1.         Parc national de Kahuzi-Biega (République démocratique du Congo) (N 137)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1980

Critères  (x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1997-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/137/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1980-2000)
Montant total approuvé : 119 270 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/137/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : Le bien a reçu un soutien substantiel provenant de la Fondation des Nations Unies et du programme financé par la Belgique pour la conservation des biens du patrimoine mondial en République démocratique du Congo. Dans la première phase (2001–2005), environ 300 000 dollars EU ont été déboursés pour la rémunération du personnel, l’équipement, la conservation de la communauté, les activités de suivi et de formation et les efforts pour lutter contre l’envahissement. Dans le cadre de la seconde phase (2005-2008), une contribution substantielle est prévue pour le plan d’action d’urgence (300 000 dollars EU), avec un financement par le gouvernement de la Belgique.

Missions de suivi antérieures

Mission UNESCO en 1996. Plusieurs missions UNESCO dans le cadre du projet.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Conflit armé et instabilité politique,

b) Braconnage par des militaires et des groupes armés,

c) Envahissement,

d) Activité minière illégale et déforestation.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/137/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2006

Le 30 janvier 2006, un rapport à jour sur l’état de conservation des cinq biens du patrimoine mondial en République démocratique du Congo a été soumis par l’État partie ; il comprend des informations sur le parc national de Kahuzi-Biega. Ce rapport rappelle les principales menaces pesant sur ce bien, en particulier la présence de rebelles du Rwanda dans les limites du bien, l’envahissement par des agriculteurs à grande échelle, les activités minières à l’intérieur du parc, la déforestation, la pression des populations sur le parc et les conflits avec les populations locales, en particulier ceux qui résultent de l’extension du parc en 1975. Le rapport décrit un certain nombre d’activités lancées par l’État partie en coopération avec ses partenaires pour répondre à ces menaces ainsi que certaines contraintes qui ont été passées en revue au cours de la mission de suivi de l’UNESCO.

Du 3 au 23 mars 2005, une mission de suivi UNESCO a visité le parc national de Virunga et le parc national de Kahuzi-Biega. L’UICN s’est joint à la mission à Kinshasa pour des réunions de compte rendu avec l’administration des zones protégées de République démocratique du Congo et le ministre. La mission note qu’en dépit des menaces persistantes sur le bien, certains développements positifs ont été observés depuis 2004. Après la guerre du général Nkunda en août 2004, la sécurité s’est considérablement améliorée dans la partie montagneuse du parc, en particulier du côté est des montagnes. Cela a eu pour résultat une stabilisation de la population de gorilles dans ce secteur et une coopération améliorée entre le parc et les communautés locales. Un inventaire de la population de gorilles effectué dans la partie montagneuse en novembre 2004 a trouvé 168 gorilles, amélioration considérable par rapport à l’évaluation de 130 que l’on trouve dans l’étude de 2000.

Toutefois, dans la partie des terres basses, la situation sécuritaire reste précaire, la région étant le théâtre de conflits armés périodiques entre l’armée de la République démocratique du Congo, la FARDC, assistée par les troupes de la mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC), et des éléments du mouvement rebelle rwandais FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Le FDLR utilise le parc comme base opérationnelle dans le couloir entre les régions montagneuse et basse de la zone de Nindja, du côté Ouest de la zone montagneuse à Bunyakiri et dans la partie basse de Swiza, ancienne zone minière située à l’intérieur du parc. Il semble que le FDLR soit activement engagé dans les activités minières dans le parc et on le considère aussi comme responsable d’une bonne partie du braconnage. De plus, plusieurs autres groupes armés opèrent dans la région.

La FARDC a aussi de nombreuses positions militaires autour du parc. Le camp de réunification et de reformation, où les anciens miliciens et soldats subissent une nouvelle formation pour être intégrés dans la nouvelle armée réunifiée, se situe à Kibirizi, à l’extérieur du parc. Il semble que les troupes soient peu disciplinées, mal payées, quand elles le sont, et qu’elles manquent de la logistique nécessaire. La MONUC a une base à l’aéroport de Kavumu et assure la sécurité de la route Miti-Hombo, qui traverse le parc.

La présence de groupes armés mais aussi de la FARDC dans le bien a un impact négatif sur sa conservation. La milice armée dépend pour survivre des ressources du parc et de ses environs, elle est fortement impliquée dans le braconnage et recourt aussi au pillage des villages environnants. Comme il a été dit précédemment, les soldats sont également impliqués dans les activités minières à l’intérieur du parc, qui leur fournissent une source de revenus essentielle. On ne dispose d’aucun chiffre, mais il est clair que leurs activités ont un impact extrêmement négatif sur les populations de mammifères. Par ailleurs, la mission a également reçu des informations, fournies par le personnel ICCN du parc et les ONG de conservation, indiquant que les soldats du FARDC participent aussi à des activités destructrices, en particulier le braconnage, l’exploitation minière artisanale et la récolte de bambous.

Il faut noter que les relations entre le parc et le commandement militaire de la province sont bonnes et que des patrouilles conjointes réunissant gardes du parc et armée sont régulièrement effectuées. Par exemple, une action conjointe entre la FARDC et le personnel du parc autour de la région d’Itebero a permis de chasser les braconniers et les groupes armés et de fermer les mines. La MONUC a également fourni son appui aux opérations dans le parc, en particulier un soutien logistique.

Une menace majeure pour le parc est apparemment représentée par la stratégie militaire actuelle de la FARDC, avec l’assistance de la MONUC, pour faire face au FDLR. Au cours des deux mois précédant la mission, plusieurs opérations militaires ont eu lieu avec attaque de camps de base du FDLR, provoquant la retraite des rebelles dans les forêts du parc. Du point de vue de la conservation, ces opérations ont eu un impact négatif sur le bien car elles ont chassé les rebelles à l’intérieur du parc où ils peuvent effectuer des activités minières et du braconnage. À la suite de ces attaques, le FDLR s’est vengé sur les communautés locales visant aux alentours du bien, tuant de nombreux villageois, violant les femmes et brûlant les maisons.

En raison de cette insécurité croissante, le personnel du parc ne contrôle qu’une partie limitée du bien. Même si les deux stations d’Itebero et Nzovu dans la partie basse du parc sont à nouveau tenues par des gardes depuis 2004, et si trois postes de patrouille ont été réhabilités en 2005, on estime que 15% seulement du parc est réellement couvert par les patrouilles de l’ICCN.

La mission a noté que pour le moment il est impossible d’évaluer l’impact réel de la guerre sur la conservation du parc, en particulier pour la zone basse. La dernière étude complète de ce secteur date de 1994-95, avant le début de la guerre. En 2005, les activités d’enquête ont débuté dans la région d’Itebero mais elles ont dû être interrompues en raison de l’insécurité. Dans la zone étudiée, la présence de gorilles a été confirmée ainsi que d’autres mammifères tels qu’antilopes, buffles et léopards, mais aucun signe de la présence d’éléphants n’a pu être détecté. La mission considère qu’il est nécessaire d’effectuer une étude de l’ensemble de la zone basse dès que la situation de la sécurité le permettra, pour pouvoir évaluer l’impact réel de la guerre et de la poursuite de l’insécurité sur le bien.

La mission s’est également informée de la situation dans le couloir reliant les zones basse et montagneuse du parc. Ce couloir est d’une importance majeure pour l’intégrité écologique du bien, mais il est au centre de conflits, aussi bien avec les communautés locales de la région de Nindja, dont une partie a été incluse dans le parc quand celui-ci a été étendu en 1975, qu’avec un certain nombre de personnalités importantes de la région, qui, dans les années 1980, ont occupé illégalement les terres agricoles abandonnées à la fin de la période coloniale et qui étaient incluses dans l’extension. Ces problèmes et bien d’autres soulignent l’importance d’une définition très claire des limites du parc. L’ICCN espère rouvrir ses discussions sur les limites du parc dès que la situation sécuritaire le permettra.

La mission a également noté que le parc reçoit un soutien politique très clair du gouvernement et des autorités provinciales et locales. La mission a rencontré le gouverneur récemment nommé de la province du Sud Kivu, qui a promis son soutien pour la protection du bien du patrimoine mondial. Le parc a également pu développer de bonnes relations avec les chefs traditionnels locaux qui soutiennent activement les efforts de conservation. Chose remarquable, les autorités du parc ont aussi pu améliorer considérablement leurs relations avec les communautés locales au cours de la guerre, les effets dévastateurs des groupes armés aussi bien sur le parc que sur les villages locaux ayant clairement créé un objectif commun. Toutefois, à l’approche des élections, certains hommes politiques s’efforcent d’utiliser le parc dans le cadre de leur campagne. Un exemple en est le ministre des Terres qui a récemment proposé dans une lettre officielle de diminuer la taille du parc pour la ramener à sa dimension initiale d’avant 1975, 60 000 ha.

La mission de l’UNESCO estime qu’étant donné l’instabilité dans la region et l’évolution rapide de la situation sur le terrain, il est pour l’instant impossible de définir une série de mesures correctives et de repères qui pourraient conduire clairement à la suppression de ce bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Toutefois, la mission a mis au point une série de recommandations concrètes à l’État partie qui peuvent être utilisées par le Comité pour le suivi des efforts de l’État partie en vue d’améliorer l’état de conservation du bien. Ces recommandations figurent en détail dans le projet de décision.

La mission a noté que le parc a reçu au cours des années un soutien technique et financier substantiel, en particulier de la coopération technique allemande (GTZ) et plus récemment de l’UNESCO et des diverses ONG, mais que le financement disponible est insuffisant pour assurer une gestion efficace du bien. La banque allemande de développement envisage également d’inclure ce bien dans le programme qu’elle développe pour assister le système de zone protégée de la République démocratique du Congo. La mission a aussi mis au point, avec l’ICCN et les ONG de conservation qui travaillent dans ce bien, un plan d’action d’urgence qui sera mis en œuvre dans le cadre de la seconde phase du programme UNESCO pour le patrimoine mondial de la République démocratique du Congo financé par la Belgique. Le plan d’action soutiendra les recommandations mentionnées ci-dessus.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 30 COM 7A.6

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-06/30.COM/7A,

2. Rappelant la décision 29 COM 7A.4, adoptée lors de sa 29esession (Durban, 2005),

3. Félicite l'État partie et en particulier l'autorité du parc ICCN et ses partenaires de conservation pour les efforts réalisés afin d'améliorer l'état de conservation du bien et pour la présentation d'un rapport sur l'état de conservation du bien;

4. Prie instamment l'État partie de mettre en œuvre immédiatement les recommandations de la mission UNESCO de suivi qui pourraient constituer d'éventuels repères afin de sauvegarder la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien et dans l'intérêt de la conservation:

a) L'armée congolaise (FARDC), en consultation avec l'autorité du parc ICCN, doit mettre au point une stratégie pour évacuer tous les groupes armés du bien, en particulier les rebelles appartenant au FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) et la mettre ce plan en œuvre en coopération avec la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). La stratégie devra aussi prendre en compte la fermeture de toutes les opérations minières illégales à l'intérieur du bien. La stratégie doit éviter de pousser, comme c'est actuellement le cas, les rebelles du FDLR à l'intérieur du parc où ils pratiquent l'extraction minière et le braconnage;

b) Renforcer substantiellement la présence des gardes du parc ICCN dans la zone de terres basses du parc avec l'assistance du FARDC;

c) Récupérer, dès que la situation sécuritaire le permettra, les fermes situées à l'intérieur du parc sur la base des résultats du comité provincial2001 ("Commission des Etatiques Provinciaux concernés par le Conflit foncier du PNKB"), en notant que la matérialisation des limites du parc dans le couloir de grande importance écologique qui sépare les secteurs de terres basses et de montagnes reste une priorité;

d) Renforcer la coopération entre l'ICCN et ses partenaires par le développement d'un plan conjoint pour toutes les interventions dans le parc, avec des responsabilités et des repères très clairs;

e) Conduire, dès que la situation sécuritaire le permettra, une étude des espèces les plus importantes présentes dans la partie de terres basses du parc, en particulier les gorilles et autres primates ;

f) Renforcer l'application de la loi dans le bien, afin d'agrandir graduellement la partie du parc couverte par les patrouilles des gardes en coopération avec la MONUC et l'armée. En même temps, il importe de dynamiser le personnel du parc et d'améliorer son efficacité par une formation spécialisée;

g) Créer un fonds en dépôt pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la RDC, auquel le gouvernement de la RDC s'est engagé à apporter une contribution lors de la conférence organisée par l'UNESCO en 2004 sur le patrimoine en péril en RDC;

5. Demande au Directeur général de prier la MONUC de poursuivre et de renforcer sa coopération avec l'ICCN et ses partenaires pour la conservation du bien;

6. Fait appel aux donateurs internationaux pour soutenir les efforts de l'État partie afin de réhabiliter le bien;

7. Demande à l'État partie de fournir pour le 1février2007 au Centre du patrimoine mondial un rapport à jour sur l'état de conservation du bien et les progrès de la mise en œuvre des recommandations de la mission UNESCO de suivi, qui sera examiné par le Comité lors de sa 31esession en 2007;

8. Décide de maintenir le parc national de Kahuzi-Biega (République démocratique du Congo) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 30 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné les rapports sur l'état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-06/30.COM/7A et WHC-06/30.COM/7A.Add.Rev),

2. Maintient les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :