1.         Ensemble de monuments de Huê (Viet Nam) (C 678)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1993

Critères  (iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/678/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1994-2001)
Montant total approuvé : 273 706 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/678/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mission de suivi d’un expert international, 8-18 novembre 2003. Mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS en octobre 2006. 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Développement de l’infrastructure routière et constructions modernes à l’intérieur et autour de la Citadelle ;

b) Infrastructures urbaines de Huê et de ses enrirons. 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/678/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2007

Une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS s’est rendue sur le site en octobre 2006. Par rapport aux quatre points soulevés par le Comité dans sa décision 30 COM 7B.71, la mission a constaté ce qui suit.

La démolition des constructions illégales progresse par étapes, touchant un grand nombre de personnes qui sont relogées dans des endroits plus sûrs avec de meilleures conditions de vie. Ces opérations, tributaires de la disponibilité de fonds, devraient se poursuivre au cours des prochaines années. Les efforts des autorités à cet égard sont tout à fait louables.

Trois inventaires différents sont en cours d’établissement à Huê, notamment des principaux monuments inscrits, de 640 maisons traditionnelles, des temples, des maisons avec jardins et de l’architecture coloniale française. Ces inventaires seront intégrés dans une base de données SIG unique qui sera également utilisée pour promouvoir le tourisme culturel.

La décision 30 COM 7B.71 demandait l’élaboration d’un plan de gestion d’ici la fin 2006. Mais il est apparu lors de la mission que, par plan de gestion, les autorités entendaient principalement la redéfinition des limites de la zone et des ajustements des règlements d’occupation des sols et des activités de construction à l’intérieur et autour du bien du patrimoine mondial. Ce travail important était encore en cours au moment de la mission et n’a pas été présenté à ses membres.

La révision des limites et le renforcement des mesures de protection sont en effet nécessaires. Les limites du bien du patrimoine mondial de l’Ensemble des monuments de Huê (c’est-à-dire la zone I), telles que soumises à l’origine, ne reflètent pas l’importance du site en tant que paysage culturel, car elles n’incluent que les structures bâties et leur environnement immédiat, excluant les composantes naturelles essentielles du paysage géomantique inspiré par la philosophie du feng shui. Les zones tampons (zones II) semblent en outre trop petites pour assurer la protection des sites du patrimoine contre les aménagements inopportuns.

La mission a en effet constaté plusieurs projets déjà achevés ou en cours qui ont un impact négatif sur l’intégrité du bien du patrimoine mondial, notamment une nouvelle rocade et un pont près du tombeau de Minh Mang, une route en déblai dans l’une des collines d’importance géomantique qui font face au tombeau de Khai Dinh, des élargissements de routes, des complexes touristiques, un terrain de golf, une cimenterie, une carrière et une expansion suburbaine générale, en particulier le long des rives de la rivière des Parfums. Il s’avère que tous ces aménagements, réalisés sans coordination, trahissent l’esprit du plan directeur existant de Huê, qui désigne la zone au sud de la Citadelle (c’est-à-dire la zone du patrimoine) comme zone spéciale ayant une importance en tant que paysage et à maintenir, en tant que telle, dans un état semi-rural. La Citadelle proprement dite pose moins de problèmes puisque, à quelques exceptions près, une réglementation des constructions est en place.

En ce qui concerne le projet hôtelier de cinq étages sur la colline de Vong Canh (site proéminent surplombant la rivière des Parfums et visible depuis plusieurs monuments importants), la mission a fait remarquer que la construction de cet hôtel en haut de la colline constituerait une intrusion majeure dans le paysage géomantique des monuments situés à proximité, tels que les tombeaux de Tu-Duc ou Dong Khan. Il semblerait que quatre endroits aient été envisagés pour cet aménagement, l’un (sur les pentes de la colline près d’une ancienne station de pompage française) ayant actuellement la préférence. Si cette option serait certainement préférable à celle initialement proposée au sommet de la colline, il est à craindre que la construction d’un hôtel et des routes d’accès nécessaires ne conduise inévitablement au développement d’une agglomération urbaine à cet endroit, comme cela a été le cas autour du pont de Tuan et de la rocade près du tombeau de Minh Mang. La mission a été informée qu’une évaluation de l’impact environnemental de ce projet était en cours de préparation.

En conclusion, il est apparu à la mission que la déclaration de valeur universelle exceptionnelle, ainsi que les limites et les zones tampons du bien, devraient être révisées afin de refléter la définition plus large du site en tant que paysage culturel et d’instaurer un niveau plus élevé de protection. Cela pourrait être fait par la soumission d’une proposition de réinscription. Pour cela, il faudrait adopter une approche participative afin de concilier les besoins d’aménagement immédiats de la population en pleine croissance et la nécessité de protéger un bien essentiel pour le bien-être socio-économique de la communauté à long terme.

Un autre problème constaté par la mission est le risque d’inondation. Deux semaines seulement avant la mission, une inondation avait atteint +4,35 mètres au-dessus du niveau moyen de la rivière, causant pour environ 2 millions de dollars EU de dégâts à la Citadelle. Bien que des digues soient en cours de construction en amont, la mission a noté qu’il était important de réhabiliter le réseau traditionnel de collecte des eaux à l’intérieur et autour de la Citadelle, actuellement inefficace parce que non entretenu, afin de réduire l’impact des inondations dans la zone du patrimoine. L’UNESCO et la Banque japonaise pour la coopération internationale (JBIC) sont en train de mettre en place un accord pour mener une étude sur ces réseaux de collecte traditionnels en coopération avec le Centre de conservation des monuments de Huê (HMCC), en vue de son rétablissement futur éventuel.

Le rapport de la mission contient les principales recommandations suivantes :

a) Le programme de démolition des structures illégales et de relogement des personnes concernées dans des endroits convenables doit continuer comme prévu, en étroite concertation avec les personnes déplacées et avec le soutien financier du gouvernement central et du gouvernement provincial.

b) Le Centre de conservation des monuments de Huê doit prendre en compte les inventaires établis jusqu’à présent pour redéfinir les limites du bien du patrimoine mondial, afin que celles-ci englobent tous les éléments importants qui caractérisent sa valeur patrimoniale. Un inventaire complet et à jour devra également être une composante essentielle du futur plan de gestion du bien du patrimoine mondial.

c) Le plan de gestion en cours d’élaboration doit à la fois tenir compte de la valeur universelle exceptionnelle identifiée lors de l’inscription et anticiper l’éventuel renouvellement de la proposition d’inscription dans un avenir proche, en prenant toutes les mesures nécessaires pour protéger les « zones paysagères » indispensables pour que la nouvelle proposition d’inscription constitue un ensemble cohérent.

d) La préparation de la proposition de réinscription est un processus complexe et exigeant. Il nécessitera une redéfinition des zones centrales à inclure dans la proposition d’inscription, la définition de zones tampons correctement protégées, la révision de la déclaration de valeur universelle exceptionnelle et la modification du plan de gestion en cours de préparation pour spécifier les principes généraux applicables à l’ensemble du bien du patrimoine mondial et les plans secondaires pour chacune des zones centrales élargies (Zone I). L’ensemble devra être élaboré et soumis dans un dossier de proposition de réinscription à l’UNESCO conformément aux dispositions des paragraphes 165 et 166 des Orientations (Demande de modification majeure) d’ici la fin 2009.

e) En attendant de préparer une proposition de réinscription du site en tant que paysage culturel, l’Etat partie devrait élargir les limites de la zone tampon (Zone II) pour inclure tout le territoire qui serait compris dans cette nouvelle proposition et renforcer la protection de ce territoire afin d’empêcher tout aménagement qui aurait un impact négatif sur les valeurs reconnues par l’inscription et celles liées à la proposition de réinscription en tant que paysage culturel.

f) En attendant la soumission de la proposition de réinscription du site en tant que paysage culturel, il faudrait élargir les limites des zones tampons existantes (Zone II) afin de protéger tous les éléments géomantiques de chacun des monuments inscrits. Il faudra le faire en respectant les principes indiqués plus haut et les nouvelles limites devront être soumises au Centre du patrimoine mondial pour commentaires d’ici la fin 2007. It est important de souligner que l’élargissement de la zone II n’implique pas le gel de tous les projets d’aménagement, mais seulement l’établissement de règlements d’occupation des sols compatibles avec la sauvegarde du caractère patrimonial des zones concernées.

g) Tout doit être fait pour donner, dans le nouveau Plan directeur pour 2010–2020, une base statutaire aux modifications contenues dans la proposition de réinscription.

h) Il faut suspendre temporairement les grands chantiers d’infrastructures et de construction dans les zones centrales et tampons nouvellement définies (Zones I et II) jusqu’à ce que le cadre réglementaire nécessaire ait été approuvé.

i) L’État partie doit être encouragé à demander l’assistance internationale pour préparer la proposition de ré-inscription. A cet égard, le Centre de conservation des monuments de Huê devrait, dans le cadre du programme d’assistance internationale du Fonds du patrimoine mondial, faire une demande d’atelier de formation sur l’élaboration des plans de gestion de la conservation à l’intention de son personnel et de celui des autres organismes participant à ces activités.

j) Il faudrait effectuer une évaluation d’impact environnemental, avec prise en compte des aspects de patrimoine culturel, du projet de complexe touristique sur la colline de Vong Canh, le long de la rivière Huong, le plus rapidement possible et en tout cas avant que des décisions irréversibles pouvant porter atteinte à la valeur universelle exceptionnelle du bien du patrimoine mondial ne soient prises, et en rendre compte au Centre du patrimoine mondial.

Dans un courrier daté du 30 janvier 2007, l’État partie a adressé un rapport qui donne des informations récentes sur le bien, ainsi que ses remarques sur les conclusions et recommandations du rapport de la mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS. Ce rapport indique que la démolition des constructions illégales et l’inventaire des éléments importants du patrimoine se poursuivent et que des progrès ont été faits en ce qui concerne la révision des limites et le renforcement de la protection. Un projet de plan directeur complet devrait être achevé d’ici la fin 2007, en s’appuyant sur les exemples fournis par les membres de la mission et en consultation permanente avec le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS comme demandé par l’État partie. Un projet préliminaire visant à faire de la colline de Vong Canh un parc ayant le statut de paysage culturel pour renforcer l’importance du bien du patrimoine sera envoyé au Centre du patrimoine mondial avant que la décision finale ne soit prise.

En ce qui concerne les recommandations de la mission d’octobre 2006, le Comité populaire de la province de Thua Thien Huê, dans une lettre séparée datée du 30 janvier 2007 et adressée au Centre du patrimoine mondial, attire l’attention sur le lien inséparable entre les hommes et les sites du patrimoine, fait remarquer que cela complique la gestion et la conservation du bien du patrimoine mondial de Huê et, tout en appréciant le travail de la mission et en approuvant la plupart de ses recommandations, fait quelques remarques sur les points clés. La démolition des bâtiments illégaux exigeant une approche prudente et des fonds substantiels pour mettre en place un programme convenable de relogement, elle continuera à être effectuée par étapes, sur plusieurs années. L’élaboration du plan de gestion exigera aussi du temps, ainsi que les autorisations du gouvernement central, l’aide du Centre du patrimoine mondial et de l’ICOMOS et enfin la prise en considération de la population locale.

L’État partie fera de son mieux pour mettre en œuvre les recommandations concernant la révision des zones centrales et tampons pour inclure les éléments de feng shui associés au bien, mais cela prendra du temps en raison des difficultés créées par la présence de personnes et de structures. L’État partie fait remarquer que certaines réglementations sont déjà en place, indépendamment de la révision des zones. Huê ayant été déclarée « Ville-festival du Vietnam », la modernisation de ses infrastructures est indispensable. L’État partie considère, par conséquent, qu’il ne sera pas possible de suspendre temporairement les grands chantiers d’infrastructures et de construction dans les zones centrales et tampons nouvellement définies (Zones I et II), comme le recommande la mission. Mais il admet qu’il sera nécessaire d’« étudier et d’élaborer avec soin l’échelle et l’architecture des infrastructures et bâtiments dans la zone II existante », et de consulter les organisations compétentes en matière de patrimoine.

A propos de la colline de Vong Cahn, le document fourni par le Comité populaire de la province de Huê indique que le complexe touristique était une simple proposition. L’endroit sera en fait transformé en « parc culturel ». Il fait remarquer qu’une évaluation d’impact environnemental est requise par la loi vietnamienne relative aux constructions pour tout projet de grande envergure.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 31 COM 7B.75

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-07/31.COM/7B.Add,

2.  Rappelant la décision 30 COM 7B.71 adoptée à sa 30e session (Vilnius, 2006),

3.  Note les progrès accomplis par l’État partie en ce qui concerne la démolition des constructions illégales et la préparation des inventaires des éléments importants du patrimoine culturel dans la région de Huê, et lui demande de poursuivre ses efforts pour reloger les habitants dans des endroits plus sûrs ;

4.  Demande à l’État partie de prendre en considération de toute urgence les recommandations de la mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS d’octobre 2006 et leur mise en œuvre échelonnée, notamment la suspension éventuelle des grands chantiers d’infrastructures et de construction dans les zones centrales et tampons nouvellement définies (Zones I et II) jusqu’à ce que le cadre réglementaire nécessaire soit approuvé ;

5.  Prie instamment l’État partie de préparer en concertation et avec l’assistance du Centre du patrimoine mondial et de l’ICOMOS un plan de gestion incluant les zones centrales et tampons élargies qui englobent les éléments géomantiques importants associés aux monuments inscrits, en prévoyant un niveau plus élevé de protection de la valeur universelle exceptionnelle du bien ainsi que la soumission d’une proposition de réinscription du bien en tant que paysage culturel basée sur une déclaration révisée de sa valeur universelle exceptionnelle. Un projet de plan de gestion devra être soumis au Centre du patrimoine mondial d’ici la fin 2009, pour considération par le Comité à sa 34e session, en 2010 ;

6. Demande également à l’État partie de préparer, en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS, un plan d’action concernant les travaux nécessaires pour réduire l’impact négatif de la pollution sonore près des tombeaux de Minh Mang et Khai Dinh ;

7.  Encourage l’État partie à demander, au titre du programme d’assistance internationale du Fonds du patrimoine mondial, l’organisation d’un atelier de formation sur l’élaboration des plans de gestion et de la conservation, à l’intention du personnel du Centre de conservation des monuments de Huê ;

8.  Demande en outre à l’État partie de soumettre un rapport d’avancement au Centre du patrimoine mondial, avant le 1er février 2009, pour considération par le Comité à sa 33e session, en 2009.