1.         Réserve de faune à okapis (République démocratique du Congo) (N 718)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1996

Critères  (x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1997-présent

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/718/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1993-2000)
Montant total approuvé : 28 400 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/718/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Missions UNESCO en 1996 (Parc national des Virunga et Parc national de Kahuzi-Biega) et en 2000

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Conflit armé et instabilité politique, braconnage, déforestation, empiétement des populations locales et réfugiées, exploitation minière artisanale, immigration clandestine (Réserve de faune à okapis), expansion de pêcheries illégales (Parc national des Virunga).

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/718/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2005

L’Etat partie a présenté son rapport le 23 mars 2005. Le document comporte un résumé de deux pages sur chaque bien, donnant des informations sur les événements qui se sont déroulés en 2003 et 2004, l’état de conservation des biens et les efforts déployés durant cette période pour conserver ces biens. L’Etat partie note qu’ils sont tous les cinq encore en péril, souvent gravement menacés, mais qu’au cours des deux dernières années, ils ont tous bénéficié d’importantes interventions pour assurer leur protection, en particulier grâce au projet UNESCO/FNU/ICCN. C’est la première fois, depuis le déclenchement des hostilités, que l’Etat partie a pu présenter un rapport officiel unifié sur l’état de conservation des cinq biens, signe d’une amélioration progressive de la situation politique depuis l’installation du gouvernement de transition en 2003. Le personnel du siège de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), à Kinshasa, peut maintenant se rendre sur les lieux et les gestionnaires de site envoyer des rapports réguliers à Kinshasa. Cependant, force est de constater que, malgré la réunification officielle du pays, l’influence politique des autorités de Kinshasa reste limitée à l’Est et le processus de normalisation politique a tendance à ralentir à l’approche des élections prévues en juin 2005 mais qui vont probablement être encore retardées de six mois.

Malheureusement, les conditions de sécurité à l’Est restent extrêmement difficiles en raison de la présence continue de milices armées. C’est ce qu’ont encore démontré les récents affrontrements dans la province d’Ituri, qui ont entraîné la mort de neuf casques bleus des Nations Unies et de cinquante miliciens en février 2005. Dans un rapport récent, la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) a annoncé le désarmement volontaire de près de 10 000 miliciens de la région d’Ituri à la date limite du 1er avril 2004, estimant à 3 000 les milices armées restant dans la région. Toutefois, il convient de noter que la MONUC a concentré ses efforts de désarmement dans la partie de l’Ituri ayant connu de violents affrontements entre les tribus Hema et Lendu et que, jusqu’à présent, les opérations de désarmement ont été beaucoup moins nombreuses autour des différents biens du patrimoine mondial.

De plus, l’unification de l’armée progresse aussi très lentement, d’où l’insuffisance du pouvoir central sur les anciens groupes rebelles qui participent souvent au braconnage et continuent de créer un climat d’insécurité. Selon les observations recueillies, pendant que les membres de l’armée régulière et de la police pratiquent le braconnage à l’intérieur et autour des parcs, le braconnage auquel se livrent les groupes armés est sans doute la plus sérieuse menace qui pèse sur ces biens.

Malgré l’invitation de l’Etat partie à effectuer une mission sur chacun de ces sites, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN n’ont pu faire aucune visite en raison de l’insécurité générale dans l’Est de la RDC et des difficultés techniques liées à la désignation d’un expert approprié. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que l’Etat partie est désireux d’accueillir la mission et réitèrent leur volonté de la mener à bien dès que les conditions de sécurité se seront améliorées.

