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Le palais de Princes Evêques de Liège

Date de soumission : 08/04/2008
Critères: (ii)(iii)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Division du Patrimoine de la Région wallone de Belgique
Etat, province ou région :
Province de Liège, Région wallonne
Ref.: 5361
Avertissement

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Description

Historique du Palais des Princes Evêques

Le premier palais épiscopal a été construit par Notger (972-1008) en même temps que la cathédrale qui lui faisait face. Le Prince-Evêque accorde la même importance aux deux bâtiments. Le bâtiment était certainement construit en colombage, sur un niveau de pierre. Il sera détruit par un incendie en 1185.

Il est reconstruit en 1188. L'ensemble s'organise autours de 3 cours, la façade sud-est de style roman, quatre tours cantonnent la première cour, deux donjons protègent l'ensemble. En 1449, la façade romane est enrichie d'un grand escalier gothique. A la même époque, des écuries sont construites.

Le palais est ensuite victime des bouleversements qui secouent la Principauté, il est mis à sac en 1465 et en 1488. Un nouvel incendie détruit le palais en 1505. Il sera reconstruit par le cardinal Erard de la Marck, proche de Louis XII. Le chantier du palais des Princes-Evêques s'étend de 1526 à 1536. Le plan rappelle quelque peu celui du château de Romorantin dessiné par Léonard de Vinci pour François Ier. L'édifice s'organise autour de trois cours dont la première est bordée de galeries qui forment un péristyle ininterrompu. L'influence italienne est manifeste. L'œuvre d’Erard de la Marck sera poursuivie par ses successeurs, spécialement Gérard de Groesbeek et Ernest de Bavière. Un incendie détruit l'aile sud en 1734. La façade extérieure est reconstruite en style classique, le fronton du portail est décoré par les armoiries du Prince de l'époque. Une grande partie de la décoration intérieure est contemporaine de ces travaux.

A la révolution liégeoise (1793), la cathédrale est détruite et le palais pillé et abandonné.

Menacé de destruction, une importante campagne de restauration est lancée en 1849. Le caractère gothique est privilégié et l'aile néo-gothique est construite pour abriter le palais provincial.

 

Histoire de la principauté

Vers l'an 800, sous le règne de Charlemagne, le siège épiscopal de Tongres-Maastricht est transféré définitivement à Liège. Jusque dans la seconde moitié du Xe siècle, l'évêque de Liège est un haut dignitaire ecclésiastique qui exerce une autorité morale et spirituelle mais aussi une juridiction spirituelle sur un vaste diocèse. En effet, la vraie richesse est la terre et l'évêque dispose d'une richesse foncière impressionnante due à la générosité des fidèles soucieux de leur salut éternel. Empereurs et rois font don de beaux domaines à l'Église faisant preuve ainsi de piété mais également posant un acte politique et remplissant un devoir d'État.

Au milieu du Xe siècle, les possessions de l'Église de Liège s'étendent le long de la Meuse et de la Sambre : Liège, Tongres, Maastricht, Huy, Namur et Dinant, les domaines de Pont-de-Loup et de Marchienne-au-Pont, Arches (Charleville) sur la Meuse, Theux et sa forêt, les abbayes de Lobbes, Fosses et Aldeneik avec leurs possessions foncières. L'évêque de Liège est donc la personnalité la plus prestigieuse de l'espace mosan. A la mort de Charlemagne, son empire est divisé en trois parts. Divers bouleversements géopolitiques s'en suivent.

En 952, le roi de Germanie, Otton Ier est couronné empereur. Cet évènement marque la naissance du « Saint-Empire de la nation germanique ». L'empereur entend imposer son pouvoir à la Lotharingie, région d'effervescence permanente. Son frère occupe donc l'archevêché et un de ses proches, Eracle, l'évêché de Liège. Son successeur sera Notger, moine formé à « l'école de l'épiscopat » de Cologne qui a fait partie de la « chapelle impériale » d'Otton Ier.

