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L’ensemble thermal de Spa : de la cure mondaine à la villégiature de prestige

Date de soumission : 08/04/2008
Critères: (ii)(iii)(vi)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Division du Patrimoine de la Région wallone de Belgique
Etat, province ou région :
Province de Liège, Région wallonne
Ref.: 5360
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les Etats parties les ont soumis.

Description

Historique

C'est du latin sparsa fontana, c'est-à-dire fontaine jaillissante, que proviendrait le nom même de Spa, dont la qualité des eaux semble déjà reconnue dès le 1er siècle de notre ère par les écrits du célèbre naturaliste romain Pline l'Ancien.

Les Ardennes seront évangélisées dès le Haut Moyen Age par saint Remacle. Son nom sera associé à de nombreuses sources de la région et en particulier à celle de la Sauvenière, sur les hauteurs de Spa, ou plusieurs miracles lui furent attribués. Au XIIè s., alors que Spa n'est qu'un pauvre village de bûcherons et de forgerons aux quelques maisons construites dans l'actuel quartier du Vieux-Spa, au sud-ouest, les premiers curistes installent leurs tentes non loin de la source principale que l'on nomme le Pouhon, aujourd'hui au centre de la ville. Les premières mentions de « pouhons », nom générique des sources minérales de la région provenant du latin potionem qui donna en français potion, se trouvent déjà en 1 180 dans le « Roman de Renart ».

Le manque d'infrastructures d'accueil ne permet cependant pas à la cité de se développer avant le XVIe s. Ce n'est qu'en 1572 que Spa devient une commune à part entière en se séparant de celle de Sart à laquelle elle était jusque-là rattachée. Au XVIe s. le développement de Spa s'accélère. Le premier ouvrage sur les eaux minérales de Spa « Des fontaines acides de la forêt d'Ardenne, et principalement de celle qui se trouve à Spa » de Gilbert Limborh, médecin du prince-évêque de Liège, paraît en 1559. Plusieurs autres grands médecins de l'époque y contribuent en y envoyant un nombre de plus en plus important de malades, ce qui entraîne la construction de nouvelles maisons où ceux-ci peuvent loger. L'engouement est tel qu'il faut commencer à exporter les eaux bienfaisantes, d'abord dans les localités proches, ensuite dans toute l'Europe.

Spa n'est cependant pas la seule ville d'eaux à être fréquentée : plusieurs souverains et un grand nombre d'aristocrates commencent à apprécier les séjours dans d'autres petites cités thermales européennes, autant pour les vertus de leurs sources que pour les divertissements qu'elles proposent. Pourtant, Spa se singularise de ses semblables par la tolérance dont fait preuve le prince évêque de Liège à l'encontre des différents courants de pensées et de religion qui apparaissent en cette période de Réforme et de Contre-réforme. La cité devient de ce fait une sorte de terrain neutre où se côtoient catholiques et protestants, ce qui lui permet de connaître une ère de grande prospérité.

Au XVIIe s., un nouveau style de vie apparaît dans les classes supérieures, avec un engouement très marqué pour des divertissements différents de ceux pratiqués par le peuple, comme le jeu de paume. Les stations thermales deviennent ainsi les endroits de prédilection où les jeux d'argent, les promenades et les amours galantes vont attirer l'élite sociale de toute l'Europe.

C'est au XVIIIe s. que Spa connaît sa période la plus brillante. A la suite de la cure, en 171 7, du tsar Pierre-le-Grand qui aboutit à sa guérison, la ville devient le rendez-vous mondain de l'ensemble de l'aristocratie européenne, attirée davantage par les divertissements élitistes que l'on y découvrait que par les vertus thérapeutiques de ses eaux. C'est à ce moment que Spa reçoit son surnom de « café de l'Europe ». La ville se métamorphose en développant une importante infrastructure hôtelière et en créant plusieurs édifices destinés à occuper les innombrables « bobelins » désœuvrés. Les nombreux tripots responsables d'incidents qui troublaient régulièrement l'ordre public sont remplacés en 1765 par un bâtiment, la Redoute, doté d'une salle de jeux et de salles réservées aux bals et aux assemblées publiques. Devant le succès que remporte ce premier casino né d'une volonté officielle, un second, le Waux-Hall, est construit cinq ans plus tard en dehors du centre urbain, puis un troisième en 1784. Des nouvelles promenades et des parcs permettant les rencontres galantes sont également aménagés. L'afflux de visiteurs est tel que Spa s'enrichit considérablement. Quant à la cure proprement dite, elle repose essentiellement sur la visite des fontaines dont les eaux sont bues selon les prescriptions des médecins : c'est la crénothérapie. Il n'y a pas encore d'hydrothérapie, même si l'on découvre l'un ou l'autre établissement qui met à la disposition d'une rare clientèle des bains chauds ou froids d'une qualité parfois douteuse.

