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Raqqa-Ràfiqa : la cité abbasside

Date de soumission : 08/06/1999
Critères: (ii)
Catégorie : Culturel
Soumis par :
Direction Générale des Antiquités et des Musées (Damas) avec le concours du WHC / UNESCO
Coordonnées Sur la rive gauche du Moyen Euphrate à la jonction avec son affluent, le Balikh (193 km au S.E. d'Akeoe et 134 au N.O. de Deir al-Zor)
Ref.: 1302
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Description

Cette ville de la haute période abbasside édifiée au confluent de l'Euphrate et de son affluent le Balikh au Nord Est de la Syrie (dans la région appelée la Jeziré), en héritant du site d'une ville séleucide (Nicephorion) occupée par les Romains (Callinicum) puis par les Byzantins (Léontopolis) avait, pour les Califes de Bagdad une double signification : d'abord stratégique puisqu'elle les mettait aux portes de Damas ensuite symbolique puisqu'elle consacrait leur victoire sur les Omeyyades de Damas ainsi que leur suprématie sur le vaste Empire islamique.

En 772 après J.C. le Calife Al-Mansur ordonna la construction d'une nouvelle ville Al-Ràfiqa à côté de l'antique al-Raqqa, sur le modèle de Bagdad mais au lieu d'être entièrement circulaire, il lui donna la forme d'un fer à cheval afin de tenir compte de la rivière qui coulait devant elle sur le côté sud. Rafiqa constituait un exemple vivant de ce qu'était le premier centre de Bagdad édifié par le même Calife Al Mansur dix ans plus tôt et aujourd'hui totalement disparu. Un quart de siècle après la fondation de Rafiqa, le puissant Calife abbasside Harun al Rachid décida en 796 d'y transférer sa capitale. Il entreprit alors de grands travaux surtout dans la zone nord des villes jumelles Raqqa et Rafiqa. Les travaux durèrent plus de treize ans et dotèrent la ville de palais et de demeures dont il reste peu de choses. En 1258 Raqqa et Rafiqa unifiées furent dévastées par les Mongoles en même temps que Bagdad. Le peu de chose qui reste de la ville abbasside unifiée de l'Euphrate est cependant, suffisamment important et expressif pour témoigner de la splendeur de la cité à ses grands moments de gloire.

Il s'agit, en effet, de monuments éparpillés à l'intérieur de l'enceinte en fer à cheval et à l'extérieur, parfois noyés dans le tissu de la ville moderne (la grande mosquée, Qasr al Banat, les remparts, la porte de Bagdad) d'autres fois perdus dans la nature (le palais de Harun ar-Rachid par exemple). L'unique fil conducteur et lien organique plausible pour la compréhension de l'ensemble, demeure la ligne de remparts intérieurs ou ce qui en reste (les 2/3) des 5 km de muraille fouillées et restaurées ainsi que leurs tours en fer à cheval (au nombre de cent trente-deux à l'origine), placées à intervalles réguliers d'environ 35 mètres. Dans l'un des angles (Sud-Est) on peut encore voir les restes de la porte dite de Bagdad, la seule qui ait survécu avec une autre dégagé récemment dans la face Nord du mur principal dans l'axe de la Grande Mosquée. Ce mur d'enceinte par sa forme en fer à cheval est le seul connu et préservé de la haute époque abbasside (fin VlIle début IXe S).

L'un des monuments intra-muros parmi les plus attrayants quoiqu'encore énigmatique, est le fameux Qasr al-Banat (Palais des filles) qui fournit en dehors de l'Iran, l'un des rares exemples de plan à quatre iwans datant de la fin du VIlle siècle.

A l'intérieur des remparts on trouve la grande mosquée construite entièrement en briques cuites à l'époque d'EI-Mansur (772 J.C.) d'un plan carré d'environ cent mètres de côté entourée de murs flanqués de onze tours semi-circulaires. Le plan carré et les murs flanqués de tours sont nettement d'inspiration mésopotamienne tandis que la salle de prière à trois nefs parallèles au mur de la Qibla reste de couleur locale omeyade de Syrie.

En plus des vestiges architecturaux les fouilles archéologiques ont livré un matériel extrêmement riche et varié (stucs, céramiques, monnaies...) qui reflète lui aussi l'importance des héritages culturels et artistiques de la Djeziré et de leur diversité.

Précédant de soixante ans la fondation de Samarra, la seconde capitale des Abbassides (836) dont les fouilles ont révélé un art islamique en pleine maturité (les styles dits de Samarra), Raqqa demeure, de toute évidence malgré le peu de monuments qui lui reste, un site exceptionnel, le mieux documenté et le plus significatif des réalisationsurbaines, architecturales et décoratives des toutes premières décades du règne abbasside.

Cette cité qui fut à la croisée des routes entre Byzance, la Syrie et la Mésopotamie n'a pas subi que des torts de cette délicate position, mais récolté quelques avantages notamment sur le plan culturel et artistique qui se sont traduits parfois dans les styles éclectiques de certaines œuvres architecturales et artistiques. D'où son importance dans l'histoire des origines des arts islamiques de l’époque abbassides.