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Cité de Carcassonne et ses châteaux sentinelles de montagne

Date de soumission : 21/04/2017
Critères: (ii)(iv)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation permanente de la France auprès de l’UNESCO
État, province ou région :
Occitanie (Aude, Ariège)
Ref.: 6245
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

Numéro d’ID.

Nom de l’élément

Commune / département

Coordonnées du point central

Surface de l’élément du bien (ha)

Surface de la zone tampon (ha)

01

Château d’Aguilar

Tuchan / Aude

2 44 48.7E

42 53 26.6N

0.24ha

3.39ha

02

Châteaux de Lastours

Lastours / Aude

2 22 40.8E

43 20 13.2N

13.09ha

348.77ha

03

Château de Montségur

Montségur / Ariège

1 49 59.3E

42 52 33.5N

20.96ha

2929.04ha

04

Château de Peyrepertuse

Duilhac-sous-Peyrepertuse / Aude

2 33 21.8E

42 52 15.0N

0.73ha

83.43ha

05

Château de Puilaurens

Puilaurens / Aude

2 17 58.2 E

42 48 12.7N

3.38ha

24.10ha

06

Château de Quéribus

Cucugan / Aude

2 37 16.9E

42 50 15.0N

2.63ha

79.66ha

07

Château de Termes

Termes / Aude

2 33 27.2 E

43 00 09.4N

4.27ha

77.63ha

08

Cité de Carcassonne

Carcassonne / Aude

2 21 48.3 E

43 12 25.3N

3.71ha

1365ha

 

49.01ha

4911.02ha

Le bien culturel en série proposé à l’inscription est constitué de la Cité de Carcassonne et d’une sélection de sept châteaux sentinelles. Cette série de fortifications contemporaines les unes des autres témoigne de la conquête du Languedoc par le roi de France et ses vassaux, dans la première moitié du XIIIe siècle, et de ses objectifs : le contrôle d’un vaste ensemble territorial et la volonté d’affirmation de sa puissance. L'historien Jean-Louis Biget parle d’une « architecture de proclamation dont la puissance et la modernité annoncent un grand royaume où règne un grand prince ». Certains de ces sites, ayant constitué un refuge pour les hérétiques, ont été confisqués à des seigneurs languedociens. C’est ce qui explique qu’ils aient été parfois abusivement qualifiés de « châteaux cathares », au XXe siècle.

Au sein d’un ensemble de châteaux qui répondaient aux mêmes objectifs politiques et militaires et avaient les mêmes caractéristiques architecturales, la série sélectionnée présente les sites les mieux conservés et les plus authentiques. Elle reflète une homogénéité thématique et une cohérence historique, à l’échelle d’un vaste territoire.

Tout comme la Cité Carcassonne dont la silhouette d’ensemble est immédiatement reconnaissable, ses châteaux sentinelles ont en commun d’occuper de remarquables situations sur des crêtes calcaires. Michel Roquebert, l’écrivain qui les popularisa dans les années 1960, les qualifie de « Citadelles du Vertige ». Partout, la morphologie est marquée par un relief karstique abrupt (parois, éboulis), traversé de failles qui amplifient l’impression de verticalité. Les gorges sont une autre caractéristique commune du paysage, et imposent une découverte progressive des châteaux. De plus, l’utilisation des roches du site même pour la construction des châteaux produit un effet d’intégration de l’édifice avec son substrat.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Depuis l’Antiquité tardive, des fortifications ont été érigées sur la colline où est aujourd'hui située Carcassonne, ainsi que sur certains sites proposés dans la série. Au temps des comtes de Toulouse et de Barcelone (Xe – XIIIe siècles), les sites des éléments constitutifs de la série sont occupés par des agglomérations perchées et par des forteresses féodales. Nombre de celles-ci abritent des communautés hérétiques (Albigeois ou Cathares). Pendant et après la croisade contre les Albigeois, ces lieux leur servent de refuge et de foyer de résistance à la conquête.

Restructurés dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, la Cité de Carcassonne et les châteaux de la sénéchaussée constituent l’une des premières constructions en série inspirées du modèle de fortification promu par Philippe Auguste. Ils témoignent de la mise en place d’une norme architecturale, aussi bien destinée à la mise en défense qu’à l’affirmation du pouvoir royal sur un territoire nouvellement conquis, à l’issue de la croisade contre les Albigeois.

