Un rapport complet sur l’état de conservation du bien a été reçu de l’État partie le 27 janvier 2012. Ce rapport répond aux questions soulevées par le Comité dans la décision 32 COM 7B.16 et rend compte de l’avancement réalisé concernant les recommandations de la mission commune de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN. Un exemplaire du plan de gestion de 2009 et des sous-plans du bien est fourni en annexe au rapport.
a) Classement des zones marines comme aires marines particulièrement sensibles (AMPS) pour améliorer la protection
L’État partie indique que le transport maritime international n’a actuellement que des impacts minimes sur les valeurs du bien. Le Ministère de l’Aménagement du territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme étudie actuellement une amélioration des systèmes de navigation pour le transport maritime qui va être évaluée par l’État partie avant étude de la nécessité d’un classement des zones marines du bien comme AMPS.
b) Gestion prévisionnelle
L’État partie signale que le plan de gestion d’ensemble de Shiretoko a été révisé en décembre 2009 pour devenir le « Plan de gestion du site du patrimoine mondial naturel de Shiretoko » (Plan de gestion du patrimoine mondial). Cette révision a actualisé l’ancien plan de 2004 et les résultats y sont reportés chaque année. Le nouveau plan de gestion du patrimoine mondial intègre la gestion terrestre et marine à un niveau général et comporte des sous-plans plus détaillés annexés au plan principal, concernant notamment le cerf sika et les aires marines à utilisations multiples. Les sous-plans sont actuellement en cours de révision. Le Conseil scientifique établit actuellement un plan de suivi à moyen et long terme pour assurer le maintien des valeurs du bien. Les futures révisions du Plan de gestion du patrimoine mondial traiteront de l’établissement d’indicateurs objectivement vérifiables et de calendriers adaptés.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent favorablement la révision du plan et considèrent que l’établissement d’un plan de gestion d’ensemble relativement simple pour le bien, incluant des sous-plans plus détaillés, constitue un cadre de planification efficace. L’État partie est engagé à passer progressivement en revue tous les sous-plans thématiques, et à actualiser tous ceux qui concernent le Plan de gestion du patrimoine mondial. Il conviendra d’intégrer aux plans révisés un renforcement de l’établissement des priorités, des indicateurs objectivement vérifiables et des calendriers de mise en œuvre.
c) Gestion des ressources marines
Pour répondre à la nécessité d’un meilleur zonage marin local, l’État partie indique que les pêcheurs et les associations de pêche gèrent eux-mêmes des zones et périodes d’interdiction de pêche afin d’assurer une utilisation durable des ressources marines. Le Bureau de protection de la nature de Kushiro et les autorités d’Hokkaido contrôlent les activités de pêche conformément au plan de gestion marine.
L’État partie rend également compte d’un renforcement de la coopération avec la Fédération de Russie pour favoriser l’échange d’informations scientifiques et traiter des problèmes de la pêche au colin d’Alaska, jugée non durable. Un programme de coopération sur l’utilisation durable des écosystèmes a été signé entre les deux pays en mai 2009 et plusieurs ateliers et colloques communs ont été tenus. Par ailleurs, une déclaration commune de chercheurs du Japon, de Chine et de Russie a été adoptée et un réseau de chercheurs, le « Consortium Amour-Okhotsk » a été créé. L’État partie signale que les niveaux de populations de colin d’Alaska ne sont pas revenus aux niveaux d’avant 1989 mais sont toutefois stabilisés. Le suivi, la réglementation juridique et la gestion volontaire par les coopératives de pêche se poursuivent.