Depuis la fin de l'empire romain, les évêques sont choisis par le souverain. En outre, les évêques de Germanie étaient contraints au célibat et ne pouvaient donc engendrer d'héritiers légitimes. Dans ce contexte, il apparaissait intéressant de confier aux hauts dignitaires ecclésiastiques de nombreux biens fonciers, des abbayes, des revenus fiscaux, des forteresses, des droits publics et même des charges comtales entières. Le roi soustrait ainsi une masse considérable de richesse et de biens étatiques à la concupiscence des « seigneurs ». Les ecclésiastiques mettent ces ressources au service du roi et en retirent profit. Ce système est connu sous le nom de « Église impériale » et a subsisté jusqu' au début du XIIIe siècle.

En 980, Notger obtint de l'empereur Otton II un diplôme d'immunité générale, c'est-à-dire que toutes les possessions de l'Église de Liège, présentes et futures, relèveraient directement du roi et de son évêque et échapperaient à la juridiction du comte, fonctionnaire royal. En 985, l'impératrice Théophano offre à Notger le comté de Huy en échange de sa loyauté. Ce comté s'étend aux alentours de la ville, de part et d'autre de la Meuse, sur de larges portions du Condroz, de la Famenne et de la Hesbaye. Cette donation marque l'acte fondateur de la principauté épiscopale de Liège. A partir de ce moment, l'évêque exerce pleinement les prérogatives comtales tant sur les propriétés de l'Église que sur les domaines d'autrui. Liège serait donc ainsi la "fondatrice" du système d'Église impériale. D'autres principautés épiscopales seront fondées : Cologne, Cambrai, Utrecht, Trèves, Verdun, Mayence, Hildesheim, Worms, Wurzbourg, etc.

En 987, le Comté de Brugeron et l'abbaye de Gembloux sont acquis. En 1040, c'est le comté de Haspinga en Hesbaye qui est intégré à la principauté. Dix ans plus tard, le comté de Hainaut est placé sous la suzeraineté de l'évêque. En 1096, le château de Bouillon et son énorme fief sont acquis par l'Église de Liège, sur fonds propres. Seront encore intégrés la ville de Saint-Trond et l'abbaye de Waulsort-Hastière et enfin le comté de Looz en 1361. L'évêque dispose ainsi de vastes terres et de leurs revenus et il doit donc se protéger de ses voisins. Cela donne naissance à un vaste programme de castramétation dont font parties les citadelles de Liège, Huy, Dinant, Fosses, Thuin, Bouillon et Franchimont. L'évêque de Liège dispose d'une capacité militaire qui lui permet d'intervenir de manière décisive dans les conflits internationaux.

Dans le courant du XIIIe siècle, les avoirs des Églises épiscopales se transforment en principautés territoriales ecclésiastiques, électives, dont le prince, détaché du pouvoir impérial faiblissant, se comporte en fonction de ses intérêts propres et non en fonction de ceux de l’état. A partir de cette époque, les évêques sont élus canoniquement.

Liège est entraîné dans les conflits qui opposent à la Ti du Moyen Age, princes et villes. L'évêque doit maintenant composer avec « trois États » : le clergé, essentiellement les chanoines de la cathédrale de Liège, la noblesse et les "Bonnes Villes" ou villes privilégiées. Par sa position géographique, la Principauté de Liège se trouve au carrefour des grandes puissances européennes. Durant toute son existence, elle devra se défendre contre les appétits de ses puissants voisins : France, Espagne, Allemagne, Hollande, Autriche. Tour à tour, ils tenteront d'annexer la principauté ou au contraire s'érigeront comme protecteur de son indépendance. Elle entretiendra des liens étroits avec l'Allemagne et avec la France mais également avec Rome. La diplomatie sera importante à Liège. Le choix du Prince-Evêque fera l'objet de transactions secrètes a h d'influencer la politique de la Principauté. Très rapidement, la Principauté bénéficiera d'un statut de neutralité (traité de Donchery - 1492 entre Charles VIII et Maximilien d'Autriche).