Siège d’une sénéchaussée royale, la Cité de Carcassonne devient un centre de pouvoir civil et militaire. Autour d’elle, les châteaux d’Aguilar, de Lastours, de Montségur, de Peyrepertuse, de Puilaurens, de Quéribus et de Termes fortifient et contrôlent le territoire du sud du Languedoc face au royaume d’Aragon. Cet ensemble défensif homogène est particulièrement imposant. Il est aussi destiné à affirmer l’autorité des rois capétiens sur des populations nouvellement soumises, en partie hérétiques et susceptibles de rébellion.

La série de sites défensifs est édifiée en seulement quelques décennies, autour de 1300, sur les sommets montagneux des piémonts pyrénéens et de la montagne Noire. Leur situation topographique exerce de fortes contraintes sur leur construction, qui confine à la prouesse architecturale. Ces forteresses témoignent d’une grande capacité d’adaptation du modèle de fortification de l’époque à un de chantiers parallèles, le recours à une préfabrication partielle et d’importants progrès dans la poliorcétique. Elles constituent aujourd’hui des repères visuels impressionnants au sommet de leurs crêtes rocheuses, qu’elles prolongent audacieusement vers le ciel, dans des paysages remarquables.

Carcassonne et l’ensemble des sites formant la série sont emblématiques de la planification d’un système défensif frontalier, planification caractéristique des débuts de l’État centralisé en France.

L’affirmation du pouvoir royal et la reprise en main par l’Eglise romaine marquent l’histoire du XIIIe siècle en Languedoc. Il reste de ces époques un patrimoine matériel religieux déjà reconnu : Cité épiscopale d’Albi inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial en 2010 au titre des critères (iv) et (v), et Cité de Carcassonne inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial en 1997 au titre des critères (ii) et (iv) et cette proposition d’inscription de la Cité de Carcassonne et de ses châteaux sentinelles de montagne, ainsi qu’un patrimoine immatériel de l’histoire cathare.

Au XIXe siècle, le goût romantique pour les ruines et le passé médiéval favorise la « redécouverte » de la Cité de Carcassonne et de certains des châteaux proposés dans ce bien culturel en série. Par la suite, la restauration / restitution de la Cité de Carcassonne par Viollet-le-Duc illustre la vision de l’architecture médiévale à cette époque, et instaure une politique nationale de conservation et de mise en valeur des monuments historiques en France.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, de nombreuses publications et émissions font découvrir puis popularisent l’histoire du catharisme, en faisant un élément identitaire du Languedoc avec parfois une reconstruction mythique de ce passé.

Autant la Cité de Carcassonne a fait l’objet d’une restauration / interprétation référence, autant les châteaux sentinelles de montagne témoignent de politiques de restauration moins interventionnistes visant au maintien de l’état de ruine. Leur situation paysagère exceptionnelle participe de l'intérêt du grand public.

Critère (ii) : Carcassonne et les châteaux du sud du Languedoc témoignent, au XIIIe siècle, de la diffusion d’un modèle de forteresse royale depuis le nord de la France vers le bassin méditerranéen, et de son adaptation à des crêtes montagneuses escarpées. Leur construction contribue à l’expansion et à l’affirmation du pouvoir royal français à la suite de l’une des rares croisades menées contre une population chrétienne. Les progrès de la poliorcétique en terrain à fort dénivelé permettent la victoire du roi de France. Ses techniciens en tirent les leçons et adaptent le modèle architectural à cette nouvelle science du siège.

Ces châteaux témoignent aussi de l’efficacité de l’administration royale, expression d’un nouveau pouvoir centralisé qui allait durablement marquer le développement des grands États européens alors en gestation. Le modèle royal est rapidement adopté et mis en oeuvre par les grands vassaux du sud de la France.

Enfin, Carcassonne et ses châteaux sentinelles de montagne du XIIIe siècle témoignent des théories et pratiques successives de restauration du patrimoine, mais aussi de leur réappropriation à travers les époques. Les sites de la série documentent ainsi chacun un type d'intervention. La première et la plus marquante est la réinvention d'un Moyen Âge idéal, simultanément étudié scientifiquement et fantasmé, aboutissant à l’invention d’une restauration volontariste d'une grande qualité architecturale par Viollet-le-Duc pour Carcassonne. Il fonda là une école de restauration du patrimoine bâti médiéval. Ensuite, le bien en série témoigne des interventions actuelles plus minimalistes et respectueuses de l'authenticité originelle dans le but de cristalliser les ruines et d'en faciliter l'accès et la compréhension aux visiteurs, en passant par des restaurations intermédiaires, qui ont eu le mérite de remonter des pierres éparses pour les transformer en sites interprétables.

