1.         Île de Saint-Louis (Sénégal) (C 956bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2000

Critères  (ii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/956/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1997-1997)
Montant total approuvé : 11 500 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/956/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 139 000 dollars EU pour l’inventaire général, l’assistance préparatoire au dossier de nomination et la préparation du Plan de sauvegarde et de mise en valeur. 

Missions de suivi antérieures

2004, Mission Convention France UNESCO-Centre du patrimoine mondial

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Absence de réglementation pour la sauvegarde et la mise en valeur du bien ;

b) Absence d’une structure locale de gestion du bien ;

c) Etat de péril du patrimoine bâti ;

d) Intégrité du bien ;

e) Risques de désordre environnementaux dus à la modification de l’embouchure du fleuve Sénégal; 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/956/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2006

Lors de sa 29e session, le Comité a demandé au Centre du patrimoine mondial, à l’ICOMOS et à l’ICCROM d’entreprendre, en collaboration avec l’Etat partie, une mission conjointe d’évaluation de l’état de conservation du bien, et de présenter un rapport pour examen par le Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006). Le Comité avait également demandé à l’Etat partie d’organiser au Siège de l’UNESCO une réunion de bailleurs de fonds et des principaux partenaires de la communauté internationale actifs au Sénégal.

La mission a été organisée du 24 au 28 avril 2006 sur invitation de l’Etat partie. Elle a permis de faire les constatations préoccupantes suivantes :

- Les limites physiques du bien, notamment la définition des éléments qui le composent (ponts et berges) et la définition de sa zone tampon, demeurent imprécises, ce qui rend difficile la mise en place d’une règlementation.

- Des mutations importantes, qui affectent l’intégrité du bien, ont été observées au niveau du bâti. Ces mutations sont principalement dues, à la fois à de mauvaises restaurations qui affectent les structures et les façades des bâtiments (apparitions de balcons en béton, modifications des entrées, etc.), mais également aux nouvelles constructions visibles dans la ville, qui utilisent des matériaux et une typologie inadaptés.

- 17 unités architecturales sur les 1344 de l’île, sont toujours en état de péril inquiétant et nécessitent la mise en place de dispositifs urgents pour leur sauvegarde. 

- Le site n’est toujours pas doté d’un outil réglementaire et d’une planification urbaine. En effet, le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV), réalisé avec l’appui technique et financier de la Convention France-UNESCO n’est toujours pas achevé. Ce travail réalisé en concertation avec les autorités sénégalaises, et en liaison avec les services techniques de la Ville de Saint-Louis, est toujours en cours et devrait s’achever à la fin du mois de juin 2006.

 

Pour ce qui est des aspects positifs, la mission a constaté une nette amélioration du contexte, du fait d’une prise de conscience de l’ensemble des acteurs du patrimoine impliqués dans la conservation du patrimoine « saint-louisien ». Cette situation se traduisant par une implication progressive de la société civile dans les actions de sauvegarde via les associations, et que depuis 2005, des actions de restauration de quelques bâtiments publics ont été menées. Ces actions ont principalement concerné les bâtiments suivants : le bâtiment de la salle des fêtes, la Grande Mosquée, la maison André Guillabert, trois maisons d’habitation de type « saint-louisien », deux lycées, et le bâtiment Rognat nord. Des projets, tels que la restauration du bâtiment de l’Assemblée territoriale avec l’appui de la Région Wallonie de Belgique, le bâtiment du Rognat sud sur financement de l’Etat, sont également en cours de préparation.

La mission a également permis de constater que la concertation qui existe entre la ville et l’Etat depuis 2004, est sur le point d’être formalisée par une Convention officielle qui devrait être signée, pour une gestion durable du bien du patrimoine mondial. Les deux entités ont dans ce sens entamé des négociations sur le futur Bureau du patrimoine.

En outre, la mission a constaté que deux travées du pont Faidherbe faisaient l’objet de travaux de consolidation, sous la direction de l’Agence autonome des travaux routiers du ministère de l’Equipement du Sénégal. Ces travaux interviennent dans le cadre de la décision du Président de la République française, prise en 2005, d’aider les autorités sénégalaises à restaurer cet ouvrage qui date du 19e siècle et qui est dans état de dégradation avancée. Le projet de restauration sera financé par le biais de l’Agence Française de Développement (AFD) et des autorités sénégalaises. Au cours d’une réunion organisée à Paris, le 17 novembre 2005, le Centre du patrimoine mondial a rappelé à l’AFD la nécessité que les documents techniques de ce projet de restauration lui soient transmis, pour avis technique de l’ICOMOS, afin de préserver ce qui constitue la valeur universelle exceptionnelle de l’île de Saint-Louis. Ces documents n’avaient toujours pas été fournis à la date de la mission, ni par les autorités sénégalaises, ni par l’AFD.

