1.         Monuments historiques à Makli, Thatta (Pakistan) (C 143)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (iii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/143/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/143/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

30 000 dollars EU du fonds du programme régulier de l’UNESCO pour l’étude des conditions du monument Jam Nizamuddin (2011)

Missions de suivi antérieures

Novembre-décembre 2006 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; Octobre 2010 : mission d’information du Centre du patrimoine mondial sur le site à la suite des inondations qui ont dévasté la région en août 2010 ; May 2012 : mission conjointe de suivi réactif UNESCO/ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Délabrement majeur du bien causé par les conditions climatiques locales et l’érosion alluviale

b) Stabilité des fondations (mécanique de la terre) de la tombe de Jam Nizamuddin

c) Absence de définition des limites du bien et de la zone tampon de la nécropole

d) Absence de suivi

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/143/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

L’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation au Centre du patrimoine mondial (CPM) en novembre 2011. Le rapport de l’État partie répond aux questions soulevées dans la décision 35 COM 7B.76.

Le bien est très étendu et son accès est, par conséquent, difficile à surveiller. Vols et fouilles illicites sont fréquents, déchets et incendies posent des problèmes et vandalisme et usure générale affectent également les sites. Les structures d’accueil sont très simples avec, par exemple, un approvisionnement en eau très limité, des accès difficiles et peu d’interprétation sur le site. Sur place, les commodités sont rares, avec seulement quelques échoppes, des transports publics et un hébergement touristique limités. Des suggestions ont été faites en matière de zonage des monuments, d’accès, de surveillance et de pose de clôtures.

En réponse à la demande du Comité à sa 35e session, une mission conjointe UNESCO/ICOMOS a visité le bien entre le 5 et le 10 mai 2012. Au moment de la rédaction du présent rapport, seul un projet du rapport de mission était disponible. Ce rapport confirme que presqu’aucune des recommandations faites par le Comité du patrimoine mondial contenues dans la décision 35 COM 7B.76 n’a été remplie.

a) Gestion du bien

Le rapport de l’État partie mentionne qu’en 2011, la responsabilité du bien est passée du gouvernement fédéral au gouvernement provincial (département de la Culture, gouvernement de Sindh).

La mission rapportait que, selon le 18e amendement constitutionnel, les biens culturels ont été décentralisés vers les provinces. Depuis lors, le site de Makli, inscrit au patrimoine mondial, et celui de Mohenjodaro sont placés sous la surveillance du Directorat de l’archéologie nouvellement fondé dans la province de Sindh qui relève du département de la Culture du gouvernement de Sindh.

La mission considérait que, étant à la tête de plus de 1200 monuments de la province, la capacité actuelle de ce directorat était insuffisante pour diriger professionnellement le Directorat de l’archéologie. Pendant la mission, le Directeur était absent et aucun personnel technique n’assistait aux réunions. Toutefois, la mission fut informée que les travaux réalisés sur le bien avaient été confiés en sous-traitance à l’ONG ‘Heritage Foundation’ qui était représentée par un architecte de la conservation, au titre d’un protocole d’accord signé entre le gouvernement de Sindh et la Fondation du patrimoine pour une prise en charge conjointe du bien.

b) Travaux de conservation

L’État partie rapporte qu’aucune opération majeure de conservation n’a été entreprise depuis la dernière visite de suivi et que, de fait, aucun rapport n’a été adressé au CPM. Le rapport dresse un état des lieux détaillé des monuments du bien. Les monuments sont confrontés à diverses menaces notamment la détérioration des briques et de la maçonnerie résultant de l’érosion, de l’action du vent, de la dilatation thermique, de l’absence de réparation structurelle, de l’action chimique des sels et de divers dommages structurels non définis consécutifs aux séismes. Le rapport donne des détails sur les projets de réparation de chaque monument, mais ne s’étend pas sur leur contenu, mise en œuvre ni modalités de financement.