Critère (iv) : Précoce production en série du modèle de fortification initié par Philippe Auguste, Carcassonne et les châteaux du sud du Languedoc résultent de l’affirmation d’une architecture militaire royale durant la seconde moitié du XIIIe siècle et au début du suivant. Cette cité fortifiée et les châteaux associés sont des exemples éminents d’une remarquable adaptation du génie militaire de l’époque aux contraintes du relief. Cette adaptation se traduit aussi bien dans les formes architecturales et les dispositifs tactiques que dans les processus d’édification. Théâtres de sièges souvent bien documentés, Carcassonne et plusieurs de ces châteaux font figure de laboratoires de la poliorcétique de l’époque médiévale.

La ville haute de Carcassonne est un excellent exemple de cité médiévale fortifiée dont l’énorme système défensif a réutilisé des remparts datant de la fin de l’Antiquité.

La Cité de Carcassonne et ses châteaux sentinelles de montagne témoignent des différents événements historiques qui se sont déroulés dans le sud du Languedoc, au sein desquels l'expansion puis la répression de la foi cathare revêtent une importance particulière.

La Cité de Carcassonne doit son importance exceptionnelle aux travaux de restauration entrepris pendant la deuxième moitié du XIXe siècle par Viollet-le-Duc qui influença fortement l’évolution des principes et des pratiques de conservation. Les châteaux sentinelles de montagne témoignent également des phases de réappropriation et de restaurations successives du patrimoine à partir de la fin du XIXe siècle.

La morphologie des paysages dans lesquels s'insèrent ces châteaux a fortement influencé les techniques d'édification ainsi que les modalités défensives et les formes architecturales adoptées.

La qualité de ces paysages évolutifs participe aujourd'hui de la perception et de l'appréciation de ces forteresses.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Intégrité 

Les éléments constitutifs de la série de la Cité de Carcassonne et de ses châteaux sentinelles de montagne forment un ensemble témoin d’un formidable programme défensif frontalier et de contrôle d’un territoire (le sud du Languedoc) par le roi de France (essentiellement Louis IX) ou ses vassaux directs (les Lévis à Montségur). Ils sont tous issus d’un même programme militaire et architectural et ont été construits durant la même période.

L’intégrité de ce système défensif global et unifié s’exprime d’une part par la Cité de Carcassonne, comprenant sur le plan militaire la double enceinte restaurée et le château comtal également restauré montagne disséminés sur le territoire régional. L’intégrité des éléments militaires de Carcassonne a déjà été reconnue via l’inscription de l’ensemble de la ville historique fortifiée de Carcassonne au Patrimoine mondial (1997, critères (ii) et (iv)), suite à sa restauration d’ensemble par Viollet-le-Duc dans la seconde moitié du XIXe siècle. De leur côté, les châteaux sentinelles de montagne sont suffisamment bien conservés, à titre individuel, pour être chacun pleinement représentatif d’un château royal édifié en montagne au XIIIe siècle ou au début du XIVe siècle. Collectivement, ils sont suffisamment nombreux pour montrer comment le génie militaire philippien a su s’adapter avec succès aux crêtes montagneuses. Ils couvrent de manière significative le territoire nouvellement contrôlé par le roi de France mais toujours suspect d’hérésie, une zone frontière dont il faut assurer la défense. Avec la Cité de Carcassonne pour centre militaire, politique et administratif du dispositif, ces châteaux constituent un système militaire défensif sériel, tout-à-fait original et pionnier en Europe occidentale médiévale et qui a pour caractéristiques : un objectif double (assurer le contrôle d’un territoire face aux ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur), une organisation centralisée, la mise en œuvre d’innovations technologiques dans l’art de la poliorcétique. L’ensemble témoigne de l’affirmation politique et militaire des Etats–nations d’Europe occidentale en train de naître.

La cité de Carcassonne (enceinte fortifiée et château comtal) et six des sept châteaux constituant la série ont été estimés d’un degré d’intégrité individuelle bon ou excellent ; une seule composante (château de Termes) à été jugé d’une intégrité plus faible en raison d’une histoire spécifique mais dont par ailleurs la contribution à la série a été jugée nécessaire.

L’intégrité paysagère est jugée excellente, dans la double forme de la Cité centrale et de ses châteaux sentinelles de montagne. L’identité visuelle qui en résulte est très forte et même sans doute unique.

