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La Tour de Goto Goulfey

Date de soumission : 02/02/2018
Critères: (i)(iii)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Ministère des Arts et de la Culture
État, province ou région :
Extreme-nord, Logone et Chari, village Goulfey
Coordonnées 12 degré 23’09 N et 14 degré 54’13 E
Ref.: 6321
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

La tour de Goto-Goulfey se présente comme un monticule de construction en terre ayant une forme cubique d’une hauteur de 12 mètres et d’une largeur de 9 mètres. Elle est plus large à sa base et sa forme se rétrécit au fur et à mesure que l’on évolue vers le sommet où on retrouve un espace rectangulaire de 7,50m de long et de 6,5mètres de large, soit une superficie de 49,50m2 dans sa partie supérieure. Un escalier d’une longueur de 20,20mètres et de 1,30mètres de large permet d’atteindre le sommet. Cette tour est construite avec de l’argile et protégée avec le Gley ou Vermiculite. Ces matériaux permettent aux infrastructures de résister à l’érosion. Sa disponibilité et son abondance motivent les populations à perpétuer son usage. En effet, le Gley est une variété de terre visqueuse recueillie dans le lit de la rivière Chari. Il est appliqué sur l’ensemble de l’édifice par les femmes à la suite de la première couche du limon sableux qui est de couleur marron. Elle permet non seulement d’embellir les édifices, mais aussi les rendent plus résistant face aux averses. Le Gley est imperméable à l’eau et facilite le ruissellement de l’eau pendant la saison de pluie. En réalité, c’est grâce à cette matière que les travaux d’entretien des monuments sont faits tous les trois ans pour l’ensemble du complexe culturel. C’est un savoir-faire spécifique à cette région. A ce propos, ADAFANA Noah précise qu’« en multipliant les emprunts à l’extérieur, […] les Kotoko y ont appliqué tout leur savoir-faire, aidés en cela par la proximité du fleuve et la qualité de l’argile. Leur architecture apparaît comme l’une de plus achevée de la région ».[1]

Par ailleurs, la spiritualité autour de la tour a joué un rôle important du fait de la pratique du culte du Varan avant l’avènement de l’Islam dans la cité de Goulfey au XVème siècle.[2] Les populations pratiquaient le culte du varan, considéré comme protecteur de la cité emmurée. Le culte du Varan régit la vie politique de la cité dans la mesure où lors l’intronisation du Chef, celui-ci doit passer devant les trois autels qui abritent les totems des trois Varans situés non loin de la tour Goto-Goulfey. Annie Masson Detourbet Lebœuf indique que : « Goulfey est, sans conteste la ville où les cérémonies d’intronisation du Me ont conservé le plus d’ampleur. Mieux qu’ailleurs, le culte du varan, protecteur de la cité et introniseur suprême du prince régnant, est resté vivant. »[3].

[1] N. Adafana, 1990, Préface du catalogue d’une exposition sur l’habitation traditionnelle au Musée National du Tchad 11juin/ 31juillet p.2.
[2]Mahamat Abba Ousman, 2012, Islam et Politique au Sultanat de Goulfey  (Nord-Cameroun): entre Traditionalisation et Réformisme, revue d’histoire religieuse et culturelle, academic press, Fribourg PP 321-335
[3]Annie Masson Detourbet Lebœuf 1969, Les principautés kotoko, essai sur le caractère sacré de l’autorité, CNRS, Paris

Justification de la Valeur Universelle Exceptionnelle

Critère (i):  La tour est chef-d'œuvre du génie créateur humain qui matérialise clairement une stratégie militaire qui a permis à ce peuple d’anticiper sur les attaques des voisins. Elle fait partie d’une batterie d’éléments architecturaux liés à la défense de la cité. Il s’agit notamment de la grande muraille qui ceint la cité de Goulfey. Cette architecture militaire a permis la survie de ces populations face aux différentes guerres ayant sévi dans la région au cours des siècles précédents.

