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Centre historique de Saida

Date de soumission : 11/07/2019
Critères: (iii)(iv)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation Permanente du Liban auprès de l'UNESCO
État, province ou région :
Liban sud, Saida
Coordonnées N33 33 48.1 E35 22 09.7
Ref.: 6434
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

Située à une quarantaine de kilomètres au sud de Beyrouth, Saida est la capitale du Liban sud. Le centre historique de la cité, limité au Nord par le port de pêche et au Sud par le tell ancien, est constitué d’un ensemble de monuments médiévaux et ottomans défendus par deux citadelles, le château de la mer et le château de la terre.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionnelle

Saida tient son nom de Saidoune, fils aîné de Canaan, petit-fils de Noé. Certains pensent que le nom provient de l’arabe sayd, qui veut dire la pêche.

Saida a été continuellement habitée depuis la période chalcolithique. Des temples ainsi qu’une nécropole de l’Age du Bronze ont été mis à jour dans le site archéologique situé au sud-est de la ville, connu sous le nom du site des Frères. Elle est mentionnée dans les fameuses tablettes de Tell el-Amarna. Elle développe un commerce maritime et devient l'un des plus importants ports de la Méditerranée orientale dès le XVème siècle av. J.-C.,

Sidon fut dans l’Antiquité la capitale incontestée de la Phénicie. Homère et Virgile en parlaient en termes élogieux, louant ses habitants habiles, indomptables et astucieux.

L’industrie de la pourpre, du bronze et du verre soufflé dans lesquelles se distinguent ses habitants apportent une certaine prospérité et une grande renommée outre-mer à la cité.

Critère (iii) : Le terme Sidonien est synonyme de Phénicien chez la plupart des auteurs et historiens, Sidon étant la cité phénicienne la plus renommée. La colline de débris de murex haute de 40 mètres et qu’on retrouve au sud de la ville montre bien l’exploitation de ce coquillage dont les habitants extrayaient la pourpre. De cette couleur unique qui a fait la renommée de la ville et la fortune de ses commerçants, la pourpre est devenue un signe de pouvoir et de grandeur.

Des écrits très anciens chantent les louanges du verre soufflé des villes phéniciennes et s’extasient sur l’habileté de ses artisans. Le verre de Sidon acquiert une renommée mondiale et valait son pesant d’or.

Le bronze, quant à lui, se travaillait pour confectionner armes solides et fragiles parures. Un cratère en argent fabriqué par les artisans sidoniens est présenté par Achille comme prix pour les jeux organisés en l’honneur de Patrocle. Les objets et les vestiges archéologiques découverts à Sidon témoignent de l’importance et de la notoriété de la civilisation phénicienne.

Critère (iv) : Les civilisations se sont succédées à Sidon d’une façon ininterrompue depuis le IVème millénaire. Outre l’importance des objets archéologiques qui ont enrichi les collections des musées, la ville présente encore des ensembles architecturaux typiques de chaque période. Des maisons, des temples, des nécropoles, des infrastructures, des églises, des mosquées, des khans, des boutiques, des palais, des places publics, etc. se concentrent dans les limites de la cité historique, fixées par les deux citadelles médiévales.

Durant les périodes grecque et romaine, la ville est dotée de nouvelles infrastructures, et les habitants de la ville jouissent d’une certaine liberté et d’une vie culturelle élevée. Durant l’époque byzantine, Sidon devint le siège d’un évêché. En 551, un grand tremblement de terre détruit la plupart des cités de la Phénicie. Sidon, malgré que très endommagée, devient le siège de la fameuse Ecole de droit de Beyrouth. La ville est conquise en 637 par les arabes. Durant la période croisée, Sidon devient le chef-lieu de la seigneurie de Sagette, seconde des grandes baronnies du royaume de Jérusalem, et continue son impétueux destin d’important port méditerranéen. L’époque de l’émir Fakhreddine est synonyme de renaissance et correspond à une période très prospère pour la ville. Elle entretient surtout d’excellentes relations commerciales avec la France.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

La fouille menée sur le site des Frères est l’une des rares fouilles urbaines organisées au Liban. Le site a été exproprié par la Direction Générale des Antiquités dans les années 60 et put être ainsi conservé dans son intégrité. Les ruines et les vestiges archéologiques ont été fouillés et sauvegardés in situ.

Dès 1957, la ville de Sidon est classée comme ville historique et protégée par la loi. Tout travail de restauration ou de construction est régi par les lois de la Direction Générale des Antiquités. Le tissu architectural est conservé dans son authenticité.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Le centre historique de Sidon peut être comparé aux villes arabes traditionnelles conservées toujours à l’intérieur de leurs enceintes et qui comportent des souks, des habitations privées et des palais, des églises et des mosquées, des khans, des hammams. Mais la particularité de Saida, c’est qu’elle est l’une des rares médinas levantines qui se soient développées sur la côte méditérranéenne autour de leurs ports.

Il existe trois villes méditerranéennes susceptibles d’être comparées à Acre : Rhodes et Saint Jean d’Acre (toutes deux inscrites sur la Liste du patrimoine mondial) ainsi que Famagouste. 

Rhodes fut fondée après l’expulsion des croisés de Terre Sainte, et appartenait exclusivement à l’ordre de Saint-Jean (Hospitaliers). À l’inverse, Sidon fut fondée à l’époque phénicienne et les civilisations s’y sont succédées d’une façon ininterrompue depuis le IVe millénaire. La Rhodes contemporaine est plus une ville européenne médiévale que Sidon, laquelle, sous, sa forme actuelle, est ottomane. Elle n’a également subi aucun projet de restauration majeur au XXe siècle.

Comme Sidon, Saint Jean d’Acre a été fondée au début de l’âge du bronze. Mais contrairement à Sidon, cette ville n’a connu une véritable importance qu’aux époques croisées et ottomanes. A l’époque mamelouke, Saint Jean d’Acre est détruite et totalement désertée, seuls subsistent quelques bâtiments autour du port. Les pèlerins et les marchands qui visitent cette ville aux XVIe et XVIIe siècles la décrivent comme une ville fantôme, où se dressent encore quelques rares structures de l’époque des Croisés, certaines émergeant de la terre, d’autres enfouies. Contrairement à Saida qui comporte encore de nombreux vestiges des époques antérieures, Saint Jean d’Acre a été totalement reconstruite à l’époque ottomane tardive aux XVIIIe et XIXe siècles.

Après la prise et la destruction d’Acre au XIIIe siècle, Famagouste hérita de sa place de principal port commercial de la région. Toutefois, Famagouste représente essentiellement une ville construite à l’époque des croisades et, contrairement à Saida, ne comporte pas de vestiges importants témoignant de différentes périodes historiques.  Pendant l’époque ottomane, Famagouste perdit de son importance et fut utilisée comme lieu de bannissement pour dignitaires déchus ou personnages indésirables.