A la suite de la demande de la 28e session du Comité (Suzhou, 2004), une mission commune a été entreprise par l’ICOMOS et le Centre du patrimoine mondial, du 21 au 27 avril 2005, afin d’évaluer les mesures prises par l’Etat partie pour protéger les valeurs de patrimoine mondial du bien.
La mission commune ICOMOS/Centre du patrimoine mondial a étudié diverses méthodes de gestion de ce bien. Parmi celles-ci, la méthode conçue par l’HUDCO (Housing and Urban Development Authority) en consultation avec l’ASI (Archaeological Survey of India) ces 18 derniers mois et présentée dans les documents remis à la mission. Ces documents sont intitulés : « Site du patrimoine mondial de l’Ensemble du temple de la Mahabodhi : Plan de gestion du site » (le document lui-même accompagné d’une sortie papier d’une présentation PowerPoint), « Plan d’aménagement patrimonial de Bodhgaya, Vision 2001-2031 : Le plan », et « Plan d’aménagement patrimonial de Bodhgaya, Vision 2001-2031 : Analyse des tâches ». Une autre méthode possible, fondée sur la protection des valeurs de patrimoine mondial du bien, a également été présentée par un expert en conservation. A la suite d’entretiens à Delhi et Bodhgaya, suivis d’une visite du site et de ses alentours, la mission a fait les remarques suivantes :
a) Avancement de la finalisation du plan de gestion établi par l’HUDCO :
Ce plan de gestion (avril 2005) constitue un remarquable effort pour synthétiser l’analyse de questions essentielles d’aménagement et de conservation. Il présente aussi des recommandations pour planifier l’action afin d’améliorer l’entretien du bien et de ses zones tampons adjacentes. Toutefois, comme l’ont noté les auteurs du rapport, le plan de gestion n’est actuellement qu’un document d’orientation présentant uniquement des suggestions d’amélioration. La mission a aussi constaté d’importantes faiblesses dans le document, en particulier dans la définition de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Elle a aussi constaté que, malgré la présence de nombreuses recommandations utiles sur le renforcement du contrôle dans la zone tampon de l’Ensemble du temple de la Mahabodhi, en attendant leur adoption et intégration au plan d’aménagement proposé pour Bodhgaya, ces recommandations ne sont pas appliquées.
L’ICOMOS recommande de suspendre le travail sur le plan de gestion du bien jusqu’à ce que toutes les conditions nécessaires à l’exécution du plan soient en place.
b) Nécessité d’établir un mécanisme de gestion approprié :
La dernière partie du plan de gestion du bien porte sur « le mécanisme institutionnel pour la mise en œuvre du plan ». Reconnaissant que l’autorité du Comité de gestion du temple de Bodhgaya (BTMC), bien que créée en 1949, se limite à l’Ensemble du temple de la Mahabodhi, et que le contrôle de la zone tampon proposée exige la participation des propriétaires voisins, le rapport étudie divers mécanismes de gestion intégrée, depuis le renforcement de la BTMC jusqu’à la création d’une nouvelle autorité de gestion du bien du patrimoine mondial.
c) Nécessité d’une structure juridique de protection adaptée, aux niveaux national et de l’Etat, pour étayer le plan de gestion du bien :
Alors que la gestion d’un bien du patrimoine mondial exige normalement la plus haute protection possible au niveau national, dans le cas présent, l’ASI est fermement convaincu qu’un classement national impliquant une « protection en qualité de monument » serait contre-productif, étant donné l’importance du site, considéré comme un patrimoine religieux vivant. De même, le gouvernement de l’Etat du Bihar estime que du fait du rôle statutaire du BTMC, il n’y a pas besoin de notification au niveau de l’Etat. Le gouvernement de l’Etat est toutefois prêt à étendre son autorité de contrôle de l’aménagement sur la zone tampon, par le biais de mesures proposées dans le plan d’aménagement de Bodhgaya.
d) Contrôles à établir dans les zones tampons proposées par l’Etat partie lors de l’inscription :
Le plan de gestion du bien établi par l’HUDCO prévoit des contrôles de l’aménagement dans les zones tampons définies lors de l’inscription. La zone tampon d’un kilomètre de rayon est divisée en deux « aires spéciales », l’une dans laquelle l’aménagement est interdit à une distance inférieure à 0,5 km environ du temple, et l’autre dans laquelle des aménagements ne dépassant pas un étage sont autorisés à une distance entre 0,5 km et un km du temple. Les limites des deux zone tampons internes ont été adaptées pour se conformer au terrain et les dispositions de contrôle proposées sont précisées et renforcées. Il a aussi été défini une zone de « plus grande périphérie » qui s’étend au-delà de la zone tampon d’1 km, jusqu’à deux km sur la berge de la rivière du coté du temple. Ces dispositions – du fait qu’elles impliquent une modification de la définition de la zone tampon et du régime de protection proposé lors de l’inscription – doivent être communiquées au Comité du patrimoine mondial, une fois adoptées dans le cadre du plan d’aménagement de Bodhgaya.
e) Faisabilité de l’extension du bien inscrit, pour inclure le paysage culturel environnant associé à la présence et à l’illumination du Bouddha dans la région :
La mission a observé l’importance d’envisager la possibilité d’une extension à long terme de ce bien, au-delà de l’Ensemble du temple de la Mahabodhi, pour inclure le paysage culturel environnant directement associé à l’illumination du Bouddha. Le renforcement des définitions des limites de la zone tampon et des dispositions de contrôle dans le cadre du plan d’aménagement de Bodhgaya constitue une mesure de contrôle bienvenue dans une vaste zone à l’extérieur de l’Ensemble classé du temple de la Mahabodhi. En cas d’adoption de ces mesures de contrôle, cela assurerait une très bonne protection de la valeur universelle exceptionnelle reconnue à l’inscription ; cela permettrait aussi d’assurer le maintien du caractère du paysage culturel immédiatement adjacent. Il serait utile, lors de l’étude des conséquences d’une éventuelle extension, d’évaluer l’étendue du paysage au-delà de la zone tampon et des zones périphériques décrites plus haut, pour identifier les parties du paysage vernaculaire associées à toutes les facettes de la recherche et de l’atteinte de l’illumination par le Bouddha, y compris notamment le mont Pragbodhi, les berges de la rivière adjacente, etc.
f) La mission a également noté l’importance du processus d’étude réalisée par des pairs, défini par le Comité à sa 28e session (Suzhou, 2004) et demandé à l’Etat partie. Cette étude a été réalisée par deux professionnels indiens en mars 2005. Leur rapport a été adressé par l’ASI à la mission UNESCO le 27 avril 2005.
L’Etat partie a aussi été invité par le Comité à sa 28e session (Suzhou, 2004) à organiser une série d’interventions d’acteurs du processus d’amélioration et de finalisation du plan de gestion. Les auteurs du plan de gestion du bien ont décrit leurs efforts importants pour inclure les partenaires concernés à tous les niveaux dans leur processus de consultation.
La mission a constaté plusieurs empiétements au voisinage immédiat du bien inscrit. Bien que les autorités de l’Etat comme les autorités locales luttent contre ces empiétements, il serait utile de documenter précisément la situation actuelle dans tout le bien inscrit, les zones tampons et les zones périphériques, pour disposer d’un repère qui servirait pour le suivi futur et ferait office de référence.