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La Réserve de la Biodiversité des éléphants du Gourma

Date de soumission : 31/08/2017
Critères: (viii)(x)
Catégorie : Naturel
Soumis par :
Délégation permanente du Mali auprès de l'UNESCO
État, province ou région :
Régions de Mopti,Tombouctou et de Gao
Ref.: 6270
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

L’espace appelé Gourma au Mali concerne trois régions (Mopti,Tombouctou et de Gao). La zone s’étend sur 83 millions d’hectares (environ 83.000 km²), à l’Est du Mali, entre le fleuve Niger et la frontière du Burkina Faso. Le Gourma est limité au Nord et à l’Est par le fleuve Niger, à l’ouest et au sud par les collines et falaises du pays Dogon. Le Gourma est une vaste zone qui recouvre de grandes formations rocheuses, des dunes, des plaines, des mares, des lacs et des éléphants. C’est aussi un lieu par excellence de l’élevage extensif des bovins, ovins, caprins en transhumance des régions de Mopti,Tombouctou et de Gao. Zone d’une faible densité (environ 5,4 habitants/km²), les populations qui y vivent sont les agro-pasteurs, les éleveurs semi-nomades et les nomades transhumants.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Critère (viii) : Dans la réserve de la biodiversité des éléphants du Gourma se trouvent des vestiges et témoins historiques et archéologiques très anciens. Parmi ces témoignages de la vie, on peut citer le site d’Ounjougou (plateau de Bandiagara), les traces des populations néolithiques retrouvées sur plusieurs sites dans les environs de Douentza, les buttes (sites archéologiques, plus précisément des vestiges d’anciens villages ou d’anciennes villes) et les tumulus », les rochers pleins de signification (représentations zoomorphes, habitats des génies, etc.).

Le Gourma se situe dans les zones semi-aride et arides. Les hommes se sont adaptés à ces conditions difficles de vie, après les grandes sécheresses de 1970 qui ont ébranlé les modes de production. Les ressources floristiques, ayant également beaucoup souffert de ces aléas climatiques, sont d’autant plus fragilisées que les règles traditionnelles de gestion des pâtures sont remise en cause par la densité de l’élevage.

Ces conditions difficiles provoquent des conflits d’usage entre agriculteurs et pasteurs ainsi qu’entre eux et les éléphants ; ces derniers effectuant des mouvements cycliques en fonction des disponibilités en eau et en pâturage.

Critère (x) : La réserve de la biodiversité des éléphants du Gourma est classée parmi les zones semi-arides et arides. La flore et la faune ont dû s’adapter à ces conditions difficiles, y compris la population relique de 350 éléphants. C'est le seul endroit du Sahel, ou l'on peut rencontrer des éléphants. La migration annuelle de ces énormes éléphants du Gourma suit les grandes mares de la zone. Dans le Gourma, les distances d'une mare a une autre représentent plusieurs dizaines de kilomètres que les troupeaux d'éléphants doivent parcourir a travers le paysage aride de cette zone sahélienne du Nord Mali. Aujourd’hui, la persistance et l’augmentation des aléas climatiques et les actions incontrôlées et volontaires des agro-pasteurs dans le but de satisfaire leur production, constituent de serieuses menances pour ces pachydermes.

Ces animaux, dernier troupeau d’éléphants sahéliens et population la plus septentrionale des éléphants d’Afrique, vivent harmonieusement avec des populations humaines de la zone et des milliers de têtes de bétail en toute saison.

Ces modes de vie se sont adaptés à une association extraordinaire de formes de relief des zones semi-arides, arides et du désert, comprenant à la fois des systèmes géologiques rocheux et des systèmes dunaires. Ces formes de relief sont exceptionnelles sur le plan visuel. Outre ces caractéristiques, il y a plusieurs massifs granitiques, les mares et lacs. L’association de toutes ces caractéristiques donne un paysage visuellement étonnant et extrêmement divers.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

La Réserve de la Biodiversité des éléphants du Gourma est relativement peu perturbée. La conservation de son intégrité physique est en grande partie liée aux actions communautaires, nationales et transfrontalières. Des siècles durant, la biodiversité du Gourma a su garder ses aspects de paysages diversifiés et ses caractéristiques biologiques uniques tels que le troupeau des éléphants sahéliens. La coexistence des éléphants avec les milliers de têtes de bétail (bovins, ovins, caprins) en toute saison sèche, a consolidée et améliorée grâce aux efforts conjugués de protection des autorités administratives du Mali et du Burkina Faso ( Accord pour une gestion concertée intégrée et durable des ressources naturelles partagées en faune et en flore), des ONG et de la population qui considère le Gourma à la fois comme un lieu historique, un site de rencontre multiséculaire des éleveurs transhumants et un lieu de prédilection des éléphants.

Le Mali a créé également une structure active qui travaille sur la valorisation et la protection de la biodiversité du Gourma. Il s’agit du Projet de Conservation et de Valorisation de la Biodiversité du Gourma et les Eléphants (PCVBGE). Aussi, la réserve des éléphants du Gourma est classée par la loi N°59-53/AL/RS du 30 décembre 1959.

Dans un contexte de péjoration des conditions climatiques au Sahel, il semble difficile de concilier les impératifs de la protection environnementale et les besoins des communautés locales quand les ressources naturelles se raréfient. L’extension des surfaces cultivées, au détriment des parcours de migration des pachydermes, se traduit par la disparition des espaces tampons entre les deux groupes et, au fur et à mesure que les espaces d’occupation, autrefois bien différenciés, tendent à se rejoindre, les conflits se multiplient.

La crise au nord du pays, entre avril 2012 et janvier 2013, n’a pas seulement affecté les hommes. La végétation et les animaux en ont également souffert. C’est le cas des éléphants du Gourma qui sont menacés aujourd’hui de disparition. La situation d’insécurité dans la zone a profité aux braconniers et aux groupes armés terroristes pour tuer ces éléphants. Les activités du Projet de Conservation et de Valorisation de la Biodiversité du Gourma et les Eléphants (PCVBGE), en cours d’exécution, contribueront, sans doute, à renverser la tendance de vie actuelle des éléphants du Gourma.

Comparaison avec d’autres biens similaires

La réserve de la biodiversité du Gourma présente des caractéristiques semblables à d'autres sites et paysages naturels du Mali, particulièrement des zones arides et semi-arides. Les forêts classées (au nombre de 26) de la Région de Tombouctou ont les mêmes caractéristiques physiques et les mêmes occupations humaines que la réserve de la biodiversité du Gourma. Cependant, au plan national et international, la réserve de la Biodiversité du Gourma demeure plus célèbre par la présence du dernier troupeau d’éléphants sahéliens, population la plus septentrionale des éléphants d’Afrique dont le nombre est estimé à 350.

La mise en œuvre du Projet de Conservation et de Valorisation de la Biodiversité du Gourma et les Eléphants (PCVBGE) permettra de diminuer les conflits fonciers et d’usage entre groupes utilisateurs de l’espace, créer des activités éco-touristiques en vue de renouveler l’attrait des touristes nationaux et étrangers, mieux protéger les éléphants du Gourma, intégrer la gestion des ressources naturelles dans les activités quotidiennes des communautés.