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Les sites de métallurgie ancienne de réduction du fer dans les espaces boose et bwi (Ronguin, Tiwega, Yamane, Kindbo, Bekuy, Douroula)

Date de soumission : 24/01/2012
Critères: (iii)(vi)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Ministère de la Culture et du Tourisme
Etat, province ou région :
Ronguin, Centre-Nord, province de Bam Tiwêga, Centre-Nord, province de Sanmatenga Yamané, Plateau-central, province d'Oubritega Kindibo, Nord, province de Zandoma Bekuy, Hauts-Bassins, province de Tuy Douroula, Boucle du Mouhoun, province de Mouhoun
Ref.: 5654
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les Etats parties les ont soumis.

Description

Les sites de métallurgie ancienne de réduction du fer se répartissent sur différentes parties du territoire national. La réduction traditionnelle du fer se faisait par le biais de structures appelées fourneaux et qui sont repartis en deux (02) ensembles au regard de leur mode de fonctionnement :

Un premier ensemble ne requérant que l’air ambiant au cours de la réduction. Ce sont les fourneaux à induction directe parmi lesquels on rencontre les structures les plus imposantes pouvant atteindre 5 m mètres de hauteur. Ces grandes structures se rencontrent surtout dans l’aire d’occupation moaaga, surtout dans le Yatenga, et le Bam.

Un second ensemble de fourneaux se caractérisent par la singularité de leur architecture : il s’agit des fourneaux souterrains ou semi souterrains : vus de l’extérieur, ces derniers sont comparables à des poulaillers, avec des toits surmontés d’une cheminée. De l’intérieur, le bâti s’enfonce d’environ 2 m dans le sol.

A partir des études scientifiques réalisées et du fait de la survivance d’une intense activité métallurgique dans différentes régions, le pays a été divisé en grandes provinces métallurgiques (cf. carte ci-dessous). Deux provinces ont été retenues du fait de la spécificité de leur mode opératoire. Ce sont :

La province métallurgique des Boose, la plus vaste et qui occupe presque toute la moitié ouest du pays. On y rencontre les grands fourneaux appelés Boose (sing. boaga), et qui fonctionnent avec des soufflets. Ce type fut surtout connu grâce à la tradition orale car peu de vestiges ont survécu. Il a une hauteur variant entre 90 cm et 170 cm, peut être incliné et soutenu alors par une fourche. Il existe également un autre type de fourneaux mesurant de 2 à 5 m  de hauteur appelés en langue vernaculaire « Boonsé », dont certains exemplaires sont encore visibles dans les provinces du Bam, de l’Oubritenga, du Passoré, du Sanmatenga, et du Yatenga. On a enfin un troisième type appelé « fonoga » (pluriel fononse), fonctionnant également avec des soufflets, mais avec des dimensions plus réduites que le boaga avec une hauteur maximale de 50 cm. Les sites majeurs de la  province métallurgique boose  sont : les sites de Ronguin, Tiwéga, Yamané et Kindibo.

Ainsi :

A Ronguin, le fourneau de réduction du fer est l’œuvre des métallurgistes Moose, installés dans le village de Kougsabla (commune de Sabsé). Il est de forme tronconique, se rétrécissant de la base vers le haut. Des ouvertures (10) à la base, hautes de 50 cm et large 30 cm, permettaient de disposer les tuyères. Le fourneau fait partie d’un ensemble d’ateliers de réduction dont les structures sont moins bien conservées. Ils font partie d’un complexe métallurgique avec des mines d’extraction de minerai localisé à Sargo. Ce fourneau est constitué de fragments de paroi, de scories et de tuyères avec une longueur de 100 à 150 m et une largeur de 07 à 15 m. Ce fourneau n’est plus fonctionnel et son abandon remonterait aux environs de 1950.

Le site de Tiwêga se situe à environ 3 km de Kaya, en direction de Mané. Les fourneaux encore debout, au nombre de trois, sont construits dans une sorte de cirque de plusieurs hectares, entourée de collines cuirassées. Les trois fourneaux sont dans des états de conservation variés. 

Le mieux conservé a une hauteur actuelle d’environ 2,5 m. Il a une forme tronconique, dont la partie inférieure est construite avec des fragments de tuyère et un enduit d’argile. La partie supérieure utilise des blocs de scorie comme matériau de construction. Il est difficile de dénombrer les ouvertures à la base, car elles sont soit détruites, soit comblées par la termitière qui occupe l’intérieur du fourneau. De toute évidence, il s’agit de fourneau à induction directe.

L’utilisation de scories comme matériaux de construction indique que la technique de réduction n’en était pas à ses débuts, lors de la construction de ces fourneaux. Il est par ailleurs légitime de supposer que ces fourneaux témoignent des dernières opérations de réduction dans la zone. Alors ils dateraient tout au plus du début du XX è siècle.

Le site de Yamané, se présente comme celui de Tiwêga, entouré de collines mais dans un cirque moins grand. Deux fourneaux sont encore debout, le mieux conservé étant celui situé au sud auquel on a attribué le n°1. D’une hauteur conservée de 2 m et un diamètre à la base de 1 m, il est constitué d’argile, de fragments de tuyères, de scories. On estime son âge à une période postérieure au XVIè siècle. De nombreuses bases attestent de l’existence, sur ce site, de plusieurs types de fourneaux en fonction de la taille. De même, des collecteurs attestent que des fourneaux à soufflets ont également été utilisés sur ce site. Les traditions actuelles attribuent ces fourneaux aux forgerons Moose encore présents dans le village. Leur abandon se situe  au cours de la période coloniale.

Le site de Kindibo : Il est situé dans la commune rurale de Tougo à 20km à l’est de Gourcy (chef lieu de la province du Zandoma). Le site de réduction du fer de Kindibo comprend de nos jours 03 fourneaux (boose), des mines d’extraction de minerais de fer, matérialisées par des puits. De nos jours, tous les fourneaux  sont en bon état de conservation. 

Les 3 fourneaux ont une forme tronconique. Les hauteurs sont respectivement de 1,5 et 2 m. Leur diamètre est de 1m. À la base des fourneaux on compte 5 larges ouvertures. On situe la période de construction des fourneaux entre le X è et le XIè siècle AP JC. 

A ces fourneaux sont associées des mines. On dénombre 10 puits circulaires d’environ 1 m de diamètre et d’une profondeur d’environ 2,5m. 

La province métallurgique des Bwi où vivent majoritairement les populations bwaba (sing. bwa) : au sein de cette communauté, les fourneaux sont appelés « Bwi ». On distingue plusieurs types de fourneaux dont ceux souterrains ou semi-souterrains. C’est dans cette zone que les plus anciennes dates de la paléo métallurgie du fer au Burkina ont été relevées, avec les sites de Bèna (IV-IIIè siècle avt J.C.) et TST 1 (Douroula VII-Vè siècle av. J.C.). L’aire comprend deux zones, l’une au nord avec plusieurs types de fourneaux, L’autre au sud où l’on rencontre des fourneaux souterrains et semi souterrains. Les sites majeurs de cette province sont : les sites de Békuy et de Douroula. 

Le site de Bekuy : situé aujourd’hui dans la forêt classée de Maro, il s’agit d’un atelier de réduction du fer, constitué d’un cercle de scories d’environ 1m de hauteur. A l’intérieur du cercle sont disposés des restes de fourneaux dont deux sont encore dans un assez bon état de conservation. Les fourneaux de Békuy font partie de la province métallurgique de l’espace Bwi. Les Bwaba, l’un des fonds de peuplement les anciens des espaces du Burkina  ont développé une technologie métallurgique qui en faisant les fournisseurs en fer de leurs voisins. Du point de vue architectural, les fourneaux de Békuy sont de type souterrain ou semi souterrain. Toutefois, dans les phases de la production, ils ont pu utiliser des fourneaux construits à la surface du sol comme partout ailleurs au Burkina. Ces fourneaux sont enfouis partiellement ou intégralement dans le sol, ayant parfois l’allure d’une maison. A l’intérieur de ces « maisons » plusieurs cheminées sont construites. 

Cette tradition métallurgique est l’une des plus anciennes du Bukina Faso car les dates C14 obtenues sur le dite de Bèna dans la Kossi remontent au IV è siècle avt. J.C.

C’est dans la même aire culturelle que se situent les fourneaux de Douroula (TST) datés du VIIè siècle avt. J.C

Le site de Douroula : On y trouve des vestiges de fourneau, composante d’un complexe de sites comprenant une carrière d’extraction du minerai et des buttes anthropiques (14) de taille réduite,  s’organisant autour d’une plus grande mesurant 112 m sur 85 m. Mais les dates obtenues sur ces buttes sont beaucoup plus tardives que celles du fourneau. Il n’empêche que cinq autres fourneaux  associés au site de KST présentent les mêmes caractéristiques architecturales. Du charbon prélevé dans le fourneau TST1 a été daté du VIIIè siècle avant J.C, ce qui en fait une des plus anciennes structure de réduction en Afrique Occidentale à l’Ouest du Niger. Elle confirme une des plus vieilles traditions métallurgiques du Burkina Faso développée dans le bassin du Mouhoun et attribuée aux Bwaba, permettant de parler du complexe métallurgique du Bassin supérieur du Mouhoun. Ce complexe qui s’intègre dans la province métallurgique de l’espace bwi se trouve ainsi spécifique tant du point de vue de la chronologie et des aspects technologiques.