Le rapport évoque plusieurs propositions tendant à lutter contre les nombreux problèmes auxquels le bien est confronté. Ces propositions incluent notamment une analyse des composants chimiques et des programmes de désalinisation et de suivi. Le rapport préconise à juste titre de réparer et rejointoyer la maçonnerie au lieu de remplacer ou redresser les pierres comme cela a précédemment été entrepris sur le site pour prévenir la dégradation de l’intégrité des structures. Il fait état de conseils techniques pour réparer, rejointoyer et gobeter les structures en briques et maçonnerie, recommandant des interventions minimales et non un remplacement ou une reconstruction à grande échelle et souligne la nécessité d’entreprendre des études archéologiques et architecturales avant toute intervention.

La mission indiquait que presqu’aucune des mesure n’a été mise en œuvre pour traiter les sérieuses détériorations dont souffre le bien, aggravées par les deux saisons de mousson de 2010 et 2011. Récemment, la Fondation du patrimoine a commencé des travaux sur deux monuments de la période Samma proches de la tombe de Jam Nizamuddin, effectué une première évaluation générale des dommages causés à 36 monuments et rassemblé une documentation détaillée sur la tombe de Jam Nizamuddin.

c) Plan d’action d’urgence

Le rapport de l’État partie indique qu’un plan d’action d’urgence a été élaboré par le département de la Culture en collaboration avec l’administration du district comme demandé à la 33e session du Comité du patrimoine mondial. L’empiètement sur le bien de personnes déplacées à la suite des récentes inondations (un problème signalé lors de la mission d’évaluation des conséquences des inondations en 2010) a été empêché par la pose de clôtures et la mise en place d’une aide d’urgence en dehors du site, conformément à ce plan.

La mission a noté que le plan d’urgence en cas de catastrophe du District de Thatta, préparé par l’autorité de gestion des catastrophes du district (DDMA), ne précise pas la situation particulière du bien du patrimoine mondial et ne se réfère pas à un plan d’urgence spécifique pour le bien de Makli. La mission a recommandé qu’un plan de gestion des risques de catastrophes soit préparé afin de garantir que le bien ne soit pas utilisé comme zone d’évacuation en cas de situation d’urgence.

d) Adoption d’un schéma directeur général et préparation d’un plan de gestion

Le rapport indique qu’un plan pour la conservation et la préservation des monuments de Makli sera achevé d’ici décembre 2011 et sera soumis au Comité du patrimoine mondial pour approbation. Jusqu’à présent, aucune information n’a été reçue de l’État partie par le Centre du patrimoine mondial Aucune information n’a été fournie sur l’élaboration d’un plan de gestion.

La mission a noté peu de progrès concernant ces plans. Elle insiste sur les grandes dimensions et la complexité du bien avec ses milliers de monuments individuels. De plus, le site est en partie encore utilisé comme lieu de dévotion, associant des éléments matériels et intangibles. La mission a recommandé le partage du site en plusieurs groupes avec un système d’identification des monuments qui fonctionnerait comme un système de référence pour l’évaluation des dommages et leur traitement selon les groupes. Un tel système se retrouverait dans le plan d’ensemble, le plan de gestion et le plan d’action pour la conservation.

e) Conservation de la tombe de Jam Nizamuddin

Un plan pour la conservation de cette structure fait partie des projets évoqués dans le rapport mais sans aucun détail quant à sa méthodologie, ses techniques de conservation ou son financement.

La mission indique que des forages à sec ont été réalisés grâce au financement du programme ordinaire de l’UNESCO décentralisé au bureau de l’UNESCO à Islamabad. L’interprétation des données ne donne pas de résultat exploitable concernant les problèmes de stabilité du monument. Aucun système de suivi des fissures n’a été installé pour déterminer des mouvements dans les structures du monument. La documentation portant sur la tombe a été rassemblée de manière professionnelle pour la Fondation du patrimoine. Toutefois, la tombe étant ornée des hauts-reliefs de la plus grande qualité taillés dans le grès, un relevé laser scanner de l’édifice est fortement recommandé.