Authenticité

L’authenticité individuelle a été jugée bonne ou acceptable pour chacune des composantes de la série. Pour la Cité de Carcassonne, la recherche scientifique a fortement progressé depuis son inscription individuelle sur la Liste du patrimoine mondial (1997), dans le sens d’une étude archéologique poussée, notamment de la base des fortifications et des lices, ce qui apporte des témoignages nouveaux de grande qualité ; elle a également fortement progressé dans l’identification des parties réellement authentiques et des reconstructions-restaurations du XIXe siècle. Cette amélioration progressive de la connaissance du XIIIe siècle est en cours et doit se poursuivre.

Les châteaux sentinelles de montagne apportent des témoignages authentiques importants et d’une grande qualité sur le génie militaire du XIIIe siècle. Ce sont des constructions authentiques qui ont subi des restaurations beaucoup plus tardives et généralement a minima, ce qui a permis de conserver leurs traits originaux, sans ou avec très peu de modifications (adaptation des fortifications aux armes à feu aux XVIe et XVIIe siècles). C’est le contrepoint idéal des travaux de Viollet-le-Duc, apportant sans conteste un état de référence dans la définition initiale de l’authenticité de la Cité de Carcassonne.

Les éléments constitutifs de la série font tous partie du même système défensif, construit sur les mêmes principes d’architecture militaire (innovations techniques en relation avec les progrès de la poliorcétique, apparues et mises en oeuvre sous Philippe Auguste et ses successeurs). Il n’y a aucun doute sur l’authenticité du témoignage d’ensemble, qui s’exprime avec force pour un visiteur qui, parti de Carcassonne, se rend successivement sur l’ensemble des sites, pour finalement revenir à Carcassonne. L’authenticité perçue pour cet ensemble très homogène et dont les similitudes de construction avec Carcassonne sont substantielles va bien au-delà d’une simple accumulation de témoignages individuels.

Le choix de la série est basé sur la question de l’authenticité géo-historique du témoignage d’une cité fortifiée centrale et de son système régional défensif par les châteaux sentinelles, cela afin d’assurer le difficile contrôle d’un territoire simultanément frontalier et aux populations présumées hérétiques. Cette authenticité du témoignage se traduit par une véritable mise en scène architecturale de la puissance militaire et politique du roi de France, destinée à confiner au-delà des Pyrénées l’ancienne puissance d’Aragon – Barcelone, bien vite Couronne d’Espagne et enfin empire des Habsbourg, et à impressionner durablement l’hérésie cathare en association avec l’action de l’Eglise par l’Inquisition.

Le substrat géologique des châteaux et la colline de la Cité de Carcassonne n’ont pas été affectés par des événements naturels importants ni par des actions humaines visibles. Les environnements immédiats de tous les châteaux sont dans un état qu’on qualifie spontanément aujourd’hui de « naturel », en raison de leur situation isolée sur des crêtes rocheuses dont l’usage humain est limité (bois, taillis, espaces de pâture). Prenons soin, cependant, de ne pas qualifier trop rapidement cet environnement d’authentique. En effet, rien ne nous indique qu’aux XIIIe - XIVe siècles, cet environnement était similaire à celui que nous percevons aujourd’hui. Des habitats avoisinaient certains châteaux (Lastours, Montségur) ; les fouilles archéologiques attestent en outre de possibles usages agricoles aujourd’hui disparus. L'ensemble forme un paysage vivant évolutif. En revanche, cet environnement naturel, au sens d’aujourd’hui, offre un incontestable intérêt visuel. Les valeurs paysagères des châteaux s’expriment particulièrement bien grâce à cette qualité environnementale. En conformité avec les Orientations devant guider la mise en oeuvre de la Convention du patrimoine mondial et la réunion de Nara sur l’authenticité (Japon, 1994), on peut en toute légitimité parler ici de l’authenticité perçue par le visiteur lorsqu’il découvre ces citadelles, défiant l’espace et bravant les siècles.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Cinq axes ont été définis puis étudiés en détail pour structurer l’analyse comparative avec d’autres biens déjà inscrits sur la Liste du patrimoine mondial ou sur les listes indicatives nationales où d’intérêt régional:

Axe 1 : Les échanges d’influences dans le développement général de l’architecture défensive (biens déjà inscrits au Patrimoine mondial usage du critère (ii))

La Cité de Carcassonne et ses châteaux sentinelles témoignent d’un moment important d’échange d’influences dans le développement de l’architecture militaire du XIIIe siècle en Europe et dans le bassin méditerranéen. Carcassonne et les châteaux de montagne du sud du Languedoc sont le fruit de la diffusion d’un modèle de forteresse royale depuis le nord de la France vers la Méditerranée et ils témoignent de son adaptation à une région montagneuse. Ils accompagnent l’expansion du pouvoir royal français à la suite de l’une des rares croisades menées contre une population chrétienne. D’autres biens, déjà inscrits sur la Liste du patrimoine mondial, témoignent déjà de valeurs similaires, à la même époque, mais il s’agit ici d’un ensemble fortifié homogène architecturalement et coordonné à l’échelle d’un vaste territoire qu’il s’agit de contrôler.

