Le rapport sur l'état de conservation soumis par l’État partie (23 mars 2006) donne un compte rendu détaillé des progrès accomplis par le Conseil de direction de l'aire protégée de Tubbataha (CDAPT) depuis le dernier rapport en 2004.
En réponse aux problèmes liés à la pêche illégale pratiquée sur le site, l’État partie a établi une stratégie de gestion intégrée fondée sur quatre programmes de gestion :
Programme de gestion de la conservation :
Ce programme, actuellement en cours, vise à renforcer la capacité d’application de la législation et à développer les partenariats en soutenant les actions relatives à la gestion et l’élaboration de stratégies de financement à long terme. Tout en ayant conscience que le financement inscrit dans la durée demeure la contrainte majeure à laquelle doit se plier l'organisme de gestion, l’État partie a pu obtenir une rallonge de 118 000 dollars EU qui va servir de capital d'amorçage à la création d’une Fondation pour la conservation du bien. Des ressources matérielles permettant d’améliorer les conditions de travail des gardes (carburant, équipements de terrain et de patrouille, médicaments et matériel de communication) ont été fournies par un certain nombre de partenaires (Conservation International et plusieurs ONG nationales). En outre, la capacité des rangers a été renforcée en 2005 au moyen d'activités de formation et un séminaire de formation polyvalente a été organisé en mars 2006.
Le pourtour du Parc est placé sous surveillance permanente grâce à un système de radars qui permet de cibler les endroits à patrouiller. Mais cet important dispositif, mis à disposition du site en 2000, commence à montrer des signes de faiblesse et pourrait nécessiter de nouveaux investissements.
Le contrôle du tourisme et des activités de plongée a été renforcé, et l’embarquement sur tous les bateaux de croisière et de plongée est maintenant contrôlé par les employés du Parc, chargés de valider les permis et de veiller au respect du règlement intérieur. Cela a été à la fois une bonne occasion de coopérer avec le secteur privé et de discuter des recommandations de l'industrie en faveur de la conservation du bien. Cette coopération soutient également les opérations de surveillance du Parc dans la mesure où les plongeurs donnent des informations précieuses sur la mégafaune et l'état des récifs coralliens qu’ils ont vus. Ces relevés indiquent qu’ils ont pu voir davantage de poissons, différentes espèces de requins, des tortues marines et des cétacés.
L’État partie a resoumis devant le Congrès philippin la proposition de loi sur les aires protégées de Tubbataha qui, une fois approuvée, étendra considérablement les limites du Parc, autorisera la création d'un fonds d’affection spéciale pour le bien et renforcera les mécanismes d’exécution.
Enfin, dans le cadre du Programme de gestion de la conservation, la direction du Parc, en s’appuyant sur le Guide des meilleures pratiques de l’UICN/WCPA, How is your MPA doing?, a réalisé en 2005 une évaluation de l'efficacité de la gestion du Parc sur un cycle de sept ans (1998-2005). C'est le premier Parc national philippin à s’être livré à cet exercice, qui a permis d’émettre des recommandations précieuses pour une gestion bien adaptée.
Programme de sensibilisation aux problèmes de conservation :
Plus de 2 000 brochures ont été produites en 2005 à l’intention des visiteurs, ainsi qu’une vidéo sur le bien, ses valeurs patrimoniales et ses besoins en conservation a été réalisée et diffusée à toutes les entreprises de plongée. Des opérations de sensibilisation et de communication ont aussi été organisées avec les amateurs de plongée sous-marine, les autorités et les communautés locales.
Programme de recherche et de suivi des écosystèmes :
Le Parc peut maintenant regarder en arrière et s’appuyer sur dix ans de recherche et de suivi ininterrompus depuis 1997 en utilisant des transects permanents et des méthodes standardisées d’évaluation de la couverture des fonds marins et de la biomasse en poissons. Ces opérations ont été financées par divers partenaires (Conservation International, WWF-Philippines, Earthwatch, Coastal Conservation and Education Foundation, Projet de gestion des ressources côtières de l'USAID) et les résultats obtenus montrent la salubrité des populations de différentes espèces d'oiseaux identifiées dans le Parc et le nouveau recensement de neuf espèces d'oiseaux migrateurs. De plus, la couverture corallienne se reconstitue progressivement depuis le phénomène de blanchiment de 1998, même si elle n'a pas encore retrouvé le même aspect que lors du premier suivi en 1984. La biomasse totale des poissons a également augmenté et est à son plus haut niveau depuis 1997.
Programme d'utilisation des ressources à long terme :
Un certain nombre d'études socioéconomiques réalisées dans la Municipalité de Cagayancillo, dont relève la juridiction politique du bien, révèlent une tendance positive des conditions d’existence et du niveau de vie des communautés locales. Toutefois, ces résultats positifs posent la question de savoir si cette tendance peut s’inscrire dans la durée. Il est important de noter que, suite à l'application d'un programme actif de sensibilisation, le nombre de cas de transgression de la réglementation sur la pêche par les communautés locales est passé de 10 incidents en 2000 à un seul incident en 2005.
Hormis ces résultats concluants, le rapport de l’État partie relève plusieurs points préoccupants pour la gestion du bien à long terme, à savoir : des poursuites pénales retardées et des amendes minimes infligées aux contrevenants appréhendés par le personnel qui s’occupe de la gestion du Parc et la Marine/Garde-côtes des Philippines ; un équipement obsolète ; l'absence de système moderne de bouées d’amarrage et la nécessité de continuer à renforcer le programme de sensibilisation à la conservation.
Les informations supplémentaires que l'UICN a obtenues de différentes sources indiquent que les menaces principales pour le Parc marin du récif de Tubbataha continuent de provenir de diverses formes de pêche illégale que pratiquent, en particulier, les pêcheurs de toute la région, alors que les transgressions des pêcheurs locaux ont singulièrement baissé. D’un côté, les efforts de l'État partie contribuent à réduire la pêche illicite à l'intérieur du bien, mais de l’autre, les informations reçues par l'UICN signalent la recrudescence de la pêche illicite en provenance de l’ensemble de la région de la mer de Sulu. Cette tendance risque aussi d’affecter à long terme la capacité de recrutement biologique du bien et la conservation de la mégafaune, en particulier des requins qui utilisent de vastes zones pour leurs besoins, en les supprimant potentiellement du bien du patrimoine mondial.
Une demande révisée d'Assistance internationale concernant la tenue d’un « Forum national sur la conservation du Parc marin du récif de Tubbataha et de l’ensemble de la mer de Sulu » a été présentée par l’État partie (mars 2006). Le Forum est prévu en octobre 2006, en présence de tous les secteurs et acteurs concernés. Il est destiné à promouvoir le soutien politique orienté vers l'action et l'engagement à faire appliquer la législation ; renforcer la coopération entre les autorités nationales et locales ; établir un plan d'action pour traiter les principaux problèmes de gestion du bien ; et formuler des recommandations de politique générale pour renforcer la gestion des zones maritimes protégées et les règlementations sur la pêche.
Toutefois, vu les tendances récentes constatées dans la mer de Sulu, cette réunion devrait être complétée ultérieurement par un forum régional sur le problème des pêcheries illicites dans l’ensemble de la mer de Sulu. L’État partie pourrait envisager de demander aux organisations internationales ou régionales compétentes d’aider à concevoir ce projet de forum régional. Le soutien du Fonds du patrimoine mondial pour mettre sur pied cette initiative régionale peut aussi être envisagé, comme cela avait été suggéré dans les précédentes décisions du Comité.