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Sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale (Front Ouest)

Date de soumission : 14/04/2014
Critères: (iii)(iv)(vi)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation permanente de la Belgique auprès de l'UNESCO
Ref.: 5886
Transnationale
Autres États parties participants
France
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les Etats parties les ont soumis.

Description

Le bien en série regroupe un ensemble significatif de sites funéraires et mémoriels résultant de la Première Guerre mondiale, rupture majeure dans l’histoire de l’humanité. Ils ont été constitués pendant ou après la tragédie de 1914-1918, sur la zone du front ouest qui s’étendait de la mer du Nord à la frontière franco-suisse. La sélection est constituée de 105 éléments  (80 pour la France et 25 pour la Belgique) strictement choisis au sein d’un ensemble de plusieurs milliers de cimetières, nécropoles et mémoriaux du front ouest.

Ces éléments sont représentatifs de la très grande diversité des nations et des peuples qui ont été impliqués dans ce conflit mondial,d’une ampleur jamais encore atteinte. Ils composent un paysage mémoriel représentatif de l’étendue géographique du front dans son ensemble (plus de 700 km), des grands moments de son histoire et de ses évolutions au cours de la guerre.  

Nom(s) de l’élément/des éléments constitutif(s)

Nom de l’élément

Composants

Commune

Province

Coordonnées

1. Le monument aux disparus du Commonwealth ‘Nieuport Memorial’

Le monument aux disparus du Commonwealth ‘Nieuport Memorial’

Nieuport

Flandre-Occidentale

2 45 20.26E 51 8 13.00N

2. Le cimetière militaire allemand de Vladslo

Le cimetière militaire allemand de Vladslo

Dixmude

Flandre-Occidentale

51 4 14.92N 2 55 47.49E

3. La crypte de la Tour de l’Yser

La crypte de la Tour de l’Yser

Dixmude

Flandre-Occidentale

2 51 12.88E 51 1 56.02N

4. Le cimetière militaire belge d’Oeren

Le cimetière militaire belge d’Oeren

Alveringem

Flandre-Occidentale

2 42 16.86E 51 1 26.97N

5. Le cimetière militaire belge d’Houthulst

Le cimetière militaire belge d’Houthulst

Houthulst

Flandre-Occidentale

2 56 54.00E 50 57 59.20N

6. Cimetière militaire allemand de Langemark

Cimetière militaire allemand de Langemark

Langemark-Poelkapelle

Flandre-Occidentale

2 55 0.69E 50 55 12.76N

7. Le monument canadien 'The Brooding Soldier'

Le monument canadien 'The Brooding Soldier'

Langemark-Poelkapelle

Flandre-Occidentale

 2 56 26.30E 50 53 58.57N

8. Le cimetière militaire et le monument aux disparus du Commonwealth 'Tyne Cot Cemetery'

Le cimetière militaire du Commonwealth 'Tyne Cot Cemetery'

Zonnebeke

Flandre-Occidentale

2 59 55.47E 50 53 14.16N

9. Les cimetières militaires du Commonwealth ‘Polygon Wood’

9A. Le cimetière militaire du Commonwealth 'Polygon Wood Cemetery'

Zonnebeke

Flandre-Occidentale

2 59 25.66E 50 51 27.10N

9B. Le cimetière militaire du Commonwealth 'Buttes New British Cemetery'

Zonnebeke

Flandre-Occidentale

2 59 29.90E 50 51 20.73N

10. Le cimetière militaire du Commonwealth 'Essex Farm Cemetery'

Le cimetière militaire du Commonwealth 'Essex Farm Cemetery'

Ypres

Flandre-Occidentale

2 52 23.11E 50 52 15.44N

11. Les cimetières militaires du Commonwealth ‘Pilkem Ridge’

 

11A Le cimetière militaire du Commonwealth 'Welsh Cemetery(Caesar’s Nose)'

Ypres

Flandre-Occidentale

2 52 55.26E 50 53 12.11N

11B Le cimetière militaire du Commonwealth 'No Man’s Cot Cemetery'

