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L’œuvre architecturale d’Henry van de Velde

Date de soumission : 08/04/2008
Critères: (i)(ii)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Direction des Monuments et des Sites de la Région Bruxelles Capitale de Belgique
Etat, province ou région :
Région Bruxelles-Capitale
Coordonnées N50 47 47 E4 20
Ref.: 5356
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les Etats parties les ont soumis.

Description

L'œuvre architecturale d'Henry van de Velde constitue une source essentielle de l'art moderne. Elle est le fruit d'une énorme activité créatrice, poursuivie de manière quasi ininterrompue depuis ses débuts, comme jeune peintre au cercle belge d'avant-garde les XX, en 1888, jusqu'aux prestigieuses commissions de constructions publiques des années 1930, voire sa retraite active en Suisse de l'après-guerre, consacrée en grande partie à la rédaction des ses mémoires. En effet, si la présente proposition  traite exclusivement de l'œuvre architecturale de van de Velde, il ne faut pas oublier que cet architecte mondialement reconnu a été un créateur pluridisciplinaire, notamment actif dans la peinture, la création de meubles et d'objets, la reliure et la création de mode. L'artiste valorisera ses activités multiples en les intégrant dans son architecture, où il cherche essentiellement à créer des cadres de vie, imprégnés d'esthétique. Ainsi, il réalisera son idée de l'unité fondamentale de l'ensemble du domaine plastique.

L'œuvre de Van de Velde est marquée par la rigueur, mais est aussi animée par un esprit très individuel. Dans ses réalisations, comme dans ses écrits et son enseignement, bien qu'il cherche à démontrer les lois immuables de la construction et les principes auxquels sont assujetties les formes, il plaide également  pour l'expression personnelle, la « griffe » du génie créateur. Dans sa vision, ses deux forces conjuguées engendreront la beauté rationnelle. C'est la clef qui lui permet de renouveler sa pratique artistique et ainsi maintenir son audience auprès des architectes de la nouvelle génération de l'entre-deux-guerres.

La carrière d'Henry van de Velde a été jalonnée de multiples rencontres, qui lui ont permis d'exercer son art hors de son pays d'origine, la Belgique, notamment aux Pays-Bas et en Allemagne. Ses innombrables écrits et conférences, traduits et publiés à l'étranger, ses relations avec d'influents mécènes et intellectuels européens ont largement contribué au rayonnement international de son œuvre.

De nombreux architectes modernistes parmi les plus influents du siècle dernier, tel que Le Corbusier et Gropius, l'ont publiquement reconnu comme un des grands pionniers de l'architecture moderne. Les publications de référence traitant de l'histoire de l'architecture continuent à souligner le rôle majeur exercé par van de Velde.

  1. L'œuvre architectural de van de Velde est trop riche pour pouvoir en donner un aperçu exhaustif ici. Hormis les nombreuses maison privées que van de Velde a construit il faut citer parmi les réalisations les plus significatives (encore existantes ou détruites) et caractéristiques  l'aménagement de l'ancien Musée Folkwang (Hagen, 1902, actuellement Musée Karl Ernst Osthaus), le Nietzsche-Archiv (Weimar, 1903), le Kunst- et le Kunstgewerbeschule de Weimar (1904-1908 et 1911, actuellement l'Université Bauhaus de Weimar) - Le Bauhaus et ses sites à Weimar et Dessau sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial depuis 1996- , le club de tennis de Chemnitz (1906-1908, démoli après la Seconde Guerre Mondiale), le théâtre de l'exposition du Werkbund (Cologne, 1913-1914, démoli en 1920), la Bibliothèque Centrale et Institut supérieur d'histoire de l'art et d'archéologie de l'Université de Gand (1932-1936) et le Musée Kröller-Müller (Otterlo, 1936-1957).

Le Bloemenwerf, situé à Bruxelles inaugure la carrière de l'architecte et s'impose comme le premier jalon de sa fructueuse carrière.

Le Bloemenwerf :

Première réalisation de Henry van de Velde, le Bloemenwerf  date de 1895. C'est alors qu'il il entame à Uccle, faubourg champêtre de Bruxelles, la construction de ce qui allait être sa résidence-atelier jusqu'à son départ pour l'Allemagne en 1900.