Depuis le Moyen Age, la richesse est avant tout fonction de la terre. La Principauté a de grandes propriétés foncières notamment en Hesbaye dont les terres sont parmi les plus fertiles d'Europe. Cela la mettra à l'abri des famines et lui permettra d'établir des liens commerciaux avec ses voisins.

Le sol est également riche en minerais et en charbon de terre, ce qui va favoriser le développement d'activités industrielles et commerciales. L'exploitation de la houille est bien présente au XVIe siècle et engendre des exportations, notamment vers la Hollande. L'exploitation est contrariée par l'inondation des galeries par les eaux souterraines. L'installation de machines d'exhaure devient une spécialité liégeoise reconnue internationalement au XVIIe siècle. Le représentant le plus célèbre de cette activité est Rennequin Sualem à qui l'on doit la machine de Marly qui assure l'approvisionnement en eau des fontaines de Versailles.

Un autre domaine important de l'industrie liégeoise est la métallurgie. Au XVIIe siècle, les techniques liégeoises (hauts fourneaux, fenderies, forges) mais aussi des ouvriers et artisans sont exportés en Suède. L'industrie métallurgique suédoise sera fondée sur le modèle social liégeois.

La Principauté produit également de la poudre et des armes. Son statut de neutralité lui permet de faire commerce avec tous les protagonistes des nombreux conflits qui jalonnent l'histoire. Liège approvisionnera en canons les Américains durant la guerre d'indépendance.

A partir du XVIIe siècle, l'industrie lainière se développe dans la région verviétoise entraînant des échanges commerciaux avec l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne, mais aussi la France, la Hollande, les Pays-Bas, etc.

Le Prince-Évêque est à la fois l'autorité spirituelle mais également temporelle qui gouverne la Principauté. Toutefois, il ne gouverne pas seul et les institutions mises en place ont souvent été considérées comme révolutionnaires puisqu'elles préfigurent nos structures étatiques de séparation des pouvoirs. Le Prince-Evêque est assisté de trois instances qui ont leur siège au palais : le Conseil privé, la Chambre des Comptes et le Tribunal des XXII. Véritable gouvernement de la principauté, le Conseil Privé exerce une fonction constitutionnelle depuis le XIIe siècle. Il s'occupe de politique intérieure mais aussi extérieure : correspondance avec les cours étrangères, négociations des alliances, défense nationale, etc. Il est présidé par un Chancelier issu du chapitre. Il est composé de chanoines, du grand mayeur, d'échevins et de conseillers ordinaires. La Chambre des Comptes administre la mense et le donatif. Le Tribunal des XXII est une émanation des 3 États, composé majoritairement de représentants des Bonnes Villes. Il juge notamment les officiers du prince accusés d'abus de pouvoir.

Le prince-Évêque partage le pouvoir avec les 3 États qui ont aussi leur siège au palais. L'état primaire ou premier État est constitué du chapitre cathédral et représente tout le clergé secondaire, le clergé paroissial et le clergé régulier. C'est l'un des chapitres les plus prestigieux d'Europe. Il entrera souvent en rivalité avec le pouvoir du prince. Les deux autres États sont séculiers. Il s'agit de l'État noble constitué des représentants de la noblesse. Le prince rendra de plus en plus sévère les conditions d'accession. L'autre est l'État tiers qui est composé des représentants des Bonnes Villes de la Principauté. Ils se réunissent durant les « Journées des États » et exercent le pouvoir fiscal, législatif et militaire. Leurs décisions doivent être agréées par le prince. Le pouvoir judiciaire est exercé par le Tribunal des Échevins et le Conseil ordinaire, installés au palais.

