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Le paysage urbain historique de la ville de Djibouti et ses bâtiments spécifiques

Date de soumission : 05/01/2015
Critères: (ii)(iv)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Ministère des affaires Musulmanes, de la Culture et des biens Waqfs
État, province ou région :
Commune de Boulaos, Djibouti ville
Coordonnées N11 36 E43 10
Ref.: 5958
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les États parties les ont soumis.

Description

De par sa situation géographique, à la croisée de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Océan Indien, Djibouti a été, dès le Moyen Age, un important carrefour commercial entre les Arabes et l’Afrique, notamment pour le trafic d’esclaves ou le commerce des aromates. C’est à travers des faits historiques que la ville s’est construite. En 1862, la France rentre dans la région d’Obock et l’acquière par un traité avec les chefs de cette région. En 1890, le Gouverneur français Lagarde décide de transférer le siège du gouvernement situé à Obock au cap Djibouti, une presqu’île qui s’ouvre largement sur le Golfe d’Aden. Sur ce site marécageux le Gouverneur Lagarde entreprend d’établir les bases d’un tissu urbain, Djibouti-ville, qui deviendra en 1896 le chef-lieu de la colonie baptisée Côte Française des Somalis.

Il faudra attendre 1890 pour voir un développement urbain de la ville s’accompagnant d’un engouement économique avec l’installation de nombreux commerçants européens et yéménites. Dès 1891, les premiers établissements commerciaux sont réalisés sur la côte Nord du Plateau de Djibouti. Nous pouvons citer le bâtiment de la factorerie d’Eloi Pino construit en madrépore (pierre volcanique noire), actuellement occupé par l’établissement  Marill. A partir de ces premiers établissements, la ville commence à s’édifier sur le Plateau de Djibouti à travers  un plan cadastral composé de trames en damier. Il correspond au centre-ville historique aujourd’hui. 

En 1895, la fonction portuaire de la ville prend un élan décisif par le choix des Messageries Maritimes Djibouti  devient l’escale maritime  qui assure les liaisons régulières entre la France et l’Indochine, d’une part, et de Madagascar d’autre part. En 1896, Djibouti devient le chef-lieu de la colonie. La construction de la résidence du Gouverneur Lagarde est en construction. Aujourd’hui, cet édifice abrite le Palais présidentiel. Au cours de la même année, la création de la Compagnie Impériale des Chemins de Fer Ethiopiens consolide l’émergence de ce pôle urbain naissant. La gare est inaugurée en 1900.

Ce développement urbain est encadré par l’administration coloniale. Les immeubles s’alignent soigneusement le long des rues et des places. L’espace urbain est rationalisé. Le cœur de la ville européenne est la Place Ménélik, actuelle Place du 27 Juin, autour de laquelle s’organisent les bâtiments administratifs coloniaux. Le Secrétariat Générale, actuelle Mairie de Djibouti, est construit dans l’axe de la place. L’irrigation de la ville, à partir de la source d’Ambouli, a permis de donner vie à des espaces verts où prédomine l’acacia du Yémen.

Si le centre-ville, Plateau de Djibouti, est le centre administratif colonial, le Plateau du Marabout, où la gare est installée, devient le nouveau pôle économique. A côté, le Plateau du Serpent, devient une zone résidentielle européenne. C’est donc en direction de ces deux pôles que s’effectue l’extension de la ville au début du XXème siècle. Une route, dont la construction a débuté en 1898, vient relier les trois entités de la ville.

Ce paysage urbain historique de la ville de Djibouti reflète cette période coloniale avec toutes les influences qui y sont rattachées.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionnelle

Critère (ii): Des édifices tels que la Mairie de Djibouti ou la « Maison indienne » rappellent que Djibouti a été et est un carrefour qui voit se croiser plusieurs cultures.

La Mairie, secrétariat général sous la colonisation, témoigne de l’influence de l’architecture yéménite qui s’explique par le recrutement de maçons yéménites et de la forte présence de commerçants yéménites au début du XXème siècle. Ces derniers font construire leurs propres résidences à étages ; le rez-de-chaussée qui s’ouvre sur des galeries couvertes, devient des magasins et des entrepôts.

La « maison indienne », qui donne sur la Place du 27 Juin, témoigne,  de l’affluence d’artisans indiens et pakistanais à la même époque. Ce bâtiment a clairement bénéficié de l’influence indienne que l’on retrouve dans le travail sur les tourelles et les balcons. Ce bâtiment est  un des derniers vestiges de cette influence sur le centre-ville de Djibouti.

Un autre témoignage de cette période, mais qui dénote d’une toute autre influence, celle de la colonisation française, est le bâtiment accueillant le Conseil Constitutionnel.

Ce bâtiment, qui se situe sur le plateau du serpent, constitue un exemple d’une maison coloniale qui s’est adaptée aux matériaux locaux et au climat à travers la recherche d’ombre et la ventilation. La structure surélevée, la galerie couverte périphérique, les persiennes occultant les ouvertures…sont les réponses de la recherche du confort thermique de cette maison. Elle représente également le pavillon résidentiel à l’époque colonial.

Critère (iv): Le centre-ville historique de Djibouti se distingue également par ses bâtiments construis avec le madrépore,  pierre calcaire relativement friable mais résistant aux conditions géomorphologiques et climatiques. La réalisation de ces bâtiments montre l’ingéniosité des architectes et des constructeurs  de cette pratique constructive. Les murs porteurs sont très épais et les façades sont grossièrement maçonnées au mortier de chaux.

Cette ville compte différents édifices emblématiques, notamment  la Gare de Djibouti. Ce bâtiment se compose de deux pavillons dans les extrémités servant de lieux administratifs et du bâtiment central qu’est la gare.

Outre son intérêt historique qui marque les débuts de la ligne de chemin de fer qui relie Djibouti à l’Éthiopie, cet édifice présente un intérêt architectural indéniable. En effet, ce bâtiment comprend une structure métallique uniquement  produit à cet effet par les ateliers Eiffel. Elle est également composée de voutains qui forment la galerie extérieure périphérique.  

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Le paysage urbain de la ville de Djibouti et de son environnement a été globalement conservé, permettant une expression satisfaisante de la valeur universelle exceptionnelle.  Le bien comprend des ensembles suffisamment importants d’éléments bâtis caractéristiques, notamment à travers ses différentes influences pour être bien compris. Toutefois, l’intégrité architecturale des bâtiments est menacée de plusieurs cas par l’abandon et par l’absence d’entretien. Aussi ce paysage urbain est menacé par la pression foncière et économique. Le pays a mit en place une politique de protection, de sauvegarde et de gestion du patrimoine urbain et architecturale depuis maintenant une dizaine d’année. Des opérations de réhabilitation et de mise en valeur du patrimoine sont néanmoins en cours.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Le paysage urbain historique de la ville de Djibouti peut être comparé à la ville historique de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.