Des préoccupations ont été précédemment exprimées par rapport aux coupes adjacentes au bien qui sont susceptibles d’influer sur les valeurs de celui-ci. L’objet principal des préoccupations récentes a été le développement d’une nouvelle route d’accès aux deux zones d’exploitation du bois près du bien du patrimoine mondial, les coupes BB021C et WR015F. Un autre problème qui s’y rattache est un récent procès en Australie. Fin décembre 2006, la Cour fédérale d’Australie a rendu un jugement concernant les opérations de sylviculture menées sur la côte est de la Tasmanie et la protection des espèces nationales en voie d’extinction. Bien que cette zone ne se trouve pas à proximité du bien, il pourrait y avoir des répercussions sur les opérations actuelles des coupes adjacentes au bien du patrimoine mondial. La décision est actuellement en appel.
Des perspectives différentes sur les problèmes relatifs à ce bien ont été présentées par les ONG et l’Etat partie.
L’ONG australienne, Huon Valley Environment Centre, a noté le début des travaux de construction d’une route d’exploitation forestière adjacente au bien du patrimoine mondial. En particulier, elle a noté que : ‘’ le 15 novembre 2006 […], la construction de la route a commencé par le travail des bulldozers qui ont ouvert un chemin à travers la forêt vierge près de la rivière Weld. Plusieurs camps d’exploitation du bois seront ouverts dans cette zone. Sur le côté sud de la vallée, un Plan des pratiques en exploitation forestière pour la coupe WR015F a été approuvé. Il s’agit d’une coupe de la forêt humide ancienne adjacente au bien du patrimoine mondial de la Zone de nature sauvage de Tasmanie (ZNST). D’après les plans d’exploitation du bois, la coupe et l’incendie de forte intensité auront lieu à moins de 100m de la frontière du bien du patrimoine mondial.
Il existe un risque sérieux de propagation du feu dans la zone du patrimoine mondial due à l’incendie de forte intensité engendré par la moisson. ’’
En particulier, les rapports des ONG ont noté que les opérations d’exploitation forestière, la construction de routes et l’action de brûler les zones exploitées mettaient directement en danger les forêts vierges et anciennes dans les zones à l’extérieur des frontières est du bien du patrimoine mondial. Les ONG ont soutenu que les zones critiques de nature sauvage de Tasmanie n’ont pas été incluses parmi les biens du patrimoine mondial à cause de la pression de la part d’industries d’extraction des ressources. Ensuite, elles ont affirmé que la perte de ces zones à cause des activités commerciales de sylviculture aurait un impact sur la valeur de la région sauvage et sur l’intégrité du bien lui-même. Les rapports des ONG ont appelé à une évaluation détaillée et indépendante des menaces et de leurs répercussions directes et indirectes sur le bien du patrimoine mondial. En conclusion, les ONG estiment que les opérations de coupes et les activités de construction des routes rattachées constituent une menace majeure pour l’intégrité du bien du patrimoine mondial.
L’Etat partie a soumis un rapport bien documenté en réponse à la décision adoptée par le Comité du patrimoine mondial à sa 30e session (Vilnius, 2006), qui répond en détail aux préoccupations exprimées par les ONG devant le Comité, par rapport aux opérations de sylviculture à proximité du bien. Le rapport de l’Etat partie expose les outils employés pour la conservation et la gestion des différentes valeurs du bien, y compris le Plan de gestion du bien et la procédure du rapport sur l’Accord régional sur la forêt (ARF). Le rapport note que la Législation fédérale - Acte de protection de l’environnement et de conservation de la biodiversité, 1999 - assure la protection des valeurs des biens du patrimoine mondial australiens. On note également que le rapport 2004 sur l’état de la ZNST a conclu que la gestion suivant le plan de gestion de 1992 a donné lieu à des avancées majeures et que, pour ce qui est des objectifs de gestion, d’importants progrès ont été faits. Le rapport fournit des détails supplémentaires considérables et, en particulier, il réfute les remarques faites par les ONG dans leur déclaration. En conclusion, l’Etat partie est sûr que la Zone de nature sauvage de Tasmanie est bien protégée et gérée, et que son intégrité n’est pas en danger.
L’UICN note que les problèmes relatifs à ce bien sont controversés et que les opinions restent divisées entre les ONG et le gouvernement. Les activités commerciales de sylviculture sur la frontière du bien du patrimoine mondial sont, depuis de nombreuses années, au centre d’un long débat entre l’Etat partie et les ONG de conservation australiennes. Dans le rapport d’évaluation de ce bien, l’UICN a noté que le terrain forestier à l’extérieur du bien peut avoir des valeurs du patrimoine mondial qui contribueraient à l’intégrité du bien. De plus, plusieurs autres rapports, majoritairement des ONG, ont exprimé des préoccupations liées aux opérations de sylviculture, qui incluent les risques associés à une augmentation de la fréquence des incendies et ils ont appelé à une extension du bien du patrimoine mondial.