L’État partie signale également un certain nombre de mesures adoptées pour limiter l’abattage de lions de mer de Steller qui menacent la pêche locale (dommages économiques évalués à 12 millions de dollars EU par an). Ces mesures incluent notamment une réglementation sur les filets renforcés, l’utilisation de moyens de dissuasion et un contrôle des quotas de pêche. Aucune de ces mesures ne parvient pourtant à assurer vraiment efficacement une bonne coexistence de la pêche et des lions de mer. L’ensemble des populations asiatiques de lions de mer de Steller semblent lentement augmenter (1,2 % par an depuis les années 90). Les lions de mer de la région sont abattus selon des quotas et directives établis par la Commission de la coordination de la pêche d’Hokkaido. Un nouveau système de gestion trimestrielle, introduit en octobre 2010, devrait permettre une gestion flexible fondée sur les conditions de migrations et de dommages dans les zones de pêche d’Hokkaido.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN prennent acte des efforts accrus de collaboration entre le Japon, la Russie et la Chine, centrés jusqu’ici sur la recherche et l’échange d’informations. La mission de 2008 a constaté une très importante prise en charge par les collectivités territoriales qui semble se poursuivre. L’UICN fait remarquer qu’il sera important de maintenir cette collaboration par la mise en place d’accords conjoints de planification et de pêche pouvant être contrôlés pour assurer une préservation permanente des ressources halieutiques. Reste le problème de l’abattage des lions de mer de Steller selon un système de quotas depuis 1994. Des statistiques présentées dans le Plan des aires marines à utilisations multiples montrent que le nombre de prises de lions de mer est d’environ 106 par an depuis 1997 ; on ne dispose pas de données après 2006 et il n’est pas non plus indiqué de tendances d’évolution de la population de lions de mer de Steller dans le périmètre du bien. L’adoption d’une méthode de gestion trimestrielle est favorablement accueillie. Cette méthode devra s’appuyer sur des données complémentaires permettant d’évaluer l’impact des abattages annuels sur les populations locales de lions de mer de Steller.
d) Gestion des salmonidés et des ouvrages fluviaux
L’État partie rappelle que le groupe de travail sur les ouvrages fluviaux du Conseil scientifique du site du patrimoine mondial naturel de Shiretoko a recensé 13 ouvrages fluviaux sur cinq cours d’eau traversant le bien. Ces ouvrages ont commencé à être modifiés en 2006 et de nouvelles modifications sont prévues pour faciliter les mouvements des salmonidés. Le suivi révèle une augmentation positive des taux de reproduction et de remontées grâce à l’installation de passes à poissons.
Le Groupe de spécialistes des salmonidés de la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN, tout en reconnaissant les efforts déployés pour modifier les ouvrages fluviaux, a fait part de sa préoccupation concernant trois barrages qui subsistent sur la rivière Rusha, rappelant qu’il s’agit de l’une des plus grandes et des plus importantes rivières qui traversent le site. Dans la mesure du possible, une suppression des barrages devrait également se poursuivre sur certains des autres réseaux hydrographiques du site.
L’UICN fait remarquer que les mesures visant à renforcer les densités de reproduction des poissons auront également un effet bénéfique sur d’autres taxons vivant sur le site, en particulier l’emblématique higuma (ours brun d’Hokkaido) pour qui le saumon constitue une importante source de nourriture à l’automne.
e) Gestion des impacts du pâturage du cerf sika
L’État partie annonce que le Bureau de protection de la nature de Kushiro établit des indicateurs pour contrôler les impacts du pâturage du cerf sika. Le Groupe de travail sur le cerf sika et l’écosystème terrestre gère aussi les populations de cerfs conformément au sous-plan de gestion du cerf sika établi en 2006 qui permet d’agir sur la taille des populations de cerfs par des programmes de contrôles humains.
f) Stratégie d’écotourisme associée au développement touristique régional
L’État partie mentionne des dispositions du plan de gestion de 2009 actualisé rappelant l’importance d’empêcher des impacts négatifs du tourisme sur l’environnement naturel par l’établissement et l’application de Directives d’écotourisme à Shiretoko. Une Stratégie d’écotourisme à Shiretoko a été élaborée en 2010 pour préserver les valeurs naturelles, stimuler le développement local et permettre aux visiteurs de faire des expériences de qualité tout en respectant l’environnement.
g) Stratégie en matière de changement climatique pour en mesurer les impacts et mettre en œuvre des stratégies de gestion adaptative
L’État partie rend compte de plusieurs discussions initiales engagées par le Conseil scientifique pour mieux comprendre les impacts du changement climatique sur le bien, dans le cadre de programmes plus généraux de suivi des ressources naturelles.
Il convient de renforcer les efforts pour comprendre les impacts du changement climatique et évaluer la vulnérabilité et les réponses adaptées, compte tenu de la sensibilité particulière du bien à l’interaction terrestre et marine. La valeur universelle exceptionnelle du bien, justifiée par la formation de glaces marines à la latitude la plus basse de l’hémisphère Nord, pourrait se trouver dangereusement menacée par les impacts du changement climatique.