Ypres

Flandre-Occidentale

2 53 36.10E 50 53 1.48N

11C Le cimetière militaire du Commonwealth 'Track X Cemetery'

Ypres

Flandre-Occidentale

2 54 40.79E 50 52 41.39N

11D Le cimetière militaire du Commonwealth 'Buff’s Road Cemetery'

Ypres

Flandre-Occidentale

2 54 59.30E 50 52 35.68N

12. Le monument aux disparus du Commonwealth 'Menin Gate’

Le monument aux disparus du Commonwealth 'Menin Gate’

Ypres

Flandre-Occidentale

2 53 27.96E 50 51 7.17N

13. Le cimetière militaire du Commonwealth 'Bedford House cemetery'

Le cimetière militaire du Commonwealth 'Bedford House Cemetery'

Ypres

Flandre-Occidentale

2 53 26.08E 50 49 42.98N

14. Les cimetières militaires du Commonwealth ‘Palingbeek’

14A. Le cimetière militaire du Commonwealth ‘Larch Wood Cemetery’

Ypres

Flandre-Occidentale

2 55 24.68E 50 49 39.67N

14B. Le cimetière militaire du Commonwealth ‘Woods Cemetery’

Ypres

Flandre-Occidentale

2 54 56.21E 50 49 20.80N

14C. Le cimetière militaire du Commonwealth ‘1st D.C.L.I. Cemetery, the Bluff’’

Ypres

Flandre-Occidentale

2 54 46.96E 50 49 15.30N

14D. Le cimetière militaire du Commonwealth ‘Hedge Row Trench Cemetery’

Ypres

Flandre-Occidentale

2 54 49.63E 50 49 9.83N

15. Les cimetières militaires du mont Kemmel

15A. L’ossuaire français ‘Mont Kemmel’

Heuvelland

Flandre-Occidentale

50 46 44.39N 2 48 27.91E

15B. Le cimetière militaire du Commonwealth ‘Lindehoek Chalet Military Cemetery’

Heuvelland

Flandre-Occidentale

2 49 25.38E 50 46 35.73N

16. Les cimetières militaires du Commonwealth ‘Spanbroekmolen’

16A. Le cimetière militaire du Commonwealth ‘Spanbroekmolen British Cemetery’

Heuvelland

Flandre-Occidentale

2 52 1.46E 50 46 42.22N

16B.  Le cimetière militaire du Commonwealth ‘Lone Tree Cemetery’

Heuvelland

Flandre-Occidentale

2 51 42.79E 50 46 28.37N

17. Le parc irlandais 'Island of Ireland Peace Parc'

Le parc irlandais 'Island of Ireland Peace Parc'

Messines

Flandre-Occidentale

2 53 41.07E 50 45 35.35N

18. Le cimetière militaire du Commonwealth 'Lijssenthoek Military Cemetery'

 

Le cimetière militaire du Commonwealth 'Lijssenthoek Military Cemetery’

Poperinge

Flandre-Occidentale

2 42 3.88E 50 49 45.36N

19. Le Fort de Loncin

Fort de Loncin

Ans

Liège

5 29 40E 50 40 25N

20 Le cimetière militaire de Robermont

Cimetière militaire de Robermont

Liège

Liège

5 36 35E 50 38 02N

21 Les cimetières militaires de Tintigny

20A Cimetière du Plateau

Tintigny

Luxembourg

5 28 00E 49 44 12

20B Cimetière de l’Orée de la Forêt

Tintigny

Luxembourg

5 29 20E 49 44 00N

20C Cimetière du Radan

Tintigny

Luxembourg

5 30 54E 49 39 56N

22 Le cimetière et l’enclos des Fusillés à Tamines

Cimetière et enclos des Fusillés à Tamines

Sambreville

Namur

4 36 50E 50 25 56N

23 Le cimetière français de la Belle Motte

Cimetière français de la Belle-Motte

Fosses-la-Ville

Namur

4 36 20E 50 24 12N

24 Le cimetière militaire de Saint-Symphorien

Cimetière militaire de Saint-Symphorien

Mons

Hainaut

4 00 36E 50 25 56

25 Les cimetières militaires du Commonwealth à Ploegsteert

25A Saint-Quentin Cabaret Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 85 43E 50 75 74N

25B Ration Farm Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 86 28E 50 75 47N

25C Plus douve Farm Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 86 30E 50 75 34N

25D Underhill Farm Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 86 85E 50 74 16N

25E Hyde Park Corner Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 88 13E 50 74 16N

25F Berks Cemetery Extension

Comines-Warneton

Hainaut

2 88 13E 50 73 28N

25G Prowse Point Military Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 88 06E 50 73 80N

25H Mud Corner Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 89 74E 50 74 44N

25I Toronto Avenue Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 89 69E 50 74 27N

25J Ploegsteert Wood Military Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 89 88E 50 74 12N

25K Rifle House Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 89 87E 50 73 75N

25L Lancaster Cottage Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 89 97E 50 73 61N

25M Strand Military Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 89 67E 50 72 96N

25N Ploegsteert Churchyard

Comines-Warneton

Hainaut

2 87 96E 50 73 31N

25O London Rifle Brigade Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 87 79E 50 72 62N

25P Gunners Farm Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 88 07E 50 72 12N

25Q Calvaire(Essex) Farm Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 89 49E 50 71 89N

25R Motor Car Corner Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 89 15E 50 71 01N

25S Tancrez Farm Military Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 90 07E 50 71 04N

25T Touquet Railway Crossing Cemetery

Comines-Warneton

Hainaut

2 91 04E 50 71 18N

Description de l’élément/des éléments constitutif(s)

La sélection proposée se compose d’un ensemble d’éléments funéraires et mémoriels qui témoignent d’un rapport à la mort du soldat au combat entièrement nouveau : ossuaires ; tombes individuelles isolées ; anciens cimetières provisoires ; cimetières aménagés pendant ou après la guerre et qui conservent, encore aujourd’hui, leur fonction initiale ; cimetières de regroupement aménagés ou réaménagés depuis les années 1930 par certains belligérants ; stèles ou monuments commémoratifs rendant un hommage individuel ou collectif aux combattants originaires du monde entier mais aussi aux civils ; chapelles commémoratives ; mémoriaux sur lesquels les noms des victimes sans sépulture ont été gravés. 

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

La série de  monuments et sites témoigne d’un rapport à la mort du soldat au combat entièrement nouveau qui s’explique par le caractère inouï des pertes humaines dues au caractère industriel et total de la Première Guerre mondiale. Seul un nouveau culte des morts, dont l’identité individuelle est pour la première fois reconnue par tous, apporte une réponse humaine et universelle à l’inhumanité de la guerre. Cette nouvelle mémoire funéraire s’exprime par des cimetières constitués de tombes individuelles se répétant en très grand nombre. Leur uniformité traduit l’égalité devant la mort en priorité de toute autre considération, tout en respectant les croyances individuelles. L’inscription des noms sur les mausolées et les mémoriaux répond d’abord à la volonté de garder le souvenir des combattants dont le corps n’a pas été retrouvé ou identifié. Ils sont les compléments naturels de ces cimetières.

Tous ces éléments reflètent par ailleurs le caractère international du conflit, qu’ils s’agissent de cimetières ou de mémoriaux explicitement associés à l’un des belligérants ou rendant hommage à des soldats originaires du monde entier.

Les sites funéraires et mémoriels vont de la simple stèle au monument commémoratif et aux grands mémoriaux nationaux. Ils témoignent d’un mouvement architectural totalement nouveau, propre à chaque belligérant et qui se poursuit aujourd’hui. Tous gardent le souvenir des victimes (militaires et civiles) et portent témoignage de la souffrance et du deuil de masse. Bien que centrés sur la mort du soldat, ces sites funéraires et mémoriels rappellent en permanence, par leur symbolique, que chaque homme tombé était aussi un père, un fils ou un époux. Ce culte funéraire est dès lors plus qu’un culte combattant, il est un culte civil et humaniste qui invite au recueillement puis, progressivement, à la réconciliation et à la paix.

