1.         Isole Eolie (Îles Eoliennes) (Italie) (N 908)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2000

Critères  (viii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/908/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/908/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mission UICN/UNESCO en 2007

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Absence de plan global de gestion

b) Développement excessif du tourisme

c) Extraction de pierre ponce 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/908/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2007

Comme cela a été demandé par le Comité du patrimoine mondial (28 COM 15B.26), unemission de suivi UICN/UNESCO a été effectuée sur l’invitation de l'État partie. La mission a lieu du 21 au 28 mars 2007, avec une visite de deux jours sur le site. Le rapport complet de la mission est consultable en ligne sur le site du Centre du patrimoine mondial (http ://whc.unesco.org/archive/2007). L'État partie a soumis un rapport, comme requis dans la décision 30 COM 7B.23, indiquant que les activités minières étaient illégales et devaient cesser, et que la planification de la gestion était en cours. 

La mission a constaté la mise en application effective du plan d'aménagement du territoire depuis 2004 et les mesures récentes prises par l'État partie pour mettre fin à l’extraction illégale de pierre ponce à l'intérieur du bien. Cependant, plusieurs problèmes portent gravement atteinte à l'intégrité de ce bien et aux valeurs pour lesquelles il a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial :

a) Extraction de pierre ponce

Depuis la mission d'évaluation de l'UICN en 1999, l’industrie extractive s’est développée de façon significative sur les versants du Monte Pilato (Lipari), situé dans le périmètre du bien. La mine d'Italpomice a été fermée en 2002, mais les activités minières ont continué chez PUMEX. Actuellement, environ 40 personnes travaillent à plein temps ou à temps partiel dans cette société PUMEX et redoutent de perdre leur emploi en cas de fermeture de la mine. Des discussions sur la réembauche et le recyclage de ces effectifs sont menées depuis janvier 2007 par les autorités locales et régionales. Bien que le 6 mars 2007, les autorités régionales aient intimé l’ordre définitif à PUMEX de cesser toute exploitation minière, la mission craint qu’il y ait encore des opérations d'extraction sur le site sous l’apparence d’un enlèvement des matériaux accumulés. La mission a indiqué qu’au 24 mars 2007, un certain type d'activité était encore exercé chez PUMEX. En outre, aucune date butoir n'a été fixée pour finir de retirer le matériel entreposé.

De sérieuses objections ont été soulevées par les acteurs et les groupes environnementaux au regard de la décision du Comité (28 COM 15B.26) accueillant favorablement le plan de réhabilitation de la société PUMEX au sujet des carrières de pierre ponce désaffectées. Des craintes existent quant aux préjudices environnementaux qu’entraînerait la mise en œuvre du plan de PUMEX. Les autorités régionales envisagent de réhabiliter les zones d’exploitation qui ont été fermées, mais aucune déclaration officielle n'a été prononcée. La mission a été informée de plusieurs propositions émanant d’experts et d’ONG favorables à la réhabilitation des lieux et à la conversion de l'infrastructure minière en un parc éducatif et naturel. Un manque de clarté subsiste au niveau de la prise en compte de ces propositions par les autorités régionales et la mission n'a pas été informée du budget éventuellement consacré à la réhabilitation du site. 

b) Plan de gestion et supervision

Il n'existe à ce jour aucun plan de gestion du bien ni aucune structure relative à sa mise en œuvre. Ecosviluppo Eolie a reçu des fonds pour concevoir un plan de gestion. Toutefois, il ne s’agit que d'une proposition de plan de gestion, jugée insuffisante par l'Office régional du patrimoine culturel. Bien que l'État partie ait affecté des ressources à l’établissement d’un plan de gestion par l'Office régional du patrimoine culturel, un organisme de gestion du bien n'a pas encore été désigné.

D'autres difficultés concernent l'usage de l’information scientifique. Les sommes consacrés aux études scientifiques sont disponibles, mais on ne voit pas clairement si elles sont orientées vers des domaines de recherche prioritaires ou si elles sont utilisées par les autorités régionales pour la gestion effective du bien du patrimoine mondial. De plus, les données sont lacunaires surtout en ce qui concerne la mise en œuvre d’accords internationaux dans le domaine de l'environnement.

Enfin, la mission a observé que la gouvernance complexe, souvent non coordonnée et superposée, ne facilitait pas une gestion intégrée et efficace du bien. Des signes positifs d’une collaboration sans précédent viennent maintenant des autorités régionales. L'Autorité régionale chargée du territoire et de l'environnement s'intéresse à la création d'un parc régional géré par un organisme autonome. De plus, l'ONG environnementale, Legambiente, a proposé un projet de cadre réglementaire pour créer un parc régional qui englobe toutes les îles. Vu les changements assez fréquents de gouvernance des partis politiques et les difficultés de communication et d'intégration au sein et entre les différents échelons gouvernementaux, un parc régional doté d’un organisme de gestion indépendant et d’une protection réglementaire accrue pourrait aider à contrer ces limitations. 

Réserve de Lipari : L'île de Lipari est la seule à ne pas avoir de protection officielle, d'autant qu'elle n'a pas le statut juridique de réserve. Toutefois, la nouvelle réserve de Lipari devrait être créée en juin 2007 et ses limites proposées ont été redéfinies de manière à exclure les zones d'exploitation minière et à protéger les autres aires. Les limites précédemment proposées qui sont aussi celles du bien du patrimoine mondial, incluent les carrières de pierre ponce de la Zone A (réserve). Ni l’UICN, ni l’UNESCO n'ont été informées de la proposition de modification des limites, comme l’exigent les Orientations. La mission estime que la redéfinition des limites est une mesure positive prise pour assurer la protection des zones situées au-delà des carrières de pierre ponce ; toutefois, l'État partie devra légaliser ces limites et soumettre une proposition de modification des limites du bien du patrimoine mondialqui soit conforme aux Orientations

Développement d’infrastructures : Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN ont été informés d'éventuels projets hôteliers et de plans de construction d'un aéroport à Lipari. Cependant, les projets hôteliers ont été rejetés en décembre 2006 car ils ne respectaient pas les dispositions du plan d'aménagement du territoire. De même, le projet d'aéroport n'est pas conforme au plan d'aménagement paysager et semble être limité par la topographie de l'île.

Un nouveau et sérieux problème est apparu lors de la mission en ce qui concerne le projet d’expansion notoire du port de Lipari. Le nouveau port s’apprêterait à accueillir de grands bateaux de croisière qui pourraient amener chacun jusqu'à 2 000 visiteurs. L'aménagement du port, la construction d'une digue et la présence de navires de croisière n’entrent pas dans les restrictions du plan d'aménagement du territoire ni dans aucun autre cadre réglementaire. Si le port et les bateaux n'affectent pas directement le bien du patrimoine mondial, les effets indirects de l'afflux de visiteurs risquent d’être non négligeables. Il pourrait aussi y avoir des projets d'aménagement portuaires sur les autres îles dont l'équipe de la mission n'a pas été informée. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 31 COM 7B.24

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-07/31.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 30 COM 7B.23, adoptée à sa 30e session (Vilnius, 2006),

3. Accueille favorablement les mesures positives prises par l'État partie, en particulier, l'établissement de limites précises pour la réserve de Lipari en projet ainsi qu'une collaboration plus étroite entre les deux autorités régionales compétentes;

4. Note avec inquiétude que le plan de réhabilitation de la société PUMEX pour la zone minière risque de menacer l'intégrité du bien et que le statut de patrimoine mondial n'est pas pris en compte dans ce document;

5. Note avec une vive préoccupation les problèmes de conservation et de gestion qui nuisent à la valeur universelle exceptionnelle et à l'intégrité du bien, comme l'a estimé la mission Centre du patrimoine mondial/UICN de mars 2007, en particulier l'absence de plan de gestion et de structure de gestion, l'activité minière qui se poursuit sur le site de PUMEX dans le périmètre du bien du patrimoine mondial, l'absence de date butoir pour finir d'enlever le matériel accumulé, ainsi que l'absence de mécanisme de surveillance et autres pour contrôler les aménagements portuaires et l'infrastructure côtière;

6. Prie instamment l'État partie de mettre immédiatement en application les recommandations majeures suivantes de la mission de mars 2007:

     a) Cesser toute industrie extractive dans les zones situées à l'intérieur et aux abords du bien du patrimoine mondial et interdire l'ouverture de nouvelles carrières;

     b) Fixer une date limite pour l'enlèvement du matériel d'extraction de pierre ponce accumulé;

     c) Préparer un plan de gestion qui utilise les données scientifiques les plus récentes et inclut l'identification de ressources financières pour sa mise en œuvre, ainsi que les besoins en personnel, le suivi et la sensibilisation;

     d) Désigner un organisme de gestion approprié et garantir des fonds suffisants;

     e) Faire une évaluation d'impact environnemental exhaustive et complète du projet d'expansion du port de Lipari, avec une analyse de l'impact des navires de croisière sur le bien du patrimoine mondial;

     f) Instaurer un projet de restauration de la végétation sur une base scientifique en utilisant des plantes naturelles et un plan créatif et judicieux de conversion de l'infrastructure minière au service des besoins éducatifs et de l'écotourisme, conjointement avec un programme de réembauche et/ou de recyclage des personnels affectés;

     g) Ratifier la redéfinition du périmètre de la réserve de Lipari en projet et soumettre une proposition de modification des limites correspondantes du bien du patrimoine mondial en conformité avec les Orientations;

     h) Examiner attentivement la création d'un parc régional pour toutes les îles éoliennes; et

     i) Envisager, à la lumière des données scientifiques les plus récentes sur les valeurs naturelles des îles, de soumettre une nouvelle proposition d'inscription du bien du patrimoine mondial qui inclue des critères naturels supplémentaires et protège les habitats côtiers et marins importants;

7. Demande à l'État partie de soumettre avant le 1er février 2008 un rapport d'avancement sur toutes les questions susmentionnées, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session en 2008, lors de laquelle le Comité examinera l'inscription possible du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril si l'État partie ne prend pas les mesures qui s'imposent pour appliquer les recommandations principales de la mission de suivi de 2007 et éviter la perte de la valeur universelle exceptionnelle et de l'intégrité de ce bien.