités et l’autonomie de l’UGM pour la prise de décisions et la mise en œuvre de plans. La proposition de révision du plan directeur de Machu Picchu suggérait de tenir un atelier pour passer le plan en revue et, jusqu’ici, le mandat d’élaboration du plan d’utilisation publique ne constitue qu’une directive générale d’élaboration du plan.

 

Enfin, comme l’avait demandé le Comité à sa 27e session, l’ICOMOS observe que de nombreuses propositions attendent toujours d’être appliquées et que les problèmes essentiels de ce bien du patrimoine mondial restent dus à l’absence de gestion adaptée. Il conclut néanmoins que la situation réelle du Sanctuaire historique ne répond pas aux critères d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

 

L’UICN a étudié le rapport d’avancement et elle a noté qu’il contenait des informations complètes et détaillées sur la révision du plan directeur de Machu Picchu. Sa mise en œuvre devrait toutefois s’accompagner de plans opérationnels annuels détaillés, étayés par des réserves budgétaires appropriées susceptibles de guider quotidiennement la gestion du site. Aucune information n’a été fournie sur la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi réactif de 1999 portant sur l’évaluation de la capacité d’accueil de l’ensemble du Sanctuaire historique, ainsi que de la Citadelle. Le plan directeur proposait un zonage du site fondé sur ses caractéristiques et valeurs environnementales, historiques et urbaines. Des réglementations essentielles en matière de gestion et d’urbanisme sont clairement définies et proposées pour chaque zone ; on ne dispose cependant d’aucune information sur les mécanisme et ressources susceptibles d’être mis en place pour les appliquer.

 

Enfin, comme l’avait demandé le Comité à sa 27e session, l’UICN observe que bien qu’il faille prendre rapidement des mesures urgentes pour la gestion du site, la valeur universelle exceptionnelle du site, pour ce qui est de ses valeurs naturelles, n’est pas sérieusement menacée.

 

Une mission UNESCO s’est rendue sur le site le 23 octobre 2003. Il était prévu de mettre en œuvre un nombre considérable de mesures en 2003, comme l’avait confirmé l’Etat partie pendant la 27e session du Comité, notamment, la révision du plan directeur, l’évaluation de l’accès au Sanctuaire et l’application du plan d’ordonnances d’urbanisme pour le village d’Aguas Calientes. Pendant cette visite, le Secrétariat n’a constaté d’avancement concret que pour ce qui est de la gestion de la Piste inca et des travaux entrepris à la Citadelle (nouveaux itinéraires de visite, fouilles et travaux d’aménagement paysager). Cette évolution positive a malheureusement été éclipsée par la gravité de la situation à Aguas Calientes. Ce site d’implantation de squatters installés le long de la voie ferrée dans des constructions anarchiques, est le point de départ de la visite de Machu Picchu. La mission a rencontré le maire-adjoint d’Aguas Calientes et les représentants d’associations de la société civile, qui ont expliqué qu’il n’y avait pas d’autorité en place. Le lendemain, des représentants ont commencé une grève de la faim aux portes de Machu Picchu, demandant, entre autres, la mise à disposition d’eau, d’électricité et de transports, pour améliorer au minimum leurs conditions de vie.

 

A la suite de cela, la mission du Centre du patrimoine mondial a participé, le 18 mars 2004, à une réunion à la Banque mondiale à Washington DC pour discuter, entre autres, du Programme de réhabilitation de la vallée de Vilcanota. Objectif du projet : renforcer la capacité du gouvernement péruvien en vue d’assurer la durabilité socioéconomique et environnementale des ressources historiques, écologiques et culturelles de la vallée de Vilcanota (où est situé Machu Picchu) par diverses mesures : investissements en capacité de gestion touristique, développement de l’infrastructure urbaine, planification stratégique et capacité municipale. Le Programme de réhabilitation de la vallée de Vilcanota étudie les apports de ressources techniques et financières nécessaires pour mener un ensemble de projets définis, qui pourraient remédier à l’absence actuelle de préservation appropriée du Sanctuaire historique de Machu Picchu. Le projet prévoit un plan de réinstallation de 60 familles d’Aguas Calientes et des consultations des familles déplacées pour trouver d’autres solutions acceptables. Le projet inclut des mesures de sauvegarde du bien culturel, et par là même des aspects matériels et immatériels de la culture des Andes. Il a été convenu que la Banque mondiale et le Centre du patrimoine mondial travailleraient avec le gouvernement péruvien à la mise en œuvre de ce projet pour veiller à ce que toutes les actions en cours soient compatibles avec la préservation des valeurs qui avaient justifié l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial.

