1.         Parc national des Virunga (République démocratique du Congo) (N 63)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (vii)(viii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1994-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/63/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1980-2005)
Montant total approuvé : 268 560 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/63/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : Le bien a reçu un soutien substantiel provenant de la Fondation des Nations Unies et du programme financé par la Belgique pour la conservation des biens du patrimoine mondial en République démocratique du Congo. Dans la première phase (2001–2005), environ 900 000 dollars EU ont été déboursés pour la rémunération du personnel, l’équipement, la conservation de la communauté, les activités de suivi et de formation et les efforts pour lutter contre l’envahissement. Dans le cadre de la seconde phase (2005-2008), une contribution substantielle est prévue pour le plan d’action d’urgence (300 000 dollars EU), avec un financement par le gouvernement de la Belgique.

Missions de suivi antérieures

Mission UNESCO en 1996. Plusieurs missions UNESCO dans le cadre du projet.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Conflit armé et instabilité politique,

b) Braconnage par les militaires et les groupes armés,

c) Envahissement,

d) Expansion des pêcheries locales,

e) Pâturage de bétail.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/63/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2006

Le 30 janvier 2006, un rapport à jour sur l’état de conservation des cinq biens du patrimoine mondial en République démocratique du Congo a été soumis par l’État partie ; il comprend des informations sur le parc national de Virunga. Le rapport rappelle les principales menaces pour le bien, en particulier l’envahissement par les populations locales, les activités agricoles et la présence de bétail, le prélèvement illégal de bois et la production de charbon, la présence de villages de pêcheurs illégaux sur les côtes du lac Edward et la présence dans le parc de militaires, responsables à 80% des activités de braconnage. Le rapport décrit un certain nombre d’activités lancées par l’État partie en coopération avec ses partenaires pour répondre à ces menaces, ainsi que certaines contraintes qui ont été passées en revue au cours de la mission UNESCO de suivi.

Du 3 au 23 mars 2006, une mission UNESCO de suivi a visité le parc national de Virunga et le parc national de Kahuzi-Biega. L’UICN a rejoint la mission à Kinshasa pour les réunions de compte rendu avec l’administration des zones protégées de la République démocratique du Congo et le ministère. La mission a confirmé que les principales menaces envers le bien sont la présence de camps militaires et de camps de base de groupes armés à l’intérieur du parc et l’envahissement et les installations illégales, combinés avec la déforestation.

La mission a noté que le parc est encore utilisé comme base pour toute une diversité de groupes armés et que les attaques à l’intérieur et à proximité du parc sont courantes, y compris des attaques sur le personnel ICCN et les infrastructures. Au cours même de la mission, la sous-station ICCN de Kabaraza a été attaquée, l’épouse d’un responsable de l’ICCN a été tuée et l’observatoire volcanique de Kitale a été attaqué et pillé. On sait qu’au moins quatre groupes armés opèrent dans le parc. Du fait de la présence des groupes armés, certaines zones du parc sont interdites au personnel du parc qui ne peut donc contrôler le braconnage et l’exploitation des ressources. Selon l’armée congolaise (FARDC), la présence de ces groupes armés justifie aussi les nombreuses positions militaires dans le parc.

Selon l’armée, quatre brigades, soit au total 12 000 soldats, sont déployés à l’intérieur et à proximité immédiate du parc. Il faut noter qu’une seule de ces quatre brigades a bénéficié du programme de réunification et de reformation (“brassage”), créé pendant la phase de transition politique pour recycler les différentes milices et les groupes rebelles en une armée nationale unifiée. Les troupes qui n’ont pas bénéficié de ce processus sont souvent peu disciplinées et jusqu’en janvier 2006, elles étaient payées irrégulièrement et ne recevaient souvent pas de ration alimentaire. Depuis janvier, les soldats reçoivent un paiement minimum de 10 dollars EU par mois de la mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). La MONUC a des troupes dans les centres régionaux de Goma, Beni et Butembo mais aussi dans le parc, à Rutshuru.

La présence de groupes armés mais aussi de la FRDC à l’intérieur du bien a un impact négatif sur sa conservation. La milice armée dépend pour survivre des ressources du parc et de ses environs et elle est fortement impliquée dans le braconnage ainsi que dans le pillage des villages environnants. Toutefois, la mission a reçu aussi des informations du personnel ICCN et d’une ONG de conservation indiquant que les soldats du FARDC participent également aux activités de destruction, en particulier le braconnage, la production de charbon et les activités minières artisanales, et que plusieurs conflits armés ont eu lieu entre les militaires de l’armée et le personnel du parc. De plus, les combats qui se sont déroulés à l’intérieur du bien entre l’armée et les groupes armés, par exemple les conflits violents entre les armées et les troupes du général Nkunda en février 2006 ont eu un impact sur le bien.

