1.         Anciens ksour de Ouadane, Chinguetti, Tichitt et Oualata (Mauritanie) (C 750)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1996

Critères  (iii)(iv)(v)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/750/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1995-2001)
Montant total approuvé : 119 632 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/750/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 39 000 dollars EU dans le cadre de la Convention France-UNESCO ; 40 860 dollars EU pour la supervision du projet tripartite Banque mondiale-Gouvernement mauritanien-UNESCO (1 245 000 dollars EU).

Missions de suivi antérieures

Mission du Centre du patrimoine mondial en avril 2001 ; six missions du Centre du patrimoine mondial entre 2002 et 2004.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Changements socio-économiques et climatiques ;

b) Abandon progressif des villes ;

c) Transformations de l’habitat portant atteinte à son authenticité ;

d) Pression touristique ;

e) Absence de capacités techniques de conservation ;

f) Absence de mécanisme de gestion (y compris législation) ;

g) Manque de ressources humaines et financières ;

h) Faiblesse de la coordination institutionnelle.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/750/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2006

A sa 29esession, le Comité du patrimoine mondial a demandé (décision 29 COM 7B.103) à recevoir un rapport sur l’état de conservation des sites inscrits sur la Liste 2006 des 100 sites les plus menacés du « World Monuments Watch ». En effet, la mosquée de Chinguetti fait partie de ces sites, et il a donc été demandé à l’Etat partie de transmettre un rapport à cet effet.

Il est important de souligner que le processus d’inscription d’un site sur la Liste du “World Monuments Watch” est lié à un projet spécifique de conservation ou de restauration demandé par les autorités locales, des organisations non-gouvernementales, ou même des individus. Il peut n’y avoir aucun lien avec une menace potentielle ou avérée sur les valeurs de patrimoine mondial d’un bien. Dans le cas où des menaces précises risquent d’affecter l’authenticité ou l’intégrité d’un bien du patrimoine mondial, l’Etat partie est tenu d’en faire rapport au Comité, selon les termes du paragraphe 172 des Orientations. En ce qui concerne spécifiquement la mosquée de Chinguetti, elle a déjà fait l’objet d’une restauration financée par un fonds-en-dépôt du gouvernement d’Arabie saoudite, tout comme la mosquée de Oualata.

Il est nécessaire de rappeler brièvement les activités conduites dans le cadre du projet-pilote « Sauvegarde et développement des quatre villes du patrimoine mondial en Mauritanie», coordonné par le Centre du patrimoine mondial en 2003-2004, mises en œuvre, grâce à un prêt de la Banque mondiale au gouvernement mauritanien, dans le cadre d’un programme plus vaste intitulé « Sauvegarde et valorisation du patrimoine culturel mauritanien » (document WHC-03/27.COM/7B). Ce projet, qui s’est achevé lors des Journées du patrimoine mondial mauritanien, tenues au Siège de l’UNESCO en avril 2005, a consisté notamment en :

a) L’inventaire et relevé complet de toutes les habitations et bâtiments inclus dans les périmètres protégés, accompagnés d’analyses typologiques, de photos aériennes, images satellites, cartographie numérique ;

b) Des monographies sur chacune des villes, comprenant des études socio-économiques des villes et de l’arrière-pays ;

c) Des schémas de développement urbain incluant des plans de sauvegarde et les réglementations nécessaires ;

d) L’analyse du potentiel touristique et de son impact éventuel sur le patrimoine culturel ;

e) Des études techniques et institutionnelles ;

f) L’identification et le renforcement des capacités locales nécessaires pour mettre en œuvre les programmes de réhabilitation, en particulier d’un technicien municipal pour chaque ville destiné à poursuivre le travail ;

g) L’identification et la formation des ouvriers spécialisés maîtrisant les techniques anciennes et les savoir-faire ;

h) La préparation de manuels techniques pour la réhabilitation adaptés à chaque ville ;

i) La mise en œuvre d’un programme d’actions pilotes permettant de tester les procédures;

j) La proposition de création d’un fonds de réhabilitation du patrimoine.