 

Le Secrétariat a été informé le 12 avril 2004 par la Banque mondiale de son intention de réorienter certaines des priorités du projet, compte tenu des dommages causés par les éboulements de terrain du 10 avril 2004. Lors de la préparation du présent rapport sur l’état de conservation, l’Etat partie n’avait fourni aucune information sur les détails de la catastrophe. Les médias ont annoncé que le premier glissement de terrain avait emporté sept logements et tué au moins six personnes, et que l’on comptait en plus cinq disparus à Aguas Calientes. Un second glissement de terrain a obstrué la voie ferrée, ce qui a bloqué quelques 400 touristes sans moyen de transport.

 

Le Secrétariat note que les tristes événements du 10 avril 2004 montrent bien la vulnérabilité de ce bien, qui ne dispose pas de plan de gestion des urgences et où aucune recherche n’a été faite pour limiter les conséquences des catastrophes naturelles. En mai 2002, le Président du Comité a adressé une lettre au Ministère des Affaires étrangères, demandant instamment au gouvernement de prendre des mesures pour appliquer les recommandations des missions de 1999 et 2002. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

Néant

Décision adoptée: 28 COM 15B.38


Le Comité du patrimoine mondial,

1. Prenant note des documents transmis par l’Etat partie en juillet 2003 et janvier 2004, ainsi que des commentaires de l’ICOMOS et de l’UICN sur ces documents,

2. Exprimant ses condoléances au gouvernement péruvien pour les décès tragiques et les dégâts causés lors des récents glissements de terrain au Sanctuaire historique de Machu Picchu,

3. Note avec une sérieuse préoccupation que le plan directeur révisé, qui devait inclure un plan de gestion détaillé du bien, n’est pas encore entré en vigueur, et recommande à l’Etat partie d’accorder la plus haute priorité à sa finalisation avant décembre 2004 ;

4. Prie instamment l’Etat partie d'entreprendre immédiatement une étude sur la planification préventive des risques et la prévention en cas de catastrophe naturelle pour la zone centrale et les zones tampons du bien ;

5. Encourage l’Etat partie à renforcer le soutien des universités internationales, en parvenant à une compréhension exacte de l’état des pentes et de la déformation de la surface du sol de la Citadelle et des autres zones du Sanctuaire historique, par des explorations géophysiques et des études des glissements de terrain ;

6. Note en outre, avec une grande préoccupation, qu’aucune étude n’a été entreprise sur d’autres moyens de transport ou sur la capacité d’accueil du site ;

7. Reconnaissant que des efforts ont été faits pour traiter des questions précises comme la création d’une Unité de gestion, la gestion de la Piste inca et les travaux entrepris à la Citadelle,

8. Notant, cependant, que certaines des questions les plus importantes ne sont toujours pas abordées, et que certaines des actions prévues sont restées à l’état de projet depuis plus de cinq ans, alors que l’état de conservation et la gestion du site ne se sont pas sensiblement améliorés par rapport à la situation décrite dans les rapports des missions de 1999 et 2002,

9. Demande au Centre du patrimoine mondial, travaillant en coopération avec le gouvernement du Pérou et la Banque mondiale, de mettre en place un programme et un plan d’action permettant d’assurer un soutien scientifique, technique et financier pour aider et guider l’Unité de gestion et les institutions associées dans la conservation intégrée du bien, et faciliter la mise en oeuvre des recommandations UNESCO-ICOMOS-UICN de 1999 et 2002 ;

10. Décide d’étudier l’état de conservation du sanctuaire historique de Machu Picchu et de discuter les mesures à prendre à sa 29e session en 2005.