Il faut noter que les autorités militaires de la région ont récemment démontré leur volonté d’augmenter leur coopération avec l’ICCN. Un militaire a été nommé officier de liaison avec l’ICCN et plusieurs opérations ont été mises en œuvre conjointement. La coopération a également augmenté avec la MONUC, qui a fourni au personnel du parc l’équipement anti-braconnage nécessaire et, en coopération avec la FARDC, a conduit plusieurs opérations militaires pour tenter de chasser du bien les milices armées afin d’améliorer la sécurité du parc.

Plusieurs rapports antérieurs ont informé le Comité du patrimoine mondial des efforts de l’ICCN pour convaincre l’armée de fermer le camp militaire de Nyaleke, le plus grand des camps militaires situés dans le parc, créé en 1998 sur le site d’un poste de garde ICCN abandonné. En 2005, le ministère de la Défense a décidé d’utiliser ce camp pour le programme de “brassage” des milices locales et des unités de l’armée et le camp a été réhabilité, avec l’assistance des gouvernements des Pays-Bas et de l’Afrique du Sud. Actuellement, 4 200 soldats sont en cours de reformation dans ce camp. Selon les rapports de l’ICCN et des ONG de conservation, les familles des soldats sont également installées dans le camp qui contient plus de 10 000 personnes. Toutefois, selon les informations obtenues par l’intermédiaire de l’ambassade des Pays-Bas, les familles ont récemment été transférées dans un site proche de Beni. À la suite des plaintes de l’ICCN, le ministère de la Défense, dans une lettre adressée au Directeur général de l’ICCN, a accepté de fermer le camp de Nyaleke en avril 2006, après quoi l’ICCN a proposé d’autres sites pour l’installation du camp à l’extérieur du bien. La mission n’a toutefois pas pu obtenir confirmation de cette fermeture par les autorités militaires de Goma.

En ce qui concerne les envahissements, la mission a également noté qu’un progrès significatif avait été accompli en ce qui concerne l’évacuation des occupants illégaux du parc. Depuis 2004, l’ICCN, en coopération avec ses partenaires, a pu évacuer volontairement 70 000 personnes présentes dans le bien. Ce processus a été soutenu par le Centre du patrimoine mondial pendant la première phase de son programme de conservation en République démocratique du Congo. On estime que 90 000 personnes sont encore installées dans le parc, en particulier à Kirolirwe et sur les rives du lac Edward. Au moment de la mission, le processus de rapatriement de 300 bergers Hima accompagnant 5 000 têtes de bétail de la région Nord du parc vers l’Ouganda voisin était en cours, à la suite d’un accord signé entre l’ICCN et les bergers. C’est là un succès significatif pour les autorités du parc.

À Kirolirwe, ce sont environ 60 000 personnes qui habitent le parc. Après de longues négociations, la plupart d’entre elles sont aujourd’hui prêtes à quitter le parc et à regagner leur région d’origine, dans les zones de Massisi et Rutshuru. Toutefois, ce processus doit être soutenu par les autorités de la région et les organisations humanitaires afin d’en garantir la sécurité. Il subsiste une importante entrave à ce rapatriement, à savoir la réhabilitation de la route vers Bibwe. Onze pêcheries illégales et villages se trouvent sur les rives du lac Edward et on peut noter une expansion des terres agricoles. La zone est extrêmement importante pour l’intégrité du bien car elle constitue un couloir permettant à la faune sauvage de circuler entre les régions du centre et du Nord. Les militaires sont présents dans les villages et les méthodes de pêche illégale sont largement pratiquées, d’où une pêche excessive. Jusqu’ici l’ICCN n’a pu résoudre ce problème qui est hautement politique.

Le problème de l’envahissement est directement lié à l’absence de matérialisation des limites du parc, qui sont parfois mal connues des communautés locales et même de l’ICCN ; c’est pourquoi l’ICCN, avec le WWF et avec le soutien de l’UNESCO et d’autres donateurs, travaille depuis plusieurs années à clarifier les zones sujettes à controverse des limites du parc par un processus de participation avec les partenaires locaux ; ces régions sont aujourd’hui relevées sous forme de coordonnées géographiques et matérialisées. Ce travail se poursuivra dans l’avenir.

La mission a également noté que le parc reçoit clairement un plus grand soutien politique du gouvernement ainsi que des autorités provinciales et locales. La haute direction de l’ICCN a aussi été très active dans la recherche de solutions à certains problèmes du parc tels que la présence des bergers Hima. Toutefois, avec l’approche des élections, certains hommes politiques s’efforcent d’utiliser le parc dans le cadre de leur campagne politique. Un exemple en est le ministère des Terres qui a récemment proposé par une lettre officielle de diminuer la taille du parc.

