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Les sites miniers majeurs de Wallonie

Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les Etats parties les ont soumis.

Belgique (Europe et Amérique du nord)
Date de soumission : 08/04/2008
Critères: (ii)(iv)
Catégorie : Culturel
Soumis par : Division du Patrimoine de la Région wallone de Belgique
Etat, province ou région : province de Hainaut, Province de Liège, Région wallonne
Ref.: 5363

Description

Le sous-sol de la Wallonie regorgeait de houille, dite aussi charbon Ide terre, et en moindre mesure de minerai de fer. Dès le XVIIIe siècle, on exploite déjà la houille dans le Hainaut mais à faible profondeur. Souvent les paysans consacrent quelques mois par an à un travail d'ouvrier cloutiers, de fileurs de laine ou encore de mineurs. La hausse du prix du charbon de bois et les forêts qui commencent à être clairsemées vont créer une augmentation de la demande en charbon de terre utilisé tant dans les industries que un usage domestique.

La pompe à feu inventée par l'anglais Newcomen d'abord et la machine à vapeur de Watt ensuite vont améliorer grandement les techniques d'exhaure et d'extraction Ces machines connaîtront un grand succès en Wallonie et en 1800, plus de la moitié des 40 machines installées dans cette région se situeront dans le Borinage. Il est maintenant possible d'aller extraire la houille de plus en plus profond. L'exploitation minière devient une activité florissante, elle permettra le développement d'autres secteurs industriels comme la sidérurgie et la verrerie et contribuera à faire de la Wallonie et de la Belgique, la seconde puissance économique mondiale à la fin du XIXe siècle. D'importants travaux d'infrastructure seront réalisés afin d'accélérer le transport des marchandises. Le Canal du Centre et ses quatre ascenseurs hydrauliques à bateaux, site inscrit sur la liste du patrimoine mondial en 1998, sont un exemple de ces infrastructures construites pour assurer l'écoulement de la production.

Les gisements se situent dans deux grandes zones : la vallée de la Sambre et la vallée de la Meuse entre Liège et la frontière hollandaise.

Quelques chiffres rendent compte de l'importance de cette activité. En 1860, en Wallonie, 65.000 ouvriers travaillent dans ce secteur. Vers 1850, le Hainaut seul produit l'équivalent de 66% toute le production des autres bassins wallons, de Ruhr et du nord de la France. Entre 1851 et 1860, un tiers de la production wallonne est exportée.

Les savoir-faire s'exportent aussi. Ainsi ce sont des Carolorégiens qui entreprennent les premières explorations minières dans la région de Valenciennes (1716) et qui contribuent au démarrage des exploitations à Anzin (1734). Ce sont aussi les Wallons qui, au début du XXe siècle, participeront à la découverte et A la mise à h i t du bassin campinois dans le Limbourg belge.

Le déclin se confirme après la Seconde Guerre mondiale quand l'obsolescence des installations fera grimper de manière déficitaire les prix de revient. L'épopée se terminera en 1984, avec la fermeture du charbonnage du Roton à Farciennes près de Charleroi. A ce moment, le siège comptait encore 1 100 travailleurs dont 700 mineurs de fond, 350 ouvriers de surface et 50 ingénieurs, cadres et personnel administratif.

Les mines emploient de nombreux travailleurs: mineurs, ouvriers, personnel d'encadrement, ingénieurs, cadres et personnel administratif.

Les mines emploient de nombreux travailleurs : mineurs, ouvriers, personnel d'encadrement, ingénieurs, comptables, etc. Les sièges d'exploitation engendrent un appel de main d'œuvre et une augmentation de population. C'est l'époque où le paternalisme des patrons se manifeste par la construction de maisons mises à la disposition des ouvriers et employés de la société. Des services sont également réservés aux personnes travaillant pour un patron déterminé (hôpital, école, crèche, orphelinat, etc). Toute la vie de l'ouvrier, professionnelle, familiale ou sociale se déroule aux abords immédiats du siège d'exploitation.

