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Médina de Sfax

Date de soumission : 17/02/2012
Critères: (ii)(iv)(v)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Délégation permanente de Tunisie apures de l’UNESCO
Etat, province ou région :
Gouvernorat de Sfax
Ref.: 5689
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les Etats parties les ont soumis.

Description

La médina de Sfax a été fondée en 849 après J.-C. sur ordre des émirs aghlabides de Kairouan, la capitale de l'Ifrikiya. Morphologiquement, elle se distingue par son plan orthogonal régulier et par l'absence presque totale d'impasses. Elle est organisée en quatre grands ilots où l'axe principal est doublé reliant les deux uniques portes originales qui ouvrent l'une vers le Sud (vers la mer) et l'autre vers le Nord (vers l'intérieur des terres). La grande mosquée occupe le centre de cet espace et les souks sont placés dans la zone située au Nord de la mosquée. D'une superficie de 24 ha et entourée des remparts longs de 2750 m, la médina de Sfax est un quadrilatère de 600 m de long et 400m de large, dont l'axe principal Bab Djebli-Bab Diwan fait avec le méridien nord-sud un angle de 22°. Le tissu urbain est caractérisé par un maillage quasi régulier, par une hiérarchie viaire et par une centralité matérialisée par la grande mosquée. De ce monument, à la fois lieu de culte, de culture et de sociabilité, se déploie vers le nord-ouest, en direction de Bab-Jebli, l'une des deux portes historiques de la médina, l'espace économique originel selon une répartition hiérarchisée ; les quartiers résidentiels occupant le reste des espaces. Crénelés et jalonnés de 34 donjons et dotés à l'origine de 2 portes, les remparts ont une hauteur variant entre 7 et 11 m. L'accroissement démographique et le développement économique ont avec le temps rendu nécessaire l'ouverture d'une douzaine d'autres portes. A la fin du XIXe siècle, au début du protectorat français, un quartier nouveau fut créé en face du côté est des remparts. D'une superficie d'environ 35 ha, ce quartier, dit de Bab-Bhar, relaye le rbat el-qobli (littéralement faubourg sud), appelé aussi « quartier franc ». Sa morphologie reprend dans ses grandes lignes le modèle médinal, mais s'en distingue par son réseau viaire plus aéré. Sa conception illustre une inspiration du patrimoine architectural de la médina et une volonté délibérée d'harmonie entre les deux ensembles, l'historique et le colonial. Un intéressant effet de miroir fait répondre aux avancées des donjons et des tours des remparts les retraits des immeubles leur faisant face.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Port et porte de l'Ifrikyia vers le Levant durant une longue période, la médina de Sfax représente, par sa fondation et son plan régulier, un exemple éminent de transfert sur les bords de la Méditerranée de la conception arabo-musulmane de l'urbanisme après son expérimentation pour la première fois avec la fondation de Koufa en Irak.

Critères remplis :

(ii) : la médina de Sfax rappelle par son tissu régulier, l'urbanisme arabo-musulman naissant et présente le plus orthogonal des plans de médinas maghrébines. La position centrale de la grande mosquée fait d'elle pratiquement l'unique ville qui rappelle l'urbanisme de Koufa, première cité arabo-musulmane.

(iv) : la médina de Sfax est l'exemple le plus représentatif et le mieux conservé dans tout le bassin méditerranéen de l'urbanisme arbo-islamique tel qu'il a été défini à ses débuts.

(v) : Médina atypique, Sfax s'inscrit aujourd'hui dans un contexte socio-économique en profonde mutation. Le développement économique rapide des dernières décennies a profondément modifié les besoins des Sfaxiens en terme de logement, de confort et de salubrité...

Les mutations fonctionnelles dans la médina de Sfax sont marquées par le recul constant depuis les années 1970, de la fonction résidentielle, en faveur de la fonction économique. Les propriétaires de logements optent pour leur transformation en locaux de commerce (phénomène de soukisation) et d'artisanat, notamment la cordonnerie. Ces mutations trouvent leur justification dans la rente que peut procurer un tel transfert mais affectent le bâti.
Cette réalité a été suivie par un exode important de la population intra-muros, au profit des quartiers périphériques plus modernes et plus aérés. Cette désaffection donne lieu aujourd'hui à une spéculation foncière néfaste à la conservation et à l'entretien du bâti existant. Cette mutation irréversible du noyau historique de Sfax doit être considérée par l'ensemble des acteurs urbains, et faire l'objet de mesures de protection patrimoniale.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

En dépit des transformations qui l'affectent, la médina a pu conserver son tissu urbain, sa muraille, son patrimoine monumental religieux (mosquées et zaouïas) et ses souks. Classés monument historique depuis 1912, les remparts conservent leur tracé original sans changement notoire. Ils sont l'objet de travaux suivis de restauration, utilisant les mêmes matériaux qui ont servi à sa construction ou des matériaux similaires. La grande mosquée conserve la salle de prière initiale, le minaret et la façade est qui datent de l'époque ziride (XI-XIIe siècle).

Comparaison avec d’autres biens similaires

L'urbanisme de la médina de Sfax se réfère à celui la première cité arabo-musulmane fondée en Irak en 628 : Koufa, qui n'est pas inscrite sur la Liste du patrimoine mondial. Par son plan régulier, elle se distingue des médinas inscrites au patrimoine mondial, notamment celle de Tunis où la grande mosquée Zitouna est légèrement décentrée et celle de Sousse où la centralité est inexistante et la grande mosquée est accolée à un des angles de ce qui reste de ses remparts.