L’Accord régional sur la forêt de 1997, conclu entre les gouvernements fédéral et de l’Etat, a été conçu afin d’équilibrer les besoins de conservation et les besoins durables de la sylviculture. L’UICN observe que des dispositions importantes ont été prises par l’AFR afin de développer un système de réserve complet, adéquat et représentatif, mais il incite l’Etats partie à ne mettre de côté aucune des options relatives à l’extension future du bien du patrimoine mondial. En particulier, l’UICN conseille que les zones du système de réserve ARF qui ont une possible valeur du patrimoine mondial devraient être gérées d’une manière qui soit compatible avec le statut potentiel du patrimoine mondial et que, dans le cas idéal, elles devraient être ajoutées au bien du patrimoine mondial, comme recommandé à l’origine dans le rapport d’évaluation de l’UICN.
L’UICN observe que les ONG et l’Etat partie ont des points de vue différents lorsqu’il s’agit de déterminer les zones en dehors de la frontière du bien qui ont effectivement une valeur du patrimoine mondial. L’UICN considère qu’une évaluation plus ample des zones à l’extérieur du bien ayant le potentiel de satisfaire le critère de valeur universelle exceptionnelle est requise. Celle-ci devrait être élaborée conjointement avec une étude d’impact environnemental (EIE) portant sur l’impact des opérations de sylviculture proposées sur le bien du bien du patrimoine mondial.
Le Directeur et le Chef de la section Asie de l’est et Pacifique du Centre du patrimoine mondial ont visité le bien les 13 et 14 février 2007, y compris les zones à l’extérieur de la limite est du bien, qui sont ou seront exploitées pour leur bois. Bien que la visite ne se soit pas déroulée dans le cadre d’une mission de suivi réactif, le personnel du Centre du patrimoine mondial a eu l’occasion de rencontrer différents représentants du gouvernement fédéral et tasmanien et de l’Agence qui gère le bien du patrimoine mondial, ainsi que des représentants des diverses ONG qui ont exprimé leurs préoccupations quant aux opérations d’exploitation du bois.
Le Centre du patrimoine mondial observe que la poursuite des opérations d’exploitation du bois à l’extérieur des limites du bien du patrimoine mondial a une incidence sur des parties de la forêt ancienne, qui a la même valeur patrimoniale que celle aujourd’hui inscrite sur la Liste du patrimoine mondial. Au moment de l’extension du bien, en 1989, le Comité avait déjà noté l’existence de ces zones qui ont valeur de patrimoine naturel, et ses membres avaient exprimé leur espoir quant à l’ajout futur de ces zones au bien du patrimoine mondial. En même temps, le Comité a fortement apprécié l’augmentation de 78% de la zone du bien (qui s’étend à présent sur 1383 millions d'hectares), qu’il considère, avec ces nouvelles limites, comme largement satisfaisante, au niveau de la valeur et de l’intégrité. Pour cette raison, alors qu’il soutient qu’il serait désirable de préserver et d’ajouter, dans l’avenir, au bien du patrimoine mondial les zones de la forêt ancienne sélectionnées pour l’exploitation, le Centre du patrimoine mondial considère qu’elles peuvent ne pas être ‘’cruciales’’ pour la sauvegarde de la valeur universelle exceptionnelle du bien du patrimoine mondial. Toutefois, le Centre du patrimoine mondial est d’accord sur le fait qu’il serait utile de gérer ces zones d’une manière compatible avec une valeur potentielle de patrimoine mondial.
Le risque d’incendie engendré par les activités de régénération de la forêt semblait être un problème plus urgent à résoudre. Il paraît en effet que, dans un certain nombre de cas, on ait perdu le contrôle d’incendies allumés à des fins de régénération des zones adjacentes au bien du patrimoine mondial qui, par la suite, ont affecté certaines parties mineures de la forêt inscrite sur la Liste. Les incendies sont un véritable problème pour l’autorité de gestion, surtout les incendies naturels provoqués par les éclairs ; un système complexe de prévention et de gestion des incendies a ainsi été mis en place. De ce fait, le Centre du patrimoine mondial considère que la situation actuelle nécessite une évaluation approfondie du degré de risque associé aux incendies de régénération dans les zones adjacentes au bien du patrimoine mondial ainsi qu’une évaluation de l’efficacité du système de gestion des incendies en vigueur.