Actuellement encore, le paysage est imprégné des traces de cette exploitation. La vallée de la Sambre et la partie orientale de la vallée de la Meuse sont ainsi jalonnées de témoins de cette activité. Bâtiments de charbonnage, châssis à molette - poétiquement appelé "belle-fleur - corons, maisons de porions (chef mineur), maisons de directeur ou encore maisons de ces capitaines d'industrie pompeusement qualifiées de châteaux sont encore bien présents dans les villes industrielles et dans les villages alentours. Nombre de ces constructions existent encore mais ont été parmi les premiers éléments dont les sociétés se sont défaites au profit de propriétaires privés. Souvent les maisons ouvrières sont cédées, en priorité, aux ouvriers de la société qui s'empressent d'individualiser leur propriété. Le paysage a été profondément modifié par l'érection des terrils, ces entassements de sous produits de l'exploitation minière constitués essentiellement de schistes, en moindre quantité de grès carbonifère et d'autres résidus. Bien que certains aient été exploités et aient disparu du paysage, plus de 500 terrils s'élèvent encore sur le territoire de la Région wallonne. Contrairement à ceux du bassin minier du Nord de la France qui ont encore leur couleur noire et montrent encore leurs versants nus parfois ravinés par les intempéries ou les glissements des matériaux, les terrils wallons sont couverts d'une végétation spontanée qui participe à la stabilisation de ces fausses collines à la silhouette caractéristique.

Quatre ensembles situés dans le Hainaut et dans la province de Liège témoignent de cette saga qui a fait la renommée de la Belgique au niveau international. D'ouest en est, il s'agit du site du Grand Hornu à Boussu, du site du Bois du Luc à La Louvière, du site du Bois du Cazier à Charleroi et du site du Hazard à Visé.

Valeur universelle exceptionnelle

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Le sous-sol de la Wallonie regorgeait de houille, dite aussi charbon Ide terre, et en moindre mesure de minerai de fer. Dès le XVIIIe siècle, on exploite déjà la houille dans le Hainaut mais à faible profondeur. Souvent les paysans consacrent quelques mois par an à un travail d'ouvrier cloutiers, de fileurs de laine ou encore de mineurs. La hausse du prix du charbon de bois et les forêts qui commencent à être clairsemées vont créer une augmentation de la demande en charbon de terre utilisé tant dans les industries que un usage domestique.

La pompe à feu inventée par l'anglais Newcomen d'abord et la machine à vapeur de Watt ensuite vont améliorer grandement les techniques d'exhaure et d'extraction Ces machines connaîtront un grand succès en Wallonie et en 1800, plus de la moitié des 40 machines installées dans cette région se situeront dans le Borinage. Il est maintenant possible d'aller extraire la houille de plus en plus profond. L'exploitation minière devient une activité florissante, elle permettra le développement d'autres secteurs industriels comme la sidérurgie et la verrerie et contribuera à faire de la Wallonie et de la Belgique, la seconde puissance économique mondiale à la fin du XIXe siècle. D'importants travaux d'infrastructure seront réalisés afin d'accélérer le transport des marchandises. Le Canal du Centre et ses quatre ascenseurs hydrauliques à bateaux, site inscrit sur la liste du patrimoine mondial en 1998, sont un exemple de ces infrastructures construites pour assurer l'écoulement de la production.

Les gisements se situent dans deux grandes zones : la vallée de la Sambre et la vallée de la Meuse entre Liège et la frontière hollandaise.

Quelques chiffres rendent compte de l'importance de cette activité. En 1860, en Wallonie, 65.000 ouvriers travaillent dans ce secteur. Vers 1850, le Hainaut seul produit l'équivalent de 66% toute le production des autres bassins wallons, de Ruhr et du nord de la France. Entre 1851 et 1860, un tiers de la production wallonne est exportée.

Les savoir-faire s'exportent aussi. Ainsi ce sont des Carolorégiens qui entreprennent les premières explorations minières dans la région de Valenciennes (1716) et qui contribuent au démarrage des exploitations à Anzin (1734). Ce sont aussi les Wallons qui, au début du XXe siècle, participeront à la découverte et A la mise à h i t du bassin campinois dans le Limbourg belge.

Le déclin se confirme après la Seconde Guerre mondiale quand l'obsolescence des installations fera grimper de manière déficitaire les prix de revient. L'épopée se terminera en 1984, avec la fermeture du charbonnage du Roton à Farciennes près de Charleroi. A ce moment, le siège comptait encore 1 100 travailleurs dont 700 mineurs de fond, 350 ouvriers de surface et 50 ingénieurs, cadres et personnel administratif.