Critère (iii) : Les sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale témoignent de l’installation et la généralisation d’une nouvelle tradition du culte des morts au combat. Leurs dépouilles sont inhumées dans une tombe individuelle où leur nom est gravé. La plupart des ossuaires rassemblent les dépouilles des soldats non identifiés. Pour ceux qui n’ont pas de tombe individuelle identifiée, des mémoriaux sont érigés, dont certains portent des noms gravés sous forme de listes alphabétiques gigantesques.

Critère (iv) : Les tombes individuelles, leur organisation structurelle en de nombreux cimetières militaires régulièrement entretenus, offrent un exemple nouveau et à grande échelle de constructions et de sites organisés pour le souvenir de tous les morts au combat. Les mémoriaux sont des monuments totalement nouveaux par rapport aux guerres antérieures, par leurs architectures diversifiées aux formes symboliques, appelant à la mémoire et au respect du soldat mort à la guerre.

Par leurs dimensions et par leur nombre, ces cimetières, nécropoles et mémoriaux expriment l’échelle inédite atteinte par la force de destruction d’une guerre totale et mondiale. Les choix architecturaux, paysagers et décoratifs traduisent des sensibilités culturelles différentes : sites ouverts, lumineux et imposants ou plus intimes, simples et standardisés. Leur localisation, généralement autour des lieux des combats majeurs et associés à la présence d’éléments qui témoignent directement du conflit, compose un paysage mémoriel.

Critère (vi) : Devant le degré inouï atteint par les forces de destruction et la mort de masse, la volonté de perpétuer l’identité individuelle de la victime de guerre répond aux besoins de ré-humanisation  des sociétés décimées par la disparition d’une grande partie de leur jeunesse. Pour la première fois dans l’histoire humaine, unanimement, les victimes sont reconnues de manière égale dans la mort.

Cette célébration s’exprime par la tombe individuelle, les cimetières, les nécropoles et les mémoriaux, organisés suivant des implantations et des styles nationaux. Elle transcende l’appartenance sociale, culturelle, religieuse ou philosophique de chacun. L’individu mort au combat est d’abord reconnu pour lui-même, et sa tombe identifie le lieu de sa sépulture, pour sa famille et ses proches. La société et la nation organisent ce culte des morts à la guerre par des commémorations collectives, des pèlerinages et d’autres manifestations traditionnelles.

Ce souvenir partagé des morts au combat, qui engloba par la suite tous les conflits depuis la Première Guerre mondiale, a un caractère actuel et dynamique. Des millions de visiteurs, de toutes les générations, venus du monde entier, fréquentent ces sites pour des visites institutionnelles, associatives ou privées. L’ensemble de ces lieux invite au recueillement et à la célébration de la mémoire des morts dont la symbolique exalte, aujourd’hui, la paix et la réconciliation.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Déclaration d’authenticité : Tous les éléments contenus dans le bien proposé sont authentiques. Ce sont des cimetières, des nécropoles et des monuments conçus à cet effet et dont c’est l’usage exclusif. Ils forment une série de monuments et de sites aménagés afin d’assurer une fonction funéraire et mémorielle qui a été soigneusement conservée jusqu’à nos jours. Ils constituent des lieux de mémoire complémentaires attachés aux évènements de la Première Guerre mondiale, dont ils expriment les différents aspects nationaux, historiques et territoriaux aussi bien que les variantes structurelles, architecturales et décoratives. Ces monuments et ces sites ont été conservés et entretenus en conformité continue avec cette vocation initiale.

Les sites funéraires et mémoriels témoignent d’une manière authentique de la guerre et de l’hommage rendu à ses défunts. Ils constituent également un mouvement architectural et décoratif initié à cette période de l’histoire, en étroite relation avec ses valeurs symboliques. Il s’agit notamment de la création, au cours du conflit,  de tombes individuelles et de cimetières pour l’inhumation des soldats morts au combat. Après l’armistice débute la recherche systématique des morts,  leur identification et le regroupement des dépouilles. Cela se traduit par l’organisation de cimetières et de nécropoles ainsi que d’ossuaires pour les restes humains non identifiables. Les cimetières expriment une convergence vers des valeurs nouvelles et communes à tous les belligérants de la reconnaissance des individus morts au combat, alors que leur architecture et leur statuaire révèlent des attitudes mémorielles nationales.

En complément, l’édification de monuments commémoratifs de la guerre et de ses morts se développe à proximité des anciennes lignes de front, mais aussi dans les villages et les villes des nations et des peuples qui furent engagés dans les combats. Les monuments mémoriels les plus importants, retenus dans la série, scandent visuellement et symboliquement l’étendue du front.

Au-delà, un art symbolique propre, le monumentalisme mémoriel et le paysage des cimetières expriment un profond désir de paix. L’ensemble des éléments proposés témoigne de ces valeurs matérielles et immatérielles avec une très grande authenticité.

Déclaration d’intégrité : L’intégrité globale de la série des biens proposés se décline suivant trois axes principaux :

- Dans la diversité de ses éléments constitutifs, la série traduit la volonté commune des gouvernements de répondre aux attentes des populations de voir le sacrifice de leurs proches reconnu. Au-delà de ce nouveau culte des morts, le bien exprime la diversité des références culturelles des différents belligérants.

- La série reflète la mémoire des nations et des peuples qui ont participé  aux combats, elle témoigne de l’incroyable diversité des belligérants, justifiant pleinement le terme de Première Guerre mondiale.

- La série s’appuie sur les différentes zones du front et les différentes phases de l’histoire de la guerre. La cartographie générale exprime ce double équilibre spatial et chronologique.

Tous les éléments constitutifs présentent une intégrité structurelle, en tant que mémorial, nécropole ou cimetière militaire organisé. Ils ont presque tous, dès leur constitution, été conçus comme des ensembles monumentaux et paysagers cohérents exprimant par leur structure et leurs formes les valeurs de mémoire qu’ils devaient exprimer. Leur édification a suivi les canons d’un art funéraire défini tant par le contexte culturel des années de l’Entre-deux-guerres que par le poids culturel et mental du souvenir de la guerre. Des éléments végétaux (pelouses, arbres, massifs d’ornementation) sont conçus pour enrichir visuellement l’élément monumental ou territorial.

Les éléments constitutifs sont tous d’une grande portée symbolique, toujours perçue de nos jours. Il s’agit de sites vivants de la mémoire de la guerre et des valeurs de réconciliation et de paix qu’ils ont ensuite promues. Par eux-mêmes, ces éléments expriment une intégrité élevée du témoignage immatériel et de sa transmission au fil des générations, notamment depuis la disparition des derniers témoins oculaires de la Première Guerre mondiale.

Justification de la sélection de l’élément/des éléments constitutif(s) en relation avec la future proposition d’inscription dans son ensemble

La série proposée a fait l’objet d’un long processus de sélection. Chacun des éléments retenus exprime une contribution spécifique et bien identifiée à la valeur exceptionnelle de l’ensemble. Un élément constitutif  comprend au moins un composant. Dans de nombreux cas, l’élément constitutif correspond à un espace pluriel en termes de composants, mais il est bien identifié en termes géographiques et historiques. Il est généralement caractérisé par un nom commun et une histoire commune. Dans chaque cas, les éléments les plus importants, les plus représentatifs d’une catégorie donnée de sites funéraires et mémoriels, ainsi que les plus symboliques de ceux existants, ont été retenus. Au-delà de la valeur intrinsèque de chaque composant ou du groupement local de composants formant un élément constitutif, leur valeur paysagère a été prise en compte dans le contexte d’un environnement suffisamment préservé et comprenant d’autres vestiges explicatifs de la guerre en ce lieu.

