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Églises de Chiloé

Brève description

Les églises de Chiloé constituent un exemple unique en Amérique Latine d'architecture religieuse en bois. Elles représentent une tradition initiée aux XVIIe et XVIIIe siècle par des prêcheurs jésuites itinérants, tradition poursuivie et enrichie par les Franciscains au XIXe siècle et qui prévaut encore de nos jours. Ces églises illustrent l'extraordinaire richesse de l'archipel de Chiloé et témoignent de la fusion réussie de la culture et des techniques indigènes et européennes, de la parfaite intégration de son architecture dans le paysage et l'environnement, ainsi que des valeurs spirituelles des communautés.

Églises de Chiloé © Lin linao

Justification d'inscription

Critère (ii) : Les églises de Chiloé sont des exemples exceptionnels de fusion réussie des traditions culturelles européennes et indigènes pour produire une forme d’architecture en bois unique.

Critère (iii) : La culture métisse résultant des activités des missionnaires jésuites des XVIIe et XVIIIe siècles a survécu intacte sur l’archipel de Chiloé, et trouve sa plus haute expression dans les remarquables églises de bois.

Description longue

Les églises de Chiloé représentent un remarquable exemple de fusion réussie entre des traditions culturelles européennes et indigènes, qui a porté à la création d'une forme d'architecture en bois tout à fait unique. La culture mestizo , née de l'activité des missionnaires jésuites aux XVIIe et XVIIIe  siècles, s'est conservée intacte dans l'archipel de Chiloé ; ses extraordinaires églises en bois en sont l'expression la plus accomplie.

Au cours du XVIe  siècle, les habitants de l'archipel de Chiloé, qui s'étend du canal de Chacao au golfe de Corcovado, menaient une vie sédentaire, fondée sur une économie combinant agriculture et pêche. Les navigateurs espagnols avaient découvert l'archipel vers le milieu du XVIe  siècle, mais sa colonisation ne débuta qu'en 1567, lorsque Martín Ruiz de Gamboa fonda les villes de Santiago de Castro, de Chacao et de Isla Grande de Chiloé.

Après une visite d'exploration, en 1608, la Société de Jésus commença à envoyer ses membres entreprendre l'action d'évangélisation qui devait forger le faciès culturel de l'archipel. Au départ, ces missions n'étaient pas habitées de manière permanente, mais les Jésuites construisirent progressivement des chapelles et des maisons pour leurs membres, que les communautés locales bâtirent pour eux en utilisant les techniques et les matériaux locaux. Ils engagèrent des gens du lieu, choisis dans les meilleures familles, les fiscales , qui étaient chargés de veiller sur l'église et son cimetière, et de faire face aux besoins spirituels de base de la communauté. Ils se conformaient ainsi à la tradition jésuite qui encourageait le développement actif de la vie sociale et religieuse par les communautés indigènes. Vers la fin du XIXe  siècle, plus d'une centaine d'églises avaient ainsi été bâties, dont cinquante à soixante sont conservées aujourd'hui. Parmi elles, quatorze forment le bien classé sur la Liste du patrimoine mondial : Achao (Quinchao) ; Quinchao ; Castro ; Rilán (Castro) ; Nercón (Castro) ; Aldachildo (Puqueldón) ; Ichuac (Puqueldón) ; Detif (Puqueldón) ; Vilipulli (Chonchi) ; Chonchi ; Tenaún (Quemchi) ; Colo (Quemchi) ; San Juan (Dalcahue) ; Dalcahue.

Les églises traditionnelles de Chiloé se trouvent près du rivage, face à une esplanade qui s'est souvent transformée en une véritable plaza (Achao, Dalcahue), mais qui n'est ailleurs qu'un espace ouvert délimité par des palissades ou par des arbres (Quinchao). Sa taille est déterminée par l'importance des fêtes religieuses qui s'y déroulaient. Les églises, de vastes dimensions, présentent un toit pointu. Leur caractéristique principale est leur façade principale dotée d'une tour, donnant sur l'esplanade : elle est formée d'un portique d'entrée surmonté, au sommet, par un pignon ou par un fronton, et de la tour proprement dite, qui devint le centre du développement urbain de ces communautés.

Le portique, qui est un trait caractéristique des premières églises, manque dans celles construites au XXe  siècle. La tour, structure verticale dominante, est à la fois un élément religieux sur lequel se dresse la croix et un point de référence pour les marins. Beaucoup d'entre elles ont deux ou trois étages, et présentent une forme hexagonale ou octogonale, de manière à réduire leur résistance au vent. Seule celle de Tenaún comporte de petites tours latérales. Le plan de ces églises varie, mais la profondeur est toujours privilégiée par rapport à la largeur. Elles adoptent le plan basilical à trois nefs, dont seule la principale se prolonge jusqu'au mur postérieur. Les nefs sont séparées les unes des autres par de solides colonnes en bois qui reposent sur des blocs de pierre et soutiennent l'énorme poutre qui forme le faîte du toit. Dans beaucoup de cas, la nef principale est couverte en berceau, tandis que les nefs latérales présentent des couvertures planes. Achao, avec son plafond segmenté, et Rilán, avec sa voûte en éventail, constituent de rares exceptions. Cette dernière est manifestement influencée par l'architecture gothique, tandis que d'autres présentent des traits empruntés à différents styles architecturaux majeurs - le classicisme à Chonchi, la Renaissance à Nercón et le baroque à Achao. On trouve partout des preuves de la maîtrise chilota dans le travail du bois. L'aspect de ces églises et les matériaux employés n'ont subi presque aucun changement pendant quatre siècles.