Les mines emploient de nombreux travailleurs: mineurs, ouvriers, personnel d'encadrement, ingénieurs, cadres et personnel administratif.

Les mines emploient de nombreux travailleurs : mineurs, ouvriers, personnel d'encadrement, ingénieurs, comptables, etc. Les sièges d'exploitation engendrent un appel de main d'œuvre et une augmentation de population. C'est l'époque où le paternalisme des patrons se manifeste par la construction de maisons mises à la disposition des ouvriers et employés de la société. Des services sont également réservés aux personnes travaillant pour un patron déterminé (hôpital, école, crèche, orphelinat, etc). Toute la vie de l'ouvrier, professionnelle, familiale ou sociale se déroule aux abords immédiats du siège d'exploitation.

Actuellement encore, le paysage est imprégné des traces de cette exploitation. La vallée de la Sambre et la partie orientale de la vallée de la Meuse sont ainsi jalonnées de témoins de cette activité. Bâtiments de charbonnage, châssis à molette - poétiquement appelé "belle-fleur - corons, maisons de porions (chef mineur), maisons de directeur ou encore maisons de ces capitaines d'industrie pompeusement qualifiées de châteaux sont encore bien présents dans les villes industrielles et dans les villages alentours. Nombre de ces constructions existent encore mais ont été parmi les premiers éléments dont les sociétés se sont défaites au profit de propriétaires privés. Souvent les maisons ouvrières sont cédées, en priorité, aux ouvriers de la société qui s'empressent d'individualiser leur propriété. Le paysage a été profondément modifié par l'érection des terrils, ces entassements de sous produits de l'exploitation minière constitués essentiellement de schistes, en moindre quantité de grès carbonifère et d'autres résidus. Bien que certains aient été exploités et aient disparu du paysage, plus de 500 terrils s'élèvent encore sur le territoire de la Région wallonne. Contrairement à ceux du bassin minier du Nord de la France qui ont encore leur couleur noire et montrent encore leurs versants nus parfois ravinés par les intempéries ou les glissements des matériaux, les terrils wallons sont couverts d'une végétation spontanée qui participe à la stabilisation de ces fausses collines à la silhouette caractéristique.

Quatre ensembles situés dans le Hainaut et dans la province de Liège témoignent de cette saga qui a fait la renommée de la Belgique au niveau international. D'ouest en est, il s'agit du site du Grand Hornu à Boussu, du site du Bois du Luc à La Louvière, du site du Bois du Cazier à Charleroi et du site du Hazard à Visé.

 

1. Le site du Grand Hornu

A partir 1810, Henri De Gorge entreprend d'exploiter la houille à Hornu. Jusque là, la concession qui appartenait à un Valenciennois était peu prospère. Henri De Gorge la développera et la rendra prospère en tirant profit des techniques nouvelles qui lui permettront de venir à bout des difficultés d'extraction dues aux inondations. En 1843, la femme et les héritiers de De Gorge fondent la Société civile des usines et mines de houille du Grand Hornu qui sera dissoute en 1950. Le site sera alors absorbé par la Société anonyme des Charbonnages du Hainaut. L'extraction du charbon cesse en 1954 et les maisons de la cité sont alors vendues et les ateliers laissés à l'abandon pendant près de vingt ans.

L'ensemble a été construit durant le premier tiers du 19è siècle sur un terrain de 20 hectares, antérieurement voué à l'agriculture. Les bâtiments du Grand-Horn constituent un exemple remarquable d'intégration économique et architecturale. En 1833, dans son Dictionnaire géographique de la province de Hainaut, Philippe VanderMaelen décrit élogieusement le complexe industriel et sa cité : « Le magnifique établissement de Monsieur Degorge-Legrand est d'une célébrité européenne : le voyageur qui se rend de Mons à Valenciennes, en arrivant à Hornu, est frappé de l'heureuse disposition d'une longue suite de constructions régulières et bien alignées qui bordent la route, en face de laquelle est une pompe à feu d'une magnificence au-delà de toute expression; un jet d'eau très élevé, un groupe figures représentant diverses allégories d'où s'échappent des gerbes d'eau dans d'immenses bassins et d'autres monuments, du meilleur goût ... »