Le Bloemenwerf correspond à un tournant décisif dans la carrière de van de Velde, qui après avoir abandonné définitivement les beaux-arts se consacrera exclusivement aux arts décoratifs et à l'architecture. Elle s'impose comme une maison manifeste de l'époque d'éclosion de l'Art nouveau. Manifeste car elle concrétise les théories artistiques de son auteur : un Art nouveau basé sur la conception rationnelle, dépourvue de toute ornementation superfétatoire et appliqué à la totalité de l'environnement de vie, des plans des constructions jusqu'au moindre objet usuel.

Cette absence d'ornementation, l'aspect insolite et ‘anglais' de la villa firent sensation à Bruxelles, car elle était fort éloignée des visions artistiques de l'époque.

Le Bloemenwerf est une habitation isolée de deux niveaux sur cave. Ses façades sont en briques enduites. Sa disposition suit un plan central avec un puits de lumière. Le bâtiment de forme polygonal est implanté sur un terrain arboré à forte déclivité, adjacent à deux rues sur deux côtés opposés.

Le corps de volume est marqué par des murs à inclinaisons différentes et par des décrochements multiples, dont les dispositions induisent une toiture à la charpente complexe.

La façade principale est subdivisée en trois parties. Chacune d'elle est surmontée d'un pignon de même hauteur et à la silhouette brisée.

Dans l'axe de la façade principale, une grande terrasse extérieure, surélevée de 6 marches et couverte d'une toiture d'ardoises, précède l'entrée de la villa. Les deux parties latérales de la façade se distinguent par des baies aux linteaux courbes, munies de châssis à petits bois et volets rabattants extérieurs.

L'entrée du rez-de-chaussée débouche sur un vaste hall central ouvert sur deux niveaux et couvert d'un lanterneau. Il dessert un double escalier et l'accès à diverses pièces de séjour : salle à manger, cuisine ainsi qu'une chambre avec salle de bain. L'atelier de van de Velde se trouve au côté nord, bien éclairé par une grande fenêtre rectangulaire.

A l'étage, une galerie entoure le vide du hall central et relie les arrivées des deux escaliers. Le long de la galerie, entre les piliers qui supportent le plafond et le lanterneau, des vitrines sont aménagées. Vitrées des deux côtes, elles font office de balustrade et à l'époque de van de Velde permettaient de voir d'emblée, tant depuis le rez-de chaussée que de l'étage  les divers exemples de pièces d'arts décoratifs de la collection de l'artiste.

La galerie donne également accès, aux diverses chambres à coucher, à une salle de toilette ainsi qu'a une pièce qui servait à van de Velde de lieu d'étude Cet espace situé côté sud, au-dessus de la porche d'entrée est éclairée par une grande baie vitrée.

Les portes intérieures sont partiellement vitrées. Par soucis d'unité et de sobriété, elles présentent le même arc surbaissé et le même vitrage à  petits bois que les fenêtres extérieures.

L'aspect général de l'intérieur est intime et d'une grande sobriété, en rupture totale avec le caractère ostentatoire qui caractérisent les habitations bourgeoises traditionnelles de l'époque.

Le tracé du jardin « à l'anglaise » est l'œuvre de l'épouse de van de Velde, Maria Sèthe, qui était à l'époque sa plus proche collaboratrice. Il s'inscrit dans le courant romantique et laisse à la nature son expression naturelle.

Justification de la Valeur Universelle Exceptionelle

Le Bloemenwerf représente un chef-d'œuvre du génie créateur humain -  (critère i)

Si l'idée de créé une maison d'artiste en parfaite harmonie avec les idéaux de son occupant trouve un précédent chez Morris et sa Red House (architecte : Philip Webb, 1859), Henry van de Velde pousse beaucoup plus loin la volonté de faire de son foyer une oeuvre d'art homogène.

Le Bloemenwerf contient en gestation ou très explicitement tout ce qui fera l'art de van de Velde et son souci d'un « design total » . La composition polygonale du plan est audacieuse et se traduit dans l'espace par un découpage très élaboré des pleins et des vides des façades. Le plan présente un éclatement de l'espace interne, un goût de la transparence et de l'unité architecturale et décorative. Tout au Bloemenwerf est marqué par une même simplicité et netteté, une cohérence étudiée jusque dans les moindres détails - ce qui constitue sa nouveauté absolue :  non seulement en ce qui concerne l'ameublement (actuellement conservé au Musée Bellerive de Zurich) mais aussi les finitions (papiers peints, carreaux en céramique), les objets usuels et les vêtements portés par Maria Sèthe.