Avec l’appui des gouvernements belge et japonais, ainsi que de la Fondation des Nations Unies, l’UNESCO a organisé en septembre 2004 une conférence internationale et un événement intitulé « Congo, patrimoine en péril ». Grâce à cet événement, le Centre du patrimoine mondial entendait obtenir un engagement politique de haut niveau de la part du gouvernement congolais pour la conservation des biens, assurer l’assistance technique et financière pour la reconstruction et la gestion des biens et sensibiliser l’opinion publique internationale à la situation des biens du patrimoine mondial de la RDC. Ont assisté à la conférence Son Excellence M. Z’Ahidi Arthur Ngoma, l’un des quatre Vice-Présidents, plusieurs autres membres du gouvernement, ainsi que des députés et de hauts fonctionnaires de plusieurs ministères. Prenant la parole au nom du Président et du gouvernement congolais, M. Z’Ahidi Arthur Ngoma s’est engagé à soutenir l’action du Centre du patrimoine mondial et de ses partenaires pour la sauvegarde des cinq biens du patrimoine mondial et a annoncé que le gouvernement allait prendre les mesures appropriées pour évacuer les troupes armées et les populations qui menacent l’intégrité de ces biens, restaurer leur intégrité en tenant compte des préoccupations des populations locales grâce à des projets de développement et de reconstruction et garantir le paiement des salaires du personnel des cinq parcs nationaux. Les principaux bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux (l’Union européenne, la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le Développement, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, la France et les Etats-Unis d’Amérique) qui assistaient aussi à la conférence, ont annoncé une aide de près de 50 millions de dollars EU en faveur de la conservation du système d’aires protégées de la RDC dans les cinq ans à venir. Une part importante de l’aide sera versée directement au titre de la conservation des cinq biens du patrimoine mondial.

Dans le prolongement de la conférence, le Centre du patrimoine mondial a proposé au gouvernement de créer une commission interministérielle réunissant tous les ministères concernés par l’environnement et les forêts, l’occupation des terres, les mines, la défense, le tourisme, la justice, l’intérieur et autres, responsables du suivi de l’engagement pris par le Vice-Président. Cette commission, qui a été créée, est placée sous l’autorité du Vice-Président. Il faut espérer qu’elle permettra à l’ICCN de faire avancer certains problèmes auxquels sont confrontés les biens, notamment dans le cas où une décision doit être prise par un autre ministère que celui de l’Environnement, ou même par le Conseil des Ministres.

Réserve de faune à okapis

Bien que la Réserve de faune à okapis se trouve dans la région d’Ituri, elle a échappé aux répercussions de la flambée de violence dans la région, qui se concentre à l’est de la réserve. Comme cela a été observé à la 28e session (Suzhou, 2004), la principale menace pour le bien vient de la recrudescence du braconnage et, en particulier, du braconnage des éléphants perpétré par des groupes militaires. Le rapport de l’Etat partie confirme que des militaires appartenant à deux factions rebelles (MLC-ALC et APC-ML) et des membres de la police nationale se livrent au braconnage intensif des éléphants. Selon les estimations, entre juin et décembre 2004, 17 tonnes d’ivoire ont été recueillies, ce qui représente 750 à 1 000 éléphants. Un rapport de la direction du parc daté de décembre 2004 donne des détails sur les commandants de l’armée et les marchands impliqués dans le trafic de l’ivoire et de la viande d’éléphant. Lors de la 28e session (Suzhou, 2004), il a été signalé que 230 à 460 éléphants ont été tués entre 2002 et 2003. Ces chiffres représentent au total le quart de la population d’éléphants que comptait la réserve avant la guerre, ce qui montre la gravité de la situation. Il convient de noter que la Réserve de faune à okapis abrite sans doute la plus importante population restante d’éléphants de forêt en RDC. En mars 2005, l’UICN a reçu les rapports du bureau du MIKE (Monitoring of Illegal Killing of Elephants) de la Convention de la CITES à Nairobi, indiquant que l’ivoire de la région trouve son chemin à travers le Soudan en direction du Moyen-Orient et de l’Extrême-Orient. A l’heure actuelle le personnel de l’ICCN contrôle uniquement le centre de la réserve et bien que des patrouilles sporadiques soient organisées dans les autres parties, les gardes forestiers sont dans l’incapacité de stopper le braconnage des militaires qui opèrent dans ces aires. L’ICCN, ainsi que ses partenaires, discutent actuellement avec les plus hautes autorités militaires de Kinshasa de la mise en place d’une vaste opération conjointe avec l’armée en vue d’expulser les braconniers de la réserve. Une opération analogue menée en 2001 a donné des résultats très positifs. Les ressources nécessaires au financement de cette opération restent encore à trouver.

