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Ecosystèmes terrestres et paysage culturel de l'Archipel des Comores

Date de soumission : 31/01/2007
Critères: (v)(viii)(ix)(x)
Catégorie : Mixte
Soumis par :
Commission Nationale des Comores
Etat, province ou région :
Ngazidja, Ndzouani, Mwali
Ref.: 5108
Avertissement

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Les noms des biens figurent dans la langue dans laquelle les Etats parties les ont soumis.

Description

L'archipel des Comores constitue un exemple éminemment représentatif des processus géologiques en cours. Son origine volcanique et son âge (entre -3,5 et -2 millions d'années selon les îles) en font une des terres émergées les plus récentes de notre planète. Sa disposition spatiale permet de le considérer comme une illustration particulière de la théorie des «points chauds» (ligne de progression depuis les volcans du N-W de Madagascar et de Nossi-Bé, avec rotation des plaques). Ce qui fait également l'originalité des Comores, c'est de pouvoir, sur une distance horizontale de quinze kilomètres environ, présenter un étagement complet de milieux naturels d'une diversité exceptionnelle, allant des profondeurs abyssales de -3.000 m à des sommets montagnards de 2360 m. Une telle situation est exceptionnelle dans l'Océan Indien et rare au niveau mondial.

Les écosystèmes terrestres de l'Archipel des Comores constituent une écorégion originale « les Forêts des Comores AT0105 » qui relève des forêts tropicales et subtropicales humides à feuilles larges (Tropical and Subtropical Moist Broadleaf Forests) dont les caractéristiques varient selon les îles, selon les expositions et les altitudes.

Il en résulte des paysages de beauté exceptionnelle : contraste mer-montagne, pentes abruptes et accidentées couvertes de végétation exubérante, cascades et canyons, plages et récifs.

L'archipel des Comores étant habité de façon continue par des communautés humaines depuis plus de mille ans, les pentes des îles sont le lieu d'une fusion d'éléments naturels et culturels qui se traduit par l'intégration des zones de culture agroforestières dans l'environnement forestier naturel, constituant un paysage culturel vivant remarquable.

L'analyse de la faune et de la flore terrestres fait apparaître un grand nombre d'espèces, de sous-espèces et de genres endémiques pour lesquels les Comores constituent les habitats naturels ou exclusifs (Coelacanthes, Roussettes de Livingstone, oiseaux, lézards, orchidées) ou les plus importants de l'Océan indien (Tortues marines, dugongs).

Description  des Ecosystèmes du Mont Kartala (élément 1)

Le Kartala est un volcan quaternaire dont le massif couvre une partie importante de l'île de Ngazidja. Avec sa caldeira de trois kilomètres de diamètre, c'est le plus grand cratère des volcans en activité dans le monde.

La forêt du Kartala commence vers 1000 m d'altitude. C'est une forêt de type humide et montagnarde, avec des étages de forêt pluviale et de forêt à brouillard (néphélophile). La partie haute comprend des landes à Philipsia (bruyères) et des pelouses herbacées vers 2000 m. La forêt du Kartala présente un intérêt global en raison de sa diversité exceptionnelle et du fort taux d'endémisme de ses espèces végétales et animales.

Elle abrite plusieurs formations végétales spontanées en fonction de l'exposition et de l'altitude. Certains de ses écosystèmes sont des réserves très riches en biodiversité et abritent plusieurs espèces endémiques et menacées (Khaya comorensis, perroquet noir).

Description  du Paysage culturel agroforestier du Kartala (élément 2)

L'utilisation pluriséculaire des ressources forestières et agricoles des pentes du Mont Kart hala, en particulier sur sa façade ouest (Iconi, Moroni, Itsandra) a eu pour premier effet la disparition de la forêt pluviale primaire et son remplacement par une organisation originale du paysage forestier. Sur les parties basses du volcan, les communautés villageoises ont développé un mode de culture associant étroitement les productions forestières (bois, plantes médicinales) et les productions alimentaires (tarots, manioc, bananiers, manguiers, cocotiers, autres arbres fruitiers). Il en résulte une production structurée en trois étages principaux : un étage supérieur composé de grands arbres qui sont soit des essences sauvages, soit des manguiers, des cocotiers, etc. ; un étage intermédiaire avec des bananiers, papayers et autres arbustes ; et un étage inférieur avec différents légumes comme le manioc, le tarot, la canne à sucre, etc. Ces cultures respectent un couvert forestier qui traditionnellement limite efficacement l'érosion pluviale. Les cultures sous forêt sont structurées par des sentiers, bordées de murets de pierres sèches (blocs de lave) et de petites terrasses.

