Conformément à la demande du Comité, l’État partie a soumis un rapport, daté du 25 janvier 2006, qui présente des informations sur l’avancement réalisé pour améliorer la conservation et la gestion du bien. Les autorités de la municipalité et de la province, ainsi que les services extérieurs des départements ministériels représentés à Essaouira ont participé, sous la supervision du Premier Ministre, à la sensibilisation et au transfert d’environ deux tiers de la population du Mellah – un des quartiers historiques de la Médina d’Essaouira – vers de nouvelles résidences en dehors de la cité historique. Les autorités ont commencé une étude d’ensemble de la réhabilitation et de la restauration du Mellah et de son rempart qui borde l’Atlantique (dans le cadre d’une mise en œuvre assurée par le Ministère du Logement), ainsi que de nombreuses mesures de nettoyage, une restauration partielle du rempart (façade intérieure à Bab Doukkala) et réfection et éclairage de la rue Mellah. Les attributions établies concernent une étude d’ensemble visant à protéger de l’action de la mer le rempart de la Médina qui donne sur l’Atlantique.
Le rapport décrit aussi deux nouveaux projets de construction, le premier près de Bab Sbâa et le second en face de Bab Doukkala, dans la zone tampon du bien du patrimoine mondial – ce dernier projet ayant démarré avant l’inscription. Ces projets, parvenus tous deux à leur phase finale, avaient pour but de mettre en valeur des espaces publics à l’abandon depuis plusieurs années. Le Ministère de la Culture a dirigé les pourparlers pour assurer une bonne intégration des deux projets dans leur environnement historico-culturel.
Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS ont effectué une mission de suivi réactif pour passer en revue la mise en œuvre des décisions du Comité du patrimoine mondial et évaluer l’état de conservation du bien, ainsi que les nouveaux projets dans la zone tampon du bien classé. La mission s’est déroulée du 26 au 29 avril 2006.
La mission a constaté que l’état général de conservation de la Médina d’Essaouira était assez bon et s’était amélioré ces dernières années, notamment à la suite d’opérations de nettoyage et de démolition de bâtiments en ruine dans le Mellah, qui constituaient des facteurs de risques pour la santé et la sécurité. La mission a pu faire des comparaisons avec une précédente visite (1998) qui avait constaté que cet environnement était totalement en ruine, avec des taudis le long du rempart sur l’Atlantique. Cette zone est maintenant propre et accueille beaucoup de touristes qui visitent les quartiers historiques d’Essaouira. Des ateliers d’artisanat et de nouveaux hôtels et restaurants attirent les investissements, le commerce et l’activité dans cette partie de la ville. D’autres secteurs de ce quartier vont faire l’objet de démolitions. La mission a cependant été assurée que cela ne concernerait que les bâtiments irréparables et que l’on conserverait les édifices en meilleur état et de meilleure qualité, ainsi que le plan traditionnel des rues du Mellah. La mission a souligné qu’il était nécessaire de conserver un bon équilibre entre l’investissement dans les nouveaux hôtels et restaurants et la fonction résidentielle traditionnelle, et qu’il convenait de documenter ces constructions ainsi que les parties du Mellah dont la démolition est prévue.
La mission a estimé que la municipalité a amorcé un processus très difficile qui va exiger de la vigilance et un suivi constant. La partie de la ville qui est maintenant démolie nécessite une planification méthodique pour introduire des interventions de conception architecturale contemporaine qui préservent en même temps le souvenir et l’esprit de ce lieu. Il faut trouver un équilibre délicat entre l’ancien et le neuf pour faire en sorte que les projets reflètent à la fois le caractère historico-culturel de l’endroit et s’inscrivent aussi dans la ligne créative et imaginative de la culture architecturale marocaine.
S’agissant des deux projets de construction, tous deux implantés dans la zone tampon classée, la mission a noté deux points. Premièrement, bien que l’acquisition des terrains et les permis aient été obtenus avant l’inscription au patrimoine mondial, la mission a regretté que ces projets n’aient pas été portés à l’attention du Centre du patrimoine mondial pour information et avis comme stipulé dans les Orientations. Deuxièmement, les projets ont largement amélioré les espaces publics en matière de revitalisation, d’agrément et d’accessibilité des résidents et des visiteurs.
Le projet implanté près de Bab Sbaa, au sud de la Grande Mosquée Ben Youssef, est de conception moderne, sur deux niveaux, avec des proportions adaptées, et il reprend les caractéristiques historico-culturelles de l’environnement. Une partie du projet consiste en la conception d’une vaste zone pavée en face de la mosquée et du rempart de la ville, avec des espaces verts et un bon accès général pour les résidents locaux. La mission a jugé que, malgré son emplacement dans la zone tampon si proche du rempart de la ville, cette solution représentait une nette amélioration par rapport à la situation précédente.
Le projet implanté à l’extérieur de Bab Doukkala est toujours en construction et la mission a noté deux motifs de préoccupation, tous deux partagés par les professionnels locaux : la hauteur et les proportions ne respectent pas le tissu historique et la qualité de la conception laisse à désirer. Il en résulte néanmoins des améliorations indirectes : l’espace public et le rempart adjacent de la ville seront considérablement améliorés et la revitalisation économique va nettement profiter à cette partie de la ville. D’un point de vue urbanistique, l’emplacement du projet (qui représente 80 habitations et 62 commerces) est idéal car il crée un pôle à l’opposé de l’actuel centre économique et touristique qui entoure Bab El Menzeh – créant ainsi un axe économique et culturel à travers la Médina d’Essaouira.
Malgré ces incidences relativement positives, la mission a souligné la nécessité de respecter la zone tampon et de veiller à ce qu’aucun projet immobilier incompatible ne soit réalisé à l’avenir dans cette partie de la ville.