1.         Réserve de faune à okapis (République démocratique du Congo) (N 718)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1996

Critères  (x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1997-présent

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/718/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1993-2000)
Montant total approuvé : 28 400 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/718/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Agriculture et exploitation forestière ; exploitation minière, gazière et prospection ; pêche ; braconnage ; absence de techniques de conservation, de mécanisme de gestion, de système de suivi ; mise en valeur, de ressources humaines et financières ; coordination institutionnelle ;conflit armé ; troubles civils ; pillage 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/718/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2004

Depuis la 27e session, la situation de la RDC sur le plan de la sécurité s’est nettement améliorée. Toutefois, certaines régions restent instables et ont connu des flambées soudaines de violence. Cela a notamment été le cas dans la partie orientale du pays où se trouvent 4 des 5 biens du patrimoine mondial. Après l’approbation, en avril 2003, de la nouvelle constitution, un gouvernement transitoire réunissant des représentants de la coalition présidentielle, de tous les groupes rebelles et de la société civile a été formé le 30 juin 2003, marquant la réunification de l’ensemble du pays. Le 28 juillet 2003, le mandat de la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) a été prorogé et élargi pour lui permettre d’aider le gouvernement à désarmer et démobiliser les groupes de milices et pour l’autoriser, en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, à faire usage de la force pour protéger les populations civiles. La MONUC a déployé des troupes dans plusieurs régions orientales, notamment autour des Parcs nationaux de Kahuzi-Biega et des Virunga. Une réunion a eu lieu entre les représentants de la MONUC, le Centre, le personnel de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et des représentants d’ONG de conservation afin d’envisager une coopération plus étroite pour la démilitarisation des biens du patrimoine mondial. Il a été convenu que dans les régions où la MONUC mène des opérations de désarmement, elle agirait en étroite coopération avec le personnel de terrain de l’ICCN.

 

La situation dans la Réserve de faune à okapis s’est nettement améliorée depuis la 27e session. Depuis avril 2003, la région de l’Ituri a retrouvé la stabilité après les violents heurts qui ont opposé différents groupes rebelles entre octobre 2002 et mars 2003, entraînant l’abandon et le pillage du siège de la réserve. Le personnel du Parc a réintégré la réserve en avril 2003 et les activités de gestion ont repris en juillet 2003. Actuellement, le personnel du Parc contrôle environ 60 % des 1 370 000 ha de la réserve. Comme l’avait demandé le Centre, les troupes initialement stationnées à l’intérieur de la réserve ont été déplacées vers les villes environnantes. Néanmoins, le braconnage organisé par des groupes armés d’anciennes factions rebelles reste un problème majeur, surtout dans le nord et le sud de la réserve. Ces groupes, qui visent plus particulièrement les populations d’éléphants, se livrent au braconnage et au trafic. Le personnel du Parc a pu établir la preuve de 116 cas de braconnage d’éléphants et de trafic d’ivoire entre 2002 et 2003. Selon ces rapports, on estime entre 230 et 460 le nombre d’éléphants abattus pendant cette période, soit 4 à 10 % de la population d’avant les conflits. Les rapports indiquent également que l’ivoire est exporté, en violation de la Convention CITES, vers plusieurs pays d’Afrique orientale et centrale, vers le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est.

 

Comme il avait été dit à la 27e session, des combats intenses ont eu lieu entre octobre 2002 et avril 2003 à l’intérieur et autour du Parc national de Kahuzi-Biega. Les responsables du Parc ont réussi à établir le contact avec les belligérants et ont reçu l’assurance des deux côtés qu’aucun mal ne serait fait aux familles de gorilles qui vivent dans la zone montagneuse. Le personnel du Parc a pu continuer à suivre 4 des 5 familles du secteur. Malheureusement, en janvier 2004, à cause de la poursuite des opérations militaires sur le site, il a perdu contact avec la cinquième famille de gorilles Mishebere composée de 39 individus. Après la cessation des hostilités, il a entamé des recherches pour retrouver cette famille qui aurait apparemment disparu. La dépouille du mâle à dos argenté (mâle dominant de la famille) a été retrouvée en août 2003.