Enfin, la mission a recommandé que soient mises en place les actions suivantes :

a) l’établissement d’un bureau provisoire du patrimoine et le recrutement d’un architecte conseil spécialiste en conservation, qui participerait à la commission des permis de construire, afin d’examiner les demandes de permis, les déclarations de travaux, et de contrôler la bonne exécution des chantiers ;

b) une description précise des limites du bien et une redéfinition de la zone tampon, qui devrait inclure la langue de Barbarie et l’île de Sor ;

c) la révision des responsabilités de gestion des limites communales entre l’île et la commune rurale de Saint- Louis. Cette mesure qui concerne essentiellement la Langue de Barbarie vient en complément au travail de redéfinition et d’extension de la zone tampon du bien ; 

d) la finalisation urgente du PSMV en relation avec le nouveau Plan Directeur d’Urbanisme (PDU) de la ville, afin de combler le vide juridique de protection actuel et fournir les éléments réglementaires que la municipalité et le Service régional de l’urbanisme devront faire appliquer ;

e) la nomination, par le ministère de la Culture, d’un gestionnaire du bien du patrimoine mondial, dont l’une des tâches sera de travailler en étroite collaboration avec la municipalité de Saint-Louis, et d’élaborer le plan de gestion de l’île, en impliquant les représentants des quartiers, les leaders religieux, les autorités militaires et les opérateurs touristiques, afin de définir une vision commune sur la conservation durable du bien du patrimoine mondial ;

f) l’étude du marché de la restauration à Saint-Louis et des savoir-faire disponibles dans la région ;

g) l’initiation d’un projet pilote de restauration d’un îlot ou d’une rue dont l’objectif sera de donner des exemples de bonne pratique de restauration, de relancer la filière de production des matériaux anciens (briques cuite, chaux, etc.) et de recréer des compétences de restauration à Saint-Louis ;

h) l’élaboration par le ministère de la Culture, en coopération avec la ville de Saint-Louis, d’un plan d’action 2006-2008 destiné à mettre en œuvre les recommandations ci-dessus formulées par la mission ICOMOS-ICCROM-Centre du patrimoine mondial. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 30 COM 7B.37

Le Comité du patrimoine mondial ;

1. Ayant examiné le document WHC-06/30.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 29 COM 7B.38, adoptée lors de sa 29e session (Durban, 2005),

3. Remercie l'Etat partie d'avoir organisé la mission conjointe Centre du patrimoine mondial /ICOMOS/ICCROM, compte tenu des résultats de ladite mission;

4. Réitère son invitation à l'Etat partie à organiser, en 2007, une réunion de bailleurs de fonds et des principaux partenaires de la communauté internationale actifs au Sénégal, afin d'harmoniser les interventions présentes et futures sur le bien;

5. Invite l'Etat partie à mettre en œuvre, avant le 1 février 2008, les mesures suivantes qui permettront d'atténuer les menaces pesant sur le bien:

a) Approuver le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) et mettre en place le bureau du patrimoine afin de doter le bien d'un outil règlementaire et d'un service spécialisé, qui permettront de contrôler les mutations architecturales non-conformes et d'assurer la gestion du bien;

b) Préciser les limites du bien et redéfinir la zone tampon pour inclure la langue de Barbarie, conformément aux orientations du PSMV;

c) Nommer un gestionnaire du bien chargé d'élaborer un plan de gestion, de concert avec la Municipalité et les communautés de Saint-Louis;

d) Initier un projet pilote de restauration destiné à fournir un exemple de bonne pratique de restauration, de relancer la filière de production des matériaux et de recréer les compétences de restauration à Saint-Louis;

6. Encourage l'Etat partie à soumettre une demande d'assistance internationale dans le but de mener une étude approfondie sur la relance de la filière de production des matériaux traditionnels (adobe, chaux, etc.) et le développement des compétences de restauration à Saint-Louis;

7. Demande à l'Etat partie de fournir au Centre du patrimoine mondial, avant le 30 septembre 2006, toutes les informations techniques sur le projet de restauration du Pont Faidherbe, afin que le Comité puisse s'assurer que les travaux qui sont prévus assurent la préservation de la valeur universelle du bien;

8. Demande également à l'Etat partie de fournir au Comité, avant le 1 février 2007, un rapport incluant un plan d'action 2006-2008 destiné à mettre en œuvre les recommandations ci-dessus formulées.