La mission a également rappelé la nécessité d’installer très rapidement un système de suivi adéquat ainsi qu’une station météo. Elle a aussi recommandé qu’une nouvelle étude des échantillons de carottage à sec soit confiée à un ingénieur spécialisé en mécanique de la terre, et que des études soient effectuées sur les fissures horizontales qui se sont produites dans le sol à l’intérieur du monument, afin de vérifier si ces fissures se poursuivent dans la roche (causées par des séismes).

f) Définition des limites du bien et établissement d’une zone tampon

Le rapport indique que ce travail a été demandé et sera soumis au Centre du patrimoine mondial pour son approbation lorsqu’il sera achevé.

La mission a noté que les limites de la zone tampon n’ont pas encore été identifiées et que les limites du bien ne sont pas clairement définies au nord et surtout à l’ouest. Une étude de surface a été menée pour identifier l’étendue des vestiges archéologiques et structurels, en particulier vers l’ouest. Le Commissaire du district de Thatta a propose son aide au Directeur de l’archéologie. Cette activité devrait être menée dans les mois qui viennent pour servir de base au plan directeur et aux autres plans.

g) Contrôle de l’empiètement

La mission a noté qu’aucune action n’avait été observée concernant la mise en oeuvre du contôle de l’empiètement. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que de graves problèmes rongent le bien. L’absence de plan de gestion réaliste ou de financement approprié pour les réparations, la protection et les installations d’interprétation / accès / visite est un réel sujet de préoccupation. Le travail a très peu progressé depuis la dernière mission de suivi et en réponse aux décisions du Comité à sa 35e session. Ce très vaste bien, avec ses milliers de monuments, pourrait être considéré comme étant gravement menacé, et des interventions importantes de même qu’une augmentation des capacités seraient nécessaires avant de commencer à en voir les premiers effets.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives reconnaissent que les nouvelles dispositions de gestion entrées en vigueur l’année dernière ont suscité de fortes contraintes. Toutefois, de très récentes activités observées par la mission sont très prometteuses, tel que le travail réalisé par la Fondation du patrimoine et l’approbation de certains financements.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que ce travail positif devrait être encouragé, afin de voir si des progrès suffisants peuvent être réalisés pour commencer à inverser la tendance à l’extrême déclin de l’état de conservation d’ici l’année prochaine. 

Décision adoptée: 36 COM 7B.67

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7B.Add,

2.   Rappelant la décision 35 COM 7B.76, adoptée à sa 35e session (UNESCO, 2011),

3.   Exprime son inquiétude au vu du peu de progrès réalisé dans le traitement des demandes du Comité lors de sa dernière session ou des recommandations de la mission précédente concernant la dégradation grave du bien;

4.   Considère que le bien d’une très grande superficie avec ses milliers de monuments pourrait être considéré comme gravement menacé ;

5.   Note le nouveau Protocole d’accord sur la gestion avec une ONG et salue l’activité qui s’est récemment déployée et la promesse de certains financements ;

6.   Note aussi les études entreprises sur la tombe de Jam Nizamuddin et les recommandations de la mission demandant de poursuivre de toute urgence les recherches et le suivi ;

7.   Prie l’État partie d’élaborer un plan de gestion afin de traiter les problèmes graves qui menacent le bien ;

8.   Suggère que l’État partie envisage une demande d’assistance internationale, avec des projets de conservation, de suivi et de recherche internationaux, en particulier pour la tombe de Jam Nizamuddin ;

9.   Prie également l’État partie d’entreprendre une étude sur les limites du bien afin de les délimiter et de définir la zone tampon comme un préalable à la gestion et à la planification ;

10.  Réitère sa demande à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial une définition des limites et des propositions pour l’établissement d’une zone tampon pour approbation par le Comité du patrimoine mondial ;

11.  Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial d’ici le 1er février 2013 un rapport détaillé sur l’état de conservation du bien notamment les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations de la mission conjointe de suivi réactif UNESCO/ICOMOS 2012 pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013.