A partir de 1820 commence la construction d'un ensemble de bâtiments fonctionnels, robustes et imposants. De 1 82 1 à 1824, le chantier est dirigé par l'architecte lillois, François Obin, qui mettra en place le bâtiment de la direction et les premières maisons de la cité. Pierre Cardona de Termonde lui succède et assure notamment la modification des plan de l'atelier de construction des machines. Enfin, dès 1825, l'architecte tournaisien Bruno Renard assure la direction des travaux. Il lui revient de rassembler tous les éléments en un ensemble s'articulant autour de deux cours, de construire le "Château" et de poursuivre la construction de la cité. Il réalisera une œuvre classique et équilibrée ou jouent la brique et la pierre où les bâtiments s'organisent en deux espaces clos : à l'ouest, la "basse cour" autour de laquelle se développent des bureaux, des écuries et des magasins, à l'est, la grande cour est entourée par les ateliers de fabrication, les locaux de la direction et de l'administration. Les bâtiments de la grande cour sont construits entre 1820 et 1828, en commençant par le bâtiment de la direction. Deux ailes rectangulaires encadrent l'avant corps central, le porche monumental indique l'entrée des bureaux de l'administration et de la direction. Au nord de la cour, opposés au bâtiment de la direction, se trouvent les ateliers où étaient fabriqués des machines à vapeur, des pompes à incendie, des locomotives, des wagonnets, ... Long de 70 mètres et large de 28, l'atelier est recouvert de coupoles sur pendentifs: qui reposent sur deux rangées de colonnes en pierre. Ces deux parties sont reliées entre elles par deux bâtiments en arc de cercle. Du côté est, on trouve d'autres ateliers, scierie, menuiserie, vannerie, chaudronnerie et des magasins tandis que les forges, les fonderies et four à coke se situent dans la partie ouest. Aux extrémités, des porches constitués de trois arcades donnent accès à l'extérieur. Au centre de la grande cour, se dresse la statue de

Henri de Gorge réalisée par Egide Mélot en 1855.

Les bâtiments de la basse cour sont construits entre 1826 et 1828. A l'ouest, trois pavillons carrés sont reliés entre eux par deux corps de bâtiments surbaissés. ~b centre, un pavillon, percé de trois arcades marque l'entrée. Ceux des angles nord et sud sdnt couverts d'un lanterneau.

De 1822 à 1830, De Gorge fait construire plus de quatre cents maisons destinées au personnel de l'entreprise et à leur famille. Il s'agit de construction de deux niveaux avec un jardinet. Le projet prévoyait la création d'aménagements et d'espaces destinés à favoriser la vie sociale. Les logements sont donnés en location hebdomadaire et sont répartis en plusieurs catégories selon la qualification de l'occupant potentiel. Cette cité constitue un exemple remarquable d'urbanisme social.

 

2. Le site de Bois du Luc

Le site minier du Bois-du-Luc, est implanté au cœur du bassin du Centre dans la Province du Hainaut. Entre Mons et Charleroi, ce bassin ponctue le centre du sillon charbonnier qui court du Borinage à la Basse Sambre. La Louvière est une de ces villes-champignons, qui sont apparues sous l'impulsion de l'industrialisation. La fusion de plusieurs facteurs, dont la prédominance du charbon, le développement de voies de communication (chaussées, chemin de fer, canal du Centre), l'alliance avec le capital, la consolidation des mutations technologiques de la Révolution industrielle et l'essor démographique, conduisent le bassin du Centre vers un intense rayonnement industriel qui s'amorce dans la première moitié du XIXe siècle pour s'étioler dans la seconde moitié du XXe siècle. Une concentration d'entreprises assure à ce bassin un développement hétérogène. Verreries, faïenceries, entreprises de construction métallique et mécanique, industries alimentaires et vestimentaires entre autres s'installent autour des charbonnages.

