1.         Monts Rwenzori (Ouganda) (N 684)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1994

Critères  (vii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    1999-2004

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/684/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1995-2006)
Montant total approuvé : 116 739 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/684/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Janvier 2003 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Exploitation minière au sein du bien

b) Ressources humaines et financières insuffisantes

c) Dégradation de la zone tampon

d) Impact du tourisme et des expéditions en montagne

e) Changement climatique

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/684/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

Le 16 février 2012, l'État partie a remis un rapport complet sur l'état de conservation du bien détaillant les progrès accomplis depuis 3 ans, le précédent rapport de l'État partie ayant été remis, en janvier 2009. Le rapport présente un panorama actualisé de la mise en œuvre des programmes du parc à propos des opérations entreprises, de la conservation des ressources, de la collaboration transfrontalière, de la conservation communautaire, des valeurs culturelles et du développement touristique. Par ailleurs, le rapport apporte des informations spécifiques répondant à la décision du Comité 33 COM 7B.7.

a) Gestion

L'État partie rapporte qu'une révision à mi-parcours du Plan général de gestion sur dix ans (General Management Plan – GMP, 2004 - 2014), a été entreprise en 2009 afin d'adapter ses dispositions aux circonstances en évolution. Le GMP prévoit une augmentation du personnel, de 62 employés en 2004 à 111 en 2014 alors que l'État partie fait état d'une réduction de personnel, de 74 employés en 2009 à 64 en 2012. Par ailleurs, les moyens de locomotion sont jugés inappropriés avec uniquement deux véhicules vieillissants et cinq motos. L'État partie note qu'une aide est nécessaire pour résoudre ce problème.

L'État partie signale également que malgré une augmentation du nombre de visiteurs du parc et des recettes, le montant des revenus générés en interne demeure insuffisant et ne couvre que 48% des dépenses courantes du parc (en comparaison : 50% en 2008/2009 et 47% en 2006/2007). La différence est compensée par les donateurs, notamment la Société pour la conservation de la vie sauvage (Wildlife Conservation Society - WCS), le Fonds mondial pour la nature (World Wildflife Fund - WWF) à travers le Projet de gestion environnementale et de conservation des Monts Rwenzori (Rwenzori Mountains Conservation and Environnemental Management Projet - RMCEMP), la Fondation MacArthur et Fauna and Flora et International (FFI).

L'État partie précise par ailleurs qu'un avant-poste, composé d'une unique pièce, a été construit pour le personnel à Mihunga avec l'aide financière du WWF, que le Fond de l'Ouganda pour la conservation environnementale (ECOTRUST) soutient financièrement la construction d'un nouveau centre d'information des visiteurs. Des équipements destinés à accueillir des visiteurs, financés par le secteur privé, ont été construits près de la porte d'accès principale du parc, mais d'autres coûts d'investissement demeurent non satisfaits.

b) Collaboration communautaire

L'État partie fait état d'un vaste programme de collaborations avec les communautés locales qui a eu pour résultat d'importants avantages pour toute une série de partenaires et d'acteurs locaux. Ces initiatives concernent la poursuite d'octroi de concessions touristiques à des groupes communautaires, un nouveau programme visant à renforcer les valeurs culturelles et leurs liens avec la conservation de la biodiversité, un programme de sensibilisation au climat et l'introduction de mesures d'atténuation du changement climatique, dont un programme communautaire de plantation d'arbres afin de stabiliser les rives de la rivière Nyamwamba qui était sujette à une érosion attribuée aux inondations provoquées par les effets du changement climatique (fonte des glaciers).

c) Ressources attribuées à la conservation et à la protection

En dépit des contraintes budgétaires, logistiques et de ressources humaines ci-dessus évoquées, l'État partie fait état d'une augmentation de 50% des actions de patrouille, couvrant ainsi 65% du territoire du parc. Les patrouilles se concentrent sur la zone de basse altitude du parc où les menaces sont plus importantes, principalement la chasse non autorisée, la coupe d'arbre et la collecte de produits liés à la forêt tels que le bambou et le miel.

L'État partie signale également que la récolte de ressources sur le territoire du bien par les communautés locales a été entamée sur la base d'un projet pilote. 14 Protocoles d'entente ont été signés au cours de la période 2009-2012, couverte par le rapport. Ils autorisent les membres de communes voisines à accéder aux ressources du parc.

L'État partie fait également état de progrès considérables accomplis dans la coordination transfrontalière entre la gestion du Parc national des Monts Rwenzori (RMNP) et celle du Parc national des Virunga (VNP), deux biens du patrimoine mondial limitrophes. Deux rencontres des comités directeurs de haut niveau se sont déroulées afin d'établir des accords et des projets actifs de coordination des patrouilles sur les zones frontalières. Six patrouilles coordonnées ont été menées sur une base trimestrielle. Malgré ces avancées, l'État partie signale que certains problèmes déjà identifiés, comme la communication, la restriction aux déplacements transfrontaliers et l'absence de compréhension entre les législations respectives sur la vie sauvage, demeurent irrésolus.