La fin du XVIIIe S. et le début du XIXe, avec la révolution française et ses conséquences, vont entraîner un net déclin de nombreuses stations thermales européennes. Spa ne se redressera qu'à la fin des guerres de l'Empire, lorsque les provinces belges seront rattachées à la Hollande et que la vie mondaine retrouvera une partie de ses fastes d'antan. Un établissement thermal d'hydrothérapie est construit près du centre ville en 1827, remplacé par un autre en 1842 à l'entrée du parc de Sept-Heures. Mais on ne s'y bouscule pas. La clientèle a également changé : les aristocrates d'autrefois ont cédé la place à la bourgeoisie, moins opulente malgré son goût tout aussi prononcé pour les fêtes et les jeux. De nombreux artistes, écrivains, musiciens et peintres, viennent également y chercher l'inspiration.

La fin des années 1850 marque le deuxième temps fort pour les jeux à Spa, qui sont à ce moment pratiquement les seuls à exister en Europe, même si on jouait déjà dans la Principauté de Monaco dès 1856. Mais malgré la prolongation de la concession des jeux qui est obtenue par Charles Rogier en 1858, la menace de leur suppression au nom de la morale et à la suite des pressions exercées notamment par les villes d'eaux allemandes où le jeu est interdit, est de plus en plus forte. Charles Rogier va alors inciter le bourgmestre Joseph Servais à procéder à une transformation urbanistique avec un recentrage de l'activité touristique sur I'hydrothérapie et la construction d'un nouvel établissement des Bains dans le centre ville qui sera effectivement inauguré en 1868.

Originaire d'Allemagne et d'Angleterre, l'hydrothérapie va permettre à Spa de retrouver une clientèle fortunée qui associera les plaisirs de la balnéothérapie à ceux, habituels, d'une cité thermale. Le centre de la ville est réaménagé par la construction d'un certain nombre d'édifices fonctionnels, de nouveaux hôtels et des villas particulières s'élèvent à l'extérieur de la ville, des manifestations sportives de haut niveau sont organisées, de nouvelles promenades sont créées. Tout cela transforme l'ancien « Café de l'Europe » en « Perle des Ardennes », une dénomination synonyme non plus d'oisiveté et de mœurs légères, mais de tourisme mondain. La ville acquiert à ce moment son visage quasi définitif.

Durant la Première Guerre mondiale, Spa va servir de Grand Quartier général à l'armée allemande. C'est également là que le Kaiser Guillaume II abdiquera en 1918 avant son exil aux Pays-Bas, et que la Commission d'armistice des Alliés siégera durant l'hiver 1918-1919 pour régler les problèmes des dommages de guerre. II faut attendre 1920 pour que le tourisme soit relancé par la Conférence diplomatique de la Paix. Les jeux furent à nouveau autorisés, et le nouveau casino, reconstruit en 1922 après qu'un incendie ait ravagé la Redoute du XVIIIe S., fût à nouveau le théâtre de fêtes de toutes sortes. En 1921, la compagnie Spa Monopole est créée pour l'exploitation et l'exportation des eaux minérales spadoises. Un centre de recherche et de contrôle des eaux, l'institut Henrijean, lui est également associé, et ce centre est le premier en Europe à avoir été créé sur les lieux mêmes où se donnaient les bains. Une législation pour la protection des sources est également mise en place par l'entreprise et par les dirigeants de la ville.

Après la Seconde Guerre mondiale, le thermalisme privé est en chute libre, mais il est heureusement remplacé par le thermalisme social. Le premier centre belge de ce genre est ouvert à Spa en 1949, et il connaît un succès immédiat qui devait durer jusqu'à la fin des années 1970, lorsque la crise économique mit un terme au remboursement des soins de ce type, provoquant une forte diminution des prestations.