L’exploitation minière illégale demeure aussi une menace pour la réserve. En juillet 2004, plus d’un millier de chercheurs de diamant artisanaux ont envahi une partie des secteurs centre et ouest de la réserve, mais les autorités du parc ont pu les expulser après avoir installé sur les lieux un poste de garde provisoire. En mars 2005, 226 chercheurs d’or ont été appréhendés dans le secteur sud-est et 460 dans le secteur est. On leur a donné jusqu’en juin pour évacuer la réserve de leur plein gré.

Un problème de conservation à plus long terme concerne la gestion démographique à l’intérieur du bien. Lors de la création de la réserve, la population locale installée autour de la route de Mambassa avait été autorisée à rester sur place. Une récente étude démographique réalisée grâce au financement de la Belgique indique que la réserve compte actuellement environ 17 000 habitants, dont 9 000 pygmées Mbuti et Efe. Ce chiffre est relativement stable depuis 1994. Des efforts sont faits, d’une part, pour délimiter les zones à usage agricole non loin de la route, ainsi que les réserves de chasse traditionnelles des Mbuti et des Efe, et d’autre part, pour instaurer un système permettant de contrôler l’immigration dans la réserve. Cependant, la même étude révèle que la population aux abords immédiats de la réserve a sensiblement augmenté durant la même période, du fait de l’immigration des hauts plateaux densément peuplés à l’est de la réserve, ce qui entraîne une pression accrue.

Parc national de Kahuzi-Biega

Lors de la 28e session (Suzhou, 2004), un rapport a été remis sur la mutinerie de l’armée en mai 2004 à Bukavu, qui a abouti à un regain d’occupation et au pillage du siège du parc. Depuis lors, la situation s’est normalisée, bien que l’insécurité demeure un grave problème dans cette zone. Le rapport de l’Etat partie confirme que les autorités du parc ont pu renforcer leur présence dans des aires auparavant inaccessibles, notamment en plaine autour des sous-stations d’Itebero et Nzovu et des postes de patrouille réouverts de Lemera, Musenyi et Madiriri. Il faudra néanmoins du temps avant que les patrouilles couvrent avec autant d’efficacité l’ensemble du bassin qui échappe à tout contrôle depuis le début de la guerre en 1998. Le couloir névralgique qui relie les plateaux à la cuvette continue cependant d’échapper totalement au contrôle de l’ICCN et est largement empiété par des fermes qui entraînent une importante déforestation.

L’exploitation minière demeure un sérieux problème, surtout en plaine. L’Etat partie signale sur place la présence de plus de 10 000 personnes qui creusent le sol à la recherche de minerais tels que la colombo-tantalite, la cassitérite ou l’or. La présence de campements de mineurs favorise aussi la chasse commerciale à des fins alimentaires, la pollution des cours d’eau et la déforestation localisée. Avec le nouvel essor que connaît l’industrie informatique, la crainte est de voir  bientôt une remontée de la demande de tantale, ce qui se traduirait par une pression accrue sur les ressources de la RDC. À cet égard, l’UICN réaffirme sa position en indiquant qu’aucune exploitation minière ne doit être autorisée sur les sites classés au patrimoine mondial et rappelle qu’elle a demandé l’interdiction complète de l’extraction minière dans tous les biens de RDC inscrits au patrimoine mondial. Il est essentiel de parvenir à réglementer l’industrie du coltan en RDC pour faire évoluer correctement le marché du tantale.

L’empiétement est un autre problème important, surtout dans le couloir et sur la frange méridionale des plateaux. L’Etat partie a indiqué que les autorités du parc avaient pu récupérer récemment plus de 3 000 hectares de terres à l’intérieur du site, vendus en toute illégalité par les autorités locales pendant la guerre.

En novembre 2004, la Wildlife Conservation Society a pu organiser dans le parc un nouveau comptage des principales espèces phares du secteur des plateaux. C’est ainsi qu’elle a recensé 163 gorilles de Grauer, une nette augmentation comparé au dernier recensement de 2000 qui n’en totalisait que 130. Un inventaire dressé en 1996, juste avant le début de la guerre, révélait la présence de quelque 240 gorilles dans le secteur. Cela indique que la population se reconstitue lentement. Ce repeuplement est un réel succès pour les gardes du parc qui tentent de sauvegarder la population de gorilles restante dans des circonstances souvent extrêmement difficiles, avec le concours de la GTZ (German Technical Cooperation) et du Centre du patrimoine mondial. L’inventaire a également confirmé la quasi-extinction de la population d’éléphants dans le secteur, que l’on estimait à 400 animaux avant la guerre. La disparition des éléphants s’accompagne d’une évolution de la végétation et est considérée comme l’un des facteurs d’expansion d’une liane, Sericostachys scandens, qui étouffe les arbres, créant un habitat plus ouvert et dégradé, parsemé d’arbres morts. Ces zones dégarnies risquent aussi de faciliter la progression des feux de brousse. Les incendies les plus importants, sans doute allumés par des miliciens, se sont déclarés dans le secteur en juillet 2004 et ont pu être maîtrisés avec l’aide des populations locales.