L'État partie précise que les actions des insurgés qui avaient conduit à la fermeture du parc pendant 6 ans (1997-2003), ont décru et qu'il existe une bonne coordination entre les autorités de gestion du parc et les agences en charge de la sécurité dans la collecte d'informations et la mise en place de patrouilles conjointes de maintien de la sécurité du parc.

d) Exploitation minière

L'État partie rapporte que les efforts entrepris par la société Kilembe Mines Limited pour réouvrir la carrière de kaolin du secteur de Kasitoha ont été stoppés en juillet 2006 et qu'aucune activité d'exploitation minière n'a été menée sur le territoire du bien depuis lors. L’État partie précise en outre que l'Autorité ougandaise en charge de la vie sauvage (Uganda Wildlife Authority - UWA) est actuellement en discussion avec le ministère concerné.

e) Gestion du tourisme

L'État partie fait état d'une augmentation annuelle de 20% du nombre de visiteurs depuis 2003 et d'importants aménagements destinés à satisfaire cette demande et à améliorer l'expérience des visiteurs. Le rapport mentionne, entre autres aménagements, la création d'un nouveau circuit de randonnée de 67 kilomètres au départ de Kilembe, une nouvelle concession de gestion et huit camps de tentes, le développement des chalets pour le séjour des visiteurs sur la route centrale de trekking à Nyabitaba, l'amélioration des sentiers et chemins pour les visiteurs et la construction de trois panneaux d'informations. L’État partie reconnait cependant que la satisfaction des visiteurs n'est pas encore parfaite et que des améliorations doivent avoir lieu.

f) Recherche et suivi

L'État partie signale que les efforts de suivi actuellement entrepris se concentrent sur trois sujets, à savoir, l'inventaire des ressources, le suivi des récoltes dans les zones spécifiquement désignées à cet usage et les impacts du changement climatique dont, entre autres, la mesure du recul des glaciers, le suivi des données météorologiques et de la qualité des eaux de rivière ainsi que le statut de la situation des chimpanzés. Un ensemble de 11 sujets supplémentaires de recherche a été défini afin d'aider à la prise de décision de la gestion mais ces recherches doivent encore être mises en place.

g) Incendies de forêt

Le Centre du patrimoine mondial a reçu un rapport de l'autorité en charge de la gestion du parc selon lequel en février 2012, des incendies ont commencé dans la zone de Heather/Rapanea (3000/4000 mètres d'altitude) et se sont étendus à la zone de lande afro-alpine (4000/4500 mètres d'altitude). En raison du fort taux d'humidité et des basses pressions, la possibilité d'incendies dans cette zone a été estimée comme faible et n'a donc pas été envisagée dans le projet de plan de gestion des incendies 2007-2014. L'autorité en charge de la gestion du parc a répondu à cette menace en assurant la sécurité des visiteurs présents dans la zone, en créant des tranchées pare-feu autour des infrastructures susceptibles de bruler, en envoyant 30 membres de communautés locales éteindre les incendies et en diffusant une campagne de sensibilisation sur deux radios locales qui a eu pour conséquence l'enrôlement de 100 volontaires pour éteindre les incendies. Ceux-ci ont dévasté une zone de 4800 hectares, ce qui représente environ 5% du territoire du bien. Les impacts sur la végétation, sur les animaux qui se déplacent lentement, sur le microbiote, sur les conditions écologiques de l'habitat et sur l'écosystème, tant dans sa structure que dans son fonctionnement, sont jugés comme importants.

Cet incendie a révélé quelques-uns des problèmes opérationnels que doit affronter l'autorité de gestion du parc pour lutter contre des feux à de telles altitudes, notamment l'inadaptation des équipements de lutte contre l'incendie, un piètre réseau de communication et l'absence de mesures de prévention contre l'incendie.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note de l'augmentation du taux de couverture des dépenses courantes par l'augmentation des recettes mais relèvent que des efforts supplémentaires sont nécessaires afin de garantir la durabilité financière des actions de gestion.

Ils font également remarquer qu'il serait bon que les futurs rapports de l'État partie incluent des chiffres issus des relevés du programme de suivi effectués par les gardiens afin de préciser les niveaux et les tendances des activités illégales spécifiques, l'utilisation des ressources collectées sur le territoire du bien, l'étendue et la localisation des zones pilotes de récoltes de ressources et les procédures de réglementation des récoltes et de suivi des impacts.

