1.         Zone de conservation de Ngorongoro (République-Unie de Tanzanie) (C/N 39bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (iv)(vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1984-1989

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1979-2004)
Montant total approuvé : 255 139 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mission UICN du 21 au 24 avril 1986; Mission Centre du patrimoine mondial/IUCN du 28 avril au 4 mai 2007

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Accroissement de la population pastorale résidente ;

b) Immigration ; braconnage ;

c) Prolifération d’espèces envahissantes;

d) Pression touristique ;

e) Empiétement et cultures.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2007

Le 8 janvier 2007, le Centre du patrimoine mondial a reçu un rapport de l’Etat partie sur l’état de conservation de la zone de conservation de Ngorongoro. L’Etat partie y indique les progrès effectués contre les menaces pesant sur le bien, en particulier sur le tourisme et l’empiètement. Comme demandé par le Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006) et à l’invitation de l’Etat partie, une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN s’est rendue sur le site du 28 avril au 4 mai 2007. Les résultats détaillés de la mission et les recommandations seront présentées dans un rapport de mission, disponible sur la site Internet du Centre du patrimoine mondial, et peuvent être résumés comme suit :

a) Gestion des visiteurs et développement des infrastructures :

La mission a noté qu’une étude d’impact environnemental (EIE) a été effectuée pour le projet de Lodge Kempinski, qui doit être implanté au bord du cratère. L’EIE est actuellement (3 mai 2007) chez le Ministre de l’Environnement, au cabinet du vice-Président pour approbation, mais aucune décision finale n’a été prise à ce stade. Il est bien entendu que l’EIE a recommandé que le Lodge ne devait pas être construit au bord du cratère, tel est également l’avis du Conseil d’administration de l’autorité de la zone de conservation de Ngorongoro (NCAA). Malgré tout, le groupe hôtelier fait déjà la promotion du Lodge. La mission a noté que le Lodge est supposé avoir une capacité de 120 lits et un impact potentiel, direct et indirect, sur la zone de conservation, y compris accroissement de la consommation d’eau et d’électricité et en autres services associés tel que le traitement des déchets. Il y a également un impact potentiel sur l’intégrité visuelle, particulièrement sensible dans la mesure où le bien a été inscrit sur le critère (vii), relatif à une beauté et une importance esthétique exceptionnelle. Enfin, le développement d’un tel Lodge créerait un précédent pour le développement ultérieur des bords du cratère. A la vue de ces éléments, la mission soutient l’avis de l’EIE et du NCCA et recommande que la construction du Lodge Kempinski ne soit pas approuvée au bord du cratère. La mission est d’avis que si le Lodge était construit au bord du cratère, ceci pourrait représenter une justification probable pour l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial et péril.

Le plan général de gestion (PGM) du site, dont la mise en oeuvre a été approuvée par le Conseil d’administration du NCAA le 15 avril 2006, prévoit la suite des quatre lodges préexistants mais aucun développement supplémentaire au bord du cratère (à 500m du bord du cratère), tenant compte de l’approvisionnement limité en eau et de la capacité de 620 lits existant déjà. Il convient également de noter qu’il existe des projets de rénovation du Lodge Rhino actuel, incluant 20 lits supplémentaires, en partenariat entre le Conseil pastoral et un agent de développement externe, et qui ont été approuvés lors du précédent Conseil d’administration du NCAA.

Le NCAA a achevé l’évaluation de l’impact environnemental de la gestion du trafic dans le cratère, en mentionnant un certain nombre de recommandations : (1) utilisation de véhicules avec une capacité en passagers plus importante, pouvant accueillir 12 passagers et non pas 4 comme actuellement ; (2) réduire la durée des visites du cratère d’une journée actuellement à une demi-journée et contrôler le temps passé par des pointeuses aux points d’entrée et de descente ; (3) limiter l’affluence à 100 véhicules par jour (contre environ 300 par jour actuellement) et maintenir une distance de 3 km entre chaque véhicule ; cimenter la montée principale (7 km) et la descente dans le cratère principale (4 km) et améliorer l’état de certaines des routes dans le cratère en les gravillonnant de 10 cm ; (5) augmenter le péage des visiteurs du cratère à 200 dollars EU par véhicule ; (6) mettre en place un code de conduite, traitant des limitations de vitesse de 25 à 30 km/h dans le cratère (contrôlées par des radars) et de la conduite hors-piste ; (7) considérer des options de développement conjoint par lesquels le NCAA aurait des activités dans le cratère en partenariat avec des tours opérateurs ; et (8) développer des alternatives, y compris la promotion d’observation de la faune dans d’autres zones (les cratères d’Olmoti et d’Empakaai), ainsi que le développement de sentiers-Nature dans la zone de conservation, une plateforme d’observation de la faune sur le bord du cratère, et un centre d’information des visiteurs.