Parc national des Virunga

Les Principales menaces pour le Parc national des Virunga demeurent l’empiétement de l’aire protégée et la présence de groupes armés à l’intérieur et autour du parc. Lors de la 28e session (Suzhou, 2004), un rapport a été présenté sur la déforestation qui sévit dans le secteur de Mikeno, à la frontière du Rwanda, depuis mai 2004. Ce secteur abrite la principale population de gorilles du parc. Le Centre du patrimoine mondial a reçu une lettre de l’Etat partie le 24 juin 2004, affirmant que les forces militaires rwandaises étaient directement responsables de la déforestation. Les ONG de conservation ont également confirmé que des véhicules en provenance du Rwanda passaient la frontière en introduisant des gens pour abattre les arbres. Après plusieurs interventions du PNUE, de l’UNESCO, de l’Union européenne et d’ONG de conservation, la destruction des forêts a été arrêtée fin juin. Le WWF, en coopération avec l’Université de Louvain-La-Neuve, a présenté un rapport détaillé, basé sur des images prises par satellite, sur l’impact et l’ampleur de la destruction. Le rapport estime que 1 480 ha ont été touchés : 417 ha entièrement déboisés, 640 ha fortement dégradés et 417 ha dégradés. Depuis l’arrêt de cette destruction, un mur en pierres sèches a été érigé sur 20 km le long du parc et de la frontière internationale, avec l’aide du WWF, du PNUE, du Programme international de conservation des gorilles, de l’Union européenne, de la Frankfurt Zoological Society et en coopération avec les populations locales, évitant ainsi de nouveaux dégâts et la ruée des animaux sur les cultures.

Le document présenté à la dernière session donnait une vue d’ensemble des aires qui sont affectées par des empiétements illicites. Depuis le commencement de la guerre, 89 311 ha d’empiétements ont été inventoriés. Certaines zones n’ont pas encore été recensées en raison de difficultés d’accès dues à des problèmes de sécurité. C’est notamment le cas des bords du lac Edward et de l’aire de Kirolirwe. On estime qu’au moins 60 000 personnes vivent à l’intérieur du parc où 5 778 logements permanents ont été inventoriés. Grâce au programme de l’UNESCO et au financement du gouvernement belge, le WWF a lancé un programme global pour travailler avec les populations locales à l’évacuation des terres empiétées. Le programme a remporté un vif succès et, à ce jour, on estime à 40 000 le nombre d’habitants ayant accepté de quitter les lieux, ce qui a permis de récupérer 65 353 ha de terres. Le Centre du patrimoine mondial vient de conclure un nouvel accord avec le WWF pour intensifier ces efforts. Dans le cadre de l’accord, un inventaire détaillé indiquera les terres empiétées sur les bords du lac Edward, dans le secteur de Tongo et la région de Kirolirwe ; d’après les résultats obtenus, des négociations seront entamées pour évacuer au moins l’une des aires étudiées. Le projet prévoit également d’établir une version actualisée de la frontière du parc en calculant les coordonnées géographiques de chacune de ses sections. Pour accompagner ces efforts, la Frankfurt Zoological Society et German Agro-action, avec le financement de l’Union européenne, mettent en place des projets autour du bien en vue d’offrir des alternatives aux gens qui acceptent de quitter les lieux. Bien qu’il reste encore beaucoup à faire pour relever ce défi, il est encourageant de constater que des progrès importants ont été faits pour contrer cette menace sérieuse qui pèse sur le bien.