Même après l’installation du gouvernement transitoire, l’insécurité a persisté dans la région du Sud-Kivu, avec des combats sporadiques autour du Parc en juillet et août 2003. Il a fallu attendre que la MONUC installe un poste d’observation au siège du Parc en août et entreprenne la démobilisation des combattants pour que la situation commence à s’améliorer. Le rétablissement progressif de la sécurité a permis au personnel du Parc de reprendre le contrôle de certaines zones du Parc, jusque-là inaccessibles. Les postes de garde de Kalonge, Musenyi et Lemera dans le secteur de haute altitude sont de nouveau occupés depuis février 2004 et les sous-stations de Nzovu et Itebero, qui se trouvent dans la zone de basses terres et avaient été abandonnées dès le début de la guerre en 1996, sont redevenues fonctionnelles en mars 2004. Il est important de saisir cette occasion pour mener des études tant dans le secteur montagneux que dans celui des basses terres, afin d’évaluer les impacts de la guerre sur le bien et sur les populations d’espèces phares comme les gorilles et les éléphants. La Wildlife Conservation Society (WCS) envisage une étude du secteur montagneux et s’efforce de trouver les ressources financières nécessaires pour une étude du secteur de basses terres, beaucoup plus vaste.

L’exploitation minière illégale du coltan (colombo-tantale), de l’or et de la cassitérite reste une menace sérieuse pour le bien. Le premier rapport du secteur des basses terres indique que 98 sites miniers sont toujours en activité. Un autre site majeur est exploité par des membres des milices dans la partie nord du secteur montagneux. On estime à 5 000 le nombre de mineurs qui résident actuellement dans le Parc. Malgré les prix peu élevés du marché mondial, le marché du coltan est en plein essor dans la capitale provinciale de Bukavu.

L’occupation illégale de certaines parties du site, plus particulièrement le corridor entre la zone montagneuse et les basses terres, est un autre problème majeur. Dans certains cas, les occupants détiennent des permis délivrés illégalement par des responsables locaux. Les responsables du Parc ont engagé des poursuites à l’encontre de l’un des plus en vue, un juge de Bukavu. Néanmoins, en raison de la complicité des autorités locales, une intervention énergique du gouvernement central s’impose pour régler ce problème.

 

La situation dans le Parc national des Virunga reste problématique. Les deux principaux problèmes de conservation sont la présence de troupes militaires et de groupes armés à l’intérieur du site et dans les environs immédiats, ainsi que l’empiètement illégal.

Bien que la sécurité se soit considérablement améliorée, différentes milices parmi lesquelles des factions armées de pays voisins, continuent d’opérer dans la région accroissant l’insécurité dans certains secteurs du site. Depuis octobre 2003, la MONUC a déployé des troupes dans la région et s’est lancée dans des opérations de désarmement et de démobilisation. Plusieurs positions militaires et barrages routiers censés assurer la sécurité sont tenus par des militaires appartenant à d’anciennes factions rebelles dans différents endroits à l’intérieur du périmètre du bien et aux environs (à Katanda, au barrage routier de Vitshumbi, à Rwindi et à Kabasha). Dans le secteur nord, un camp d’entraînement militaire est installé dans le Parc, près du poste de patrouille de Nyaleke. Les troupes, qui ne sont pas payées et ne reçoivent ni nourriture ni autres provisions, s’adonnent au braconnage à grande échelle en visant les éléphants, les buffles, les hippopotames et autres animaux, ainsi qu’au trafic d’ivoire. L’UICN indique avoir reçu des informations selon lesquelles quatre gardes auraient été tués récemment, au cours d’une embuscade tendue par des militaires, pour avoir voulu faire des révélations sur les activités de braconnage des militaires. Une étude de la population d’hippopotames dans le Parc effectuée récemment par la Zoological Society of London n’a pu localiser que 1 300 individus, soit seulement 4,5 % de la population de 1979 et 12 % de la population estimée juste avant la guerre. Dans le secteur nord, la population d’éléphants a chuté de 130 individus en 1981 à 21 en 2003 et celle des buffles est passée pendant la même période de 799 à 42. Si ces chiffres sont dramatiques, il faut toutefois tenir compte du fait qu’en raison de la forte pression du braconnage, une partie des populations pourrait avoir cherché refuge dans les aires protégées ougandaises adjacentes, comme le Parc national de la Reine Elisabeth ou le Parc national de Semuliki, où la faune sauvage est mieux protégée. L’augmentation de la population d’éléphants dans le Parc national de la Reine Elisabeth, qui est passée de 500 individus en 1995 à plus de 1000 aujourd’hui, pourrait être en partie due au passage des éléphants de l’autre côté de la frontière.

