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Qajartalik

Date de soumission : 13/04/2018
Critères: (iii)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Parks Canada Agency
État, province ou région :
Région marine du Nunavik, Nunavut
Coordonnées N61,331574 W71,499644
Ref.: 6339
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

Qajartalik est un site rupestre unique de l’Arctique qui regroupe d'innombrables pétroglyphes conçus à partir d'un seul motif, celui du visage, qu'on retrouve gravé en des formes et des dimensions très variées sur des rochers de stéatite. Cette manifestation graphique singulière reflète l’univers spirituel et magico-religieux des Dorsétiens, lesquels ont habité les côtes du Nunavik de 2 200 – 1 000 ans avant aujourd’hui (AA) et ont disparu avant l’arrivée des Thuléens-Inuits (vers 800 ans avant aujourd’hui). Ce site correspond à une crevasse granitique où une large veine de stéatite fut utilisée comme support pour des pétroglyphes par les Dorsétiens. À divers endroits de sa surface, cette même veine de stéatite comporte des traces d’extraction qui confirment qu'elle servit aussi de carrière durant les périodes paléoesquimaude (dorsétienne), néoesquimaude (thuléen-inuit) et inuite récente pour l’acquisition de matière première nécessaire à la fabrication, entre autres, de pots à cuissons et de lampes à huile.

Le site est divisé en cinq secteurs, dont quatre correspondent à des blocs de stéatites ornés de pétroglyphes avec quelques concentrations d’extractions tandis qu'un cinquième secteur aligné avec l'ensemble forme un abri-sous-roche aménagé. Les pétroglyphes dorsétiens, plus de 180 visages stylisés affichant parfois des éléments zoomorphiques, composent un exemple probant du génie créatif dorsétien, dont la signification se rapporte vraisemblablement à la vision du monde et au complexe chamanique. Cet ensemble constitue un témoignage unique et propose un nouvel éclairage sur une tradition culturelle disparue, celle des Dorsétiens. Le nombre élevé de représentations de visages aux formes variées gravées sur de larges étendues de stéatite offre un spectacle inusité et saisissant à celui qui visite le site.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionnelle

Qajartalik est le site rupestre le plus septentrional à l'est du continent. Unique en son genre, avec plus de 180 visages aux dimensions variées et tantôt hybrides, ses pétroglyphes gravés sur de la stéatite représentent une manifestation unique et à grande échelle de l’expression visuelle rattachée à l’univers spirituel des Dorsétiens. Cette population vécut le long des côtes du Nunavik entre 2 200 et 1 000 AA. Elle disparut avant l’arrivée, il y a environ 800 ans, des ancêtres des Inuits actuels. Un rare abri sous-roche domine ces rochers de stéatite ornés qui furent également exploités depuis les Dorsétiens jusqu'aux Inuits qui y prélevèrent la matière première essentielle à la fabrication de lampes à huile et pots à cuisson.

Critère (iii) : Le site à pétroglyphes de Qajartalik est un site archéologique unique qui témoigne d’une tradition culturelle disparue, celle des Dorsétiens, en plus d’être l’une des rares carrières paléo-historiques identifiées et bien documentées de l’Arctique canadien qui fut également fréquentée jusqu'à récemment par les Inuits.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Le site rupestre de Qajartalik est unique en son genre. Les données archéologiques et historiques recueillies sur le site ainsi que les descriptions scientifiques concernant les techniques de production démontrent que les pétroglyphes et la carrière de stéatite de Qajartalik sont authentiques. De plus, l'abondance et l'uniformité relative de lichens anciens couvrant ces gravures rupestres passablement érodées par endroits et l'étude stylistique comparative de ces dessins rupestres fondée sur les parallèles avec l'art mobilier portable dorsétien renforcent indubitablement l'hypothèse que leurs auteurs furent les Dorsétiens, il y a environ 1 000 ans. Précisons que la veine de stéatite de cette même crevasse, comporte au-delà de 150 évidences de zones d'extractions paléoesquimaudes, néoesquimaudes et récentes visant sur la longue durée l’acquisition de matière première nécessaire à la fabrication de pots à cuissons, de lampes à huile et, au cours du XXe siècle, de sculptures.

Le site de Qajartalik est bien conservé. La composition géochimique de la stéatite ne change pas beaucoup au fil du temps - dans un environnement septentrional, l'altération chimique n'affecte qu'une mince couche de roche superficielle. De plus, l'isolement relatif de Qajartalik l'a bien protégé tout au long des siècles de perturbations induites par l'homme.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Les sites à pétroglyphes (gravures rupestres) et ceux à pictogrammes (ex.: dessins rupestres à l’ocre ou autres matières colorantes) consistent en des emplacements privilégiés et récurrents dans les cultures du monde entier et ce, depuis des millénaires. Nous n'avons qu'à penser à Lascaux, Cosquer et Chauvet (France) ou à tous les sites rupestres d'Australie fort anciens (ex.: Uluru) et desquels les populations aborigènes y interprètent la signification de leur existence et même de leurs origines. Or, Qajartalik est unique en son genre et donc difficilement comparable. Entre autres, l'exploitation de carrières de stéatite à la période dorsétienne a été documentée ailleurs au Canada, notamment, à la carrière Fleur‐de‐Lys à Terre‐Neuve, mais Qajartalik est la seule carrière dans le monde arctique qui cumule aussi une utilisation à des fins d’expression graphique rupestre. Les autres exemples de gravures et sculptures chez les Dorsétiens font partie de l’art mobilier portable (i.e., gravures sur os, andouiller, ivoire) et sont de petites dimensions. Le site rupestre de Qajartalik a également ceci de singulier : il présente uniquement des visages gravés (anthropomorphiques et dont plusieurs affichent deux pointes encadrant le sommet de la tête) qui plus est, forment un motif exclusif répété à environ 180 reprises sur le site.