L’Etat partie a transmis au Centre du patrimoine mondial, le 14 mars 2006, un rapport succinct, établi par la Fondation nationale pour la Sauvegarde des villes anciennes (FNSVA), responsable de la préservation du bien. Le document ne fait pas véritablement part de l’état de conservation du bien, mais consiste plutôt en un résumé de l’inventaire réalisé durant la mise en œuvre du projet de sauvegarde financé par la Banque mondiale et des constatations faites à cette occasion sur l’état de conservation des bâtiments. Ce rapport de la FNSVA confirme les constations précédentes, c’est-à-dire :

a) Les parcelles nues, en ruine ou en mauvais état sont majoritaires ;

b) Les ksour sont peu à peu abandonnés et vidés d’une partie importante de leur population ;

c) Certaines maisons sont aménagées selon de « nouveaux canons de confort ». Il en résulte un risque de voir l’authenticité des ksour se dégrader ; ce problème est plus particulièrement spécifique à Chinguetti ;

d) Seule la vieille ville de Tichitt semble être dans un état de conservation jugé bon. Elle n’a pas connu, comme les trois autres villes, un abandon massif.

Ces informations n’apportent pas d’éclairage nouveau. Aucune mention n’est faite d’un suivi quelconque du projet pilote, ni d’activités de conservation ou de restauration en cours, ni de mesures administratives ou de gestion. Le renforcement institutionnel et des capacités de gestion nécessaire à une approche durable de la conservation de ce bien n’est mentionné nulle part dans le rapport, ni le suivi des principales recommandations du projet pilote :

a) Promulgation par le Parlement de la Loi de protection du patrimoine ;

b) Adoption des schémas d’urbanisme et des plans de sauvegarde et application des règlements d’urbanisme ;

c) Création et financement d’un Fonds de réhabilitation du patrimoine ;

d) Mise en place d’un mécanisme de gestion et d’assistance technique.

Les observations faites par l’Etat partie sont très préoccupantes, en ce sens qu’elles semblent indiquer que le bien est dans un état de détérioration et d’abandon accéléré. L’ICOMOS considère, sur la base de ces observations et d’une comparaison avec d’autres biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril, que les valeurs ayant entraîné l’inscription de ce bien sur la Liste du patrimoine mondial semblent menacées.

Un autre problème a été soulevé récemment concernant l’installation, par la société téléphonique mauritanienne, Mauritel, d’un pylône haut de 40 m, à proximité de la mosquée de Ouadane. Le Ministère de la culture avait, dès décembre 2005, alerté le Ministère de l’Intérieur, des Postes et Télécommunications, sur la nécessité d’éviter toute action pouvant modifier le paysage urbain des villes inscrites. Il s’est avéré que le pylône a néanmoins été édifié et, suite à un courrier du Centre du patrimoine mondial, le Ministère de la Culture en a demandé le déplacement à l’extérieur de la zone protégée.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 30 COM 7B.54

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-06/30.COM/7B,

2. Rappelant la décision 29 COM 7B.103, adoptée lors de sa 29e session (Durban, 2005),

3. Note avec satisfaction la détermination du Ministère de la Culture à poursuivre les actions proposées dans le cadre du projet-pilote «Sauvegarde et développement des quatre villes du patrimoine mondial en Mauritanie» en vue de la préservation du patrimoine et du développement durable des villes anciennes et encourage l'Etat partie à intégrer ces actions à l'ensemble des réformes en cours visant à encadrer les transformations de la société mauritanienne, tout en attachant une attention particulière à la sauvegarde des valeurs d'authenticité des villes caravanières;

4. Prie instamment l'Etat partie de compléter et d'adopter les schémas directeurs et plans de sauvegarde et de gestion des quatre villes et de poursuivre la mise en place d'instruments juridiques et réglementaires ;

5. Demande à l'Etat partie, de renforcer les capacités de gestion et les ressources humaines et financières de l'organisme responsable (la FNSVA) ainsi que des collectivités locales;

6. Recommande à l'Etat partie d'inviter une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS destinée à évaluer l'état de conservation du bien et la mise en œuvre des recommandations formulées lors du projet pilote;

7. Demande également à l'Etat partie de soumettre, avant le 1 février 2007, un rapport sur l'état d'avancement des actions entreprises, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 31e session en 2007.