Le début du XXIe S. voit cependant l'apparition d'un thermalisme moderne, le thermoludisme, fondé sur la remise en forme et le bien-être des curistes contemporains. Un nouveau centre thermal est construit sur la colline au nord de Spa. On y trouve des bains d'eau minérale chauffée ou d'eau carbogazeuse, de vapeur ou de chaleur sèche. Si les techniques se sont améliorées, elles demeurent fidèles à la tradition thermale spadoise dans le cadre de I'hydrothérapie. Le thermoludisme se distingue pourtant du thermalisme, dont la vocation thérapeutique est avérée, de la thalassothérapie et de la grande majorité des piscines, en mettant principalement l'accent sur la relaxation et la revitalisation.

Spa a ainsi réussi sa reconversion et compte bien continuer à jouer le rôle de ville d'eaux emblématique qui a été le sien pendant près de cinq siècles.

 

Description

La zone du bien proposé pour inscription comprend l'ensemble thermal les villas résidentielles, les sources et leur environnement, les promenades les plus emblématiques qui y mènent et les zones boisées qui les entourent. Une aire centrale comprenant notamment des habitations récentes sert de zone tampon.

La ville de Spa est située à l'orée des Ardennes, sur un sol géologiquement riche qui est exploité depuis longtemps dans un but thérapeutique. Les nombreuses sources qui jaillissent sur son site possèdent en effet des vertus particulières dues à leur composition essentiellement chargée en fer, en manganèse et en gaz carbonique dont la présence proviendrait partiellement de l'ancienne activité volcanique de l'Eifel voisin et principalement de la décomposition des carbonates marins. On y trouve deux types de sources : les « Pouhons », dont les eaux carbogazeuses ferrugineuses ne se distinguent entre elles que par des différences de proportion de leurs éléments constitutifs, et les autres, aux eaux oligométalliques très peu minéralisées. Ces différentes sources sont réparties sur I'ensemble de la commune, les unes dans le centre de la ville, les autres à sa périphérie, à des altitudes variables et reliées par de remarquables promenades tracées au fil des siècles pour les malades venant y chercher la guérison, avant que les bains carbogazeux et les bains de tourbe ne prennent le relais. La tourbe est d'ailleurs une autre richesse locale que le thermalisme valorise toujours aujourd'hui. Premier stade de la décomposition des végétaux en charbon, elle se caractérise par de nombreuses qualités que I'on ne retrouve pas dans d'autres péloïdes (argile, kaolin, limon. ..) utilisés dans la plupart des stations thermales. Les éléments vitaux que contient naturellement la tourbe la rendent thérapeutiquement beaucoup plus active, et de ce fait plus efficace, que les autres substances inertes. C'est donc l'ensemble des richesses naturelles de Spa qui a permis l'éclosion au XVIIe siècle de la cité thermale ardennaise avant que son épanouissement au XVIIIe siècle ne s'accompagne d'un exceptionnel développement urbanistique dont témoignent encore plusieurs bâtiments importants.

Le Waux-Hall représente la deuxième des maisons de jeux spadoises et constitue depuis la destruction de la Redoute l'un des plus anciens établissements de ce type en Europe. Cette construction bâtie en dehors du centre, bordée à l'ouest par une cour d'honneur et par un jardin à l'est et au nord, présente une sobriété plus grande que les autres édifices du XVIIIe siècle. Sa construction remonte aux années 1770. Plusieurs styles y cohabitent : néoclassicisme liégeois pour l'ensemble, Louis XV pour les ferronneries, et pompéien pour le salon de l'aile méridionale. Très fréquenté jusqu'en 1845, le Waux-Hall connut par la suite plusieurs affectations qui entraînèrent sa dégradation progressive. Il a été déclaré patrimoine exceptionnel de Wallonie et un vaste programme de restauration a commencé en 2006.

Plusieurs hôtels prestigieux datant du XVIIIe s. ont également été conservés, pour la plupart transformés en édifices publics ou occupés par des institutions privées. Ils révèlent une influence française et attestent de l'opulence de la ville alors à son apogée. Le Grand Hôtel, actuellement hôtel de ville, l'Hôtel de Lorraine et l'Hôtel d'Irlande en sont quelques exemples.