La sélection de 105 éléments a été opérée après un inventaire de plusieurs milliers de sites funéraires et mémoriels.

Un outil de sélection a été mis au point par le Comité international de préparation du dossier et utilisé pour constituer les listes : la Grille des qualités. Un élément constitutif et son ou ses composants devaient satisfaire à un degré d'exceptionnalité pour au moins l'un des critères suivants, et si possible plusieurs :

1. Le caractère exceptionnel, ou du moins très remarquable, des composants majeurs de chacun des éléments constitutifs :

-  Dimensions matérielles exceptionnelles, le caractère de représentation imposante ;

-  L’illustration d’un type monumental exceptionnel et/ou d’une organisation spatiale exceptionnelle (cimetière, nécropole, mémorial…) ;

-  L’illustration quantitative de la mort de masse au combat ;

-  Les qualités architecturales propres, l’esthétique funéraire et monumentale suite à la Première Guerre mondiale… 

2. La valeur paysagère et la valeur contextuelle environnementale, la participation à un paysage culturel interprétatif:

- La participation de l’élément constitutif à un paysage mémoriel construit exceptionnel ;

- La corrélation spatiale des éléments entre eux et corrélation visuelle avec d'autres vestiges (éléments d’accompagnement) de la guerre dans les environs immédiats ;

- Lisibilité du paysage et expression claire de la VUE ;

- Valeur et qualité visuelle de l'environnement de l’élément constitutif et d’accompagnement ;

3. La valeur historique du lieu :

- Lien des composants de l’élément constitutif avec des événements historiques très importants ; rapport causal entre les composants principaux de l’élément constitutif et les événements historiques.

- Histoire de l’élément constitutif ou du composant, sa valeur historique en lui-même ;

4. La dimension internationale :

- Le nombre de nationalités comme reflet du caractère mondial du conflit ;

- Lieu emblématique pour un État ou une communauté ; 

5. Les composantes immatérielles, les valeurs symboliques passées et actuelles :

- Souvenir vivant : commémorations, visites, événements ;

- Histoire du souvenir, histoire des représentations ;

- Créations artistiques ;

L’usage sélectif de la grille est complété par deux notions complémentaires :

6. Diversité des attributs au sein d’un même élément constitutifs ;

Unicité de l’élément constitutif et représentativité d’ensemble.

 

Comparaison avec d’autres biens similaires

L’analyse comparative se décline selon plusieurs entrées et concerne tant des biens déjà inscrits sur la Liste du Patrimoine mondial, que des sites repris sur les listes indicatives nationales voire sur des sites qui ne figurent sur aucune de ces listes mais qui sont en lien avec notre thématique.

Un premier axe d’approche porte sur les éléments militaires inscrits sur la liste du Patrimoine mondial et les listes indicatives.  Ils sont divers et multiples, couvrent toutes les périodes de l’histoire et toutes les régions du monde.  Prétendre à l’exhaustivité est difficile.  On pourra évoquer aussi bien le site archéologique de Massada (Israël), que la grande muraille de Chine, le centre historique de Bridgetown et sa garnison à la Barbade, le Fort Jésus à Mombassa au Kenya ou encore les fortifications de Vauban en France. Toutefois, nombre de ces sites témoignent d’un art de construire et d’organiser le territoire dans un objectif de défense.

Une exception notoire, le champ de bataille de Waterloo inscrit sur la liste indicative de la Belgique.  Ce site de réputation mondiale est l’un des derniers témoins des champs de bataille d’avant le 20ème siècle et le début des guerres « industrielles ».  Il est également hautement symbolique d’une nouvelle gouvernance européenne et marque le début d’une longue et exceptionnelle période de paix en Europe de l’Ouest.