Ils prennent également note des progrès considérables accomplis par l'État partie dans la participation des communautés locales à la conservation du bien, dans le suivi et le traitement des impacts du changement climatique et dans l'amélioration de la collaboration transfrontalière avec la République démocratique du Congo (RDC) pour la gestion des deux biens du patrimoine mondial limitrophes des Monts de Rwenzori et du Parc National des Virunga. Ils recommandent que le Comité encourage l'État partie à identifier et à mettre en œuvre des mesures complémentaires d'atténuation et d'adaptation au changement climatique en collaboration avec le Groupe des spécialistes de la montagne de la Commission mondiale des aires protégées (CMAP) (World Commission of Protected Areas - WCPA), et d'autres experts, et à renforcer ses efforts de gestion transfrontalière en établissant un protocole plus officiel destiné à régler les problèmes non résolus à ce jour, telles qu'une mauvaise communication et la restriction aux déplacements transfrontaliers.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent également note de la capacité d'adaptation dont a fait preuve l'État partie dans l'entreprise d'examen à mi-parcours du plan de gestion. La mise en oeuvre de ce plan de gestion est néanmoins lente, en raison principalement des actuelles contraintes budgétaires. Ils recommandent donc que le Comité demande à l'État partie d'élaborer une stratégie de financement durable et un plan de développement du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN n'ont pas encore eu l'occasion d'examiner le plan de suivi écologique du bien demandé par le Comité lors de sa 33e session (Séville, 2009), et recommandent que le Comité demande à l'État partie de lui en soumettre un exemplaire ainsi que des informations complémentaires sur la localisation et la superficie des 14 nouvelles zones de récolte ainsi que les résultats préliminaires du suivi de ces zones sur la base des données collectées par les gardiens.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note par ailleurs que des activités d'exploration minière sont actuellement en cours dans la concession des mines de cuivre Kilembe dont le territoire semble recouvrir partiellement la partie sud du bien. Ils recommandent que le Comité demande à l'État partie de faire cesser ces activités et réitère également sa demande auprès de l'État partie afin que celui-ci confirme l'arrêt définitif de toute activité minière et la fin de toute concession sur le territoire du bien, conformément à la position définie par le Comité selon laquelle l'exploration et l'exploitation minières sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial, position soutenue par la déclaration de politique internationale du Conseil International des Mines et Métaux (International Council on Mining and Metals - ICMM) de ne pas mener de telles activités sur le territoire des biens du patrimoine mondial.

Enfin, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note du rapport de gestion des incendies qui inclut des recommandations pour traiter ces problèmes. Ils recommandent que le Comité prie instamment l'État partie de mettre en œuvre ces recommandations dès que possible, en particulier la mise à jour du plan de gestion des incendies qui comprend des dispositions pour la lutte contre les incendies dans toute l'amplitude altitudinale couverte par le bien. Ils recommandent en outre que le Comité prie instamment l'État partie de garantir la disponibilité d'équipements adaptés pour la lutte contre les incendies.

Décision adoptée: 36 COM 7B.4

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7B,

2.   Rappelant la décision 33 COM 7B.7, adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3.   Accueille avec satisfaction les progrès accomplis par l'État partie dans l'engagement des communautés locales dans le processus de conservation du bien ;

4.   Réitère sa demande auprès de l'État partie afin qu'il poursuive les efforts entrepris dans l'élaboration d'une stratégie de financement durable et d'un business plan, et appelle la communauté internationale des donateurs à renforcer l'aide apportée à la gestion du bien ;

5.   Accueille également avec satisfaction la collaboration transfrontalière entre les États parties d'Ouganda et de République démocratique du Congo dans la coordination d'actions de protection dans la zone frontalière entre les deux biens limitrophes du Parc national des Monts Rwenzori et du Parc national des Virunga, et encourage les États parties à renforcer cette collaboration par l'établissement d'un protocole officiel destiné à traiter les points non résolus à ce jour tels que les problèmes de communication et les restrictions aux déplacements transfrontaliers ;

6.   Apprécie les efforts entrepris par l'État partie pour suivre les impacts du changement climatique et mettre en place des mesures d'atténuation et d'adaptation, et encourage également l'État partie à consulter le Groupe de spécialistes de la montagne de la Commission mondiale des aires protégées (CMAP) (World Commission on Protected Areas - WCPA) et d'autres experts afin d'identifier et de mettre en œuvre des mesures complémentaires de sauvegarde à long terme de la valeur universelle exceptionnelle du bien ;

7.   Constate avec inquiétude les dommages provoqués par les récents incendies de forêt sur le territoire du bien, révélant l'équipement inadapté de l'autorité en charge de la gestion du parc pour lutter contre les feux de végétation de haute altitude et prie instamment l'État partie de mettre en œuvre les recommandations du rapport de gestion et de garantir la disponibilité d'équipements adaptés de lutte contre l'incendie ;

8.   Réitère sa demande auprès de l'État partie afin qu'il révoque toute licence actuellement accordée d'exploitation minière sur le territoire du bien et qu'il garantisse qu'aucune licence à l’intérieur du bien ne sera accordée à l'avenir, conformément à la position définie par le Comité selon laquelle l'exploration et l'exploitation minières sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial et à la déclaration de politique internationale du Conseil international des Mines et Métaux (International Council on Mining and Metals  - ICMM) de ne mener aucune de ces activités sur le territoire des biens du patrimoine mondial ;

9.   Demande à l'État partie de confirmer la cessation définitive des activités d'exploitation minière sur le territoire du bien et des licences accordées à cette fin, et, de soumettre un exemplaire du plan de suivi écologique du parc au Centre du patrimoine mondial d’ici le 1er février 2014, ainsi que des informations complémentaires sur la localisation et la superficie des 14 nouvelles zones de récolte de ressources, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014.