Sur les hauts du volcan, dans la zone de pelouses qui succède aux bruyères Philipsia, des zones de culture ont été établies par endroits, produisant divers légumes. Cette zone est cependant plus utilisée pour un élevage bovin extensif qui a pour effet de maintenir le paysage ouvert et de fumer le sol, entretenant sa productivité.

Ce paysage agro-forestier est géré par les agriculteurs et les comités de village. Il conserve une certaine stabilité et ne semble pas générateur d'érosion.

L'évolution altitudinale des formations végétales est complétée par une évolution selon l'exposition : la façade ouest du volcan est plus arrosée que la façade est et celle-ci présente donc des formation plus adaptées à des milieux relativement secs.

L'absence de voies automobiles et l'éloignement des pentes a protégé ce massif forestier et lui ont permis de conserver une intégrité fonctionnelle et structurelle jusqu'à présent.

Description  de l'Ecosystème terrestre de Mohéli (élément 3)

Les écosystèmes terrestres remarquables de Mohéli comprennent une forêt de crête et un lac. Une forêt naturelle est implantée sur la crête montagneuse de Mzé Koukoulé qui traverse Mohéli d'ouest en est. Elle s'étend du canyon du Gnombeni à l'est (plateau du Djandro) jusqu'à Haouabouchi à l'ouest. Cette forêt est une forêt pluviale, avec en altitude un étage de forêt à brouillard. Cette zone est riche en espèces arborées mais aussi en espèces épiphytes (lichens, fougères, orchidées), en palmiers et lianes y compris plantes d'intérêt aromatique et médicinal.

Cette forêt pluviale constitue le réservoir et le point de départ des rivières qui creusent de profondes vallées (3 à 400 m de haut). Les plus importantes sont celles de Drondoni-Foungui, de Fomboni et de Gnombeni.

La forêt de Mohéli abrite des espèces animales remarquables (roussettes, makis, lézards). Elle est, en particulier, le site inattendu de nidification d'un oiseau marin menacé : le puffin d'Audubon (Puffinus lheminieri) qui y niche au sol dans des terriers. Il y a également dans cette forêt de Mohéli une très petite population (une dizaine d'individu) de la rarissime Roussette de Livingstone.

Au sud-est de l'Ile de Mohéli, entre Nioumachoua et Itsamia, le lac de cratère de Dziani-Boudouni est le seul grand plan d'eau douce des Comores (classé liste de Ramsar). Il abrite une importante colonie (1 % de la population mondiale) de grèbes castagneux (Tachybaptus ruficollis). Des canards et de nombreux autres oiseaux migrateurs fréquentent aussi ce plan d'eau qui joue un rôle important dans les migrations australes vers Madagascar, en particulier.

Description des Ecosystèmes des Hauts d'Anjouan (élément 4)

En raison des défrichement importants qu'a subi l'île de Ndzouani suite à la forte pression démographique et à l'absence de plan d'occupation des sols, les milieux forestiers de l'île ont été dégradés et actuellement il ne subsiste de lambeaux forestiers originels que sur les plus hauts sommets et les pentes les plus fortes. Cela se limite à environ 500 hectares de forêts naturelles de type ombrophile (pluvial) et néphélophile (brouillard), entourant le Mont N'Tringui, et le Mont Trindini, ainsi que le site de Lingoni qui abrite une petite population de Roussettes de Livingstone. Le Mont Ntringui présente un intérêt élevé en terme de biodiversité puisqu'il abrite des espèces endémiques et menacées d'extinction. On observe une très grande richesse en orchidées, en sélaginelles, en fougères arborescentes et en bruyère arborescente. On y trouve deux espèces de chauves souris géantes endémiques : la Roussette de Livingstone (Pteropus livingstonii et Pteropus seychellensis var. comorensis), le Founingo des Comores ou Pigeon bleu, plusieurs espèces d'oiseaux, et de reptiles.

Le système forestier de Ndzouani est complété et diversifié par deux petits lacs de cratères (lacs Dzialandzé et Dzialaoutsounga) dont les plans d'eau accueillent des poissons d'eau douce, des oiseaux de passage et qui hébergent dans leur proximité une petite population de Roussette de Livingstone (classée sur la liste rouge de l'UICN)

Déclarations d’authenticité et/ou d’intégrité

 

L'Etat s'engage à faire le nécessaire pour qu'au moment de l'inscription, ce site soit en conformité avec les conditions d'intégrité et d'authenticités exigés.

•      Authenticité du bien

En ce qui concerne plus particulièrement le paysage culturel agroforestier du Karthala proposé et le critère (v), on peut estimer que ce bien satisfait aux conditions d'authenticité car ses valeurs culturelles continuent de s'exprimer à travers les usages et fonctions propres à ce paysage culturel évolutif vivant qui a son implantation spatiale et ses propres traditions, techniques et systèmes de gestion qui en font l'originalité et la valeur universelle exceptionnelle.