Les sites liés aux conflits du 20ème siècle sont rares et renvoient pour la plupart à la Seconde Guerre mondiale : il s’agit du camp allemand nazi de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau en Pologne et du mémorial de la Paix d’Hiroshima au Japon.  Ces sites sont avant tout des sites mémoriels qui, bien que liés à un conflit, sont à rapprocher d’autres sites témoignant du côté obscur de l’humanité au même titre que la route des esclaves, l’île de Gorée au Sénégal ou encore le site de Robben Island en Afrique du Sud.  Sur la liste indicative de la Slovénie, se trouve un autre site témoin de la Seconde Guerre mondiale : l’hôpital des partisans de Franja.  Deux initiatives récentes doivent également être prises en considération : celle des Iles Marschall avec l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial du site d’essais nucléaires de l’atoll de Bikini, et celle de la France qui a décidé d’inscrire sur sa liste indicative les plages du débarquement du 6 juin 1944.

Le seul site lié à la Première Guerre mondiale inscrit sur une liste indicative est l’ensemble monumental de Tirgu Jiu en Roumanie, œuvre du sculpteur Constantin Brancusi, qui rend hommage aux soldats roumains tombés entre 1916 et 1918.  La proposition se fonde essentiellement sur la valeur artistique de l’ensemble.  En outre, le monument s’inscrit dans une dimension nationale et ne rend pas compte de l’échelle internationale du conflit.

De cette première approche, on conclura donc que la thématique liée aux conflits est une réalité tant sur la Liste du Patrimoine mondial que sur les listes indicatives nationales.  Elle nous montre également que la Liste du patrimoine mondial n’est pas un catalogue de belles choses, qu’elle reflète également les catastrophes qui ont émaillé l’histoire de l’humanité. On constate également que le traumatisme majeur constitué par la Première Guerre mondiale, qui marque une modification profonde des modes de gouvernance et des sociétés dans toutes les parties du monde, est ignoré dans la liste du patrimoine mondial et quasi inexistant dans les listes indicatives.

Un troisième axe d’approche est celui du patrimoine funéraire. Ici aussi, les exemples sont nombreux sur la Liste du patrimoine mondial.  Une fois encore, toutes les périodes de l’histoire et toutes les régions du monde sont concernées.  Les expressions diverses témoignent des relations diverses et complexes que l’homme entretient avec la mort.  A titre d’exemple, on citera : le site funéraire de l’âge du bronze de Sammallahdenmäki en Finlande, les pyramides égyptiennes, le tombeau thrace de Svechtari en Bulgarie, les tumulus et pierres runiques et l’église de Jelling au Danemark, le tombeau des Askia au Mali, le parc archéologique de San Agustin en Colombie avec ses monuments et sa statuaire funéraires précolombiens, sans oublier le mausolée du premier empereur Qin en Chine et le Taj Mahal en Inde.  De nombreux autres sites funéraires sont inclus dans d’autres sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial.  Les raisons de l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial sont souvent la qualité architecturale des monuments funéraires et/ou la représentativité d’un type d’inhumation caractéristique d’une période donnée dans un type de société déterminé.  Dans les cas de patrimoine funéraire lié à des conflits ou à connotation militaire, il s’agit d’hommage à des troupes ou à des officiers sans nécessairement de relation directe avec le lieu de leur mort.  Jusqu’à la Première Guerre mondiale, les morts au combat sont soit enterrés en fosses communes (sans distinction de grades et parfois avec les animaux) ou incinérés sur des buchers pour éviter les épidémies.

Ceci confirmera la relation nouvelle à la mort qui s’installe au cours de la Première Guerre mondiale : la création des cimetières militaires et le souci de donner à chaque soldat mort une sépulture individuelle se généralisent, matérialisant la volonté de lui rendre une dimension humaine et unique.

Un dernier axe mettra en perspective le front ouest et les autres fronts de la Première Guerre mondiale : front italo-slovène, front des Balkans, front d’Europe de l’Est et presqu’île de Gallipoli en Turquie. Cette analyse permettra de renforcer la dimension internationale et universelle par la présence de cimetières témoignant de l’implication d’autres nations et peuples.  Elle montrera aussi la persistance de la reconnaissance individuelle du soldat mort au combat. Enfin, elle envisagera également des complémentarités typologiques, architecturales et artistiques.