Le décor des églises est riche et varié. Toutes ont été habilement insérées dans leur environnement naturel. Elles sont construites sur des collines, pour éviter d'être inondées pendant les périodes de fortes pluies, et surélevées par rapport au terrain. Leur côté nord est protégé contre les tempêtes, qui viennent généralement de cette direction. Ces structures entièrement fermées offrent un abri contre le vent et la pluie, souvent violents dans cette région.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Au XVIe siècle, les habitants de l'archipel de Chiloé avaient un mode de vie sédentaire et une économie basée sur l'agriculture et la pêche. Les navigateurs espagnols avaient découvert l'archipel au milieu du XVIe siècle mais la colonisation ne commença qu'en 1567, lorsque Martín Ruiz de Gamboa fonda les villes de Santiago de Castro et de Chacao sur Isla Grande de Chiloé.

Les Espagnols furent impressionnés par le caractère doux et réceptif des populations locales. Le système universel de l'encomienda fut appliqué, selon lequel les peuples indigènes payaient tribut à la couronne d'Espagne en travaillant pour les colons en échange de nourriture et d'une instruction religieuse. Il y eut des révoltes occasionnelles de la part des autochtones, dont la plus grave survint en 1712, provoquée par les mauvais traitements qu'ils reçurent des encomenderos ; ces derniers accusèrent d'ailleurs les jésuites d'avoir suscité la révolte qui fut brutalement réprimée.

Les missionnaires des ordres de saint François et de Notre Dame de la Miséricorde étaient arrivés avec les premiers colons. Après une première exploration en 1608, la Compagnie de Jésus commença l'évangélisation qui fut le processus fondateur des particularités culturelles de l'archipel et allait conduire à la construction des églises qui font l'objet de la présente proposition d'inscription.

La stratégie jésuite reposait entièrement sur la prédication itinérante. Des visites annuelles étaient organisées par des groupes de jésuites qui sortaient de leur collège à Castro pendant les mois tempérés. Ils passaient quelques jours dans chacune de leurs missions selon un calendrier préétabli ; les missions avaient été fondées près du rivage, de manière à permettre leur accès par bateau. Pendant le temps de leur présence dans chaque mission, les jésuites se préoccupaient du bien-être matériel et spirituel de la communauté. Au début, ces missions n'étaient pas occupées en permanence, mais au fil du temps, les jésuites y firent construire des chapelles et des maisons pour loger leurs membres, édifiées par la communauté locale avec les matériaux et les techniques autochtones. Ils choisissaient des laïcs parmi les familles dirigeantes pour assumer le rôle de fiscal qui consistait à prendre soin de l'église et du cimetière et à pourvoir aux besoins spirituels de base de la communauté. Par tradition, les jésuites encourageaient les communautés indigènes à participer activement à leur propre vie religieuse et sociale. À la fin du XIXe siècle, plus d'une centaine d'églises avaient été édifiées, dont il reste actuellement entre cinquante et soixante édifices.

Les raids des pirates étaient très courants au XVIIe siècle, et les Espagnols vivant dans les villes commencèrent à les déserter pour la campagne qui offrait une plus grande sécurité. Ce faisant, ils s'emparèrent des terres des populations autochtones, accroissant l'assimilation interculturelle des deux groupes. Le groupe majoritaire des Chilotes dans l'archipel est le résultat de ce métissage. Les autochtones embrassèrent la religion catholique tandis que les Espagnols adoptèrent la langue du pays, le veliche, qui n'est plus parlée de nos jours. Les Espagnols adoptèrent le mode de vie des populations locales, vivant de la pêche et de l'agriculture et utilisant leurs techniques.

Lorsque les jésuites furent expulsés en 1767, leur oeuvre fut reprise par les Franciscains qui apprécièrent la valeur du travail mené par les jésuites et le poursuivirent. Ceux-ci reprirent l'usage de la prédication itinérante et créèrent neuf centres possédant chacun son rayon d'action. Créé en 1840, ce système est à la base de l'organisation des paroisses actuelles.

Malgré les efforts du pouvoir colonial espagnol, les villes ne furent plus que des centres administratifs et à la fin de l'époque coloniale, il n'y avait plus que cinq villes (villas) à Chiloé. L'importance stratégique de l'archipel -qui dépendait de la capitainerie générale de Lima et non pas du Chili - fut toutefois reconnue. Une garnison militaire était stationnée dans la forteresse de San Carlos de Ancud, fondée en 1768.

La population chilote était profondément loyale à la couronne d'Espagne. Lorsque la lutte pour l'indépendance du Chili commença en 1810, Chiloé devint le quartier général des opérations espagnoles pour tenter de récupérer le Chili et le Pérou. Chiloé demeura une enclave espagnole après l'indépendance du Chili en 1818 et resta fidèle à l'Espagne jusqu'à son incorporation à la nouvelle République du Chili huit ans plus tard.

Chiloé connut une période de prospérité au XIXe siècle. Ses ports étaient des escales pour les navires allant vers le sud et son bois fut l'objet d'un commerce d'exportation important. Cette période florissante prit fin au tournant du siècle au moment de l'ouverture du canal de Panamá et l'archipel fut victime de la surexploitation des cyprès et des mélèzes des îles. Au cours de la première moitié du XXe siècle, l'activité agricole et l'élevage souffrirent d'une grave crise. Il y eut une importante émigration des Chilotes vers le sud, la Patagonie et la région du détroit de Magellan. Actuellement, l'économie de l'archipel se développe sur la base d'une exploitation contrôlée des ressources naturelles (bois et poisson) et des activités traditionnelles de pêche et d'agriculture.

Source : évaluation des Organisations consultatives