English Français
Aidez maintenant !

Domaine royal de Mbé

Date de soumission : 12/06/2008
Critères: (v)(vi)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Ministère de la culture et des arts
Etat, province ou région :
Département de Pool; Sous-prefecture de Ngabé
Ref.: 5374
Avertissement

Le Secrétariat de l’UNESCO et le Centre du patrimoine mondial ne garantissent pas l’exactitude et la fiabilité des avis, opinions, déclarations et autres informations ou documentations fournis au Secrétariat de l’UNESCO et au Centre du patrimoine mondial par les Etats Parties à la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel.

La publication de tels avis, opinions, déclarations, informations ou documentations sur le site internet et/ou dans les documents de travail du Centre du patrimoine mondial n’implique nullement l’expression d’une quelconque opinion de la part du Secrétariat de l’UNESCO ou du Centre du patrimoine mondial concernant le statut juridique de tout pays, territoire, ville ou région, ou de leurs autorités, ou le tracé de leurs frontières.

Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les Etats parties les ont soumis.

Description

Situé à 200 kilomètres environ de Brazzaville, dans le département du Pool, le domaine royal de Mbé constitue le maillon central d’une entité  ethnolinguistique. Le Royaume Téké, est connu des explorateurs européens dès le XVe siècle sous le nom de Royaume d’Anzico.

Le Domaine royal de Mbé est composé d’un ensemble de sites liés à la culture et l’histoire du peuple Téké dont : 

La Cité de Mbé : capitale du royaume et résidence du Makoko (roi). Elle a connu des déplacements incessants tout au long de l’histoire. La tradition culturelle Téké précoloniale en effet, exigeait le déplacement de la capitale « Mbé » chaque fois qu’un roi venait à mourir.    

Le Domaine royal de Mbé reste ainsi ponctué d’anciens sites ayant abrité la capitale du royaume qui,  par la suite, sont devenus des forêts sacrées. Il n’est de citer que :   

  • Mbe-Nkoulou, « ancien Mbé » où fut effectué selon la légende, le partage des pouvoirs aux différents sous-groupes Téké, au travers des Nkobi (divinités censeés assurer la protection chez les Téké) ;      
  • Nko où régna le Makoko Iloo 1er ;
  • Itiele où régna Makoko Mbaïndele. 

Les lieux associés au pouvoir royal et au système politique sont :

    • Le village Ngabé, résidence de la Ngantsibi (Reine);
    • La source royale sacrée qui procure l’eau de boisson pour le Makoko ;
    • Les chutes du Nkouembali sur la rivière Lefini, lieu sacré d’où est puisée l’eau utilisée à l’intronisation du Makoko ;
    • La forêt sacrée d’Itiere : lieu d’internement et d’initiation des Ngantsibi, reines gardiennes du Nkouembali (divinité suprême, code moral, et religion traditionnelle Téké) ; La reine dans le royaume n’étant nullement l’épouse du roi est plutôt  la gardienne du pouvoir en cas de vacance de celui-ci ;
    • La forêt sacrée d’Ebala, où furent inhumés les dignitaires Téké jusqu’au règne du Roi Iloo 1er.  

Les lieux de mémoire du Domaine royal :

    • La Forêt de Ndoua, ancienne réserve alimentaire du royaume, lieu de signature le 10 septembre 1880 d’un Traité célèbre entre l’explorateur français Pierre Savorgnan De Brazza et le Roi Iloo 1er.
    • La stèle d’Itiéle, symbolisant le lieu de massacre des hommes du Roi Mbaïndelé par ceux  de De Brazza.   

Le Domaine royal fait l’objet d’une protection traditionnelle qui sera renforcée par un classement national à l’issue de la signature très prochaine du décret  portant création de la liste nationale du patrimoine immobilier.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Le Domaine royal de Mbé est sans aucun doute un exemple imminent de l’interaction du peuple Téké avec son environnement. En effet, il illustre la démarche de sacralisation de nombreuses forêts qui s’y trouvent, et qui témoignent de l’emplacement des différentes cités royales successivement abandonnées à la mort d’un Makoko (Roi), dans le but de perpétuer la mémoire du royaume. On y retrouve les évidences du système d’administration du territoire Téké par les douze (12) dignitaires qui en ont la responsabilité. En outre, chacun de ces dignitaires gère toujours un territoire jouant en même temps le rôle de sanctuaire du royaume, symbolisé par un Nkobi. Six de ces sanctuaires sont encore  localisés à proximité du noyau central du Domaine royal, et veillent sur les composantes essentielles du royaume, telles que  la forêt sacrée d’Ebala (sorte de « panthéon » Téké) et les chutes du Nkouembali. Les dignitaires de ces six sanctuaires interviennent dans la désignation des successeurs des rois.

Le Domaine royal de Mbé est  associé à des croyances et des traditions vivantes qui ont permis à cette entité de résister aux continuelles mutations du monde moderne. Les rites liés à la désignation, à l’investiture et aux funérailles des Makoko, les épopées qui racontent la gloire, la grandeur et  la généalogie des différentes familles Téké, y compris celle des Makoko. La semaine Téké qui compte quatre jours dont un réservé au Nkouembali,  illustrent parfaitement cette assertion.

En outre, le Domaine royal de Mbé est associé à un évènement majeur dans l’histoire du Congo : c’est là que fut signé le 10 septembre 1880, le Traité entre l’explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza et le Makoko Iloo 1er. C’est ce Traité qui a lancé l’idée de la Conférence de Berlin de 1885 au cours de laquelle fut décidé le partage de l’Afrique en colonies. C’est également ce traité qui a conduit à la fondation de Brazzaville, devenue par la suite la capitale de l’Afrique équatoriale française (AEF), de la France libre pendant la deuxième guerre mondiale et aujourd’hui la capitale du Congo.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Les principales composantes physiques du Domaine royal de Mbé ont gardé leurs emplacements d'origine et leur caractère sacré. Les forêts sacrées qui ont remplacé les différentes cités royales sont toujours visibles. Les rites et autres manifestations traditionnelles se sont perpétués jusqu'à nos jours. Ils se pratiquent toujours et de manière intégrale dans le Domaine. Ceux-ci sont toujours régis par le code traditionnel Nkouembali. La force de ce Domaine réside dans le respect de ce code qui régit non seulement les rites liés à la désignation (Oushion), à l’investiture (Lisse) et aux funérailles (Nzo a Nsuele) des hauts dignitaires, mais aussi le mode de gestion et de protection des lieux de sépulture des anciens dignitaires, des lieux de mémoire du royaume, des sanctuaires et des forêts sacrées.   Toutefois il convient d'indiquer que le Domaine est menacé par la pratique de la culture sur brûlis et l'exploitation illicite des forêts. Par ailleurs, l’habitat traditionnel qui caractérisait la culture Téké a disparu. Des recherches visant à comprendre le mode d’occupation et d’organisation de l’habitat traditionnel, ont été initiées dans le but de le réintroduire.   Il faut également souligner, que le Gouvernement, à  la demande des populations locales et du pouvoir royal, étudie la mise en place de pratiques culturales alternatives qui permettront de mieux protéger les forêts du Domaine royal. De plus,   l'entrée en vigueur de la loi 16-2000 du 20 Novembre 2000 portant Code forestier a réduit fortement l'abattage des arbres dans le Domaine royal.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Le Domaine royal de Mbé peut être comparé aux Palais royaux d’Abomey au Bénin. Même si Mbé fut le siège des institutions du Royaume Téké comme l’était Abomey, la différence avec Abomey réside dans le fait que le Domaine royal de Mbé est caractérisé par un ensemble des forêts sacrées qui furent chacune les lieux des cités des rois.  Alors que les palais royaux d’Abomey sont uniquement caractérisés par des ensembles palatiaux bâtis.   De même, un rituel très particulier se déroule à Mbé : la momification des corps des dignitaires.