Liège entretiendra des échanges avec les artistes et philosophes européens. Le Palais des princes-Évêques illustre l'influence des grands courants architecturaux et artistiques : gothique, renaissance, rococo. Des artistes de renom, liégeois ou étrangers, assureront la décoration du palais. Ils intégreront et interprèteront ces influences : ainsi on peut parler d'architecture liégeoise mais également d'école liégeoise de peinture. Le savoir-faire de ces artistes et artisans dépassera les frontières de la Principauté. Ainsi l'orfèvrerie liégeoise aura une renommée internationale. Liège est souvent à la pointe de la modernité dans les techniques, les courants artistiques mais aussi philosophiques. Dès le Xe siècle, l'épiscopat de Liège mit en place des "écoles" où étaient formés les fils de l'aristocratie diocésaine, de la ministérialité mais aussi des clercs étrangers confiés à l'évêque par leurs parents ou un collègue. Certains monteront sur un siège épiscopal : Gthter de Salzbourg, Rothard et Erluin de Cambrai, Heirnon de Verdun, Hézélon de Toul Adalbold d'Utrecht, Wazon de Liège. Le Prince Évêque fera souvent preuve d'esprit d'ouverture. Ainsi, si le dogme romain n'est pas remis en cause, la Réforme est réprimée avec moins de vigueur et de détermination que dans d'autres régions.

Au XVIIIe siècle, Liège accueille avec bienveillance francs-maçons et libres penseurs. La censure est moins sévère, ce qui fera la richesse des éditeurs liégeois. Au niveau social la Principauté fait preuve également d'esprit novateur. Si les famines sont rares grâce à la fertilité des terres agricoles, en période de disette, le Prince organise l'importation de céréales et exerce un contrôle des prix. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'ordre des Jésuites est supprimé et ne peut donc plus remplir sa mission de formation et d'enseignement. Le Prince-Évêque créera des écoles paroissiales gratuites : 1/7e de la population fréquentera ces établissements. Certains sont réservés à l'instruction des filles. La Principauté de Liège et son prince-Évêque seront emportés par le bouleversement créé par la Révolution française qui trouvera, à Liège, un écho à nul autre pareil. En effet, les politiques liégeoise et française se sont étroitement liées à la fin du XVIIIe siècle, Louis XVI et le Prince-Évêque étant liés par des liens secrets. Les Liégeois suivent avec grand intérêt la situation en France et se soulèvent contre l'autorité du prince. Le 15 août 1789, l'insurrection débute et un Congrès est convoqué à Polleur pour le 26 du même mois. Le 27 août, l'évêque fuit à Trêves. Le 16 septembre, le Congrès de Polleur publie sa Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen qui est plus radicale que la française : « Toute souveraineté réside essentiellement dans le peuple » (et non la nation) et « tout citoyen est libre dans ses pensées et opinions" ». Comme en France, la situation sera chaotique avec une restauration, une répression, des confiscations, des exils, etc.

En 1793, la démolition de la cathédrale est décidée. Enfin, un décret de la Convention du 1er octobre 1795 décide de l'annexion de la Principauté à la France. En 18 15, l'ancienne principauté de Liège et les anciens Pays-Bas autrichiens sont associés aux Provinces-Unies sous la houlette du roi Guillaume Ier avant de constituer la Belgique en 1830.

 

Description :

Le palais s'organise autour d'une enfilade de trois cours orientées est-ouest. Son plan est emprunté à la Renaissance italienne mais la plupart des Cléments décoratifs sont gothiques. Vers la place Saint Lambert, la façade classique développe dix-neuf travées sur deux niveaux. Elle a été construite à la fin des années 1730 par Jean-André Anneessens. Le corps central est en légère saillie et abrite le portail encadré de pilastres engagés. Le fronton est orné des armoiries du prince Georges Louis de Berghes (1724-1743). Une aile néogothique de 21 travées, édifiée en 1871, prolonge cette longue façade.