•      Intégrité du bien

Le bien proposé répond déjà à la plupart des conditions d'intégrité invoquées pour la mise en oeuvre de la convention :

Les éléments proposés contiennent la totalité ou la plupart des éléments principaux connexes et interdépendants des habitats naturels terrestres des Comores, dans leurs rapports naturels.

Les processus biophysiques et les caractéristiques des écosystèmes terrestres de l'archipel des Comores sont relativement intacts. L'archipel étant utilisé par des communautés humaines depuis plus d'un millénaire, ces écosystèmes terrestres ont été  et sont encore des zones importantes pour la vie et le développement des populations, ce qui ne les empêche pas d'être dans un état dynamique remarquable, conservant leurs qualités fonctionnelles et structurelles.

Les sociétés traditionnelles et les communautés locales ont manifesté leur volonté de se développer en harmonie avec la valeur universelle exceptionnelle de ces aires qui sont écologiquement durables.

Les éléments proposés contiennent la totalité ou la plupart des composantes d'écosystèmes terrestres nécessaires à la conservation des espèces animales et végétales et des communautés concernées dans le cadre de l'écorégion « Forêts des Comores ».

Les éléments proposés sont assez étendus pour assurer la sauvegarde et la reproduction des espèces menacées et contiennent tous les éléments indispensables à la survie de ces espèces : les éléments proposés pour inscription rassemblent les différents habitats terrestres caractéristiques de l'écorégion Forêt des Comores, tenant compte des variations d'altitude et d'exposition des versants. Les éléments proposés contiennent la totalité des éléments nécessaires à l'illustration des principaux aspects de l'évolution biologique des taxons concernés et à leur reproduction autonome, en particulier pour les espèces menacées. Il s'agit bien de conservation in situ.

Les éléments proposés sont les biens les plus importants pour la conservation de la diversité biologique terrestre de l'archipel des Comores et présentent une forte diversité biologique et une forte endémicité. Ils sont tout à fait représentatifs des communautés végétales et animales qui se sont développées dans cette partie de l'Océan Indien, compte tenu de leur âge récent (moins de trois millions d'années). Ils contiennent les habitats garantissant le maintien d'un maximum de diversité animale et végétale caractéristique de l'écorégion Forêt des Comores (forêts ombrophiles et néphropexies, landes et pelouses sommitales, zones humides plans d'eau douce, etc. zones de reproduction de plusieurs espèces d'oiseaux menacés et de mammifères volants en voie de disparition).

Une partie du bien subit actuellement des effets négatifs ayant leur origine dans l'accroissement de la pression démographique. Il s'agit essentiellement de phénomènes informels de défrichement dans certaines zones de relief, et de la prolifération d'espèces végétales envahissantes qui menacent certaines zones naturelles. Tous ces effets négatifs peuvent être fortement réduits ou supprimés par des actions adéquates qu'il convient de planifier.

En ce qui concerne plus particulièrement  l'intégrité du paysage culturel proposé dans ce site et le critère (v), on peut déclarer que :

Le paysage culturel agroforestier du Kartala possède tous les éléments nécessaires pour exprimer la valeur universelle exceptionnelle du bien;

Le paysage culturel agroforestier du Kartala a une taille suffisante pour permettre une représentation complète des caractéristiques et processus qui transmettent l'importance de ce paysage culturel évolutif vivant

Le tissu physique du paysage culturel agroforestier du Kartala et / ou ses caractéristiques significatives sont en bon état.

Une proportion importante des éléments nécessaires à la transmission de la totalité des valeurs du paysage culturel agroforestier du Kartala existe.

Les relations et les fonctions dynamiques présentes dans ce paysage culturel, essentielles à leur caractère distinctif sont également maintenues.

Le paysage culturel agroforestier du Kartala étant le résultat d'un mode d'exploitation traditionnel, il ne subit pas d'effets négatifs particuliers liés au développement ou au manque d'entretien.

Comparaison avec d’autres biens similaires

1. Y a t-il des sites nationaux de même type susceptibles d'avoir une valeur équivalente ou supérieure et non mentionnés dans la liste indicative ?

Les quatre éléments proposés pour constituer le site paysage culturel et écosystèmes terrestres de l'Archipel des Comores sont les plus représentatifs et les mieux conservés de l'Union des Comores. Afin d'en accroître la diversité et la représentativité, ils sont répartis sur les trois îles de l'Union.

2. Y a t-il des sites étrangers de même type déjà inscrits et susceptibles de faire « double-emploi » avec le site proposé ?

La zone proposée pour inscription appartient à l'écorégion « Forêt des Comores » (AT0105).

Celle-ci est limitée à la partie terrestre de l'Archipel des Comores. De ce fait, il n'existe actuellement aucun site du patrimoine mondial inscrit dans cette catégorie.