English Français

Le « Kamablon », Case sacrée de Kéniero

Date de soumission : 31/08/2017
Critères: (ii)(iv)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation permanente du Mali auprès de l'UNESCO
État, province ou région :
Région de Koulikoro
Coordonnées N12 2 932 W8 31 274
Ref.: 6272
Avertissement

Le Secrétariat de l’UNESCO et le Centre du patrimoine mondial ne garantissent pas l’exactitude et la fiabilité des avis, opinions, déclarations et autres informations ou documentations fournis au Secrétariat de l’UNESCO et au Centre du patrimoine mondial par les États Parties à la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel.

La publication de tels avis, opinions, déclarations, informations ou documentations sur le site internet et/ou dans les documents de travail du Centre du patrimoine mondial n’implique nullement l’expression d’une quelconque opinion de la part du Secrétariat de l’UNESCO ou du Centre du patrimoine mondial concernant le statut juridique de tout pays, territoire, ville ou région, ou de leurs autorités, ou le tracé de leurs frontières.

Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

Le village de Kéniéro (Commune rurale de Siby) doit une grande partie de sa célébrité à son vestibule sacré le « Kamablon » (vestibule où les patriarches et les clans débattaient des affaires communes). Haut de cinq (5) mètres avec trois (3) mètres de diamètre, ce sanctuaire, de forme circulaire et construit par Mansa Diola KEITA au XVIème siècle, est couvert d’un toit conique de chaume. La case comporte deux (02) portes, à l’Est et à l’Ouest. Ses murs élevés en briques de terre crue recouvertes d’un crépi en banco, mesurent environ deux (2) mètres de hauteur. Cette case serait l’une des plus anciennes des « Kamablon » du Manden. Le secret de cette tradition de cases sacrées dans le Manden aurait été transmis par Kamandjan CAMARA aux clans KEITA, lors du premier Conseil de guerre, tenu vers 1232 sur le site de l’Arche de Kamandjan à Siby. C’est pourquoi, les cases sacrées du Manden portent généralement le préfixe « Kaman » du nom de Kamandjan.

Tous les éléments (les murs, le toit, les portes et les nombreux ornements sur les murs), le mobilier que le « Kamablon » abrite et la tombe de Mansa Diola KEITA sont chargés de symboles et significations sur l’histoire, la philosophie et de croyances mythiques et religieuses.

Les cérémonies septennales de réfection du toit (la dernière édition date de mai 2014) de la Case sacrée sont l’occasion pour les griots (maîtres de la parole) d’évoquer avec solennité l’histoire, les pratiques et traditions culturelles de Kéniéro et, au-delà, celles du Manden, berceau de l’Empire du Mali. Ces cérémonies ont cristallisé pendant des siècles plusieurs aspects de la culture du peuple Manden, même si, aujourd’hui, elles sont de plus en plus décriées par les intégristes musulmans.    

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

De forme circulaire et bâti en briques de terre crue recouvertes d’un crépi en banco, le « Kamablon », Case sacrée de Kéniero, est ouvrage de style soudanais. Tous ses éléments constitutifs (les murs, le toit, les portes et les nombreux  ornements sur les murs) et tous les objets et mobiliers qu’il abrite sont pleins de symboles et significations sur l’histoire, la philosophie, la vision du monde et la religion. Les populations de Kéniero considèrent que le « Kamablon » est éternel et l’un des premiers vestibules, qui a réussi à cristalliser pendant des siècles plusieurs aspects de la culture du peuple Manden.

Critère(ii) :  Le « Kamablon », Case sacrée de Kéniero, est haut de cinq (5) mètres avec trois (3) mètres de diamètre. De forme circulaire, il est bâti par Mansa Diola KEITA au XVIème siècle. Il s’agit d’un ouvrage de style soudanais, couvert d’un toit conique de chaume avec des murs élevés en briques de terre crue recouvertes d’un crépi en banco, mesurant environ deux (2) mètres de hauteur.

Ce style caractérise la plupart des constructions de l’Afrique subsaharienne, en raison des matériaux qui la constituent, adaptés aux changements climatiques et des avantages  écologiques du matériau « terre », une ressource locale abondante et renouvelable. Le « Kamablon », Case sacrée de Kéniero, joue un rôle important dans la constitution du paysage du village de Kéniero et constitue un modèle d’inspiration pour toutes les constructions dans le village.

Critère (iv) : Le « Kamablon », Case sacrée de Kéniero, est un exemple exceptionnel de construction traditionnelle locale, au regard de son plan, de sa forme et de son architecture. Sa conception et son emplacement ont favorisé le développement du style soudanais dans l’espace culturel mandingue. 

D’après les traditions, le « Kamablon », Case sacrée de Kéniero, a servi d’exemple à toutes les constructions de « Kamablon », ce vestibule ou sénat villageois où les patriarches et les clans débattaient des affaires communes. Cette tradition de vestibule public où les anciens réunissaient pour causer, discuter des problèmes de la communauté est encore vivace dans les villages bamanan et malinké du Mali.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Le « Kamablon », Case sacrée de Kéniero ne souffre d’aucune perturbation et est dotée d’une intégrité physique extrêmement élevée liée à la protection communautaire, régionale et nationale. Son caractère sacré et la déposition de la tradition par un clan qui la conserve jalousement lui ont conféré sa persistance, sa résistance aux changements et son authenticité. En outre, la participation de diverses communautés du Manden et le soutien des autorités politiques et administratives constituent une garantie de durabilité et de vivacité dans la conservation de la Case sacrée de Kéniero et des pratiques et traditions culturelles qui lui sont liés. D’où son inscription à l’inventaire des biens reconnus d’intérêt historiques, culturel et architectural par Décision N°09-000173 / MC - SG du 12 octobre 2009. Le site est également doté d’un règlement d’urbanisme de sa zone tampon de protection.

Malgré son importance du point de vue historique, scientifique, touristique, artistique et culturel, la Case sacrée de Kéniero est construite au cœur du village sans dispositifs sécuritaires, pouvant la mettre à l’abri des menaces anthropiques (extrémisme religieux, passage des piétons et des véhicules) et de la divagation des animaux domestiques.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Le « Kamablon », Case sacrée de Kéniero, s'apparente à d'autres sites culturels et historiques du Mali, plus particulièrement, le « Kamabulon », Case sacrée de Kangaba (inscrit sur la Liste indicative en 1999), Cercle de Kangaba, la Case sacrée de Karatabougou dans la Commune de Sanankoroba, la Case sacrée des Diarra à Koulikoro, toutes dans la Région de Koulikoro.

D’après les traditions orales, ces genres d’édifices publics existaient déjà du temps de Soundiata Keïta, fondateur de l’empire du Mali. Alliant enseignement de l’histoire et de l’éthique sociale sur fond de grande mobilisation, ces réussissent encore de nos jours, à cristalliser à travers les rituels cycliques institutionnalisés, les symboliques de renforcement des liens sociaux de conservation des biens cultuels.