Le visage actuel de la ville de Spa provient en grande partie des projets qui firent pensés et réalisés durant la seconde moitié du XIXs s., lorsque l'interdiction des jeux de hasard en 1872 précipita le développement du thermalisme. Les édifices les plus importants qui datent - de cette période sont construits dans le style néo-Louis XVI, pur produit de l'éclectisme qui domine à ce moment l'architecture européenne et choix parfaitement représentatif de cette élégance mesurée qu'appréciait la haute bourgeoisie contemporaine. Cette caractéristique stylistique se retrouve dans les constructions suivantes :

Le pouhon Pierre-Ie-Grand est la plus connue des sources de Spa et de sa région. Protégé par un édifice conçu par l'architecte Victor Besme en 1880, il se compose d'un pavillon octogonal accolé à une grande salle qui fut pendant longtemps un jardin d'hiver et dont la caractéristique principale est d'être dotée d'une infrastructure en fonte soutenant le toit. Malgré l'emploi de ce nouveau matériau emblématique du courant fonctionnel, l'ensemble donne une image très classique par la prédominance du style néo-Louis XVI que l'on retrouve autant à l'extérieur que dans la décoration intérieure.

L'ensemble constitué par le Casino, le Théâtre et la Salle des Fêtes fut construit au début du XXè s.. Le Casino occupe l'emplacement de la Redoute, la première salle de jeux édifiée au XVIIIè S. qui disparut pour laisser la place à l'édifice actuel. Reconstruits après l'incendie de 191 7, le Casino et le Théâtre ont été restaurés il y a quelques années par la ville et sont encore aujourd'hui le cœur des festivités et des activités ludiques de Spa. Le théâtre a été réalisé à l'italienne et présente une riche décoration stuquée que l'on retrouve également dans le très élégant Salon bleu. La Salle des Fêtes ou Kursaal, réalisée par Alban Chambon, s'inspire du théâtre de Versailles et comporte une vaste salle dotée de balcons et d'un promenoir. Cet ensemble prestigieux reflète parfaitement l'importance des festivités dans le thermalisme de la Belle Epoque.

L'ancien Etablissement des Bains date de la seconde moitié du XIXe s. et fut édifié par l'architecte de la Bourse de Bruxelles Léon Suys pour contrer la désaffection de Spa par les curistes après l'interdiction des jeux de hasard. Il marque l'avènement de l'hydrothérapie qui s'impose aux côtés de la cure de boisson De style éclectique avec une prédominance du néo-Louis XVI, l'établissement comporte une magnifique façade en avancée sur un soubassement en pierre bleue à double escalier. Les canons classiques sont discernables dans l'ordre dorique puis corinthien des pilastres cannelés, par les architraves profilées, par les statues placées dans des niches flanquant l'entrée, par le fronton et par les statues en ronde-bosse qui le surmontent. Le bâtiment est construit sur trois niveaux et entoure une cour intérieure. Il est décoré de fresques de style néorococo qui s'inspirent de l'œuvre du grand peintre fiançais François Boucher. Dans chaque aile, six salles de bain étaient réservées aux douches, aux bains carbogazeux, aux bains de tourbe et aux bains de vapeur, l'eau nécessaire à son fonctionnement provenant des sources Marie- Henriette et Wellington. La réaffectation de ce somptueux bâtiment, f m é depuis l'inauguration des nouveaux thermes, est actuellement à l'étude.

Le Parc de Sept-Heures et la galerie Léopold II est en quelque sorte l'aboutissement du parcours linéaire qui débute à l'est avec le Pouhon Pierre-le-Grand. Au XVIIe S., l'endroit est déjà un célèbre lieu de rendez-vous. Aménagé au XVIIIe puis au cours de la seconde moitié du XIXe s. il permettait aux curistes de se rencontrer après leur cure à l'une des fontaines. Pour que les intempéries ne troublent pas ce moment particulièrement apprécié, l'architecte spadois William Hansen réalisa une galerie de 130 m de long, couverte d'un plafond en bois que supportent 92 colonnes en fonte. Cette galerie couverte, appelée Galerie Léopold II, est unique en Wallonie et servira de modèle à de nombreuses stations thermales européennes. Elle est bordée par deux pavillons, l'un de forme ovale qui servait autrefois de salle de jeux et occupé aujourd'hui par l'office du Tourisme, et l'autre carré. Tous deux sont construits en brique et sont rythmés par des pilastres en pierre.