Sur les deux rives du Thiriau du Luc, Bois-du-Luc couvre l'ensemble des réalisations techniques et sociales de l'une des plus anciennes houillères de Belgique. Née le 14 février 1685 pour résoudre des problèmes d'exhaure liés à l'approfondissement des travaux d'extraction, la Société du Grand Conduit et du Charbornage de Houdeng constitue un des exemples les plus lointains de structure capitaliste qui réunit des mineurs, pour résoudre des problèmes techniques, et des bourgeois, pour soutenir financièrement les premiers. La Société du Bois-du-Luc condense à elle seule l'épopée charbonnière qui sillonne  le bassin du Centre. En 1973, la fermeture de son siège du Quesnoy (Trivières) scelle définitivement l'extraction du charbon dans la région.

L'utilisation, pour l'aération, de conduits en bois à une trentaine de mètres de profondeur permet à la Société de multiplier les fosses (Sainte-Barbe, Estrefagne, d'En Bas, du Petit Bois...) pour répondre à la demande croissante de charbon. La Société équipe en 1779 la fosse du Bois d'une machine à feu, mise au point par l'anglais Thomas Newcomen et actionnée par la vapeur, pour élever l'eau à 1 12 mètres de profondeur.

L'introduction de cette machine inaugure la voie empruntée par la Société du Bois-du-Luc vers une modernisation constante de ses équipements : machine de Watt, cages d'ascenseurs, marteaux pics, électricité ...

Au début du XIXe siècle, la Société crée de nouveaux sièges sur le territoire, dont les traces ont disparu du paysage hennuyer.

En 1846, la Société ouvre la fosse Saint-Emmanuel sur la rive gauche du Thiriau. Cette fosse est l'une des plus prospères et représente un des témoignages les plus accomplis du paternalisme en Europe.

Pour assurer une professionnalisation de la main-d'œuvre et pour l'attacher au charbonnage, la Direction fusionne les lieux de production et les lieux de vie. Elle entreprend en 1838 la construction d'une cité pour attirer par l'appât du logement, une main-d'œuvre devenue indispensable avec l'ouverture prometteuse du puits Saint-Emmanuel.

La cité reprend l'idée du complexe urbanistique au service de l'industrie fondé par Henri-

Joseph De Gorge au Grand-Hornu. Des conceptions utopistes (amélioration de la condition ouvrière, communautarisme) et utilitaires (rendement et surveillance) s'allient dans les manœuvres des capitaines de l'industrie qui regorgent d'inventivité dans la gestion des ressources humaines. Des complexes similaires s'érigent dans les bassins industriels européens (familistère de Godin à Guise, chocolaterie de Menier à Noisiel, filatures d'Owen à New Lanark.. .) ou parfois, ne dépassent pas les frontières de l'imaginaire de quelques utopistes (Morris, Fourier, certaines parties du projet de Ledoux.. .)

L'ensemble social comprend des logements de toutes les catégories professionnelles (du L mineur au directeur), des infrastructures religieuses, sanitaires, éducatives et culturelles. Il dialogue avec les lieux du travail de surface (bureau du directeur et des employés et ateliers) et du travail de fond cantonné à la fosse Saint-Emmanuel. Celle-ci comprend dès 1846 les puits d'extraction (558 mètres de profondeur) et d'exhaure où se logent à partir de 1921 les bains-douches des femmes. Entre ces deux puits est construit, au début du XT, un bâtiment qui abrite la salle des porions, la lampisterie et les bains-douches des hommes. La salle du ventilateur et la sous-station électrique (1920) équipent complètement la fosse. Le triage lavoir et les fours à coke ont été détruits. Plusieurs terrils ceinturent le site et toisent l'élégant châssis à molettes (1913) intégré dans le puits d'extraction.

162 maisons ouvrières sont construites entre 1838 et 1853. Les corons affectent la forme d'un trapèze divisé en quatre parties par deux axes perpendiculaires. A l'intérieur de chaque carré, l'espace laissé libre est divisé en jardins. La brique et la pierre (couronnements des pilastres, impostes et appuis de fenêtres) sont les principaux matériaux.

Les quatre points cardinaux désignent les rues et évoquent directement le travail minier (galeries). Ce type d'urbanisme permet de construire un maximum de logements dans un espace limité et aussi, d'exercer une surveillance permanente sur ceux-ci. Cette surveillance est renforcée par la présence de la maison du gérant (1844) qui est partiellement intégrée à la cité via l'axe nord-sud. Pour soigner la vue du directeur sur ses installations, on décide d'embellir la rue du Midi. Des pilastres qui isolent chaque maison, deux allées d'arbres et une largeur doublée signalent l'importance du directeur. La transition de la rue du Midi à la rue du Nord s'effectue par les façades de l'épicerie et du café.

L'appareillage est modeste et s'autorise à créer de subtils effets esthétiques pour desservir une symbolique notamment dans la rue du Midi avec les pilastres en saillie qui ponctuent la perspective d'autorité du centre de la cité à la maison du directeur.

L'église, l'hospice, l'hôpital, la sous-station électrique et les portes à guillotines optent pour un style éclectique, plus ou moins attiré par l'esthétique médiévale (architecture défensive), qui utilise aussi les ressources de l'industrialisation (colonnes en fonte, sheds, fac-similés des matériaux etc.). Les références à un style du passé (antiquité gréco romaine et Moyen Age) répondent à des exigences fonctionnelles ainsi qu'à des désirs d'une représentation sobre et ponctuelle. A Bois-du-Luc, l'expression architecturale hérite de la rupture entre la science et la technique et les arts : l'auteur présumé des corons et des deux puits, Victorien Bourg, est un ingénieur qui se préoccupe avant tout de l'utilisation rationnelle de l'espace et des hommes.

En 1973, la Société du Bois-du-Luc s'arrête après 300 ans d'activité. La fosse Saint-

Emmanuel est f m é e en 1959 sur décision de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA). Les habitants obtiennent le rachat des Corons par la Région wallonne et leur restauration par l'Institut National du Logement. La partie industrielle en ruines frôle l'oubli, avant d'être rachetée par 1'Etat en 1979 qui la restaurera. Le premier Ecomusée belge prend ses quartiers dans les bureaux du charbonnage et assure une valorisation du site minier et plus largement, de la mémoire industrielle avec la participation de la population locale.

 

3. Le site du Bois du Cazier

Le site se situe au cœur de Marcinelle. Le développement du hameau doit beaucoup à l'implantation du charbonnage. La première concession est accordée en 1822 mais des affleurements de charbon étaient déjà exploités en 181 2. L'exploitation du puits Saint Charles commence en 1868 et la première "Société anonyme du charbonnage du Bois du Cazier" est fondée en 1874. La concession est abandonnée en 1887 avant d'être reprise par une nouvelle société en 1899. L'exploitation durera jusqu'en 1967, année de la fermeture définitive du site.

On accède aux bâtiments du charbonnage par une grille en fer forgé. Elle est bordée d'un côté par la loge de la bascule et de l'autre par un bâtiment ancien qui servait de conciergerie, écurie et menuiserie. Près de celui-ci, deux baraques en tôles servaient de logements de fortune pour les mineurs arrivant d'Italie.

Le centre du site est occupé par les trois bâtiments principaux construits en briques et pierres. Ils sont juxtaposés selon des axes parallèles et sont situés en léger retrait l'un par rapport à l'autre. Chacun des pignons est composé de trois travées surmontées d'un fronton cintré débordant. Le premier bâtiment, à gauche, abritait les bureaux. S'y accolaient les vestiaires, bains-douches, lampisterie, ateliers. Au centre, le bâtiment de la force motrice abritait la centrale électrique, le ventilateur et les compresseurs tandis qu'à droite s'élève le bâtiment de la machine d'extraction du puits de retour d'air. A l'avant, se trouve le hangar à locomotive et à l'arrière les deux chevalements métalliques du puits Saint Charles chevauchent le bâtiment de la recette.

A la fin de deuxième guerre mondiale, la Belgique doit relancer son économie et s'appuie sur son industrie charbonnière. Le premier ministre Achille Van Acker lance la "bataille du charbon" mais la main d'œuvre belge préfère s'orienter vers d'autres secteurs d'activité moins dangereux et moins pénibles. Pour pallier ce manque de bras, on fait appel à de la main d'œuvre étrangère, surtout d'origine italienne. Les conditions de travail sont déplorables, les installations vétustes, les règles de sécurité négligées. Peu importe, il faut produire, toujours plus, toujours plus vite. Dans ces conditions, les accidents sont inéluctables. La catastrophe du Bois du Cazier sera dramatique. Elle constitue la page la plus dramatique de l'industrie houillère en Belgique. Le 8 août 1956, suite à une erreur humaine conjuguée à un problème technique, un incendie gagne rapidement toutes les galeries et chantiers du charbonnage, asphyxiant au passage l'ensemble des ouvriers bloqués au fond. Au total, 262 hommes, de 12 nationalités différentes (dont 136 Italiens et 95 Belges mais aussi Allemands, Grecs, Polonais,

Algériens, Russes,. . .), y perdront la vie, laissant derrière eux des centaines de veuves et d'orphelins. Cette catastrophe est encore gravée dans la mémoire collective en raison de l'émoi et de l'élan de solidarité qu'eue a suscité mais également en ra&n de la couverture médiatique dont elle a fait l'objet. C'était la première fois qu'un fait divers monopolisait, non seulement en Belgique, mais aussi à l'étranger, la une des presses écrite et radiophonique mais également télévisées dont c'était les grands débuts. Durant toute la durée des opérations de sauvetage, soit pendant près d'un mois, les médias couvriront le déroulement des évènements. Outre sa dimension tragique, cette catastrophe fut aussi un terrible révélateur : à la fois des limites atteintes par une industrie condamnée à terme, mais aussi de l’absence d'une véritable politique d'immigration en Belgique. Dès lors, l'industrie charbonnière dut se tourner vers - d'autres pays que l'Italie pour garantir ses besoins en main d'œuvre.

Dans la foulée, la Haute Autorité de la CECA (communauté européenne du charbon et de l'acier) a convoqué, en mars 1957, une conférence relative à la s é c d é dans les mines. Ses conclusions seront une révision complète des législations en vigueur. Autre conséquence, le lourd tribu payé par la communauté immigrée /lui conférera une certaine reconnaissance et facilitera son intégration. Provoquant une prise de conscience générale, la catastrophe a donc été à l'origine d'une profonde remise &n question de la société et du monde du travail en particulier.

Peu entretenu après la fermeture, le site a été restauré récemment et été aménagé pour accueillir les collections du Musée de l’Industrie. Les installations de surface, qui forment le carreau de la mine, permettent d'appréhender le fonctionnement d'un charbonnage et de retrouver les lieux qui ont fait l'actualité en 1956. Un espace d'interprétation de la catastrophe a été aménagé.

 

4. Le site du charbonnage du Hazard

L'ensemble comprend l'ancien château des premiers exploitants des houillères, une tour d'extraction, le siège d'exploitation et une importante cité ouvrière construite au début du XXe siècle. L'exploitation de ce gisement est très ancien et son histoire est émaillée de multiples péripéties. Un des gros problèmes rencontrés est la maîtrise de la remontée des eaux dans les galeries; dès 1828, une machine à vapeur est installée pour épuiser 19s eaux de la mine. Cette problématique de l'eau suscitera la fusion des trois concessions octroyées en 1847 en une seule société à partir de 1872. En 1877, des irruptions d'eaux plus importantes que d'habitude ne purent être maîtrisées faute de moyens financier et technique. Eh août 1878, l'exploitation cesse.

La concession est acquise en 1905 par la SA des Chatbonnages du Hazard. Cet achat résulte d'une étude approfondie du gisement par René Henry, jeune directeur technique de la société acquéreuse. Cette étude avait permis de considérer comme certaine l'existence d'un important gisement de houille maigre permettant la création d'un nouveau siège susceptible d'une extraction dépassant les 1000 tomes par jour, alors que peu de sièges parvenaient à une production de 400 à 500 tonnes.

Le siège de Cheratte à une situation privilégiée : en bordure de la Meuse, le long d'une voie ferrée et d'une route à grande circulation. Toutefois, il est également resserré entre la route de Liège à Visé et une colline abrupte. Il y a peu de terrains disponibles et peu de possibilités d'établir un siège indépendant produisant l'énergie nécessaire à ses besoins; la seule solution est d'utiliser l'électricité produite ailleurs. Elle sera amenée de la centrale de Micheroux, située à 8 km, par deux câbles souterrains alimentés en courant triphasé à 6500 volts.

De plus la construction d'un châssis à molette métallique se révèle trop onéreuse dans une  telle situation topographique. La direction opte donc pour une technique révolutionnaire pour l'époque : la construction, au-dessus du puits d'extraction, d'une tour en maçonnerie de plus de trente mètres de haut et de douze mètres de côté et l'installation d'une machine d'extraction au sommet. Peu après, une deuxième tour à structure métallique et remplissage de briques est construite au dessus du second puits.