Axe 2 : L’architecture défensive européenne et méditerranéenne du XIIe au XIVe siècle (usage du critère (iv))

L’ensemble apporte un témoignage complet de l’architecture militaire du XIIIe siècle et du début du suivant en Europe de l’Ouest. Par la double enceinte et le château comtal, la Cité de Carcassonne forme un ensemble urbain fortifié très complet du XIIIe siècle, centre de la sénéchaussée. Les châteaux sentinelles associés apportent une série d’exemples remarquables et impressionnants de châteaux bâtis sur des crêtes escarpées. Leur situation a exercé de fortes contraintes sur leur construction, qui confine pour chacun d’eux à une prouesse dans le domaine du génie militaire. Si la Cité de Carcassonne à elle seule exprime un caractère de taille et de structure d’ensemble unique, déjà reconnu par le Patrimoine mondial, les châteaux de montagne pris individuellement se comparent à d’autres châteaux aussi anciens et aussi spectaculaires. Toutefois, la qualité des paysages proposés, tant de la Cité de Carcassonne que des châteaux de montagne, véritables « citadelles du vertige », a un caractère exceptionnel, par comparaison aux autres biens régionaux similaires à la même époque.

Axe 3 : Les systèmes défensifs sériels en gestion centralisée de contrôle d’une frontière d’État ou d’un territoire conquis (critère (iv) appliqué à des ensembles)

Les comparaisons effectuées pour des systèmes défensifs territoriaux à grande échelle montrent, notamment au XIIIe siècle, l’épanouissement de vastes programmes militaires constructifs, visant au contrôle de territoires nouvellement conquis ou, au contraire, menacés par un envahisseur potentiel. Ils reposent à cette époque sur l’application du nouveau modèle technique et architectural de la fortification philippienne, adapté à des circonstances topographiques et géographiques particulières : crêtes, côte rocheuse, etc. Ils forment des systèmes défensifs coordonnés et parfois associés à un centre de commandement urbain lui aussi puissamment fortifié. La Cité de Carcassonne et ses châteaux sentinelles forment incontestablement l’ensemble le mieux conservé et le plus explicite de ces systèmes de défense du territoire. Sur ce point précis, la série proposée est vraiment la plus exceptionnelle et la plus représentative des efforts militaires à l’échelle du contrôle permanent de vastes territoires, entre les XIIe et XIVe siècle.

Axe 4 : Le développement et la diffusion de l’architecture défensive philippienne, entre la fin du XIIe siècle et le début du XIVe siècle (critère (ii))

La Cité de Carcassonne et les châteaux qui lui sont associés forment un témoignage remarquable et très abouti de la diffusion du style philippien dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Aucun ensemble aussi complet n’est aujourd’hui au sein de la Liste du patrimoine mondial. Le modèle philippien se diffuse bien à une échelle européenne et moyen-orientale au XIIIe siècle et au début du XIVe siècle. C’est un moment important de l’histoire de la fortification. La série proposée vient en outre renforce de manière significative la notion d’authenticité de la Cité de Carcassonne, qui avait été jugée insuffisante en tant que témoignage isolé du génie militaire défensif de la fin du XIIIe siècle et du début du suivant lors de la première évaluation d’ICOMOS en 1994.

Axe 5 : Forteresses médiévales et châteaux de montagne dans la région (justification de la composition de la série)

Dans la région et durant la période étudiée, les nouveaux seigneurs issus de la croisade contre les Albigeois reconstruisent et aménagent de nombreux châteaux forts. L'un des principaux critères retenus pour la sélection des châteaux de la série proposée est d’être perché et d’être de conception royale au sein de la sénéchaussée de Carcassonne. Montségur apporte à la série une valeur immatérielle exceptionnelle. Enfin, les châteaux de montagne retenus sont ceux qui illustrent de la manière la plus forte et la plus significative la situation géomorphologique d’une série de crêtes fortifiées de manière à impressionner l’adversaire potentiel. Il s’agit ici d’une série d’une très grande homogénéité géomorphologique et paysagère qui en fait un ensemble rare tant sur le plan fonctionnel que sur le plan esthétique.