Les hôtels continuent à être construits au XIXe et au début du XXe s.. L'hôtel Britannique, l'hôtel de Balmoral et le Golf Hôtel attestent de l'importance du tourisme thermal à cette époque. De même, plusieurs centaines de villas du XIXe et du début du XXe s. parsèment les alentours de la ville. Elles furent construites par et pour la bourgeoisie soucieuse de montrer sa réussite sociale et révèlent de ce fait le goût de la mondanité qui toucha Spa à cette époque. La diversité stylistique de ces constructions est sidérante, les architectes s'inspirant de la plupart des styles depuis l'Antiquité jusqu'à l'Art Moderne. La qualité et la variété de ce patrimoine de villégiature présentent un caractère indéniablement exceptionnel.

Les neuf sources font partie intégrante du patrimoine spadois. Plusieurs décrets de protection des eaux furent publiés dès le XVIe S. pour en protéger la pureté et le débit. Aujourd'hui, elles sont reconnues d'utilité publique et bénéficient de ce fait d'une législation particulièrement rigoureuse. Un grand nombre d'entre elles ont une réputation qui remonte à un passé parfois très éloigné.

Jusqu'à la fin du XIXe S., les curistes se soignaient en buvant l'eau d'une seule source. Lorsque le réseau routier se développa, ils purent découvrir la plupart d'entre elles en faisant la Promenade des Fontaines. Ils rencontraient d'abord les sources Wellington et Marie-Henriette, cette dernière étant utilisée depuis 1868 pour l'alimentation de l'Etablissement des Bains, ainsi que la source du Tonnelet, protégée depuis 1884 par une rotonde vitrée et dont l'eau était auparavant recueillie dans un tonneau. Puis ils parvenaient à la source de la Sauvenière qui est, avec le pouhon du centre ville, l'une des plus anciennes de la région à avoir été sollicitée pour ses vertus notamment fécondantes dont les origines légendaires remonteraient à saint Remacle. Ses eaux très diurétiques favorisèrent en tout cas pendant longtemps les malades atteints d'affection des voies urinaires. Les curistes se dirigeaient ensuite vers la source de Géronstère, célèbre depuis la guérison du tsar Pierre le Grand au début du XVIIIe S. et dont la réputation contribua à faire de Spa La station thermale de l'élite sociale du XVIIIe s.. De là, ils redescendaient vers Spa et s'arrêtaient à la source de Bansart, l'une des plus faiblement minéralisées du site.

La journée se poursuivait autour des tables de jeux ou le long des promenades entourant la ville. Il y a plus de 80 promenades à Spa, un nombre impressionnant qui en fait un lieu unique dans le cadre du thermalisme européen. Si les plus anciennes datent du XVIIIe s., la plupart firent tracées au XIXe s. et au début du XXe. Les promenades d'Orléans, des Artistes et Meyerbeer sont parmi les plus célèbres : elles suivent chacune un ruisseau aux multiples cascatelles, au milieu de bois magnifiques, et sont dotées de ponts en rondins et de reposoirs divers. L'ensemble forme en tout cas un patrimoine exceptionnel, totalement indissociable de la conception thermale en général.

Diverses infrastructures ou monuments sans être directement liés au thermalisme témoignent de l'importance et du caractère international de la ville.

Ainsi la gare construite en 1863 qui regroupe salle des bagages, guichets, salle d'attente, bibliothèque, buffet et locaux administratifs. Elle accueillit nombre de curistes dont la reine Marie Henriette.

L'abattoir communal a été construit en 1879 et a fonctionné jusqu'à la seconde guerre mondiale afin de répondre à la demande en viande des hôtels et restaurants de la ville. Dans le souci de satisfaire aux exigences des curistes et de pouvoir leur offrir boissons rafraîchissantes et mets glacés, Spa est équipé d'un grand nombre de glacières (plus de 10).

Le cimetière, conçu en 1841, témoigne aussi de l'histoire de Spa et du thermalisme. Une cinquantaine de tombes portent des inscriptions anglaises témoignant du succès de la station thermale auprès des Anglais. On y trouve également les sépultures de médecins qui ont inventé des traitements de la cure, d'artistes musiciens, Spa comptait deux orchestres permanents, d'hôteliers.