Le porche s'ouvre sur la première cour. Celle-ci est rectangulaire et pavée. D'inspiration gothico-renaissance, elle est entourée de quatre galeries (dont trois du XVIe siècle) aux voûtes gothiques surbaissées en briques reposant sur soixante colonnes à balustres assez trapues, réunies par des arcs brisés et déprimés. Le fût des colonnes est formé de deux tambours, un cylindrique et un bulbeux. Les fûts reposent sur des bases carrées ou rondes. Socles et chapiteaux sont ornés de figures humaines fantastiques, de masques grotesques, de fous. Au-dessus des galeries, quatre façades sont percées de fenêtres à croisée surmontées de tympans aveugles. Sous chaque baie se retrouvent les armes d'Erard de la Marck. La deuxième cour est plus petite. Au centre, elle est agrémentée d'un bassin décoré de ferronnerie et de pots à feu. Les quatre ailes sont du XVIe siècle, des galeries animent les façades nord et sud. Les colonnes ont des fûts cylindriques, élégants et décorés d'éléments géométriques (cannelures, chevrons, lignes parallèles, etc). Elles sont reliées par des arcs en plein cintre soulignés de fmes accolades. Huit baies à linteau droit et piédroits moulurés gothiques éclairent les appartements princiers situés à l'étage de l'aile nord. L'aile sud et les façades ouest et est ont été rétablies en style gothique au XIXe siècle.

A l'origine, un jardin constituait la 3e cour et s'étendait jusqu'à l'ancienne église Saint André. Place Notger, une somptueuse façade néo-gothique en calcaire a été construite vers 1850 en voulant retrouver le style du palais d'Erard de la Marck. Des statues de Liégeois célèbres, des reliefs avec les épisodes majeurs de l'histoire liégeoise, les blasons des anciennes Bonnes Villes de la Principauté et des Bons Métiers de la Cités ornent cette partie de l'édifice.

La qualité du Palais des Princes Evêques ne s'évalue pas seulement en fonction de son architecture mais également par ses décors intérieurs, essentiellement du XVIIIe siècle.

L'ancienne chancellerie du Conseil rivé de Maximilien-Henri de Bavière, actuellement salle d'audience. dite salle bleue se situe dans l'aile orientale. Elle est décorée de panneaux répartis en trois niveaux. Neuf sont décorés des effigies de dynastes et généraux de l'Antiquité. Ils voisinent des panneaux portant le monogramme « MH » coiffé de la couronne d'Électeur du Saint-Empire romain germanique, Maximilien-Henri de Bavière cumulant l'électorat archiépiscopal de Cologne et l'épiscopat princier de Liège entre 1650 et 1688. Les autres panneaux sont agrémentés de ramées de chênes croisées, de palmes et couronnes de laurier, des hélianthes, des roses.

L'ancienne salle du Conseil privé, dite « chambre chinoise » actuellement Cabinet du Président du Tribunal de Première instance, est située à côté de la précédente et se distingue par son style Louis XV et ses tons vert d'eau. Ses décors sont datés du XVIIIe siècle. Au plafond une grande composition sur enduit illustre « les rites de la religion chinoise »; elle est l'œuvre de Paul-Joseph Delcloche, peintre officiel du prince-évêque Jean-Théodore de Bavière.

L'escalier dit "royal" se situe dans l'aile méridionale, reconstruite après l'incendie de 1734. Sa rampe est un chef d'œuvre de fer forgé de style Louis XV. La grande galerie s'étant du palier de l'escalier royal à l'angle de l'aile centrale. Elle a conservé son décor de stucs attribués aux Tessinois, Giuseppe Maria Moretti et Car10 Giuseppe Spinedi.

La salle du Conseil ordinaire, actuellement cabinet du Procureur général, est lambrissée de chêne et comprend cinq compositions d'Henri Detrixhe d'après Englebert Fisen, peintre officiel de Maximilien-Henri de Bavière, qui évoquent les récits de Tite Live, de Diodore de Sicile et de Claudius Aelianus. Les encadrements sont de style Louis XV mais une référence au style Louis XIV tardif est perceptible dans la palmette médiane contractée, espaçant l'accolade inférieure nervurée comme des faisceaux de licteurs. L'imbrication de ces styles s'observe notamment dans la partie haute des pilastres des lambris où une coquille se transforme en rocaille. Le plafond est décoré de stucs qui illustrent la fonction originale de la pièce.

L'ancienne salle d'audience du Conseil ordinaire, actuellement cabinet des Avocats généraux, est voisine de la précédente et est résolument de style Louis XV. Le plafond est orné d'une peinture allégorique : "Le Temps découvrant la Vérité", œuvre de Jean-Baptiste Coclers, peintre officiel de Georges-Louis de Berghes.

Les anciens appartements officiels du Prince-Evêque sont composés de trois salons lambrissés de chêne dans teintes d'eau et d'or. Ils ont été réalisés en 1750. Les stucs qui ornent ces trois salons sont attribués aux fières Moretti.

L'ACTUELLSAEL LE DE DÉLIBÉRATION DES JURÉS DE LA COURD 'ASSISES est la pièce la plus sobre et dénote une tension entre rococo pondéré et rococo plus exarcerbé.

 

L'ANCIENSNAELL E DU TRÔNE DES PRINCES- EVÊQUES, ACTUELLE SALLE DU CONSEILD E L'ORDRED ES AVOCAT est t la plus luxueusement décorée. La paroi est encadrée de deux colonnes cannelées corinthiennes. A la rigueur de ces colonnes répond la légèreté des boiseries de Style Louis XV. Les encadrements maintiennent une certaine rigidité des lignes mais la rocaille en infléchit légèrement le milieu et certains angles.

L'ANCIENNCE CHAMBRE A COUCHER DES PRINCES-EVÊQUES, DITE « SALLE AUX DAUPHINS ET AUX CHEVAUX MARINS », ACTUEL, CABINET DU BÂToNNIER, est une salle lambrissée dont la remarquable décoration vise l'anecdote et la fantaisie.

Les anciens avpartements privés du Prince-Evêque surmontent les appartements officiels et arborent des décorations du milieu du XVIIIe siècle.

L'ANCIEN CABINET DE TRAVAIL, ACTUEL BUREAU DU SECRÉTAIRE DU PROCUREUR DU ROI se caractérise par ses lambris bas et la cheminée ornés de rocailles asymétriques de style rococo épanoui.

 L'ANCIENNE BIOETHIQUE, AVTUEL BUREAU DU PROCUREUR DU ROI est meublé sur trois côtés. Le décor sculpté est fait de rocailles légères, asymétriques et agrémentées de feuillages et de fleurettes.

L'ANCIEN ORATOIRE PRIVÉ, ACTUEL CABINET DES PREMIERS SUBSTITUTS PROCUREUR DU ROI, sont les plus sobres : les rocailles et les éléments végétaux renouent avec la symétrie et composent avec les profils en arbalète des encadrements des tableaux d'Henri Deprez, peintre officiel du prince-évêque Charles-Nicolas d'Oultremont.

La partie occupée par le Palais provincial a été construite au XIXe siècle à la place de l'ancien palais des États et des anciennes écuries épiscopales. Son style néogothique dénote le souci du jeune État belge de s'affirmer, de trouver ses racines dans le Moyen Âge. A la richesse sculpturale de sa façade répond celle des décors intérieurs, qui reprend une partie des décors de l'Ancien Régime : l'escalier monumental du vestibule, les colonnes et peintures de la salle des pas perdus, le plafond à caisson et la double tribune en chêne sculpté et polychrome (1685) de la salle du Conseil provincial, les peintures et sculptures de la fin du XVIIe siècle du salon dit Louis XV, les tapisseries du milieu du XVIIIe siècle, que ce soit celles de la manufacture bruxelloise Leyniers dans la salle de la Députation permanente, celles d’Audenaerde dans l'ancienne antichambre de l'Etat noble et celles du tisserand bruxellois Van der Borght dans l'ancienne chambre de réunion de l'Etat noble.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Pendant plus de 10 siècles, la principauté de Liège est restée un territoire indépendant au sein de l'Europe occidentale. Durant tout ce temps, elle a été dirigée par un prince-évêque qui allie pouvoir religieux et politique. Le palais est le symbole de cette double fonction. Il matérialise également l'importance de son occupant. Au fil des reconstructions, des aménagements, il s'inscrit au goût du jour, il est fait appel aux meilleurs artistes et artisans locaux tout en s'inspirant des courants à la mode. Malgré les affrontements entre les grandes puissances, la Principauté développera une diplomatie qui lui permettra de garder son autonomie avant d'être emportée par la pensée républicaine. La somptueuse cathédrale qui le jouxte est alors démolie alors que le palais échappe à ce triste sort et garde sa fonction judiciaire en abritant le tribunal de première instance et sa fonction politique en devenant aujourd'hui palais provincial.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