L'appartenance du Bloemenwerf à l'Art nouveau, si elle est incontestable, est cependant fort éloignée de ce qui déjà à l'époque caractérisait l'école bruxelloise tant son vocabulaire ornemental est réduit. La portée internationale du Bloemenwerf ne se limite pas à ses attaches anglaises, elle annonce une partie de ce qui caractérisa la Sécession Viennoise,  et  les réalisations de l‘époque dite de « Weimar » qui rattachera van de Velde à l'Art nouveau tout en l'éloignant.

Au Bloemenwerf rien ne distingue le traitement des espaces de représentation des espaces de vie. Il n'y a pas une architecture d'apparat d'une part et une architecture domestique de l'autre. Toutes les fonctions tant privées que professionnelles sont traitées de manière équivalente contrairement à l'architecture bourgeoise traditionnelle. Ce traitement égal, à l'intérieur comme à l'extérieur du Bloemenwerf annonce le design fonctionnaliste et « démocratique » de l'architecture moderniste des années vingt du siècle passé. Il annonce aussi, l'attention qui sera portée, peu à peu, aux objets les plus simples et les plus quotidiens - et le souci de l'architecture, désormais, de ne plus se contenter d'être une activité de luxe.

Le Bloemenwerf témoigne d'un échange d'influences considérable pendant une période donnée ou  dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l'architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages - (critère ii)

L'aspect ‘anglais' du Bloemenwerf n'est pas un hasard. Au début de sa carrière, la conception artistique de van de Velde est imprégnée par les idées du mouvement Arts & Crafts, précurseur du renouveau des arts à la fin du dix-neuvième siècle. Par la revue anglaise The Studio, van de Velde connaissait notamment Charles F.A. Voysey et Mackay Hugh Baillie Scott. Il partage leurs idées sur le nouveau design et l'architecture mais ils ne les suit pas servilement - les réalisations des trois architectes sont d'ailleurs contemporaines.

Le Bloemenwerf présente une très intéressante synthèse des courants caractéristiques de l‘époque, tout en y apportant une nouvelle dimension.

L'architecture vernaculaire a été une autre source d'inspiration du Bloemenwerf. Van de Velde explique dans ses mémoires que le nom même de sa villa provient « d'une de ces veilles demeures de campagne, d'apparence distinguée et humble à la fois, qui avait retenu particulièrement notre attention au cours du trajet que nous fîmes en bateau à vapeur d'Utrecht à Amsterdam, lors de notre voyage de noces. Il nous semblait que la villa que nous allions construire s'apparentait à celle que nous avions admirée le long des berges du canal : le Bloemenwerf ».

Très rapidement le Bloemenwerf est devenu un centre de diffusion des idées nouvelles. En tant que membre du cercle Les XX et de La Libre Esthétique - qui comptent parmi les groupements artistiques des plus résolument avant-gardistes et à dimension internationale de la fin du XIXme siècle- , van de Velde était bien placé pour nouer des relations avec divers intellectuels et artistes européens. Ses contacts seront encore davantage développés au Bloemenwerf : Elie et Elisée Reclus, Emile Verhaeren, Willy Finch, Léon Blum, Camille Huysmans, Emile Vandervelde, Constantin Meunier, Henri de Toulouse-Lautrec, Paul Signac, Johan Thorn Prikker, Jan Toorop, Emile Tassel, Jacques Mesnil, Théo van Rijsselberghe, Sophie & Curt Hermann, Eberhard Von Bodenhausen, Harry Kessler, Karl Ernst Osthaus, Siegfried Bing et Julius Meier-Graefe étaient tous des familiers de la maison.

Les rapprochements avec des amis Allemands comme Meier-Graefe, Von Bodenhausen, Kessler ou encore Osthaus, seront capitales pour la carrière de van de Velde et lui ont permis de jouir d'une grande notoriété.

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

Respect de la Condition juridique : Le bien bénéficie d'une protection juridique garantissant sa conservation. Le Bloemenwerf,  formé par la villa et le parc qui l'entoure, sont classé comme monument et comme site par arrêté royal du 3 août 1983.