La mission UNESCO estime qu’étant donné l’instabilité de cette région et l’évolution rapide de la situation sur le terrain, il est pour l’instant impossible de définir une série de mesures correctives et de repères qui conduiraient clairement à la suppression de ce bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Toutefois, la mission a mis au point une série de recommandations concrètes pour l’État partie, qui pourront être utilisées par le Comité en tant que repères pour le suivi des efforts de l’État partie en vue d’une amélioration ultérieure de l’état de conservation du bien ; ces recommandations sont détaillées dans le projet de décision.

La mission a noté que, bien que le parc reçoive nettement plus de soutien technique et financier qu’avant 2004, des ONG de conservation (WWF, ZSL, FZS, DFGF et WCS) et du projet financé par l’Union européenne, le financement disponible est insuffisant pour assurer une gestion efficace du bien. Virunga recevra aussi un financement dans le cadre du projet GEF de la Banque mondiale qui devrait débuter en 2007. La mission a également établi, avec l’ICCN et les ONG de conservation travaillant sur ce bien, un plan d’action d’urgence qui sera mis en œuvre dans le cadre de la seconde phase du programme UNESCO de protection du patrimoine mondial de la République Démocratique du Congo, avec un financement par la Belgique. Le plan d’action soutiendra la mise en œuvre des recommandations mentionnées ci-dessus.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 30 COM 7A.7

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-06/30.COM/7A,

2. Rappelant la décision 29 COM 7A.4, adoptée lors de sa 29esession (Durban, 2005),

3. Félicite l'État partie et en particulier l'autorité du parc ICCN et ses partenaires en matière de conservation des efforts consacrés à améliorer l'état de conservation du bien;

4. Prie instamment l'État partie à mettre en œuvre sans plus tarder les recommandations suivantes de la mission de suivi UNESCO qui pourraient constituer d'éventuels repères afin de sauvegarder la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien et dans l'intérêt de la conservation:

a) Établir un «Comité pour sauver Virunga» (CSV) composé de l'ICCN et de ses partenaires en matière de conservation ainsi que des représentants des autorités provinciales, de l'armée régulière, de la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) et des agences des Nations Unies présentes à Goma, ce qui permettra de faire face aux menaces pesant sur le bien;

b) Réduire de manière significative le nombre des positions militaires à l'intérieur du bien, en particulier dans la région centrale et garantir un suivi étroit des cas d'activités illégales par le personnel militaire au niveau du CSV;

c) Fermer immédiatement et supprimer le camp de réunification et de formation de l'armée de Nyaleke, selon la décision du ministère de la Défense;

d) Poursuivre les efforts pour évacuer de manière paisible et intégrée tous les occupants illégaux du bien, avec accompagnement de mesures appropriées pour assister la réintégration de ces populations dans leur région d'origine;

e) Renforcer la coopération entre l'ICCN et ses partenaires par le développement d'un plan conjoint pour toutes les interventions dans le parc, avec des responsabilités clarifiées et un plan de mise en oeuvre;

f) Développer une stratégie pour partager tous les profits, tels que ceux tirés du tourisme associé aux gorilles, avec les communautés locales, afin d'améliorer les relations;

g) Renforcer l'application de la loi dans le bien, en se concentrant sur les zones prioritaires, en particulier les zones dont les occupants illégaux ont été évacués, et en organisant des missions conjointes avec la MONUC et l'armée. En même temps, il est également important de dynamiserle personnel du parc et d'améliorer son efficacité par une formation spécialisée;

h) Créer un fonds en dépôt pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la RDC, auquel le gouvernement de la RDC s'est engagé à apporter sa contribution lors de la conférence sur le patrimoine en danger de la RDC, organisée en 2004 par l'UNESCO;

5. Demande à la mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) de poursuivre et de renforcer sa coopération avec l'ICCN et ses partenaires pour la conservation du bien;

6. Demande également le Bureau des Nations Unies pour la coordination des questions humanitaires (UNOCHA), les autres agences des Nations Unies et organisations humanitaires travaillant dans la région, ainsi que les organisations donatrices, à soutenir les plans d'évacuation pacifique des occupants illégaux du bien, en particulier à Kirolirwe, avec les mesures d'accompagnement nécessaires;

7. Fait appel aux donateurs internationaux pour soutenir les efforts de l'État partie en vue de la conservation du bien;

8. Demande à l'État partie de fournir au Centre du patrimoine mondial pour le 1février2007 un rapport à jour sur l'état de conservation du bien et les progrès accompli dans la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi UNESCO, qui sera examiné par le Comité lors de sa 31esession en 2007;

9. Décide de maintenir le parc national de Virunga (République démocratique du Congo) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 30 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné les rapports sur l'état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-06/30.COM/7A et WHC-06/30.COM/7A.Add.Rev),

2. Maintient les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :