L'État partie a envoyé un rapport le 26 janvier 2007 sur l'état de conservation du bien. Il relève qu'à Tichitt, certaines installations électriques sont anarchiques et visibles. La ville deTichitt, contrairement aux trois autres villes, ne connaît pas de désertion massive de son centre historique. Elle reste encore densément peuplée. Ce Ksar préserve la majorité de ses valeurs patrimoniales.
À Ouadane, le rapport national indique que le problème majeur est effectivement la présence de l'antenne de Mauritel à la limite extérieure du périmètre inscrit. Il s’agit là d’un élément qui modifie considérablement l'aspect visuel du site.
D'autre part, le rapport mentionne la peinture blanche appliquée sur les bâtiments publics situés dans la zone tampon, créant un contraste frappant qui modifie le paysage culturel. Il mentionne par ailleurs l'installation d'un réseau d'adduction d'eau entièrement visible.
Hormis ces remarques, les conclusions du rapport sont positives. Il ajoute que, malgré l'insuffisance de crédits, la Fondation nationale pour la Sauvegarde des Villes Anciennes (FNSVA) a créé un mécanisme institutionnel et juridique en faveur de la protection et de la restauration des quatre sites, qui prévoit :
a) la modification du décret de création de la FNSVA qui la rend plus opérationnelle ;
b) l'approbation des projets d'urbanisme et des plans de gestion des villes anciennes par le Cabinet ;
c) l'élaboration des documents de mise en œuvre du Fonds pour la réhabilitation architecturale et urbaine des quatre villes.
Lors de sa 30e session, le Comité a demandé qu'une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS visite le bien.
La mission s’est donc rendue sur place du 10 au 26 décembre 2006 pour évaluer notamment la manière dont l'État partie avait mis en œuvre les recommandations du projet pilote « Sauvegarde et développement des quatre villes du patrimoine mondial en Mauritanie » qui sont les suivantes :
a) Promulgation par le Parlement de la Loi sur la protection du patrimoine ;
b) Adoption des plans d'urbanisme et de sauvegarde et application de la réglementation urbaine ;
c) Création et financement d'un Fonds de réhabilitation du patrimoine ;
d) Création d'un mécanisme de gestion et d'assistance technique.
Protection juridique
Aucun progrès n'a été réalisé dans la mise en place d’une protection juridique.
Schémas directeurs et plans de gestion
Des plans d'urbanisme pour les quatre villes ont été approuvés par le Conseil des Ministres le 20 décembre 2006. Ils étaient assortis d’une réglementation minimale relative à la planification et à la construction. La création de zones tampons a été approuvée pour chaque ville historique. Ces plans comportent l'inventaire des bâtiments avec des mesures de planification et de protection, les actions à entreprendre à l’égard du tourisme et de l'organisation institutionnelle. Les plans de gestion plus généraux n'ont pas encore été étudiés.
Ressources
À la demande de l'État partie, une mission a été organisée dans le cadre de la Convention France-UNESCO afin d’aider la FNSVA à mettre sur pied le mécanisme qui convient à l’établissement et au fonctionnement du Fonds spécial pour la sauvegarde, la réhabilitation et la promotion des quatre villes inscrites sur la Liste du patrimoine mondial.
L'État partie s'engage à procéder à un financement annuel d'environ 709 000 dollars EU pour les cinq années à venir. Les trois types de financement prévus sont :
· les opérations lancées par les municipalités sur les bâtiments publics ;
· l’aide à la vente des produits locaux et de l'artisanat local ;
· le soutien des habitations privées.
Les ressources complémentaires ne sont pas encore garanties et devraient provenir de diverses sources, y compris de donateurs bilatéraux et/ou multilatéraux, des collectivités locales, de dons et de legs, nationaux ou étrangers, d’opérations de mécénat, de taxes de tourisme et d'aéroport ainsi que d'autres subventions de l'État.
Le Fonds sera géré par la FNSVA qui rendra compte de son action à un Comité dirigé par le Président et avec des membres des services publics.
Capacités de gestion
Il reste à confier davantage de responsabilités aux acteurs locaux et à renforcer les capacités tant au niveau administratif qu'au sein de la communauté en termes de compétences traditionnelles. Il faut créer une structure de gestion pour chacune des quatre villes avec des représentants des communautés locales. À l'heure actuelle, la FNSVA est loin des villes : à 1 300 km de Oualata et à plus de 500 km de Tichitt, Chinguetti et Ouadane.
Parallèlement à ces problèmes, le rapport de la mission reconfirme également les difficultés que rencontrent ces quatre villes, en particulier :
a) La perte progressive du savoir-faire traditionnel des artisans, comme ceux qui sont spécialisés dans le travail de la pierre ;
b) L'utilisation de nouveaux matériaux inadaptés ;
c) L’absence de réglementation concernant les nouveaux bâtiments et la démolition de maisons, ainsi que la réutilisation des matériaux ;
d) L'urbanisation qui ne respecte pas les limites de la ville ;
e) Le déficit d'information sur le statut de patrimoine mondial ;
f) Le dépeuplement et la désertion des centres-villes, et le nombre croissant de bâtiments en ruine ;
g) La pénurie d'eau ;
h) L'empiètement des sables ;
i) Le développement des infrastructures.
En dépit des progrès réalisés pour mettre en place des plans d’urbanisme et approuver l’affectation des crédits nécessaires à la restauration et à la réhabilitation des lieux, il reste encore beaucoup à faire en termes de protection juridique et de gestion pour lutter contre la dégradation progressive des villes et leur abandon.