La présence de groupes armés continue aussi de menacer lourdement le bien et la sécurité du personnel du parc. Tous les camps militaires mentionnés dans le rapport de l’an dernier occupent toujours les lieux. Les efforts de l’ICCN pour obtenir le transfert à l’extérieur du camp principal de Nyaleke établi dans le secteur nord du parc, n’ont rien donné jusqu’à maintenant. Il faut espérer que l’engagement pris par le Vice-Président, lors de la conférence de septembre 2004, de faire évacuer les troupes de tous les biens contribuera à faire avancer les choses. Le parc continue aussi d’abriter plusieurs groupes d’insurgés rwandais et ougandais. Selon le personnel de l’ICCN, près d’une centaine de gardiens du parc a été tuée depuis le début de la guerre. Pas plus tard que le 15 avril 2005, l’un d’eux a été tué dans une embuscade par les milices d’Interahamwe dans le secteur de Rwindi. Le rapport de l’Etat partie mentionne également de violents accrochages qui se sont produits à Kanyabayonga, en décembre 2004, suivis d’un braconnage intensif dans le secteur central.

Il convient aussi de noter que l’aide accordée au Parc national des Virunga a progressé de manière significative depuis la 28e session (Suzhou, 2004). Comme cela a été annoncé à la conférence de septembre, un financement important pour la gestion du bien a été accordé par l’Union européenne, par l’intermédiaire du WWF et de la Zoological Society of London. L’Union européenne finance également les travaux d’aménagement et de reconstruction autour du parc. La Frankfurt Zoological Society s’est également lancée dans la préparation d’un nouveau plan de gestion du bien et le recyclage de son personnel. Ces opérations complètent les activités que mènent déjà le Programme international de conservation des gorilles et le WWF dans le secteur des gorilles, ainsi que l’aide octroyée par le programme UNESCO/FNU/ICCN.

Parc national de la Garamba

La situation continue à se détériorer dans le Parc national de la Garamba. La progression spectaculaire du braconnage depuis juillet 2003 a été signalée à la 28e session (Suzhou, 2004), de sorte que le rhinocéros blanc du nord endémique, espèce phare du bien, a quasiment disparu et qu’on observe un déclin alarmant des populations d’éléphants, de la girafe du Congo et d’autres animaux sauvages. Le rapport de l’Etat partie indique que, depuis le début des hostilités, le nombre d’éléphants est passé de 15 000 à 4 000 et le nombre de girafes endémiques de 200 à moins de 60. L’extraordinaire déclin de la population de rhinocéros a été confirmé par une nouvelle reconnaissance aérienne datant de juillet 2004, qui a permis de recenser seulement 15 individus dans le parc et les traces de deux autres dans les réserves de chasse voisines. Un vol de reconnaissance analogue effectué en avril 2003 avait compté 30 individus, puis 22 en août 2003, ce qui marque un rapide déclin depuis le milieu de l’année 2003. Au vu de ces résultats, une réunion a été organisée à Nairobi avec les délégués de l’ICCN, les partenaires et les bailleurs de fonds qui contribuent déjà à la gestion du bien à l’exemple de l’International Rhino Foundation, de la Frankfurt Zoological Society et du Centre du patrimoine mondial ainsi que de nouveaux partenaires qui s’intéressent à cette cause, tels que Fauna and Flora International, la Fondation des parcs africains et la Banque mondiale. La réunion a élaboré une nouvelle stratégie d’urgence pour mettre fin au braconnage dans le secteur sud du parc et sauver le rhinocéros blanc du nord de l’extinction à l’état sauvage. Les partenaires des organismes de conservation ont engagé un montant total de 1 million de dollars EU pour la première année d’application de la stratégie, dont près de 300.000 dollars EU ont été versés par le Centre du patrimoine mondial (dans le cadre du projet de la FNU, de l’aide belge à la conservation locale et du soutien accordé au titre du fonds-en-dépôt italien). La réunion a également convenu que si le déclin du rhinocéros blanc ne pouvait être enrayé avant la fin de 2004, il fallait envisager de transférer un petit groupe en lieu sûr. En septembre 2004, l’Union européenne a annoncé pendant la conférence de l’UNESCO sur les biens du patrimoine mondial en RDC, qu’elle allait soutenir le plan d’urgence en prodiguant des conseils d’experts et des services de formation pour améliorer la lutte anti-braconnage. Les experts ont une longue expérience en matière de répression du braconnage intensif et ont également mis au point la stratégie de lutte anti-braconnage dans le Parc national du Manovo-Gounda St. Floris.

Malgré tous ces efforts, il a été impossible jusqu’à maintenant de mettre fin à la pratique du braconnage. Les raisons principales semblent être le degré d’organisation des braconniers soudanais qui sont aguerris et très bien armés, le mauvais moral des gardiens du parc, l’absence totale d’armes à feu et de munitions en état de marche, le manque de formation adéquate des gardes-chasse pour affronter ces niveaux de braconnage, les tensions ethniques au sein de la garde, ainsi que les tensions entre l’ICCN et ses partenaires et la désorganisation du personnel de l’ICCN après des années d’isolement. Qui plus est, aucun contrôle de la frontière internationale n’est assuré par l’armée régulière congolaise. On a trouvé neuf nouvelles carcasses de rhinocéros en 2004. Un survol effectué en novembre n’a permis de détecter que quatre rhinocéros dans le parc et les traces de trois autres dans les réserves de chasse. Bien que ce comptage ait été fait à la saison des herbes hautes, ce qui donne des résultats moins fiables, il révèle néanmoins la gravité de la situation. En mars 2005, le gardien du parc a signalé la trace des douze rhinocéros qui restent sur le site et autour des réserves de chasse, bien que ce comptage soit peut-être redondant.

Au rythme actuel du braconnage, il y a un réel danger de voir disparaître le rhinocéros blanc du nord à l’état sauvage d’ici la fin de l’année. La chance de réintroduire l’espèce est aussi extrêmement limitée, car la population naturelle de Garamba est la dernière colonie connue et il y a dix sujets en captivité, dont trois seulement sont issus de l’élevage mais génétiquement liés. Face à cette situation, le Groupe de l’UICN spécialiste du rhinocéros africain a envoyé un courrier daté du 9 novembre 2004 à l’ICCN, l’engageant vivement à proposer le transfert en lieu sûr d’un petit groupe de cinq rhinocéros. Un plan de transfert possible a été élaboré et soumis par l’ICCN au ministère de l’Environnement. Après consultation avec l’UICN, le Centre du patrimoine mondial a envoyé un courrier à l’Etat partie le 23 décembre 2004, pour soutenir le plan d’urgence proposé en priant l’Etat partie de prendre une décision aussi vite que possible. Du 10 au 15 janvier 2005, une mission dirigée par le Groupe de l’UICN spécialiste du rhinocéros africain, où étaient représentés le Centre du patrimoine mondial, l’UICN et les différentes ONG qui travaillent à Garamba, s’est rendue à Kinshasa et a eu des entretiens avec plusieurs hauts fonctionnaires, dont deux des quatre Vice-Présidents, au sujet du projet de transfert. La mission a été informée que le gouvernement souscrivait à ce projet, une prise de position confirmée ultérieurement par le Vice-Président Z’Ahidi Ngoma lors d’une réunion avec un représentant du Centre du patrimoine mondial le 14 février dernier. Toutefois, après l’annonce du transfert, les opposants à cette mesure ont pu rallier un grand nombre de politiciens hostiles à la décision. Au moment de rédiger le présent rapport, aucune décision officielle n’a encore été prise mais il semble fort peu probable que le gouvernement approuve le transfert, compte tenu de l’opposition politique et de la perspective des prochaines élections. Le choc à l’annonce du transfert a également suscité des protestations locales et une insécurité accrue dans le parc, ce qui a obligé les ONG à suspendre leurs activités sur place, y compris le paiement des primes au personnel travaillant sur le terrain et le retrait de leur personnel expatrié.

Il convient de préciser que la présence du rhinocéros blanc du nord, ainsi que des importantes populations d’éléphants et d’autres espèces comme la girafe endémique du Congo, sont les principaux éléments ayant justifié l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en 1980 ; c’est pourquoi la conservation de ces espèces devrait être une priorité de l’Etat partie et de la communauté internationale. Si le rhinocéros blanc du nord venait à disparaître, il faudrait peut-être réévaluer la valeur universelle exceptionnelle du bien.

Bien que l’Etat partie ait invité une mission spéciale à Garamba à la fin de février 2005, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN n’ont malheureusement pas pu entreprendre ce déplacement vu les conditions de sécurité incertaines dans la région. Devant cet état d’urgence, l’Etat partie est poussé à accepter le transfert au Kenya d’au moins cinq rhinocéros blancs du nord, sachant que même si la conservation in situ était l’option préférée, les conditions qui règnent à l’heure actuelle dans le parc de la Garamba ne suffisent plus à garantir la protection des espèces. L’Etat partie est aussi engagé vivement à prendre toutes les mesures qui s’imposent pour mettre fin au braconnage. Il lui est plus précisément demandé d’assurer la sécurité de la frontière internationale avec le Soudan et de fournir au personnel du parc les armes et munitions suffisantes pour endiguer la menace du braconnage. L’ICCN et ses partenaires sont invités à travailler ensemble de façon constructive pour trouver des solutions à la crise que traverse le parc et relancer dès que possible les activités de conservation.

Parc national de la Salonga

En 2003 et 2004, la Wildlife Conservation Society, avec l’appui du programme CITES/MIKE, de l’US Fish and Wildlife Service et du WWF, a effectué un premier survol de reconnaissance complet des espèces principales, couvrant la quasi-totalité du secteur sud et les deux tiers du secteur nord de ce parc de 36 000 km2. Les équipes de reconnaissance ont trouvé des traces d’activité humaine dans presque tous les coins du parc. Malgré son isolement, il est en effet très accessible par l’étendue de son système fluvial. Le braconnage à des fins mercantiles est l’activité principale, mais des activités de pêche illégales et des exploitations forestières clandestines ont également été observées. Il existe plusieurs villages permanents à l’intérieur du parc. Les éléphants semblent être les premières victimes du braconnage intensif et l’espèce a été décimée dans de vastes proportions, même s’il reste encore quelques bastions. Le travail d’inventaire confirme que le parc abrite d’importantes colonies de bonobos bien qu’elles soient surtout localisées dans la partie sud du secteur sud et dans la partie nord-ouest du secteur nord. On pense que cette répartition inégale provient de différences écologiques.

Depuis la 28e session (Suzhou, 2004), l’aide à la conservation du parc a progressé de manière significative. Jusqu’à présent, les activités étaient concentrées sur la recherche, un soutien étant accordé aux mesures de conservation par l’intermédiaire du programme UNESCO/FNU/ ICCN et de la Zoological Society of Milwaukee. En 2004, le WWF a lancé un grand programme de conservation financé par l’Union européenne et l’USAID a financé le programme CARPE. Cela a déjà permis de créer deux nouveaux postes de surveillance. Une première réunion sur place de toutes les organisations qui soutiennent le parc s’est tenue à Monkoto en novembre 2004. Il faut espérer que l’aide croissante dont bénéficie le bien permettra de multiplier les programmes de conservation et de couvrir une plus grande partie de l’ensemble. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 29 COM 7A.4

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-05/29.COM/7A et le projet de décision 29 COM 7A.4.Rev,

2. Rappelant la décision 28 COM 15A.3, adoptée à sa 28e session (Suzhou, 2004),

3. Réitère sa vive préoccupation face aux menaces permanentes qui pèsent sur les cinq biens de la République démocratique du Congo, en particulier l’empiétement et l’extraction des ressources naturelles, inter alia l’exploitation minière, le braconnage et le trafic de l’ivoire par des groupes armés, dont certains appartiennent à l’armée de métier, à la police nationale et d’anciennes troupes de rebelles qui attendent la démobilisation ou leur intégration dans l’armée nationale;

4. Se déclare extrêmement préoccupé par le braconnage permanent dans le Parc national de la Garamba, qui aboutira à l’extinction imminente du rhinocéros blanc du Nord vivant à l’état naturel et compromettra la valeur universelle exceptionnelle au titre de laquelle le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial;

5. Félicite l’ICCN, organe de gestion de la République démocratique du Congo et, en particulier, son personnel motivé sur le terrain, l’UNESCO et ses partenaires du projet « Conservation de la biodiversité dans les régions de conflit armé », ainsi que les autres organisations qui coopèrent avec l’ICCN, pour leurs efforts permanents visant à protéger l’intégrité et les valeurs de patrimoine mondial des cinq biens;

6. Remercie le Centre du patrimoine mondial d’avoir organisé la conférence internationale sur la conservation des biens du patrimoine mondial de la République démocratique du Congo en septembre 2004 et les gouvernements de la Belgique, de l’Allemagne, de l’Italie et des Etats-Unis d’Amérique, l’Union européenne, la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le Développement et la Fondation des Nations Unies du soutien qu’ils ont annoncé lors de cette conférence en faveur de la conservation des biens de la République démocratique du Congo;

7. Demande instamment à l’Etat partie de la République démocratique du Congo de respecter l’engagement qu’il a clairement manifesté durant la conférence internationale portant entre autres sur la création d’un comité de suivi interministériel sous la présidence du Vice-président;

8. Engage aussi vivement l’Etat partie à appliquer immédiatement les mesures annoncées à la conférence internationale sur la conservation des biens de la République démocratique du Congo afin de garantir leur intégrité, en particulier l’évacuation de toutes les troupes armées de ces biens;

9. Demande en outre instamment aux agences de financement multilatérales et aux pays donateurs ayant conclu des accords bilatéraux d’honorer leurs engagements pris à lors la réunion susmentionnée en faveur de la conservation des biens de la République démocratique du Congo;

10. Engage fortement l’Etat partie à autoriser le transfert en lieu sûr d’un nombre restreint de spécimens de rhinocéros blancs du Nord, comme l’avait recommandé le groupe de l’UICN spécialiste du rhinocéros africain;

11. Demande la coopération de l’Etat partie soudanais pour s’assurer, en vertu de l’article 6.3 de la Convention, qu’aucune mesure ne sera prise, qui menace la valeur ou l’intégrité d’un bien situé sur le territoire d’un autre Etat partie à la Convention ;

12. Invite le Directeur général de l’UNESCO à prendre contact avec le Président de la République démocratique du Congo pour lui faire part de sa sérieuse préoccupation concernant le Parc national de la Garamba, et à prendre contact avec le gouvernement soudanais pour tenter d’obtenir sa coopération pour lutter contre les menaces de braconnage provenant de son territoire;

13. Invite également le Directeur général de l’UNESCO à user de ses bons offices pour sensibiliser toutes les parties concernées au risque réel qui met en péril la valeur universelle exceptionnelle du Parc national de la Garamba, et à engager ces parties à entamer un dialogue pour éviter de perdre cette valeur;

14. Engage fermement l’Etat partie à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la conservation in situ du rhinocéros blanc du Nord et à assurer la sécurité du Parc national de la Garamba, en particulier en renforçant le personnel de surveillance par une brigade de l’armée, comme l’a annoncé le gouvernement, et en fournissant les ressources financières et l’équipement nécessaires aux opérations de lutte contre le braconnage menées par l’ICCN;

15. Regrette que les missions de suivi au Parc national de Kahuzi-Biega, au Parc national des Virunga, à la Réserve de faune à okapis et au Parc national de la Garamba n’aient pu avoir lieu pour des conditions de sécurité dans la région, et demande de nouveau que l’UICN et le Centre du patrimoine mondial entreprennent ces missions dès que l’état de sécurité le permettra;

16. Demande à l’Etat partie de présenter, avant le 1er février 2006, un rapport actualisé sur l’état de conservation des biens, la situation du rhinocéros blanc du Nord dans le Parc national de la Garamba, les mesures d’atténuation prises pour éviter son extinction et les progrès accomplis pour assurer l’intégrité des biens du patrimoine mondial de la République démocratique du Congo, pour examen par le Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006);

17. Décide de maintenir les Parcs nationaux de la Garamba, de la Salonga, de Kahuzi-Biega et des Virunga, et la Réserve de faune à okapis (République démocratique du Congo), sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

18. Estime que, si d’ici le , la présence du rhinocéros blanc du Nord dans le Parc national de la Garamba (République démocratique du Congo) n’a pas été confirmée, le bien n’aura plus de valeur universelle exceptionnelle; le Comité devra donc envisager de le retirer de la Liste du patrimoine mondial.

Décision adoptée: 29 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Faisant suite à l'examen des rapports sur l'état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-05/29.COM/7A and WHC-05/29.COM/7A.Add),

2. Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :