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Le Panorama de la Bataille de Waterloo, exemple particulièrement significatif de « Phénomène de Panoramas »

Date de soumission : 08/04/2008
Critères: (i)(ii)(iv)(vi)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Division du Patrimoine de la Région wallone de Belgique
Etat, province ou région :
Province de Brabant wallon, Région wallonne
Ref.: 5364
Avertissement

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Description

Le Panorama de la Bataille de Waterloo constitue l'un des plus importants témoins au monde du phénomène des panoramas.

Mise en scène à la fois picturale, scénographique et architecturale visant recréer le réel et à l'instar du trompe l'œil de jouer avec la perception du spectateur, le phénomène du panorama qui apparaît à la fin du XVIIIe siècle s'imposera comme le premier média moderne.

Un panorama est constitué d'un ensemble de dispositifs, comprenant un vaste tableau cylindrique embrassant les murs d'une rotonde que le spectateur découvre à partir d'une plate-forme érigée au centre de l'édifice. La toile peinte qui y est présentée, toisant environ 15 mètres de haut est le plus souvent précédée d'un faux-terrain, de manière à dissimuler son bord inférieur et à renforcer l'effet d'illusion. Au dessus de la plate-forme, un vélum, large pièce de tissu, limite l'angle visuel vertical du spectateur et cache le bord supérieur du canevas ainsi que la structure de la toiture et des verrières qui diffusent un éclairage zénithal. Un dispositif d'accès particulier coupe le public de ses points de repère familiers et permet de dissocier les entrées et sorties.

Le but de ce dispositif est de confondre les spectateurs qui, éblouis par le tableau qui se déploie tout autour d'eux sur 360۫ et la lumière qui en émane, ont le sentiment d'être transportés au cœur même de l'action et du lieu représenté.

Les thèmes les plus fréquemment présentés dans les panoramas furent les vues topographiques et les paysages urbains, suivis des scènes de batailles (en particulier les campagnes napoléoniennes et la guerre franco-allemande de 1870), et des scènes bibliques. A la fin du 19" siècle des panoramas plus composés (scènes multiples, voyages autour du monde, galeries de portraits..) firent aussi leur apparition pour tenter de diversifier les présentations face à la concurrence accrue des arts visuels naissant (photographie, dioramas et cinéma).

Dans l'histoire des panoramas, trois grands vagues créatrices se dégagent.

Les manifestations antérieures à l'apparition du cinéma peuvent être qualifiées de panoramas « historiques ». Leur période de référence s'étalant de 1787 à 191 8. Les panoramas de la première génération (1 787- 1 870)' proche de la création du premier panorama par R. Barker à Londres en 1787, proviennent d'Angleterre, de France ou de la région alpine et sont antérieurs au conflit de franco-allemand de 1870.

Leurs dimensions sont souvent plus modestes que celles des panoramas qui se développeront à la fin du XIXè siècle, leur exploitation et réalisation plus «artisanales». Les panoramas de seconde génération (1870- 1918), s'inscrivent dans la foulée du développement des grandes compagnies d'exploitation des panoramas, aux mains de sociétés ayant essentiellement leur siège à Bruxelles et Munich, et furent l'objet à travers le monde d'un engouement populaire extraordinaire, notamment par le biais des expositions universelles, qui fait que l'on peut considérer le phénomène comme premier grand média moderne avant l'avènement du cinéma. Finalement, de manière plus sporadique, l'on trouve à travers le monde plus particulièrement en orient quelques panoramas récents, postérieurs à l'apparition du cinéma, certains restant parfois fidèle à la lignée traditionnelle et aux techniques traditionnelles ou faisant appel à des mécanismes nouveaux (informatique, projections, imax...).

Le Panorama de la Bataille de Waterloo de Braine I'Alleud est l'un des panoramas « historiques » les plus représentatif du phénomène des panoramas. Cette œuvre magistrale est le bit d'un travail d'équipe orchestré en 191 1 par le peintre français Louis Dumoulin' qui lors de sa création avait déjà une importante expérience en la matière.

Sa conception classique en filiation directe avec les œuvres panoramiques de la fin du XIXe siècle le classe parmi les panoramas de seconde génération.

