1.         Parc national de Kakadu (Australie) (C/N 147quater)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (i)(vi)(vii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/147/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/147/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Exploitation minière, pétrolière et gazière et prospection

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/147/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2004

Le 11 septembre 2003, la principale propriétaire traditionnelle du peuple mirrar, Mme Yvonne Margarula, a informé le Centre du patrimoine mondial que les opérations de remblayage débutaient dans la concession minière de Jabiluka. Elle a indiqué que cette évolution positive avait été très favorablement accueillie par l’ensemble des propriétaires traditionnels mirrar.

 

L’UICN a réaffirmé la position déjà prise par le Conseil de l’UICN : l’issue souhaitable pour Jabiluka serait de retirer le stock de minerai resté sur place et de réhabiliter le site minier afin qu’il retrouve un état permettant son inclusion au Parc national de Kakadu, bien du patrimoine mondial.

 

Le 6 février 2004, l’Etat partie a fourni une mise au point sur l’état de conservation du Parc national de Kakadu. Le rapport signale que des entretiens approfondis ont eu lieu entre Energy Resources of Australia (ERA) et les principales parties prenantes, dont la Corporation aborigène des Gundjehmi (GAC), concernant l’avenir du projet minier de Jabiluka. Les entretiens ont notamment abouti à un engagement de l’ERA envers le GAC : aucune exploitation minière n’aurait lieu à Jabiluka sans l’accord du peuple mirrar. Qui plus est, l’ERA s’est engagée à entretenir le site minier de Jabiluka et le maintenir à long terme; cet accord ne peut toutefois être finalisé qu’après accord de l’ensemble du conseil du Northern Land Council (NLC) qui doit se réunir en avril 2004. Le 24 avril 2004, le Northern Land Council a approuvé l’accord à long terme concernant le site minier de Jabiluka. L’accord doit maintenant obtenir l’accord du Ministre des Affaires autochtones avant d’entrer en vigueur.

 

Le rapport de l’Etat partie aborde divers aspects :

 

a)  Consultation avec les propriétaires traditionnels mirrar sur la gestion prévisionnelle du patrimoine culturel sur le territoire des Mirrar à Jabiluka : Le rapport indique que la gestion prévisionnelle du patrimoine culturel doit se poursuivre selon un calendrier répondant aux besoins de la communauté mirrar. Le rapport précise aussi que les questions associées à la protection et à la gestion du patrimoine culturel sur le site de Jabiluka ont été reprises lors des entretiens entre les propriétaires traditionnels et l’ERA.

 

b)  Suivi permanent et supervision de la gestion de l’eau et d’autres questions environnementales à Jabiluka et Ranger par le Comité technique de la Région des Alligator Rivers (ARRTC) : Le rapport indique que l’ARRTC s’est reconstituée et comprend sept membres indépendants et six représentants des partenaires concernés ; la décision de reconstituer l’ARRTC a été prise conformément à la recommandation du Groupe de scientifiques indépendants, après son étude du projet de Jabiluka demandée par le Comité du patrimoine mondial. Le rapport signale que l’objectif principal de l’ARRTC est de s’assurer du niveau scientifique suffisamment élevé des procédures de recherche et d’évaluation qui sous-tendent la protection de l’environnement de la région des Alligator Rivers de tout impact potentiel d’exploitation minière d’uranium. L’UICN a noté que l’ARRTC a continué de passer en revue tous les programmes de suivi et d’évaluation entrepris par le superviseur scientifique, le gouvernement du Territoire du Nord et l’ERA.

 

c)  Représentation d’une ONG à l’ARRTC : Le rapport révèle que le gouvernement australien continue à soutenir la nomination d’un représentant d’une ONG de protection de l’environnement au sein de l’ARRTC. Il a rappelé que le Ministre de l’Environnement et du Patrimoine du Commonwealth avait demandé à deux reprises que le Forum national consultatif pour l’environnement (NECF) lui fournisse plus d’une candidature. Le rapport indique qu’à la suite des demandes du Ministre, le NECF a fourni le nom d’un seul candidat et il ajoute qu’à sa réunion de février 2002, l’ARRTC avait décidé de ne pas recommander ce candidat. L’UICN a noté que le Comité du patrimoine mondial avait demandé à plusieurs reprises à l’Etat partie de s’assurer de la représentation d’une ONG au sein de l’ARRTC. L’Etat partie ne rend compte d’aucune évolution à cet égard. Il semble que la situation reste bloquée entre le Ministre et le Forum national consultatif pour l’environnement concernant la personne qui assumerait cette responsabilité.