Le Bloemenwerf répond au critère d'authenticité. Les modifications par rapport à la situation d'origine sont limitées et respectent l'apparence du bâtiment. En 1955 deux pièces furent ajoutées au premier étage côté Nord, au-dessus de l'atelier d'origine qui se trouvait au rez-de-chaussée. Des dessins conservés montrent que, curieusement, van de Velde avait également envisagé de modifier son projet original dans ce sens. Ce projet, qu'il faut situer au même moment ou peu après la construction ne fut pas exécuté, probablement à cause du départ de van de Velde vers l' Allemagne. 

Cette transformation n'a pas fort affecté l'apparence de l'édifice car à l'époque de van de Velde le plafond de l'atelier était assez élevé.

La maison n'a jusqu'ici jamais bénéficié d'une restauration profonde. Consécutif à des travaux d'entretiens successifs, la couleur des enduits et des menuiseries extérieures ne correspond actuellement plus celles d'origine. Celles-ci pourraient toutefois être restituées sur base d'études stratigraphiques.

Le mobilier d'origine du Bloemenwerf, auquel van de Velde tenait énormément, l'a accompagné durant ses mulptiples péripéties à travers l'Europe. Il se trouve actuellement au Musée Bellerive de Zurich (CH).

L'état de conservation du Bloemenwerf est bon.

Comparaison avec d’autres biens similaires

L'œuvre de van de Velde peut être à plusieurs égards comparé, avec celle d'autres grand maîtres de l'Art nouveau et du mouvement moderne (Horta, Hoffmann, Le Corbusier...). Elle s'en distinguera essentiellement par sa grande force d'expression individuelle, où chaque création dévoile sa propre structure organique, et où l'élément artistique est omni-présent, jusque dans les objets à priori les plus utilitaires. Ainsi van de Velde exprimait son idéal d'esthétique qui constitue un lien essentiel entre la pensée fondamentalement morale de John Ruskin et de William Morris et le fonctionalisme des années 1920.

Le rayonnement international de l'œuvre et de la pensée d'Henry van de Velde plaident pour une inscription sérielle transnationale.

Le Bloemenwerf, première construction de la main de l'architecte, constitue un point de départ logique dans le volet belge d'une proposition d'inscription, sur la Liste du patrimoine mondial de l'Unesco, d'une série transnationale qu'il est prévu de présenter, sous réserve de la décision souveraine des Etats partis, avec l'Allemagne et les Pays-Bas. De même pour la Belgique, d'autres réalisations de van de Velde que le Bloemenwerf (situé en Région Bruxelles-Capitale) sont susceptibles de compléter cette première proposition se limitant provisoirement à un seul bien et dont la pertinence est conditionnée par une extension ultérieure. Le Bloemenwerf prend sa véritable importance dans un choix cohérent des réalisations représentatives conçues par Henry van de Velde, ce qui constituera la valeur universelle exceptionnelle de l'ensemble.

Le Bloemenwerf s'insérerait tout naturellement dans une inscription sérielle consacrée à l'oeuvre architecturale représentative encore existante de van de Velde :

Allemagne : la Villa Esche (Chemnitz, 1902), Villa Hohenhof (Hagen, 1906-1908), Kunstgewerbe - & Kunstschule (Bauhaus Weimar, 1904-1908 et 1911) au patrimoine mondial depuis 1996, Nietzsche-Archiv (Weimar, 1903), Haus Hohe Pappeln (Weimar, 1906)

Pays Bas : La Maison du Dr Leuring « De Zeemeeuw » (Scheveningen, 1903), le Musée Kröller-Müller (Otterlo, 1936-1957) 

Belgique : Le Bloemenwerf (Uccle, 1895), La Nouvelle Maison (Tervuren, 1928), la Maison Wolfers (Bruxelles, 1930), la Maison Grégoire-Lagasse (Bruxelles, 1931), la Bibliothèque Centrale et Institut supérieur d'histoire de l'art et d'archéologie de l'Université de Gand (1932-1936).

Les exemples complétant cette première proposition restent à détérminer en collaboration avec les autres Régions et Etats Parties concernés, ainsi que les gestionnaires des biens.