1.      La rotonde de Braine-l'Alleud et ses dispositifs

La rotonde du Panorama de Waterloo a une structure tout à fait caractéristique de ce type de dispositif. Elle fut dessinée par l'architecte Frantz Van Ophem en 191 1. Le bâtiment circulaire en briques enduites est assez sobre, emprunt de classicisme. Ses murs sont aveugles, hormis pour l'entrée marquée par un fronton et animés par un jeu de pilastres engagés englobant la structure supportant la charpente et réunis par des arcs. A l'origine, quelques éléments de décors en zinc ou en bronze, perceptibles sur des photos anciennes semblent garnir l'attique. Sur le côté droit de l'édifice, annexé à la rotonde se trouve un local d'exploitation et un logement de fonction.

La rotonde a 35 mètres de diamètre extérieur et 15 mètres de haut. La couverture se compose de 14 verrières de 6.5 m x 3 m. Un vélum conique de 20 m de diamètre à la base, attaché par la partie supérieure, au pivot central de la charpente et maintenu, sans appui au sol, par les 14 fermes de celle-ci, cache la structure de la verrière.

Si souvent la construction des rotondes se caractérisait par l'utilisation de structures métalliques, ici, sans doute par soucis d'économie, le bois est largement présent.

La plate-forme de 9 m de diamètre est élevée à 5 m du sol. Elle permet à l'œil du spectateur d'être à la même hauteur que la ligne d'horizon de manière à ce que son angle de vue englobe toute la hauteur du tableau. A l'intérieur, les couloirs d'accès et d'évacuation sont disposés presque à angles droits, le second mène à la sortie par un magasin à souvenirs contigu à l'habitation du gérant qui n'est actuellement plus en usage. Contrairement à d'autres toiles exploitées dans des foires, à l'occasion des expositions universelles ou à des fins purement commerciales, le panorama de Dumoulin, maintenu in situ, est resté dans son état original et conserve pratiquement indemne son faux-terrain. Celui-ci constitue l'un des rares exemples des ces dispositifs qui remplissaient l'espace disponible entre le canevas et la plate-forme. Sa structure en plâtre coulé sur un treillis métallique est soutenue par foret de supports de bois et recouvert de sable et végétation séchée. S'y côtoie, objets réels, soldats et chevaux gisant réalisés en papier mâché d'après des moules en plâtre et des panneaux peints. Approximativement un mètre devant la toile, entre le bord du faux terrain et le canevas, des figures découpées montées sur chevalets participent remarquablement au crescendo d'illusion et à la désintégration du réel que l'on cherchait à créer dans les mises en scènes panoramiques.

Le rail et plateau pour l'échafaudage sont intégrés dans le faux terrain pour servir de supports.

 

2. La toile

Le canevas du panorama de 1 10 mètres de long et de 12 mètres de haut est constitué de 14 bandes de toiles de 12 * 7.50, cousues de façon à créer, à mi-hauteur, un léger bombement circulaire caractéristique.

La composition du panorama est particulièrement complexe. Différents épisodes de la bataille sont synthétisés pour représenter environ vingt minutes des affrontements qui se déroulèrent autour de 18 heures. Le nombre de soldats et de chevaux reproduits est impressionnant.

Le panorama représente à travers des vagues successives de combattants les principaux moments des évènements. Sa facture et sa composition le rattache à la grande peinture militaire française. Tout comme d'autres panoramas de la Bataille de Waterloo qui furent présentés au public et en particulier ceux de C. Verlat, de P. Philippoteaux et de C.Castellani (tous disparus, mais connus par leur carnets descriptifs), il met en exergue l'épisode du chemin creux tiré de l'imagination de Victor Hugo. Par contre, comparé à d'autres la toile, celle de Dumoulin semble faire preuve de bien plus de «neutralité » garant du succès international de l'entreprise. Les artistes ayant mis de côté leurs sentiments patriotiques pour laisser place à une plus grande fidélité historique suivant les indications des historiens et militaires des différents protagonistes consultés comme experts et davantage insisté sur la bravoure des hommes et les mouvements spectaculaires de la cavalerie.