 

d)  Conformité à ISO 14001: Le rapport indique que l’ERA, responsable de l’exécution des projets de Ranger et Jabiluka, a obtenu la certification ISO 14001. L’ERA a mis au point un système de gestion environnementale conforme aux standards internationaux. L’UICN s’est également déclarée déçue qu’il n’ait pas été possible de nommer de représentant d’une ONG de protection de l’environnement au sein de l’ARRTC, comme le demandait sa recommandation à la 25e session du Comité, considérant que cette demande raisonnable devait être traitée en priorité.

 

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des informations complémentaires sur le Parc national de Kakadu après réception du rapport de l’Etat partie. Des articles de journaux et communiqués de presse adressés par le superviseur scientifique nommé par le gouvernement australien, la Corporation aborigène des Gundjehmi et la compagnie minière ERA sont parvenus fin mars 2004. Ils annoncent la fermeture de la mine de Ranger le 24 mars 2004 pour des raisons de sécurité des ouvriers car l’on a découvert que l’eau potable avait été contaminée par l’eau de traitement utilisée pour les activités de la mine de Ranger. Une lettre datée du 8 avril 2004 de l’Australian Conservation Foundation signalait le déversement d’environ 150 000 litres d’eau contaminée par environ 110 ppm (parties par million) d’uranium (soit 5,5 fois la norme maximale australienne pour l’eau potable) dans le réseau d’alimentation en eau des zones humides de Kakadu.

 

Les communiqués de presse indiquaient qu’immédiatement après l’incident, le superviseur scientifique nommé par le gouvernement a recommandé de fermer la mine jusqu’à ce qu’il soit sûr qu’il y ait des systèmes en place capables d’empêcher qu’un incident semblable ne se renouvelle et qu’il n’y ait pas de risque pour la santé de la population ni pour l’environnement. L’UICN note dans les rapports que le gouvernement fédéral a étudié un rapport d’un Comité du Sénat recommandant une révision de la réglementation concernant les mines d’uranium, y compris celle de Ranger. Le Comité avait découvert qu’il y avait eu plus de 110 incidents de pollution et de nombreux manquements aux exigences environnementales dans cette mine.

 

Après réception des rapports des médias, le Centre du patrimoine mondial a demandé un rapport sur l’incident aux autorités australiennes. Le 21 avril 2004, le Département de l’Environnement et du Patrimoine a fourni des informations. Sa lettre confirmait que le 23 mars 2004, la compagnie minière ERA avait établi que l’eau potable dans l’usine de transformation de la mine avait été contaminée par de l’eau de traitement utilisée pour les activités de la mine. A la suite de cela, l’ERA a fermé la mine, purgé le réseau d’eau potable et prévenu de l’affaire le superviseur statutaire indépendant du site minier, le superviseur scientifique et les autorités de contrôle du gouvernement du Territoire du Nord.

 

Le superviseur scientifique a commencé une enquête immédiate et a annoncé le 26 mars 2004 que la mine resterait fermée jusqu’à ce que l’on soit sûr que la santé des ouvriers, la sécurité et l’environnement ne couraient aucun risque. La première enquête du superviseur scientifique a montré qu’un raccord inadapté avait été fait entre les réseaux d’eau potable et d’eau de traitement de la mine le soir du 23 mars 2004, ce qui a fait entrer l’eau de traitement dans le réseau d’eau potable. La contamination a été reconnue le 24 mars 2004 au matin par l’ERA, qui a fermé la mine dans la journée.

Le 26 mars 2004, il est également apparu qu’environ 200 m3 d’eau potable contaminée avaient débordé d’un réservoir d’eau potable à Jabiru Est, à quelques centaines de mètres du cours d’eau nommé Magela Creek. En plus du suivi environnemental permanent habituel, le superviseur scientifique a entrepris un suivi de recherche aux abords du réservoir et a passé en revue les résultats du suivi biologique et chimique effectués dans le Magela Creek.