L'aspect actuel du monument est celui d'un édifice qui loin d'être figé, a évolué au cours des siècles mais dont les fonctions administratives et judiciaires sont restées les mêmes depuis sa fondation.

De même, après la révolution liégeoise en 1793, qui marque la fin de la principauté épiscopale, loin de perdre son statut politique, il préserve cette fonction en restant le siège de l'administration départementale et de la justice sous le régime fiançais. Aujourd'hui encore, le palais abrite le Gouvernement Provincial ainsi que les institutions judiciaires. Si plusieurs palais épiscopaux ont également été transformés en palais provinciaux sur le territoire belge (Namur, Anvers), aucun d'eux ne présentent une telle continuité dans la représentation d'un pouvoir local.

Le palais des princes-évêques est, avant tout, le symbole d'une autorité garante de l'identité d'une région, la Province de Liège.

Comparaison avec d’autres biens similaires

D'autres principautés épiscopales ont été fondées à la même époque que celle de Liège mais dans la plupart des cas, la ville où résidait le prince-évêque n'a conservé que peu ou pas du tout de vestiges du palais épiscopal.

Ainsi à Cambrai (France), l'ensemble composé de la cathédrale et du palais a été saisi à la révolution, revendu et utilisé comme carrière à pierre. Il ne subsiste plus que l'entrée du palais reconstruite au XVIIe siècle.

A Verdun (France), l'édifice actuel a été reconstruit au XVIIIe siècle sur les vestiges d'un ancien palais du XVIe siècle. Après la révolution française, ce palais devient une sous préfecture et un tribunal mais il ne gardera pas ces fonctions administratives très longtemps. Durant le XXe siècle, il est à nouveau la résidence de l'évêque et abrite également la bibliothèque municipale ainsi que le Centre Mondial de la Paix.

A Wurtzbourg (Allemagne), par contre, le palais épiscopal (liste du patrimoine mondial No 169, critères i, iv), reconstruit au XVIIIe siècle, est un imposant monument de style baroque allemand. Comme le palais de Liège, il s'inscrit dans la trame urbaine de la ville et en est indissociable. Bien qu'en partie détruits pendant la deuxième guerre mondiale, les somptueux décors intérieurs réalises par divers artistes de renommée européenne au XVIIIe siècle ont pu être sauvés et restaurés. Comme dans le cas du palais épiscopal liégeois, cette fastueuse décoration intérieure témoigne de la richesse des différents courants artistiques de l'époque. Aujourd'hui, musées, instituts scientifiques et administrations se partagent le palais. Quant au prestigieux palais des princes-électeurs de Mayence (Allemagne), c'est un bâtiment de style renaissance tardif dont la construction a débuté en 1627 pour se terminer au 18e siècle. Presque entièrement reconstruit après la deuxième guerre mondiale, il présente peu d'éléments de comparaison avec le palais des prince-évêques. Au XIXe siècle, il sert de caserne, d'hôpital militaire, de douane, d'entrepôt et perd petit à petit toute fonction politique et administrative. Il abrite actuellement le Centre de conférence de la ville et le musée central romano-germanique.