Critère (iii):
La tour de Goto-Goulfey est représentative d’une tradition existant déjà avant la venue de la religion islamique au XVe siècle. En effet le Varan, considéré comme le totem de la Cité, élément spirituel de protection et divination joue un rôle religieux et politique important au sein de cette communauté. Il est l’intermédiaire entre les génies de la terre ‘‘Gbwéi-gbwéi’ et les populations par le biais des prêtresses qui se chargent de perpétrer ce culte en offrant régulièrement aux Varans logés dans la Tour, des galettes de fonio, des pots de miel et du lait. De même, avec l’islamisation de la religion, le muezzin appelait à partir de la Tour, car la première grande mosquée de vendredi est située à moins de 10m à l’Est de cette Tour Goto Goulfey. C’est un exemple imminent d’une tradition ancestrale qui a reste très vivante dans la vie de la communauté de Goulfey pour qui la tour reste un symbole identitaire majeur.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Intégrité: La Tour Goto-Goulfey et l’ensemble des éléments architecturaux du complexe culturel de Goulfey connaissent une dégradation liée aux éléments naturels tels que la pluie et l’érosion, mais aussi l’impact des activités anthropiques notamment l’extension du périmètre urbain qui a une incidence directe sur la destruction de la grande muraille. Cependant, grâce l’usage de la Gley, la tour Goto-Goulfey garde son intégrité physique. De plus, le culte du Varan reste aussi vivant au sein de la communauté et les populations de Goulfey, indépendamment de leur statut social ou de l’appartenance à une religion, restent très attachées à cette Tour.

 Authenticité: Œuvre architecturale unique dans le bassin tchadien, la Tour Goto-Goulfey traduit clairement le génie créateur des populations Sao qui l’ont construite pour assurer leur sécurité et celles qui entretiennent cet édifice, notamment les Kotoko, grâce à des savoirs faire locaux. Elle n’a pas connu une restauration avec l’introduction des éléments architecturaux modernes. Elle est restée authentique grâce aux crépissages avec du Gley et les éléments de croyances y relatifs persistent encore malgré l’emprise de l’Islam dans cette cité.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Le Tour Goto est semblable aux mausolées de Tombouctou du Mali. Il s’agit d’un édifice construit avec la terre crue et ayant la même forme cubique que ces tombeaux des saints de Tombouctou. La tour Goto-Goulfey est entretenue par les populations locales au même titre les mausolées à la différence que le crépissage de Goto-Goulfey est activité réservée exclusivement aux femmes. De la même manière, ces deux sites semblables sont des lieux de croyances. Contrairement aux mausolées qui sont tombeaux saints où les fidèles viennent faire des prières, la tour de Goto-Goulfey abrite lieu de culte traditionnel et les prêtresses du culte de varan viennent faire déposer des offrandes afin de guérir certaines maladies.

Par ailleurs, ces traditions vivantes que l’on trouve autour de Goto-Goulfey   peuvent se comparer à celles que l’on trouve dans les forêts sacrées des Kayas du Mijikenda au Kenya. En effet, du fait de leur contexte de vie dans la forêt, il existait des codes moraux et des systèmes de gouvernance, des traditions, des rituels et des pratiques qui permettaient une coexistence pacifique des communautés Mijikenda. Ces traditions et pratiques culturelles ont protégé les communautés Mijikenda en établissant une coexistence harmonieuse avec le milieu naturel et l’ensemble de l’écosystème dans plus de cinquante kayas. De même, la spiritualité a joué un rôle politique important dans la cité du fait de la pratique du culte du Varan à la Tour de Goto-Goulfey, avant l’avènement de l’Islam dans la cité de Goulfey au XVème siècle sous le règne du souverain Me Douna[1]. Les prêtresses de ce culte y déposaient des galettes de fonio, des pots de miel et du lait. Il est important de dénoter la pérennité du culte du Varan qui reste incontournable et indétrônable dans la vie politique de la cité.

[1]Mahamat Abba Ousman, 2012, Islam et Politique au Sultanat de Goulfey  (Nord-Cameroun): entre Traditionalisation et Réformisme, revue d’histoire religieuse et culturelle, academic press, Fribourg PP 321-335