La mission a noté deux puits d’extraction sur le site, l’un proche du Lodge Sopa à l’est du cratère mentionné, actuellement en activité, et l’autre dans le cratère, actuellement en cours de fermeture. Ceux-ci sont utilisés pour extraire le gravier nécessaire à l’entretien des routes. Il est précisé que l’utilisation de graviers provenant de l’extérieur du cratère accroît le risque d’introduction d’espèces invasives.

b) Empiètement :

Le Plan général de gestion révisé, approuvé en avril 2006, a délimité un nouveau zonage, définissant à présent la Réserve de forêt du Haut plateau du nord et le cratère du Ngorongoro comme la zone principale où les activités humaines sont fortement restreintes. Il y a deux patrouilles quotidiennes pour contrôler et suivre les activités illégales telles que la collecte de bois pour l’ébénisterie et pour le chauffage.

La réglementation du Conseil d’administration du NCAA comprenait l’interdiction de cultiver dans la zone de conservation, laquelle a été progressivement abandonnée, et la recommandation de déplacer des populations d’immigrants en dehors de la zone de conservation. En relation avec le déplacement volontaire de la population d’immigrants, le NCAA a encouragé et facilité ce processus en fournissant des infrastructures à l’extérieur de la zone de conservation (à Oldonyo Sambo, situé environ 70 km au nord de la limite de la zone de conservation), incluant la construction d’une école, un dispensaire médical, un poste de police, et une route jusqu’à la zone de conservation, ainsi qu’une allocation de terres (environ 2 ares par personne) pour la culture. En avril 2007, 223 immigrants sur 1 725 se sont déplacés volontairement, le reste attendant l’achèvement des infrastructures à l’extérieur de la zone de conservation. La réinstallation sera finalisée dès l’achèvement du développement des infrastructures (d’ici juin 2008).

Concernant la population Massaï, la capacité de charge du bien sera évaluée en fonction du nombre actuel, et futur, de Massaï que la zone peut accueillir. L’étude se penchera également sur des problèmes tels que l’accroissement de la productivité, par exemple, en introduisant des races améliorées de bétail. Cette étude devra être entreprise en consultation étroite avec la population Massaï et les autorités du district adjacent à la zone de conservation (mai 2007). Le NCAA est actuellement (mai 2007) en train d’identifier un consultant capable de mener cette étude de la capacité de charge.

La mission a noté une certaine érosion du sol associée à l’accès du bétail au cratère. L’accès du bétail au cratère est en effet un droit traditionnel attribué au peuple Massaï. Pour un certain nombre de Bomas (villages Massaï) et a une valeur d’autant plus forte qu’il fournit les sels minéraux nécessaires à partir du sol du cratère, mais aussi une source d’eau pendant la saison sèche. Ce droit d’accès est reconnu au sein du Plan général de gestion et est principalement utilisé par les villages les plus proches du cratère. Le NCAA a fourni des sources de sel alternatives aux Massaï, sur l’accord implicite que, si du sel est fourni séparément, les Massaï n’auront plus besoin de conduire leur bétail dans le cratère, ou alors, moins fréquemment. Cependant, il s’agit d’un problème courant et sensible qui nécessitera plus d’attention et de discussion avec les Massaï afin d’identifier et mettre en œuvre des alternatives viables. Il semble qu’il y ait actuellement 500 têtes de bétail provenant de 10 Bomas entrant dans le cratère chaque jour.

Lors de la saison sèche, les Massaï sont autorisés à faire paître leur bétail dans certaines parties de la Réserve de forêt du Haut plateau du nord, selon les limitations agréées localement entre le NCAA et les Massaï. La mission a été avertie que le NCAA s’est intéressée à l’exploitation illégale de bois dans la Réserve de forêt du Haut plateau du nord. La mission a survolé la Réserve de forêt du Haut plateau du nord et ses conclusions indiquent qu’aucune érosion significative entrainée par le surpâturage ne pouvait être observée dans cette zone. La mission a également relevé des activités encourageant les alternatives à l’utilisation du bois des forêts du nord, spécialement par l’ONG HIMAKU, basée à Karatu, qui développe une forme alternative de fours, plus économiques en combustible, et une technique alternative pour la fabrication de briques.

La mission note qu’il existe actuellement un projet majeur de développement des infrastructures visant à déplacer les hébergements de tout le personnel de la zone de conservation et des lodges de leurs emplacements actuels à l’intérieur du bien. Le nouvel emplacement (Kamyn Estate) couvre une superficie de 435 ares et est approximativement situé à 5 km de l’entrée Lodoare. Cette relocalisation concernera environ 360 familles (pour un total d’environ 3 000 personnes), et le personnel travaillant dans les lodges existants (environ 2 000 personnes) sur une période de 4 à 5 ans. Les constructions ont déjà débuté et il est à prévoir que l’hébergement pour le personnel de la zone de conservation de Ngorongoro sera achevé d’ici juin 2008, alors que les responsables des lodges auront la charge de développer les infrastructures pour leur personnel.

c) Espèces invasives :

La mission a noté que l’autorité de gestion de la zone de conservation de Ngorongoro a fait des efforts majeurs dans le contrôle des espèces invasives (à la fois exotiques et indigènes), en particulier dans le cratère. Vingt (20) membres de personnel travaillent actuellement à plein temps sur le contrôle des espèces invasives, et ce nombre est doublé dans le cas d’opérations spécifiques telles que les incendies de régulation. Les zones prioritaires identifiées sont (par ordre décroissant de priorité) : le fond du cratère, le pourtour du cratère, la réserve de forêt du Haut plateau du nord, les zones avec des activités anthropiques et d’habitation, et enfin, les autres zones. Les espèces prioritaires identifiées sont (par ordre descendant de priorité) : la cassie, le mimosa, l’Azolla filiculoides (petite fougère aquatique flottante); les espèces d’eucalyptus; l’argémone mexicaine, et les autres espèces exotiques et invasives.

Les méthodes de contrôle ont consisté en des incendies de régulation et le fauchage de des herbes pour certaines zones. Le développement des approches pour le contrôle des espèces invasives s’est appuyé sur des experts externes et des missions dans d’autres pays afin d’étudier les méthodes de contrôle utilisées. La mission a constaté que l’argémone mexicaine et le datura ont été largement contrôlés dans le cratère mais que le contrôle des petites fougères aquatiques flottantes, qui ont envahi tous les points d’eau douce dans le cratère, reste un problème. L’autorité de gestion a rapporté qu’une visite d’étude de quelques membres du personnel de la zone de conservation de Ngorongoro au Bénin va être organisée pour leur permettre d’apprendre la technique de contrôle et d’éradication de la petite fougère flottante. Des efforts seront également faits pour impliquer les communautés locales au contrôle des espèces invasives, y compris par l’implication des écoles dans l’arrachage des mauvaises herbes dans leurs localités respectives, par l’initiation de campagnes pour promouvoir la plantation d’espèces d’arbres natives, et en fournissant gratuitement des arbrisseaux d’espèces natives en remplacement des espèces exotiques.

d) Gestion et génération de ressources :

Actuellement, le suivi de la faune sauvage comprend un recensement entrepris durant la saison des pluies et durant la saison sèche, chaque année, afin de déterminer l’évolution des populations animales. La composition en espèces végétales des zones incendiées fait également l’objet d’un suivi.

La mission a relevé un certain nombre d’activités de gestion positives dans le cratère telles que l’établissement de gabions (berges artificielles) pour réguler l’écoulement des eaux et assurer une meilleure gestion des espèces, des habitats et de l’écosystème du cratère. Des routes sont également fermées périodiquement afin de réhabiliter des zones trop usées.

Le NCAA a semble-t-il prévu d’acquérir un hélicoptère lors de la prochaine année budgétaire pour un coût de 2,6 milliards de shillings tanzaniens afin de faciliter les activités de gestion telles que les patrouilles, la lutte contre les incendies et les réactions rapides.

La capacité du NCAA à générer et maintenir ses propres revenus est un facteur significatif de son succès, ce qui confère une flexibilité à répondre de manière efficace aux différents défis de gestion auxquels l’Autorité doit faire face. La mission a été informée que les revenus annuels liés au tourisme génèrent 60% du budget total du NCAA (en 2006/07, celui-ci était de 27 milliards de shilling tanzaniens, 1 dollar EU = 1 260 shilling tanzaniens), les reste des revenus (12 milliards de shilling tanzaniens en 2006/07) provenant des investissements, des verbalisations, et des services fournis aux lodges tels que l’alimentation en eau et en électricité. Les dépenses sont dues en grande partie à fournir des services aux communautés locales, dont les routes et le développement d’infrastructures. Le NCAA examine actuellement une gamme d’options de financements innovateurs, tels que le développement d’un lien avec le secteur privé (50 millions de dollars EU) afin de financer les activités dans la zone de conservation.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

Néant

Décision adoptée: 31 COM 7B.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-07/31 COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 30 COM 7B.2, adoptée à sa 30e session (Vilnius, 2006);

3. Félicite l'État partie des mesures déjà prises et demande la mise en œuvre des recommandations suivantes de la mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN d'avril-mai 2007:

     a) Le processus visant à encourager le déplacement volontaire des populations d'immigrants dans des zones à l'extérieur du bien doit être poursuivi et achevé d'ici juin 2008,

     b) Le recensement et l'étude de la capacité de charge dans la zone de conservation doivent être mis en œuvre dès que possible et achevés au plus tard en juin 2008, et doivent être basés à la fois sur les besoins de la population Massai et sur une évaluation de l'impact écologique des populations humaines sur l'écologie de la zone de conservation de Ngorongoro,

     c) Les recommandations de l'Etude d'Impact Environnemental (EIE) concernant le nombre excessif de véhicules dans le cratère doivent être mises en œuvre dès que possible et leur efficacité doit être suivie avec beaucoup d'attention et évaluée sur la base de l'impact sur l'écologie du cratère et de l'impact sur la satisfaction des visiteurs, par le biais d'une enquête appropriée auprès des visiteurs,

     d) Tous les puits existants utilisés pour l'extraction de matériaux pour l'entretien des routes dans la zone de conservation, y compris celui du cratère du Ngorongoro, doivent être fermés et réhabilités dès que possible, et les graviers nécessaires doivent être prélevés à l'extérieur du bien, sous la supervision du personnel de NCAA afin d'éviter la prolifération d'espèces envahissantes,

     e) Arrêt de tout développement des lodges dans la zone de conservation, en particulier sur le pourtour du cratère. Comme recommandé dans le rapport de l'EIE, le projet de Lodge Kempinski sur le pourtour du cratère ne devrait pas être approuvé, du fait de ses impacts néfastes sur la valeur universelle exceptionnelle du bien et la possibilité de voir ainsi le bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril,

     f) Tous les lodges existants dans la zone de conservation doivent être des modèles en matière de bonnes pratiques pour la protection et le respect de l'environnement, et doivent entreprendre un audit environnemental afin d'assurer qu'ils sont, au minimum, en conformité avec les meilleures pratiques internationales en matière de gestion de l'environnement, y compris la réduction de la consommation d'eau et d'électricité,

     g) Poursuivre les programmes existants pour le contrôle des espèces invasives et un accent particulier doit à présent être mis sur l'éradication de l'Azolla filiculoides (petite fougère flottante) de tous les points d'eau douce dans le cratère et la zone de conservation,

     h) Le programme de déplacement du personnel du NCA et du personnel des lodges à l'extérieur de la zone de conservation sur le site de Kamyn Estate doit être mis en œuvre dès que possible, et les autres infrastructures majeures (tels que des magasins) doivent également être progressivement déplacés à l'extérieur de la zone de conservation,

     i) Un forum technique de haut niveau doit être organisé en impliquant le personnel du NCA, du Parc national de Serengeti (TANAPA) et des zones adéquates de gestion de la faune sauvage (Département de la gestion de la faune) afin d'assurer une meilleure coopération dans le cadre de la gestion conjointe de l'écosystème du Ngorongoro-Serengeti;

4. Demande à l'État partie d'inviter une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN de suivi réactif en avril 2009 afin d'évaluer l'état de conservation du bien, avec une référence particulière à la mise en œuvre des recommandations de la mission de 2007;

5. Demande également à l'État partie de mettre en œuvre les recommandations susmentionnées de la mission de suivi réactif de 2007 et de soumettre un rapport d'avancement avant le 1er février 2009, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session, en 2009.