La tradition métallurgique en pays Bwa constitue l’une des plus anciennes attribuable à un groupe ethnique connu dans nos contrées.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Dans le processus d’adaptation de l’homme à son environnement, la confection et l’usage d’outils ont été déterminants. L’histoire technologique de l’humanité montre que la matière minérale a joué un rôle central comme support à la plupart des outils confectionnés par l’homme et ce, jusqu’à une époque récente. A la faveur de la maitrise des arts du feu, débutée avec la fabrication des poteries, l’homme apprend à transformer le minéral avant d’en faire le support de ces outils. C’est l’avènement de la métallurgie, avec surtout la production du fer en Afrique subsaharienne. Au Burkina Faso, Les structures de réduction sont les témoins les plus spectaculaires de la paléo métallurgie.  On en rencontre dans toutes les régions du pays dans des états de conservation variables. Ce sujet est l’un des mieux étudiés grâce aux investigations archéologiques et ethnographiques.

critère (iii) : Les sites de métallurgie ancienne de réduction du fer  dans les espaces bwi et boose sont de véritables  témoins d’une tradition culturelle et technique aujourd’hui en voie d’extinction mais dont quelques animateurs sont encore en vie. Le mode opératoire de ces structures de réduction du fer, les techniques qui y sont liées sont un véritable patrimoine culturel et technique qu’il importe de sauvegarder et d’expliquer à la jeune génération. La conception et la mise en service des fourneaux revêtent des valeurs culturelles qui, associées aux différentes appréhensions du rôle social des forgerons, sont révélateurs du génie africain en matière de transformation de la nature pour le bien-être du groupe social;

critère (vi) : La réduction du fer a toujours été du ressort du groupe socio-professionnel des forgerons. Ce groupe jouit d’un véritable culte de respect lié aux différents pouvoirs qu’on lui attribue jusqu’aujourd’hui. Maître du feu et du fer, autour du forgeron, foisonne un ensemble d’idées et de croyances qui lui tissent une aura mystique avec des pouvoirs exceptionnels. Les rites liés au travail du fer sont encore aujourd’hui vivaces et le forgeron jouit encore de nos jours d’une bonne renommée : craint et respecté, il est le dernier recours pour dénouer certains sortilèges, réconcilier  deux parties antagonistes, garantir la quiétude et la paix sociale.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Dans les deux provinces métallurgiques identifiées, les structures de réduction du fer sont dans des états de conservation très variables. Mais toutes se caractérisent par leur authenticité. En effet, on retrouve de nos jours et aux lieux de leur usage, des fourneaux ayant servi à la réduction du minerai avec les amas de scories. Certes, quelques fourneaux, du fait des intempéries et du manque d’entretien, ont quelque peu été dégradés mais de façon générale, ils sont tous visibles.

Comparaison avec d’autres biens similaires

La question de la métallurgie ancienne du fer en Afrique a fait l’objet de nombreuses théories. Contrairement à Raymond MAUNY qui soutenait que « les Noirs ne pouvaient être, a priori, que des esclaves auxquels les Berbères "confiaient les travaux pénibles" comme le travail du fer, incapables de trouver eux-mêmes les procédés d’extraction et de transformation du minerai de fer », il est ressorti des travaux plus approfondis sur la question que l’autochtonie de l’industrie du fer en Afrique est incontestable. L’un des contempteurs de cette théorie est H. Lhote qui établira que le soufflet à coupe en poterie est original et proprement soudanais et observera entre autres l’existence de nombreux vestiges de hauts-fourneaux en zone soudanaise jusqu’au 16e parallèle au nord contrairement au Sahara où aucune trace de hauts fourneaux n’a été trouvée.

Les égyptologues africains Théophile Obenga et C.A. Diop abondent dans ce sens mais reconnaissent que la question de l’origine du fer en Égypte pharaonique et en Nubie, par rapport au fer de l’Afrique orientale, centrale et occidentale reste posée et que des études plus approfondies permettront certainement d’expliciter. Dans le

district du massif de Termit au Niger oriental, la datation des abondants vestiges d’une métallurgie ancienne du fer (fourneaux, scories, creusets, objets divers) a permis à J. P. Roset et G. Quéchon de faire remonter à 974 av. JC environ l’âge du fer. Les nouvelles fouilles effectuées par G. Quéchon confirmeront cette datation et permettront d’établir l’âge du fer dans le 2e millénaire av. JC confirmant une fois de plus la justesse du raisonnement de H. Lhote sur cette question.

Mais pour ce qui est de la typologie des fourneaux, lors d’une récente soutenance de thèse consacrée à des fourneaux centrafricains, il a été observé que les forgerons fondeurs modifiaient leurs fours et leurs procédés selon les nécessités et les circonstances (qualité et nature du minerai, usage auquel la matière à sortir du fourneau est destinée…). Dans ces conditions, il paraît difficile d’établir une typologie serrée des fourneaux dans toutes les parties du continent. Ce qui fait que les critères de classification sont de ce fait très complexes. Aussi, la classification opérée par les chercheurs burkinabè est originale permettant d’établir une piste de classification de ces structures.

Au demeurant, il est acquis que l’appréhension du rôle et de la fonction sociale de l’acteur principal des opérations d’extraction et de réduction du fer est la même en Afrique. Le forgeron occupe une place considérable dans la vie traditionnelle africaine, soit dans les légendes, soit par les fonctions importantes et diverses que le forgeron et sa femme exerçaient dans le village d’Afrique noire. Le culte du dieu Gou ou Ogun, dieu du fer et de la guerre dans l’ancien Dahomey (aujourd’hui BENIN), incline aussi à supposer le caractère traditionnel de cette industrie dans la société africaine.