Le 29 mars 2004, à l’issue du travail de suivi, le superviseur scientifique a pu fournir l’assurance que la fuite d’eau contaminée provenant de la mine de Ranger n’avait eu de conséquences nuisibles ni sur la population ni sur l’environnement du Parc national de Kakadu. Le superviseur scientifique a déclaré qu’il était soulagé d’annoncer que les concentrations de toutes les substances chimiques mesurées dans le Magela Creek en aval de Ranger étaient restées à un niveau normal et qu’aucun effet nuisible n’avait été observé chez les animaux examinés par le superviseur scientifique. C’est ainsi que la concentration maximale d’uranium en aval de la mine était, par exemple, plus de 100 fois plus faible que celle considérée comme sans danger pour les animaux et les plantes, et plus de 200 fois plus faible que la limite autorisée pour l’eau potable. Devant les résultats de ces contrôles, le superviseur scientifique a pu fournir l’assurance aux propriétaires traditionnels et autre population aborigène de la région qu’il n’était pas dangereux de boire l’eau du Magela Creek et de manger de la nourriture provenant du bush.

 

Comme indiqué plus haut, l’ERA a immédiatement arrêté la mine le 24 mars 2004 et est entré en contact permanent avec le superviseur scientifique et les autorités de supervision du gouvernement du Territoire du Nord pour fixer un calendrier approprié de reprise d’activité. Le superviseur scientifique a prévenu le gouvernement du Territoire du Nord le 6 avril 2004 qu’il considérait que l’ERA avait rempli les conditions environnementales et de sécurité permettant une reprise de toutes les opérations d’exploitation minière et de broyage à cette date.

 

Le Ministre australien de l’Environnement et du Patrimoine a demandé au superviseur scientifique de mener une enquête générale sur l’incident. Le rapport d’enquête doit lui être fourni à la mi-mai 2004. Des enquêtes sont également menées par les autorités de supervision du gouvernement du Territoire du Nord et par la compagnie minière elle-même.

 

La lettre concluait en déclarant que la Délégation australienne à la 28e session du Comité du patrimoine mondial pourrait fournir une mise au point sur la question. Elle indiquait aussi que, malgré le caractère regrettable de l’incident et le fait que de nouvelles enquêtes soient en cours, il est cependant rassurant que les premières enquêtes n’aient révélé aucun impact sur l’environnement, que l’eau et la nourriture du bush restent parfaitement consommables et qu’il n’y ait pas d’impact notable sur les valeurs justifiant l’inscription du Parc national de Kakadu sur la Liste du patrimoine mondial.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

Néant

Décision adoptée: 28 COM 15B.35

Le Comité du patrimoine mondial, 1. Apprend avec satisfaction que la compagnie minière Energy Resources of Australia s’est engagée auprès de la Corporation aborigène des Gundjehmi (GAC) à ce qu’aucune exploitation minière n’ait lieu à Jabiluka sans l’accord du peuple mirrar ; 2. Note qu’en décembre 2003 le site minier de Jabiluka a été placé sous surveillance et entretien à long terme ; 3. Exprime sa préoccupation à l’Etat partie d’Australie concernant les problèmes continuels d’eau contaminée à la mine d’uranium de Ranger et l’échec apparent des systèmes de gestion interne de la compagnie minière Energy Resources of Australia (ERA) face à ces questions ; 4. Prie instamment l’Etat partie de procéder rapidement à la nomination d’un représentant d’une ONG de protection de l’environnement au sein du Comité technique de la Région des Alligator Rivers (ARRTC) ; 5. Demande que l’Etat partie adresse un rapport écrit sur l’état de conservation du Parc national de Kakadu au Centre du patrimoine mondial d’ici le 1er février 2005, pour examen par la 29e session du Comité du patrimoine mondial, en 2005. Le rapport devra comporter des informations sur : a) la réhabilitation du site minier de Jabiluka, b) la nomination d’un représentant d’une ONG de protection de l’environnement au sein du Comité technique de la Région des Alligator Rivers (ARRTC), c) les mesures prises pour éviter tout autre incident d’eau contaminée à la mine de Ranger.