1.         Île de Saint-Louis (Sénégal) (C 956bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2000

Critères  (ii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/956/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1997-1997)
Montant total approuvé : 11 500 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/956/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Gestion du site; Etat de péril des bâtiments ; Inondation et désordre entraînés par la modification de l’embouchure du fleuve Sénégal.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/956/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2005

Depuis 2000, année de l’inscription de l’Ile de Saint-Louis sur la Liste du patrimoine mondial, des activités de conservation sont menées avec l’appui de la France par le biais de la Convention France-UNESCO pour le patrimoine et du Ministère des Affaires étrangères. Cet appui se traduit par la mise à disposition au Centre du patrimoine mondial de l’expertise française, ainsi que par la coopération décentralisée entre la Ville de Saint-Louis du Sénégal et la Communauté urbaine de Lille Métropole (France), pour soutenir les actions de conservation et de mise en valeur du site.

A l’inscription du site, il n’existait pas de mécanisme de gestion approprié pour faire face à la situation préoccupante du patrimoine bâti. Afin de répondre à ce manque, plusieurs opérations d’assistance technique et de renforcement des capacités ont été engagées. Un gestionnaire de site a été formé dans le cadre du programme Africa 2009. L’élaboration du Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) de la ville sous l’autorité de la Direction du Patrimoine culturel du Sénégal a été lancée dans le cadre de la Convention France-UNESCO. En outre, un architecte français du patrimoine a été mis à disposition de la Direction du patrimoine culturel du Sénégal pour finaliser le PSMV et suivre les dossiers d’évolution du bâti à l’intérieur du périmètre classé, en coordination avec les services techniques de la Ville. Les autorités françaises soutiennent également la création d’une Maison du Patrimoine qui sera un centre d’information, une structure de coordination, et abritera un chantier-école appliqué à la restauration du bâtiment et des filières des métiers de conservation.

Parallèlement aux actions de mise en valeur et de sauvegarde, l’Ile de Saint-Louis a été retenu comme un des sites pilotes du projet intersectoriel français de Réduction de la pauvreté par la mise en valeur et la gestion des ressources culturelles. Un système de micro-crédits a été mis en place et a permis réaliser des opérations de restauration et d’amélioration de l’habitat.

Une mission UNESCO composée d’experts français et d’experts du Centre du patrimoine mondial, s’est rendue à l’Ile de Saint-Louis du 26 mars au 3 avril 2004 pour procéder à l’évaluation du patrimoine bâti inscrit sur la Liste du patrimoine mondial et proposer aux autorités de tutelle des mesures d’accompagnement adaptées pour la gestion du site. Le rapport de mission soumis au Centre du patrimoine mondial a fait état de la situation suivante :

a)  Le site urbain est menacé. En effet, le Pont Faidherbe qui relie la ville à l’ensemble classé est dans un état sérieux de dégradation. Il a été constaté l’existence d’interventions de la municipalité susceptibles de modifier l’aspect de ce paysage, par l’apparition de constructions inopportunes, de clôtures opaques ou encore de barrières végétales implantées sans analyse paysagère permettant d’en mesurer l’impact visuel et susceptibles de perturber l’harmonie et la continuité des lieux ;

b)  Une soixantaine d’immeubles publics et privés sont aujourd’hui sérieusement menacés d’écroulement. Ce péril est caractérisé par le délabrement de l’ensemble des maçonneries porteuses, y compris les balcons, et par le défaut d’étanchéité des couvertures (terrasses et toitures). Les causes supposées de l’état de péril sont diverses : absence d’entretien par les propriétaires, occupation sans statut, abandon délibéré ou intention spéculative. Nombreuses de ces maisons périlleuses sont soit habitées par des familles en situation d’occupation de fait, soit ne sont plus occupées par la volonté et le contrôle d’un propriétaire identifiable, ou parce ce qu’elles sont réduites à l’état de ruine. La mission a en outre souligné que ces constructions présentaient le danger le plus immédiat. Les familles qui les occupent risquent d’être les premières victimes de l’effondrement prévisible de la construction. En témoigne un effondrement récent qui a provoqué la mort d’un enfant, enseveli sous les décombres. Les expertises et les concertations ont conduit à insister sur la nécessité d’une intervention urgente des services responsables compétents. Cela afin de consolider des bâtiments qui sont menacés de ruines comme de protéger les populations d’un péril certain.

