En réponse à la décision de la 29e session du Comité (décision 29 COM 7B.7), l’État partie a soumis le 25 janvier 2006 un rapport sur l’état des planifications et constructions de barrages dans les bassins versants des trois fleuves parallèles, adjacents au bien du patrimoine mondial.
Le rapport de l’État partie note qu’il n’existe aucun plan pour des projets de barrages dans les huit zones du bien du patrimoine mondial en série. Toutefois, des plans ont été mis au point pour la construction de stations hydroélectriques dans des zones adjacentes, à l’extérieur du bien.
Selon le rapport de l’État partie, 17 stations hydroélectriques sont actuellement prévues, avec une capacité installée totale de 34,66 millions de KW. Les détails des barrages proposés sont les suivants :
a) neuf stations hydroélectriques sur cascades sont prévues dans le cours moyen et inférieur du fleuve Jinsha. Avant l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial en 2003, onze stations hydroélectriques étaient prévues mais depuis lors, deux des stations de la proposition originale ont été abandonnées en raison de leur impact négatif potentiel sur le bien ;
b) dans le cours supérieur du fleuve Lancang, deux projets optionnels étaient envisagés à l’origine : l’un avec cinq stations hydroélectriques et l’autres avec six stations. En 2003, au moment de l’inscription du bien, c’est le projet de cinq barrages qui a été choisi (de ce fait, le site proposé pour un barrage à Guonian, à l’intérieur du bien du patrimoine mondial, a été abandonné) ;
c) trois stations hydroélectriques sont prévues dans le cours moyen du fleuve Nujiang.
Selon le rapport de l’État partie de janvier 2006, les ministères nationaux et les commissions appropriés avaient en cours d’étude des Rapports sur la planification du développement hydroélectrique sur les fleuves Nujiang, Jinsha et Lancang, et les études d’impact sur l’environnement (EIA) des plans de développement inclus dans ces rapports étaient en préparation. Le gouvernement central n’a pas encore ratifié les plans de développement ; de ce fait, aucun des projets de construction de barrage n’a débuté.
En conclusion, le rapport de l’État partie précisait son intention de renforcer ses efforts pour la protection des ressources naturelles et de l’environnement ; mais il notait en même temps que seule une utilisation scientifique et rationnelle de l’énergie hydroélectrique sur ces trois fleuves peut contribuer aux objectifs communs de protection des ressources naturelles et de développement régional durable.
Une mission de suivi réactif conjointe UICN/UNESCO a eu lieu sur le bien du patrimoine mondial du 5 au 15 avril 2006, conformément à la demande de la 29e session du Comité du patrimoine mondial (29 COM 7B.7). L’objectif était d’évaluer les progrès accomplis dans la conservation du bien en fonction des recommandations du Comité au moment de son inscription et d’évaluer l’impact des barrages hydroélectriques prévus sur la valeur universelle exceptionnelle de ce bien, sur son intégrité et sur les communautés situées en aval.
La mission a noté diverses mesures prises pour renforcer la gestion et la protection du bien. Citons entre autres le réexamen de la législation chinoise sur les zones protégées nationales et du cadre politique ; l’achèvement de plans de gestion pour chacune des huit zones protégées composant le bien du patrimoine mondial en série (mais qui ne sont pas encore tous approuvés) ; le développement de nouvelles structures et réglementations de gestion ; le renforcement des engagements de financement ; les initiatives de reforestation ; et l’arrêt d’une entreprise de carrière de marbre dans la zone de Bingzhongluo faisant partie du bien.
La mission a été informée que les projets à grande échelle tels que les constructions hydroélectriques dans le bassin d’un fleuve exigent des approbations au niveau national et la préparation d’un plan au niveau du bassin. Les plans à développer sur les trois fleuves sont actuellement à l’étude au sein des ministères du gouvernement et n’ont pas encore été rendus publics. La mission a reçu des autorités l’assurance que les barrages futurs n’affecteraient pas le bien du patrimoine mondial. Toutefois, la mission n’a pas reçu les EIA ni les plans de développement hydroélectrique et n’a donc pu confirmer cette information. Par ailleurs, les preuves apportées par les cartes, l’inspection des travaux exploratoires des développements hydroélectriques, le manqué de clarté des limites et des avis sur des barrages proposés à proximité du bien du patrimoine mondial suggèrent que les impacts directs et indirects de la construction de barrages sur le bien pourraient être considérables. Il est par conséquent impossible, tant que les plans ne seront pas confirmés et les EIA communiquées pour être étudiées, d’affirmer catégoriquement que les barrages sur les fleuves Nujiang, Lancang et Jinsha n’auront aucun impact sur le bien du patrimoine mondial.
Au moment de l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial, l’UICN a noté que la clarification des limites était nécessaire, en particulier pour inclure d’autres zones de valeur naturelle élevée et pour agrandir les zones centrales. La mission s’est toutefois inquiétée, en particulier, d’une mauvaise définition des limites et de changements envisagés qui pourraient modifier de manière significative le bien tel qu’inscrit à l’origine. La mission a appris que si deux sites en série sont actuellement proposés pour addition au bien, des modifications substantielles des limites sont également proposées, ce qui pourrait au total réduire de 20% la taille actuelle du bien. Parmi les inquiétudes, citons la proposition de transformer le régime de protection des montagnes Gaoligong le long de la frontière de Myanmar d’une protection continue en deux zones protégées séparées. La mission a noté qu’à l’heure actuelle, les limites du bien du patrimoine mondial sont confuses et qu’il n’y a aucune démarcation apparente sur le terrain par signalisation ou tout autre moyen.
La mission a également appris l’existence d’activités minières affectant le bien du patrimoine mondial. Selon le document intitulé « Normes de protection pour le site du patrimoine mondial des ‘‘trois fleuves parallèles’’ de la province du Yunnan » adopté par le Congrès du peuple du Yunnan le 24 octobre 2005, le groupement de Montagne rouge de ce bien contient un certain nombre de petites mines en exploitation. Le document suggère aussi une modification significative des limites du bien du patrimoine mondial, essentiellement pour éviter tout conflit avec son statut de patrimoine mondial et ses valeurs de conservation. De plus, les autorités envisagent actuellement une proposition de vastes mines de cuivre, de plomb et de zinc qui pourraient avoir un impact sur le bien, selon les limites définitives.
Un certain nombre d’autres questions de gestion affectent ce bien, y compris les retards de mise en œuvre des plans de gestion dus aux retards d’approbation et l’absence d’une planification coordonnée et stratégique du tourisme.
En résumé, la mission de suivi UICN/UNESCO a constaté que les mesures de conservation positives avancées par l’État partie sont malheureusement éclipsées par les graves inquiétudes concernant les plans non encore publics de développement hydroélectrique, la situation des activités minières à l’intérieur du bien patrimoine mondial et l’intégrité des limites du bien.