L’empiétement illégal, tant par les agriculteurs et les pasteurs que par l’établissement de colonies permanentes, touche presque tous les secteurs du Parc. Dans celui de Nyamulagira, on estime à 30 000 le nombre de personnes qui occupent certaines zones du Parc (Kirolirwe, Burungu et Mushari). Comme il a été indiqué à la 26e session, les autorités locales de Goma ont commencé à réinstaller dans cette région les ressortissants de la région de Masisi lors de la suppression des camps de réfugiés rwandais en 2002. Ces derniers semblent peu enclins à retourner dans leur région d’origine, même si la sécurité dans le Masisi s’est beaucoup améliorée. D’autres personnes semblent profiter de la situation pour s’installer dans la zone. On estime à 30 000 ha la surface de forêt de persistants détruite pour produire du charbon de bois et convertie en champs et pâturages. Il y a au moins 5 000 têtes de bétail dans la région. A la suite de nombreuses interventions de l’ICCN, du Centre et d’ONG de conservation, dont il a été rendu compte à la 27e session du Comité, les autorités provinciales ont donné leur accord de principe pour que la zone soit évacuée. Mais elles justifient la non-exécution de cette décision par le manque de fonds pour organiser la réinstallation des populations. L’UICN indique avoir reçu des informations selon lesquelles des militaires rwandais garderaient les zones d’établissement, empêchant l’ICCN d’y accéder, tandis que des autorités politiques locales distribueraient à la population des parcelles dans les forêts pour produire du charbon de bois, lesquelles parcelles seraient ensuite utilisées par la population pour élever du bétail pour son propre usage. Dans le secteur nord du Parc, au moins 16 000 ha de terres ont été convertis en champs et 150 maisons construites avec le consentement des autorités locales qui appartiennent à une ancienne faction rebelle. Dans les zones côtières occidentales du lac Edouard, au moins 20 000 personnes se sont installées. Cette région, située sur ce qui formait autrefois la frontière entre des territoires contrôlés par l’Ouganda et le Rwanda, était récemment encore inaccessible au personnel de terrain de l’ICCN. Environ 350 familles de pasteurs Hima et Karuruma originaires de l’Ouganda sont encore présentes avec plus de 5 000 têtes de bétail dans le secteur nord. Ces pasteurs ont été installés dans le Parc en 1999 par les troupes ougandaises présentes à cette époque dans la région. Deux réunions ont eu lieu récemment entre les autorités de la RDC et celles de l’Ouganda pour discuter de leur retour en Ouganda, mais sans succès.

Depuis la 27e session, l’ICCN avec l’aide de ses partenaires a toutefois fait des progrès considérables en récupérant quelques-unes des régions occupées du Parc. Dans le secteur de Nyamulagira, 5 000 ha de terres ont pu être récupérés à Kibiriza et un accord a été conclu avec la population locale pour évacuer 5 000 autres personnes qui ont détruit 25 ha de forêt sur l’escarpement de Kabasha. Dans le Tongo-Kanyangiri, 40 ha ont été repris. Dans le secteur est, à Kongo, 20 000 ha ont été récupérés avec l’aide du gouverneur. Dans le secteur nord, plus de 7 000 fermiers ougandais ont été évacués et 6 500 ha récupérés ; tandis qu’à Kanyatsi, 750 autres fermiers ont été évacués et 3 000 ha récupérés. Certaines de ces évacuations ont eu lieu dans le cadre d’un effort participatif du WWF pour délimiter les frontières du Parc, initiative financée par le Projet belge de conservation mis en œuvre par le Centre.

La gestion des activités de pêche sur le lac Edouard pose également un problème. Au moment de l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial, l’ICCN avait reconnu trois concessions de pêche sur la rive sud du lac, dans les villages de Vitshumbi, Nyakakoma et Kyavinyonge. Ces concessions sur 30 ans sont maintenant officiellement arrivées à expiration. Pendant le conflit, la population de ces villages a considérablement augmenté. De nouveaux villages et des camps de pêche illégaux ont été construits le long des rives ouest et nord, souvent sous contrôle militaire. La population totale sur les rives du lac est désormais estimée à plus de 20 000 personnes. Une étude scientifique de 1989 estimait la capacité totale de production du lac à 10 000 tonnes par an, assez pour garantir des revenus à 700 familles de pêcheurs. Si aucune entrave n’est mise à la pêche illégale et si les camps ne sont pas supprimés, on peut s’attendre à un effondrement des populations de poissons, privant la population locale d’une source de subsistance majeure.

Le secteur le mieux protégé du Parc reste celui des gorilles. Une étude de septembre 2003 menée conjointement par l’ICCN, la Direction ougandaise de la faune sauvage (UWA) et les responsables rwandais du Parc avec l’aide de différentes associations de conservation dans l’ensemble du territoire montagneux des gorilles (Parc national des Virunga, Parc national de Volcano au Rwanda, Parc national de Mgahinga et Parc national de Bwindi en Ouganda) a montré que la population avait augmenté, passant de 324 en 1989 à 380 en 2003.

 

Le Parc national de la Garamba souffre non seulement de l’instabilité politique mais surtout de la guerre au Soudan. Des rapports antérieurs avaient signalé que les principales populations d’animaux avaient beaucoup diminué en 1997 au début de la guerre en RDC, quand les gardes du Parc avaient été désarmés et que différents groupes de milice occupaient la station du Parc, mais que depuis 1998, grâce à l’intensification des efforts de surveillance, ces populations étaient restées relativement stables. Or, la situation a malheureusement beaucoup changé depuis la 27e session du Comité. En juillet 2003, la pression du braconnage s’est faite nettement plus forte et les braconniers s’intéressent maintenant non plus à la viande mais à l’ivoire. Comme cette activité prend moins de temps, les braconniers n’ayant plus besoin de s’arrêter pour fumer la viande, ils tuent beaucoup plus d’animaux. Ils opèrent maintenant dans le sud du Parc où l’on trouve les plus fortes densités d’animaux. En juillet 2003, un campement de gardes a été attaqué la nuit et les baraques de relais radio ont été brûlées. Une étude aérienne effectuée en août 2003 a permis de découvrir 34 carcasses fraîches d’éléphants et deux de rhinocéros. Tous ces animaux avaient été tués par des fusils automatiques et leurs défenses et cornes avaient été arrachées. En novembre 2003, 47 autres carcasses fraîches d’éléphants ont été retrouvées dans une zone vitale pour les rhinocéros blancs du Nord. Le 20 avril 2004, le Centre a reçu un autre rapport du Projet de la Garamba selon lequel des braconniers soudanais avaient été repérés avec 25 ânes chargés d’ivoire ; ils se dirigeaient en toute hâte vers la frontière soudanaise. Des patrouilles terrestres ont retrouvé les carcasses de deux rhinocéros et de 12 éléphants dans la zone. Seules les cornes et les défenses avaient été emportées. C’est la première fois que l’on observe l’abbatage de bêtes de somme par des braconniers. On a aujourd’hui la preuve qu’entre septembre 2003 et le moment où ce document a été préparé, au moins cinq rhinocéros ont été tués sur une population totale d’une trentaine d’animaux. Maintenant que les braconniers ont pénétré au cœur du Parc, la menace pour les derniers spécimens de rhinocéros blanc du Nord est plus forte qu’elle ne l’a jamais été  durant ces 20 dernières années. Les braconniers sont principalement des rebelles du SPLA (Armée de libération populaire du Soudan), aidés par des porteurs congolais. Comble de l’ironie, l’intensification du braconnage semble être liée aux progrès des pourparlers de paix au Soudan et à l’accord de cessez-le-feu intervenu entre le SPLA et le Gouvernement soudanais qui a pour effet de ramener les combattants du front, lesquels s’adonnent alors au braconnage. Il convient de noter qu’un groupe important de rebelles du SPLA est stationné dans la ville d’Aba, en RDC, et qu’il n’y a aucune présence militaire de la RDC dans cette région. Devant la gravité de la situation, une stratégie d’urgence a été élaborée par l’ICCN et ses partenaires pour tenter de mettre fin à ces agissements. Elle consiste à former les gardes pour qu’ils soient plus à même de faire face à des combattants professionnels, à leur fournir le matériel nécessaire pour faire respecter la loi de manière plus efficace et à faire pression sur le SPLA pour qu’il retire ses combattants de la région. Plusieurs réunions ont déjà eu lieu avec des responsables du SPLA qui ont promis de rappeler leurs troupes ; mais le commandant local du SPLA refuse jusqu’à présent de se plier à cette décision. Un rapport sur la situation a été adressé par l’UNESCO à la MONUC, lui demandant d’envisager l’envoi d’observateurs militaires dans la région et de tenir informé le Secrétaire général des Nations Unies, ainsi que l’Envoyé spécial des Nations Unies pour les besoins humanitaires au Soudan.

 

La situation dans le Parc national de la Salonga reste inchangée. Des braconniers, souvent d’anciens militaires ou rebelles équipés d’armes automatiques et de hors-bord, sévissent sur les rivières du Parc, la viande et l’ivoire étant transportées par avion jusqu’à Kinshasa. Bien que les gardes du Parc reçoivent une aide du projet UNESCO/UNF et d’autres partenaires comme la Zoological Society of Milwaukee, principalement sous forme de salaires, de rations, de médicaments et d’équipements (limités), le Parc manque toujours cruellement de fonds et reste mal géré. Les gardes n’ont que quelques armes saisies aux braconniers et ne sont pas autorisés à porter un uniforme. La Wildlife Conservation Society (WCS) s’est lancée dans des études sur les principales espèces. Les premiers résultats montrent que dans certaines zones les populations de grands mammifères ont énormément diminué. La WCS mène aussi des études socio-économiques et a entrepris un recensement de population dans le corridor qui sépare les deux principaux massifs forestiers du Parc, dans le cadre du projet belge de conservation mis en œuvre par le Centre.

Avec le retour de la stabilité dans le pays, le Gouvernement envisage de remettre en état le réseau routier national de la RDC avec l’aide de bailleurs de fonds comme la Banque mondiale et l’Union européenne. Des travaux sont déjà prévus sur les routes qui traversent la Réserve de faune à okapis et le Parc national de Kahuzi-Biega. Il sera important de veiller à ce que ces travaux d’infrastructure n’aient pas d’incidences négatives sur l’habitat des biens du patrimoine mondial. La réouverture des routes à la circulation automobile pourrait entraîner l’intensification du commerce de la viande de brousse et des déplacements de population des régions à forte densité démographique vers les zones voisines des biens.

Le Centre a continué à apporter son aide aux cinq biens du patrimoine mondial par le biais de son projet « Conservation de la biodiversité dans les régions de conflit armé : protéger le patrimoine naturel mondial de la République démocratique du Congo », en coopération étroite avec l’ICCN et ses partenaires de terrain pour chacun des biens, à savoir l’Agence allemande de coopération technique GTZ, la Wildlife Conservation Society (WCS), Gilman International Conservation (GIC), l’International Rhino Foundation (IRF), le World Wide Fund for Nature (WWF), la Zoological Society of London (ZSL), l’International Gorilla Conservation Programme (IGCP) et la Zoological Society of Milwaukee (ZSM). Financé par la Fondation des Nations Unies avec une aide complémentaire du Gouvernement belge, ce projet devrait s’achever en décembre 2004.

Comme l’avait recommandé la 27e session du Comité, le Directeur général de l’UNESCO a lancé, en coopération avec le Gouvernement de la RDC, une campagne internationale visant à collecter les fonds nécessaires pour poursuivre les activités de conservation des biens du patrimoine mondial de la RDC. Une conférence à haut niveau aura lieu au siège de l’UNESCO les 16 et 17 septembre 2004. Elle a pour objectifs : (a) d’obtenir l’engagement politique du Gouvernement de transition de s’attaquer aux principaux problèmes de conservation des biens du patrimoine mondial, notamment les empiètements, l’extraction illégale des ressources et la présence de militaires et de groupes armés ; (b) de mobiliser les ressources financières nécessaires pour soutenir les activités du projet UNESCO/UNF et permettre aux cinq biens de retrouver leurs valeurs de patrimoine mondial ; et (c) de sensibiliser la communauté internationale à la conservation des biens du patrimoine mondial en RDC. Le Président de la RDC a accepté l’invitation du Directeur général de participer à cette conférence, prouvant ainsi son attachement à la conservation des biens du patrimoine mondial. Plusieurs personnalités, dont le Président de la République française et la famille royale de Belgique, ont déjà accepté de parrainer l’événement. Le Gouvernement belge, le Gouvernement italien et l’UNF se sont dits prêts à soutenir le futur programme à travers une aide financière à l’UNESCO. L’UNESCO a également engagé des discussions avec l’Union européenne, la Banque mondiale, le Programme régional de l’Afrique centrale pour l’Environnement et d’autres organismes sur les moyens d’aider les biens dans le cadre de leurs initiatives (actuelles ou à venir) dans le bassin du Congo. En marge de la conférence, le Gouvernement belge organisera du 8 au 27 septembre 2004 à l’UNESCO une exposition sur la diversité biologique et culturelle de la RDC. A la conférence des bailleurs de fonds, l’UNESCO espère obtenir de quelques-uns des principaux organismes donateurs multilatéraux, comme la Banque mondiale et l’Union européenne, la promesse d’investir dans le renforcement des capacités dans les aires protégées, notamment sur les cinq sites du patrimoine mondial de la RDC.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 28 COM 15A.3

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Exprime ses sincères condoléances aux familles des membres du personnel duparc qui ont perdu la vie en tentant de protéger les biens du patrimoinemondial ;

2. Félicite l’Institut Congolais pour la conservation de la nature (ICCN), et plusspécialement son personnel de terrain extrêmement dévoué, ainsi que l’UNESCO et les partenaires du projet « Conservation de la biodiversité dansles régions de conflit armé » pour les efforts déployés afin de protéger l’intégrité et les valeurs de patrimoine mondial des biens ;

3. Se réjouit que l’installation du gouvernement de transition de la RDC et le déploiement de la Mission de l'organisation des Nations unies en RépubliqueDémocratique du Congo (MONUC) autour de certains biens aientpratiquement mis fin aux hostilités à l’intérieur du périmètre des cinq biens du patrimoine mondial et autour, et qu’ils aient permis à l’ICCN, l’organismechargé de leur gestion, de reprendre le contrôle de certaines parties de quelques biens ;

4. Se déclare de nouveau sérieusement préoccupé par les menaces qui continuentde peser sur les biens, en particulier l’empiètement et l’extraction des ressources naturelles, notamment l’exploitation minière, avec le consentementdes autorités politiques ou militaires locales, ainsi que le braconnage et le traficde l’ivoire par des groupes armés, notamment d’anciens groupes de rebelles en attente de démobilisation ou d’intégration dans l’armée nationale ;

5. Se déclare particulièrement préoccupé par l’augmentation soudaine dubraconnage dans le Parc national de la Garamba, braconnage qui est le fait de combattants du SPLA et menace d’extinction la dernière population derhinocéros blancs du Nord ;

6. Prie instamment le gouvernement de transition de la RDC de prendre toutes les dispositions nécessaires pour restaurer l’intégrité des biens, notamment desParcs nationaux des Virunga et de Kahuzi-Biega, en prenant de toute urgencedes mesures pour évacuer tous les établissements illégaux et mettre fin à l’extraction illégale des ressources ;

7. Prie également instamment le gouvernement de transition de la RDC de retirertoutes les positions militaires, notamment les troupes d’anciens rebelles en attente de démobilisation ou d’intégration dans l’armée nationale, des cinqbiens du patrimoine mondial et de les stationner à une distance suffisante desbiens et demande à la MONUC d’accorder une attention particulière à la démobilisation et au désarmement des groupes armés à l’intérieur du périmètreet à proximité immédiate des biens ;

8. Demande au Directeur général de l’UNESCO de faire appel aux Nations Unies et de recourir à toutes autres voies diplomatiques appropriées afin qu’ellesusent de leur influence pour convaincre les hauts responsables du SPLA d’ordonner à leurs combattants de cesser tout braconnage et de retirer immédiatement les troupes du SPLA (Sudanese People’s Liberation Army) desenvirons du Parc national de la Garamba ;

9. Félicite le Directeur général de l’UNESCO pour l’organisation en septembre 2004 d’une conférence à haut niveau sur la conservation des biens dupatrimoine mondial de la RDC et invite tous les Etats parties à la Conventiondu patrimoine mondial, ainsi que les fondations et organismes donateurs internationaux et le secteur privé, à soutenir cette initiative et les efforts deréhabilitation des cinq biens du patrimoine mondial qui feront suite à laconférence ;

10. Invite le Centre du patrimoine mondial à intensifier sa coopération avec lesConventions apparentées, par exemple la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction (CITES),et avec d’autres organes compétents des Nations Unies, en vue de laconservation des biens ;

11. Demande au Centre du patrimoine mondial et l’UICN, en coopération avec l’État partie, d’entreprendre une mission aux parcs nationaux de Virunga, deKahuzi-Biega et de la Garamba, ainsi que dans la réserve de faune à Okapisafin d’évaluer leur état de conservation et de soumettre un rapport pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 29e session en 2005 ;

12. Demande que le Directeur général de l’UNESCO contacte d’urgence lePrésident du Rwanda afin de solliciter des informations sur la déforestation qui aurait lieu avec le soutien du commandement des Forces militaires rwandaisesdans le secteur de Mikeno du Parc national des Virunga, et pour inviter legouvernement du Rwanda à coopérer en ce sens avec le gouvernement de transition de la RDC et à respecter l’intégrité du bien ;

13. Décide de maintenir les Parcs nationaux de la Garamba, de la Salonga, de Kahuzi-Biega et des Virunga, ainsi que la Réserve de faune à okapis sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 28 COM 15C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Faisant suite à l’examen des rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-04/28.COM/15A Rev),

2. Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :