1.         Zone de conservation de Ngorongoro (République-Unie de Tanzanie) (C/N 39bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (iv)(vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1984-1989

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1979-2009)
Montant total approuvé : 270 099 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Avril 1986 : mission UICN ; avril-mai 2007 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial /UICN ; décembre 2008 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial UNESCO/UICN ; février 2011 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial /ICOMOS .

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Accroissement de la population pastorale résidente

b) Braconnage

c) Prolifération d’espèces envahissantes 

d) Pression touristique

e) Empiétement et cultures

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

Le 2 février 2012, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien, qui traite les problèmes spécifiques soulevés par la décision du Comité 35 COM 7B.36 et fournit une information générale sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre des recommandations des missions de suivi réactif de 2007, 2008 et 2011.

Comme le demandait le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial UNESCO/UICN a été menée du 6 au 13 avril 2012 afin d’évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des recommandations faites par les missions antérieures et le développement d’un plan de gestion intégré à la fois pour le patrimoine naturel et le patrimoine culturel.

a) Planification de la gestion

L’État partie rapporte qu’un plan de gestion global (GMP) pour la période 2006-2016 a été approuvé en 2010 et est actuellement en cours de mise en œuvre. Il traite de nombreux problèmes stratégiques qui étaient l’objet de recommendations des récentes missions de suivi réactif, concernant notamment le développement du tourisme, les établissements humains, la pression du pacage et les espèces exotiques envahissantes.

En tout état de cause, la mission a noté que le plan de gestion révisé doit encore être étendu afin d’inclure les attributs culturels qui soutiennent la valeur universelle exceptionnelle du bien et de définir des dispositions pour la documentation, la conservation et la gestion des ressources culturelles et le paysage environnant en ce qui concerne l’archéologie. Le peu de progrès concernant les recommandations touchant à la gestion du patrimoine culturel formulées par la mission de 2011 a été noté par la mission de 2012.

b) Population pastorale, développement de moyens de subsistance durables et amélioration du bétail

La surexploitation des pâtuages et la détérioration des terres de pâturage font peser une sérieuse menace sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. La mission reconnaît que ce problème ne peut pas être traité facilement et prend note des efforts réalisés par l’État partie dans ce domaine. L’État partie rapporte que des terres ont été achetées en dehors du bien (à Oldonyo Sambu) afin d’aider à la relocalisation volontaire de quelques personnes et que d’autres terres sont recherchées. Depuis 2006, un total de 553 personnes ont été relocalisées à Oldonyo Sambu et ont bénéficié de la gamme complète des services communautaires. L’État partie indique que la relocalisation des populations doit être considérée comme un objectif à moyen terme, car c’est un point politiquement sensible qui touche à des questions de droits de l’homme, et qu’elle doit être menée sur une base volontaire.

La mission rapporte que les avantages qu’offre la relocalisation ont suscité un intérêt accru depuis l’introduction de l’interdiction des cultures sur le territoire du bien en 2009. La mission recommande aussi d’examiner des incitations pour atteindre des niveaux beaucoup plus élevés de relocalisation volontaire.

L’État partie rappelle que le pacage des troupeaux dans le cratère du Ngorongoro a été largement réduit grâce aux points d’alimentation en eau et aux blocs de sel installés hors du cratère. Il note également qu’un certain nombre d’initiatives visant à améliorer la qualité du bétail et sa productivité dans le bien afin de réduire la pression du pacage tels que l’introduction de techniques d’insémination artificielle, des services vétérinaires gratuits et un projet de démonstration intitulé RAMAT (qui signifie conservation) qui met en œuvre des techniques d’élevage du bétail. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent ces initiatives mais considèrent que tout développement d’infrastructure associé doit être précédé par une Evaluation de l’impact sur l’environnement (EIE) et qu’aucune exception n’est accordée concernant l’interdiction actuelle visant les cultures.

c) Développement et pressions touristiques

L’État partie rapporte que les pressions du tourisme sont traitées ou prises en compte par des programmes en cours. Le développement du tourisme se déroule aujourd’hui dans le cadre d’un plan du tourisme, qui fait partie du plan de gestion globale (GMP) du bien. Un nouveau Plan stratégique de marketing du tourisme (2011-2016) a été élaboré et comprend des plans détaillés portant sur les aspects de diversification et de marketing. Dans le cadre du GMP, aucune autre construction de lodge ne sera entreprise sur le bord du cratère, mais un lodge supplémentaire est envisagé au cratère Empakai ainsi qu’un camp de tente situé ailleurs. Dans un effort pour s’assurer que les exploitants de lodge existants ont recours aux ‘meilleures pratiques’, un audit environnemental a été commandé. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent le développement de la stratégie collective et les efforts réalisés pour traiter les problèmes précédemment soulevés. Ils notent toutefois que les composantes culturelles de cette stratégie doivent encore être entièrement mises au point.

Concernant les problèmes de circulation, l'Autorité de la zone de conservation de Ngorongoro (NCAA) a appliqué une forte taxe additionnelle sur chaque véhicule entrant dans le cratère, qui a eu pour effet d’encourager les entreprises de tourisme à utiliser un nombre plus restreint de plus grands véhicules. La mission a noté que des progrès considérables ont été réalisés dans la mise en œuvre des recommandations de la mission précédente concernant la gestion de la circulation automobile. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives appuient les mesures déjà prises pour limiter le nombre de véhicules dans le cratère et réduire leur impact, considèrent que ces limites devraient être strictement appliquées et encouragent l’État partie à poursuivre ses efforts pour équilibrer les demandes de satisfaction des visiteurs, la protection des recettes et celle des ressources.

d) Implication des parties prenantes dans la planification de l’utilisation des terres

La mission a été informée de trois manières dont les communautés de résidents sont appelées à participer aux prises de décision. Malgré leur engagement, la mission a noté un certain niveau de suspicion de la part des représentants des communautés concernant l’étude des capacités d’acceuil et ses possibles implications sur une relocalisation invomontaire. La mission propose un atelier participatif impliquant les Masaï afin de traiter les inquiétudes concernant la gestion du bien et les conséquences de l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial.

Au niveau d’un plus vaste écosystème, la coordination de la gestion et la planification sont facilitées par le Forum sur l’écosystème du Serengeti qui implique un grand nombre de parties prenantes et se réunit deux fois par an.

e) Développement des routes et de l’infrastructure

Le rapport de l’État partie reconnaît la nécessité d’avoir une stratégie routière claire pour la totalité de l’écosystème du Serengeti ainsi qu’une évaluation stratégique de l’environnement. La mission a noté qu’il existe de sérieuses limites à l’entretien, en raison de la difficulté d’approvisionnement en murram (gravier) de bonne qualité et partage l’avis de l’ État partie d’étudier des routes à surfaces dures et d’en expérimenter la validité.

Concernant d’autres infrastructures, l’État partie rapporte que le code de la construction en est à sa phase finale de développement, après la tenue d’un large processus de consultation avec le Conseil pastoral. Le programme en cours pour fournir des logements au personnel en dehors du bien progresse doucement et sa réalisation pourrait exiger encore cinq ans.

f) Contrôle d’espèces envahissantes

L’État partie rapporte qu’un plan stratégique de contrôle des espèces végétales envahissantes a été mis au point et est actuellement mis en œuvre. La mission confirme l’éradication de l'Azolla filliculoides des lacs du cratère et rapporte des progrès considérables du contrôle d’autres espèces d’herbes envahissantes comme Argemone et Datura. Une nouvelle espèce potentiellement dévastatrice, Parthenium hysterophorus, a été signalée sur le territoire du bien. Étant donné que cette mauvaise herbe pourrait potentiellement dégrader la qualité des herbages, et par conséquent affecter les espèces sauvages qui se nourrissent dans les pâturages et qui sont à la base de la chaîne alimentaire, ainsi que le bétail des communautés pastorales, ce problème exige un suivi et un contrôle stricts.

g) Braconnage

La mission a observé de hauts niveaux de surveillance pour lutter contre le braconnage, en particulier autour du cratère, et a recommandé la contribution essentielle des pasteurs masaï pour conserver les ressources naturelles exceptionnelles du bien. Néanmoins, au vu de l’actuelle recrudescence du braconnage dans d’autres parties de l’Afrique, le niveau actuel de vigilance doit être maintenu.

h) État de conservation des composantes culturelles du bien

L’État partie rapporte que le projet de Protocole d’accord entre la NCAA et le Département des antiquités a circulé et qu’un groupe de travail a été constitué pour le finaliser d’ici mars 2012. Il note aussi que la mise en œuvre des recommandations formulées en 2011 par la mission relative aux composantes culturelles est conditionnée par la finalisation du Protocole. Par conséquent, des progrès limités ont été réalisés en termes de cartographie et de développement des plans de protection et de conservation pour tous les sites paléoanthropologiques. Concernant les orientations de la recherche, l’État partie rapporte que leur développement et leur adoption est prévue pour l’année fiscale commençant en juillet 2012.

L’État partie note aussi que trois rapports complets sur les fouilles partielles des empreintes de Laetoli ont été soumis au Centre du patrimoine mondial et à l’ICCROM à la fin de 2011. Il rapporte aussi qu’une série de réunions scientifiques sont prévues afin de choisir une ligne d’action pour ce site. Quant au site de Zinjanthropus, des projets initiaux ont été mis au point pour améliorer la présentation et l’interprétation du site, qui seront soumis pour examen une fois achevé.

La mission a rappelé que l’état de conservation des composantes culturelles du bien cause encore des inquiétudes. Elle a vérifié qu’aucun progrès n’a été réalisé dans la mise en œuvre des recommandations antérieures et demande instamment la finalisation du protocole d’accord, y compris l’intégration d’un département de patrimoine culturel dans la structure de gestion du bien. La mission a noté que, après les fouilles partielles réalisées en 2011, l’enfouissement de la piste des empreintes de Laetoli avait été très bien faite et dans la continuité de l’enfouissement précédent. Quant aux trois rapports soumis, ils présentent les points de vue des institutions et des individus qui ont participé aux fouilles partielles et non pas ceux de l’État partie. Étant donné les recommandations contradictoires présentées dans chacun des rapports, la mission demande instamment à l’État partie de convoquer un comité technique international afin d’examiner le déroulement possible de l’action pour la conservation future de la piste. Elle recommande aussi que des stratégies de conservation préventive soient appliquées dans le même temps que cette stratégie est définie. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent les progrès indiqués par l’État partie sur la mise en oeuvre des mesures destinées à traiter les inquiétudes précédemment signalées. Ils soulignent les progrès réalisés concernant la gestion du bien, en particulier les actions destinées à formuler des plans stratégiques clairs, à traiter certains des problèmes liés à l’amélioration du bétail et des moyens de subsistance de la population pastorale en pleine croissance, et à réglementer et diversifier les activités touristiques. Ils mettent aussi en évidence des actions qui ont été réalisées pour protéger les resources naturelles exceptionnelles du bien et maintenir l’intégrité écologique grâce à des efforts concertés pour contrôler les espèces de plantes envahissantes.

Quoi qu’il en soit, ils rappellent leur inquiétude concernant le peu d’attention accordé aux éléments culturels du bien qui soutiennent la valeur universelle exceptionnelle et concernant le peu de progrès fait sur la mise en œuvre des recommandations pour leur conservation et leur gestion. Ils recommandent que le Comité du patrimoine mondial encourage l’État partie à finaliser le Protocole d’accord et à garantir les ressources nécessaires pour disposer d’un département culturel et opérationnel dans le cadre de la structure de gestion du bien.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives recommandent aussi au Comité d’exprimer son inquiétude concernant l’impact écologique des populations pastorales en pleine croissance et qu’il demande à l’État partie de poursuivre sa recherche de solutions permettant d’améliorer les moyens d’existence en dehors du bien de manière à augmenter le taux de relocalisation volontaire. La pression écologique, en particulier les effets du surpâturage du bétail, demeure un sujet d’inquiétude, malgré les efforts d’amélioration du bétail et des projets RAMAT de démonstration de techniques d’élevage des animaux. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives suggèrent que le Comité recommande à l’État partie de s’assurer que le projet RAMAT est pleinement conforme aux procédures d’EIE et autres réglementations (y compris l’interdiction des cultures) s’appliquant au territoire du bien, ou soit relocalisé sur un site en dehors du bien.

De plus, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent que les efforts de l’État partie pour trouver une solution à long terme à l’entretien du réseau routier et recommandent qu’une stratégie claire soit développée en collaboration avec le parc national du Serengeti, bien du patrimoine mondial et d’autres agences pour l’écosystème global et de mener des évaluations de l’environnement et du patrimoine correspondantes. 

Décision adoptée: 36 COM 7B.35

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7B.Add,

2.  Rappelant la décision 35 COM 7B.36 adoptée lors de sa 35e session (UNESCO, 2011),

3.  Accueille favorablement les progrès accomplis par l’État partie dans la prise en compte des recommandations des missions de 2007 et 2008 et 2011, en particulier concernant la gestion du tourisme, le contrôle des espèces envahissantes, le contrôle du braconnage et la stratégie du pastoralisme ;

4.  Prie instamment l’État partie de finaliser le Protocole d’accord et de garantir les ressources nécessaires pour disposer d’un département culturel pleinement opérationnel dans le cadre de la structure du gestion du bien afin de mettre en œuvre les recommandations concernant la cartographie, la conservation et la gestion des éléments culturels ;

5.  Prend note des conclusions de la mission de suivi réactif de 2012 et prie instamment l’État partie de mettre en œuvre ses recommandations, en accordant une attention particulière aux points suivants :

a) convoquer une réunion du comité technique international pour examiner les rapports de la réouverture partielle des gisements comprenant les empreintes de pas de Laetoli et identifier des mesures pour leur gestion et leur conservation durable,

b) évelopper le volet culturel de la stratégie touristique,

c) continuer d’explorer diverses solutions pour traiter les pressions découlant des activités pastorales en progression, entre autres, l’amélioration de la qualité du bétail et l’amélioration des conditions de vie à l’extérieur du bien,

d)  organiser un atelier participatif impliquant les Masaï afin de traiter les inquiétudes concernant la gestion du bien et les conséquences découlant de l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial,

e)  développer une stratégie claire pour la totalité de l’écosystème du Serengeti en collaboration avec le parc national du Serengeti, bien du patrimoine mondial, et d’autres agences, mener les Evaluations d’impact sur l’environnement (EIE) et sur le patrimoine et les soumettre au Centre du patrimoine mondial et aux Organisations consultatives, conformément au paragraphe 172 des Orientations, pour examen avant mise en œuvre,

f)   conserver la vigilance la plus stricte pour traiter les menaces découlant des espèces allogènes envahissantes et du braconnage,

g) développer et mettre en œuvre un plan de suivi global pour le bien en utilisant des repères et des indicateurs pour évaluer l’impact des interventions de gestion et l’état de conservation du bien ;

6.   Encourage l’État partie à garantir que les documents techniques et réglementaires (y compris les EIE), qui permettent la gestion du bien soient effectivement soumis au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives, de préférence sous la forme de projets, de manière que tout changement recommandé puisse être incorporé et finalisé ;

7.   Demande à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2014, un rapport détaillé sur l’état de conservation du bien, y compris les progrès réalisés pour la mise en œuvre de ce qui précède et sur les recommandations de la mission 2012, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014.