La caractéristique principale du panorama est très certainement son « dynamisme » et la présence de centaines de cavaliers. A plusieurs endroits les combattants se retrouvent face au spectateur et l'on peut sans mal les imaginer prendre d'assaut la plate-forme. La facture des scènes situées à l'avant-plan est excellente. Les chevaux sont représentés avec beaucoup de vivacité et les expressions des soldats sont très réalistes sans être morbides. Les arrière-plans et le paysage sont traités de manière plus schématique. Le respect des proportions est relatif; l'action et l'effet de masse priment sur le détail. Le rapport entre le faux-terrain et la toile est parfaitement pensé, même si les détails des mannequins et chevaux gisants sur le faux-terrain sont assez sommaires.

Résumant les évènements, le panorama reproduit la topographie du terrain avec fidélité. Du point de vue de la lisibilité, les mouvements de troupes et le nombre des personnages sont tels qu'il est assez difficile de comprendre sans explications préalables les différentes phases de la bataille, au bénéfice de l'effet d'ensemble qui est magnifique.

La luminosité de la scène étonne et le panorama de Dumoulin se distingue sans doute en cela du panorama de Castellani qui exploitait la tombée du jour pour renforcer l'effet dramatique.

Le tableau s'inscrit parfaitement dans la lignée de la grande peinture militaire française. Une filiation directe est à faire avec l'œuvre d'Aimé Morot.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Le Panorama a été un phénomène très à la mode au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Il se situe à la croisée entre l'attraction de loisir et le discours pédagogique, à la charnière entre la représentation fixe et l'image animée. De nombreux panoramas ont été construits mais peu sont parvenus jusqu'à nous.

Les œuvres représentent des paysages, des scènes bibliques, de hauts faits d'armes. La Bataille de Waterloo a très rapidement été un objet d'inspiration pour les peintres de panoramas.

Le panorama de la Bataille de Waterloo fait partie de la troisième génération dans l'histoire des panoramas. Il est cependant le seul subsistant à représenter cet événement. Il respecte scrupuleusement les règles de conception et de mise telles que définies par l'inventeur Robert Baker. Il se trouve toujours dans sa rotonde d'origine et n'a subi que de légers travaux d'entretien. On mettra également en avant la qualité de l'œuvre qui confronte le visiteur au déroulement de la bataille, on notera le grand nombre de personnages et de chevaux figurés, le rendu du mouvement est remarquable.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Le Panorama de la bataille de Waterloo à Braine-l'Alleud offre toutes les conditions d'authenticité et d'intégrité. Depuis son ouverture, son activité n'a jamais été interrompue. Sa toile toujours préservée in situ et n'ayant jamais connu d'enroulement ou de dégâts importants présente encore un très bon état de conservation.

L'ensemble de ses dispositifs sont en place, seuls quelques interventions mineures et réversibles ont été réalisées au cours du temps (modification du magasin et consolidation de la plate-forme, entretien du faux-terrain). Des travaux de restauration de la rotonde, ayant souffert notamment d'un glissement de terrain de la butte sont en cours et se déroulent dans le respect des règles relatives au patrimoine protégé.

Le panorama est protégé dans le cadre de la loi du 26 mars 1914 relative à la protection du Champs de Bataille. Les façades, toitures et la toile sont classées comme monument par arrêté ministériel du 24 février 1998, une procédure d'extension est en cours visant au classement de l'ensemble du bâtiment et du dispositif de mise en scène. Il figure depuis le 11 mai 2006 sur la liste du Patrimoine exceptionnel de Wallonie. Cette liste, revue tous les trois ans, répertorie les biens classés les plus remarquables de la Région wallonne.

Comparaison avec d’autres biens similaires

Le champ de comparaison des panoramas est difficile à établir. Art visuel, ses mécanismes et son mode d'exposition et d'exploitation le rapproche davantage des arts de la scène que de la peinture de chevalet et de l'architecture. On peut bien entendu lui trouver une filiation avec le cirque, le théâtre, l'opéra, mais dans le panorama, les dispositifs sont inversés, le spectateur étant au centre de la construction et la toile étant disposée tout autour de lui. Les expériences théâtrales de l'architecte et peintre ho-italien G. N. Servandoni (1 695-1 766)' des expériences architecturales et utopistes de l'architecte fiançais C. N. Ledoux (1736-1 806) , des peintres et inventeurs b ç a i s J. Daguerre (1 877-1 85 1) et C.M. Bouton (1 78 1 - 1 853)' inventeur des dioramas, peuvent servir d'éléments de base pour une étude globale du phénomène comme l'a menée remarquablement Stephan Oettermann, dans son ouvrage Das Panorama. Die Geschichte eines Massenmediums, Frankfurt am Main 1980 (Edition Anglaise New York 1997) et beaucoup plus anciennement par Bapst, sans compter les filiations avec les recherches cinématographiques postérieures.

Sur les centaines de panoramas ayant jalonnés l'histoire du phénomène et arpentés le monde très peu subsistent intacts. Quatorze panoramas historiques sont encore existants, dont à peine la moitié offrent encore un dispositif complet et intègre. Ne subsistent que trois panoramas de la première génération encore accessibles.

Sur les dizaines de toiles consacrées aux campagnes napoléoniennes, seul quatre, tous de deuxième génération, en témoignent encore et sur la dizaine uniquement consacrée à Waterloo, seule celle de Braine-l'Alleud est conservée. Quelques rotondes historiques ont échappé à la démolition et ont été consacrées à d'autres usages (Paris (Théatre Marigny), Bruxelles (garage Lemonnier).

Plusieurs toiles sont abritées dans des musées, parfois restaurées et présentées de manière à se rapprocher du dispositif original (New-York, Metropolitan Muséum, Palais et Jardin de Versailles par P. Vanderlyn (1818) ; Salsburg, Panorama Sattler(1829), Carolino Augusteum Museum), en dépose (Panorama de l'Yser et du Congo à Bruxelles, Musée de l'Armée,) ou plus radicalement découpées (fragments du panorama du Siècle ( plusieurs fragments à Bruxelles et Paris), plusieurs fragments au Musée de l'armée à Paris).  Quelques panoramas que l'on croyait perdus ont été totalement restaurés voire refaits et sont exposés dans des rotondes modernes (Panorama Feszty - Hongrie, Panorama de Raclawice - Pologne, Panoramas de la Bataille de Lipany -République Tchèque, Panorama de la crucifixion de Einsiedeln - Suisse)

Le phénomène du panorama ne compte donc plus que quelques exemplaires qui tous, par leur rareté, ont une importance patrimoniale majeure.

Dans le cadre précis d'une reconnaissance au niveau du patrimoine mondial du phénomène du Panorama et d'une inscription sérielle internationale, une réflexion pour une approche sélective visant à la représentativité du phénomène, tenant à la fois compte de ses aspects historique, géographique, thématique, d'intégrité et d'authenticité a été entamée.

Des trois panoramas de première génération, seul le panorama Worcher (Thun, Suisse) est encore présentée dans une rotonde, bien que celle-ci soit moderne et n'offre pas toutes les qualités attendues, notamment au niveau de la plate-forme. Parmi les toiles historiques de seconde génération, le panorama de Waterloo se détache très certainement par son intégrité et son authenticité, son thème qui fut l'un des leitmotiv, sa vivacité, la qualité de son faux-terrain. Dans le cadre d'une sélection raisonnée, il peut être mis en parallèle avec d'autres panoramas de bataille : le panorama de la Bataille de Gettysburg (1 884) aux Etats Unis, l'un des plus fameux témoins des panoramas d'exploitation, également réalisé par un grand panoramiste français, mais qui ne dispose plus de sa rotonde originale ; le panorama Bourbaki à Lucerne en Suisse( E. Castre,1881), largement restauré, mais de très belle facture et dont le thème et le message qu'il cherche à faire passer bien que militaire est sensiblement différent (débâcle, action de la Croix-Rouge) ; celui d'Innsbruck en Autriche (1896) de la Bataille de Bergisel, les panoramas de la Défense de Sébastopol (entièrement restauré) et de la Bataille de Borodino (fort restauré et rotonde moderne) en Russie, tous deux par F. Roubaud (1905 et 1912). Parmi les rares panoramas représentatifs des autres thématiques, le Panorama Mesdag à La Haye (1880)' offrant une magnifique vue des dunes de Scheveningen est très certainement l'un des plus beaux exemples parmi les panoramas encore bien conservé. Le panorama de Jérusalem et de la Crucifixion, de G. Fugel (1903) sur le lieu de pèlerinage d'Altötting étant quant à lui le seul panorama encore conservé dans son état original en Allemagne.