Toujours d’après le rapport de mission, il paraît fondamental, au regard de la préservation et de la mise en valeur du bâti ancien, de stopper rapidement le phénomène de dégradation et démolition des bâtiments qui favorise :

i)  la spéculation foncière et l’évincement des habitants les plus pauvres ;

ii)  la tendance du marché local de la construction (promoteurs et entrepreneurs) à privilégier la construction neuve au détriment de la restauration du bâti existant ;

iii)  l’abandon de l’île par les classes moyennes au profit de la périphérie de la ville ;

iv)  la production d’un bâti dont l’aspect architectural hétéroclite, en totale contradiction avec le patrimoine ancien qui dénature irrémédiablement la cohérence historique du site urbain.

En conclusion, bien que des efforts soient entrepris grâce au soutien de la France, le bien demeure aujourd’hui encore gravement menacé dans son intégrité. Il est dans un état de dégradation préoccupant. Les témoins architecturaux disparaissent trop souvent sous la démolition et les nombreuses actions de « restauration » sauvage ou mal encadrées. Les nouvelles constructions publiques et privés, autorisées ou non, ne s’intègrent pas à l’exceptionnel ensemble urbain (gabarit, typologie, style…), et en occultent les éléments subsistants. Le Directeur du Centre du patrimoine a adressé en janvier 2004, un courrier au Ministre de la Culture et du patrimoine classé du Sénégal, pour lui faire part de ses préoccupations.

Le gouvernement belge (Région Wallonie, Ville de Liège) appuie également les activités de conservation à Saint-Louis. Son concours a notamment permis la restauration de l’ancienne Assemblée territoriale qui abritera le futur Conseil régional.

Afin d’encourager les différents intervenants à travailler ensemble dans un but commun de sauvegarde du bien du patrimoine mondial, l’UNESCO a proposé aux autorités sénégalaises d’organiser avec et les autorités municipales, un manifestation réunissant les différents partenaires et bailleurs de fonds internationaux impliqués à Paris. Il est également à noter qu’en octobre 2004, une mission conjointe d’expertise et d’évaluation composée des représentants de l’UNESCO, de la France, et de la Communauté urbaine de Lille Métropole (LMCU) s’est de nouveau rendue sur l’Ile de Saint-Louis pour accompagner l’installation de la base de données de l’inventaire et le relevé du bâti réalisé dans le cadre de la coopération décentralisée Saint-Louis–Lille Métropole Communauté Urbaine, réalisée par l’Ecole d’architecture de Lille (France). 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 29 COM 7B.38

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-05/29.COM/7B.Rev,

2. Rappelant qu'au terme de l'article 11, paragraphe 4 de la Convention et du paragraphe 177 de ses Orientations, le péril peut être constaté sur un bien lorsque de grands travaux sont nécessaires pour sa sauvegarde,

3. Encourage les autorités sénégalaises et les autorités locales à continuer à travailler ensemble à la conservation et la mise en valeur du bien, notamment en collaborant à la mise en place d'une Maison du Patrimoine ;

4. Invite l'Etat partie du Sénégal à poursuivre ses efforts pour la sauvegarde et la protection de l'Ile de Saint-Louis et encourage le reste de la communauté internationale à soutenir ces efforts ;

5. Invite également l'Etat partie à organiser au Siège de l'UNESCO une réunion de bailleurs de fonds et des principaux partenaires de la communauté internationale actifs au Sénégal ;

6. Demande au Centre du patrimoine mondial, à l'ICOMOS et à l'ICCROM d'entreprendre, en collaboration avec l'Etat partie, une mission conjointe d'évaluation de l'état de conservation du bien, et de présenter un rapport pour examen par le Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006);

7. Considère que, en fonction des résultats de cette mission, le Comité pourrait décider d'inscrire le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.