Spa compte également plusieurs édifices religieux ou philosophiques : l'église saint Remacle, la chapelle de la Reine, la chapelle Leloup mais aussi un temple évangélique, un temple évangélique, une loge maçonnique.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

L'une des premières thérapies découvertes est sans doute l'hydrothérapie. Déjà dans l'Antiquité, certaines sources étaient reconnues pour leurs qualités curatives. Le traitement variait en fonction de la qualité des eaux : soit on se baignait, soit on buvait l'eau. Parfois les deux traitements se combinent. Les eaux se prennent sur place, du moins dans un premier temps, et à certaines périodes de l'année. Peu à peu, l'activité thermale devient une source de revenus importante pour les villes qui attirent les curistes par la qualité des eaux mais également par la qualité des infrastructures de soins et d'accueil des curistes.

Certaines eaux seront plus appréciées que d'autres. Très vite, celles de Spa ont acquis une réputation internationale et sont souvent prises comme base de comparaison pour qualifier la qualité des autres eaux. Elles attirent des personnalités de hauts rangs. Il faut aller à Spa et y être vu. Spa devient le "café de l'Europe et la ville se développe en fonction de cette activité. La réputation de la station est telle que son nom devient un terme usuel dans le monde du thermalisme. Spa illustre remarquablement le concept de la ville thermale des XVIIIe, XIXe, XXe et XXIe siècles dans son architecture mais également par son environnement naturel.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Depuis la seconde moitié du XIXe s., Spa s'est dotée d'une structure thermale qui est toujours présente et, pour l'essentiel encore fonctionnelle. Les modifications que la ville a subies depuis lors n'ont pas affecté ce patrimoine. De même, les sources et les promenades ont été préservées dans la nature qui les abrite et gardent le caractère exceptionnel qu'elles avaient déjà il y a plus d'un siècle.

Les édifices individuels qui donnent à Spa son cachet si particulier conservent toutes les composantes stylistiques de l'époque à laquelle ils appartiennent. Le pouhon Pierre-le-Grand a conservé l'essentiel de ses éléments d'origine, en particulier les élégantes poutrelles en fonte qui soutiennent la toiture. Le casino, le théâtre et la salle des fêtes ont eux aussi gardé leur caractéristique d'antan, de même que l'établissement thermal et la galerie Léopold II. Le parc de Sept Heures fût par contre quelque peu réaménagé et embelli, mais il a néanmoins conservé sa raison d'être initiale de lieu de promenade à proximité immédiate de la ville. Malgré les travaux de rénovation qui les préservent de l'usure du temps, l'authenticité de tous ces éléments typiques de la ville thermale du XIXe s. est indéniable. Quant aux différentes sources, la protection dont elles bénéficient les a toujours préservées.

Comparaison avec d’autres biens similaires

La Région wallonne de Belgique souhaite donner à cette inscription une dimension sérielle et transnationale. Il a existé de nombreuses villes et stations thermales en Europe. Certaines, comme Spa, ont gardé cette fonction. Le thermalisme est sans doute me des premières formes de tourisme en Europe. Les Grands vont prendre les eaux. Certaines stations sont à la mode avant de perdre de l'éclat. Les rois et les princes feront la renommée de ces villes entraînant avec eux la bourgeoisie, donnant également à ces villes la richesse mais exigeant aussi un séjour de qualité. En comparant Spa avec d'autres villes thermales européennes, comme Baden-Baden (Allemagne), Montecatini (Italie), Marienbad (République tchèque), Karlsbad (République tchèque), Contrexéville (France) ou Evian (France), on constate qu'un certain nombre d'éléments propres au thermalisme se retrouve dans chacune d'elle : salles de jeux et de spectacles, établissement thermal, hôtels, villas, galeries couvertes et promenades dans la nature environnante, sans parler des sources bienfaisantes. Certaines de ces caractéristiques semblent d'origine spadoise et plus particulièrement la galerie couverte permettant aux curistes de se promener par tous les temps et les promenades aménagées d'abord dans un parc, puis dans la nature environnante. Spa a également conservé certains témoignages de son âge d'or au XVIIIe siècle, notamment l'un des premiers casinos du monde, le Waux-Hall, alors que le patrimoine des autres villes d'eau date essentiellement du XIXe siècle.

En outre, Spa est la première à exporter ses eaux dès le XVIe siècle, dans un premier temps dans les régions proches et ensuite dans toute l'Europe.