En 1913, la société achète le château de Saroléa. Cette bâtisse de la seconde moitié du XVIIe siècle appartenait à une famille d'anciens concessionnaires du site. Une aile est alors aménagée en infirmerie-hôpital pour le personnel du siège de Cheratte.

Pour loger les ouvriers et leur famille, la société construit en 1925 une cité de 200 maisons disposées en petits groupe et une hôtellerie pour les ouvriers célibataires. La cité se veut à la pointe de la modernité, chaque maison est pourvue d'un raccordement à l'eau alimentaire, au réseau électrique et au réseau d'égouts. Dans une conception de type hygiéniste, elle est précédée d’un jardin d'agrément et dispose d'un potager à l'arrière. Un square est aménagé au milieu de la cité, l'entretien des arbres qui bordent les allées est assuré par les jardiniers du charbonnage.

L'hôtellerie comportait 128 chambres, réfectoires, cuisines, lavoirs et jardins.

Les activités cesseront définitivement en 1977.

Satements of authenticity and/or integrity

Les sites proposés ont cessé leurs activités au cours de la seconde moitié du XXe siècle et la plupart d'entre eux ont connu une reconversion en centre muséal. Ce changement d'usage a nécessité l'adjonction de nouveaux bâtiments (Grand Homu, Bois du Cazier), toutefois ceux-ci respectent les bâtiments anciens qui ont gardé toute leur lisibilité et les projets s'inspirent des principes de la Charte de Venise.

De même, les cités ouvrières ont été adaptées afin de répondre aux exigences de qualité de vie minimum. Toutefois, dans ce cas aussi, ces travaux ont été réalisés sans compromettre la qualité de témoin de ces ensembles et ont permis de leur garder leur valeur d'usage. Elles démontrent toujours les conceptions sociales de l'époque, elles mettent également en avant le souci des patrons de s'attacher leurs ouvriers en les logeant à proximité immédiate du siège d'exploitation mais également en leur offrant des conditions de vie confortables pour l'époque. Les maisons sont parmi les premières à bénéficier des raccordements à l'eau et à l'électricité. Les espaces publics et les maisons sont entretenues par le personnel du charbonnage. Ces ensembles témoignent également de la structure sociale de ces sociétés. La situation dans la cité, la qualité des matériaux, l'architecture et la volumétrie expriment la qualité de son occupant et sa place dans la hiérarchie de la société. Tout cela se lit encore actuellement.

Autre élément important des paysages miniers, les terrils sont encore bien présents dans les sites proposés. Suite à l'arrêt des activités, la plupart d'entre eux sont couverts d'une végétation spontanée et allient maintenant une valeur de témoin à une qualité biologique importante. Si l'exploitation a cessé, il y a plus de 20 ans, ses traces sont toujours bien inscrites, à la fois dans le paysage et dans les esprits des populations.

Comparison with other similar properties

Divers sites miniers figurent sur la liste du patrimoine mondial, il s'agit essentiellement de sites d'exploitation de minerai, de sel ou encore de silex mais, jusqu'à présent, peu de sites d'exploitation du charbon figurent sur la liste du patrimoine mondial. Si le terme "mine" ou "minière" est un terme commun, il faut cependant constater que les conditions d'exploitation et les infrastructures qu'elles engendrent sont différentes suivant la nature du matériau extrait.

En 2001, le site de Zollverein a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial sur base des critères (ii) et (iii). Il s'agit du site d'exploitation le plus grand et le plus moderne d'Europe. Il a été en activité de 1928 à 1986. Les sites proposés par la Belgique inscrivent dans la complémentarité du témoignage apporté par le site allemand puisqu'ils sont les représentants d'une activité s'étendant depuis le début du XIXe siècle jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle. Zollverein se distingue par son ampleur et son modernisme, lei sites belges sont de dimension plus restreinte et intègrent la dimension sociale avec les relations entre patronat et ouvriers. Le site allemand représente la modernité et la recherche de productivité alors que les sites belges illustrent une période antérieure où l'importance de l'entreprise s'exprimait également dans la qualité architecturale des bâtiments industriels.