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Églises de Chiloé

Churches of Chiloé

The Churches of Chiloé represent a unique example in Latin America of an outstanding form of ecclesiastical wooden architecture. They represent a tradition initiated by the Jesuit Peripatetic Mission in the 17th and 18th centuries, continued and enriched by the Franciscans during the 19th century and still prevailing today. These churches embody the intangible richness of the Chiloé Archipelago, and bear witness to a successful fusion of indigenous and European culture, the full integration of its architecture in the landscape and environment, as well as to the spiritual values of the communities.

Églises de Chiloé

Les églises de Chiloé constituent un exemple unique en Amérique Latine d'architecture religieuse en bois. Elles représentent une tradition initiée aux XVIIe et XVIIIe siècle par des prêcheurs jésuites itinérants, tradition poursuivie et enrichie par les Franciscains au XIXe siècle et qui prévaut encore de nos jours. Ces églises illustrent l'extraordinaire richesse de l'archipel de Chiloé et témoignent de la fusion réussie de la culture et des techniques indigènes et européennes, de la parfaite intégration de son architecture dans le paysage et l'environnement, ainsi que des valeurs spirituelles des communautés.

كنائس تشيلوي

تشكّل كنائس تشيلوي مثالاً فريداً عن الهندسة الدينية الخشبية في أميركا اللاتينية. وهي تعكس تقليداً خاصاً أطلقه المبشرون اليسوعيون الجوّالون في القرنين السابع عشر والثامن عشر، ثم تابعه وعزّزه الرهبان الفرنسيسكانيون في القرن التاسع عشر وهو لا يزال رائجاً حتى يومنا هذا. تجسّد هذه الكنائس الوفرة التي يتمتع بها أرخبيل تشيلوي كما تشهد على الإنصهار الناجح بين الثقافة والتقنيات الأصلية والأوروبية وعلى الإندماج المذهل لهندسة هذا الأرخبيل في المنظر الطبيعي والبيئة المحيطة به، الى جانب القيم الروحية للمجتمعات المحلية.

source: UNESCO/ERI

奇洛埃教堂

奇洛埃教堂是拉丁美洲特有的基督教木式建筑的杰出代表,所代表的建筑传统始于17和18世纪的耶稣会布道团(Jesuit Peripatetic Mission),在19世纪得到圣芳济会(Franciscans)的发扬,并流传至今。这些教堂象征了智利群岛文化上的繁荣,也见证了当地文化与欧洲文化的成功融合,建筑与自然环境,以及当地社会精神价值的有机统一。

source: UNESCO/ERI

Церкви на островах Чилоэ

Церкви Чилоэ являются уникальным для Латинской Америки примером развития форм церковной деревянной архитектуры. Они представляют традицию, начатую в XVII-XVIII вв. иезуитской странствующей миссией, продолженную и развитую в XIX в. францисканцами, и превалирующую до сих пор. Эти церкви представляют собой также часть нематериального наследия островов Чилоэ и служат примером успешного слияния местной и европейской культур, органичного включения архитектуры в окружающий ландшафт и признания духовных ценностей местных общин.

source: UNESCO/ERI

Iglesias de Chiloé

Construidas enteramente de madera, las iglesias de Chiloé constituyen un ejemplo único de la arquitectura religiosa en Latinoamérica. Son representativas de una tradición arquitectónica iniciada por los predicadores itinerantes jesuitas en los siglos XVII y XVIII. Tras haber sido continuada y enriquecida por los franciscanos en el siglo XIX, esa tradición perdura todavía en nuestros días. Además de ilustrar la riqueza cultural del archipiélago de Chiloé, estas iglesias atestiguan la lograda fusión de la cultura y las técnicas indígenas con las europeas, la perfecta armonización de su arquitectura con el paisaje y al entorno físico, y la perdurable continuidad de los valores espirituales las comunidades isleñas.

source: UNESCO/ERI

チロエの教会群

source: NFUAJ

Kerken van Chiloé

De Kerken van Chiloé zijn een uniek voorbeeld van bijzondere houten architectuur in Latijns-Amerika. Zij vertegenwoordigen een traditie die geïnitieerd werd door de Jezuïtische ambulante missie in de 17e en 18e eeuw, voortgezet en verrijkt werd door de Franciscanen in de 19e eeuw en vandaag de dag nog steeds levend is. De kerken getuigen van een succesvolle combinatie van inheemse en Europese cultuur, de volledige integratie van architectuur in de omgeving en de geestelijke waarden van de gemeenschappen. Tegen het einde van de 19e eeuw waren er meer dan 100 kerken gebouwd, waarvan er tegenwoordig nog 60 over zijn.

Source : unesco.nl

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Églises de Chiloé © Lin linao
Valeur universelle exceptionnelle

Synthèse

Dans l’archipel de Chiloé, au large des côtes chiliennes, environ soixante dix églises ont été construites sur le modèle de la « mission circulaire », modèle introduit par les Jésuites au 17e siècle et perpétué par les Franciscains aux 18e et 19e siècles. Les représentations les plus exceptionnelles de cette forme unique d’architecture ecclésiastique en bois (appelée École architecturale chilota) sont les églises d’Achao, de Quinchao, de Castro, de Rilàn, de Nercón, d’Aldachildo, d’Ichuac, de Detif, de Vilupulli, de Chonchi, de Tenaún, de Colo, de San Juan, de Dalcahue, de Chellín et de Caguach. Ces seize églises sont d’exceptionnels exemples de la fusion réussie entre les traditions culturelles européennes et indigènes. Les talents de constructeurs des populations de Chiloé se sont le mieux exprimés dans ces églises en bois où les agriculteurs, les pêcheurs et les marins ont fait preuve de leur grande expertise dans l’utilisation du matériau le plus abondant dans cet environnement, le bois. En parallèle, la culture métisse (mestiza), fruit des activités des missionnaires jésuites a survécu jusqu’à notre époque.

L’archipel isolé a été colonisé par les Espagnols au milieu du 16e siècle. Les Jésuites, qui sont arrivés dès 1608, ont mis en place un système de mission « par roulement » pour l’évangélisation de l’archipel, à savoir, des groupes religieux faisaient des tournées annuelles dans l’archipel, restant quelques jours avec les communautés de croyants dans les lieux où des églises étaient construites. Le reste de l’année, un laïc, spécialement formé à cette mission, répondait aux besoins spirituels des habitants. Les techniques de construction et l’architecture des églises de Chiloé sont spécifiques à ce lieu : l’expérience des Européens a été adaptée et reformulée, donnant ainsi naissance à une tradition vernaculaire dont témoignent de nombreux bâtiments encore présents de nos jours. Tout comme la culture de l’archipel, ces églises sont le fruit d’un dialogue et d’une interaction interculturels de grande envergure.

Outre leur architecture très simple (tour en façade, plan de basilique et plafond en voute), ces seize églises sont remarquables par leur matériau et leur technique de construction, par les compétences dont ont fait preuve les charpentiers de Chiloé et par leur décoration intérieure, en particulier les couleurs traditionnelles et les images religieuses. Les églises sont remarquables par leur technique autochtone de construction en bois, une technique fortement influencée par la construction navale comme le démontrent les formes et le travail de menuiserie des tours et des toits. L’orientation et la localisation des églises ne sont pas laissées au hasard, en effet, elles sont construites en rapport avec la mer et ses impératifs, sur une colline pour être vues par les navigateurs et ne pas courir un risque d’inondation. Leur parvis est une composante essentielle de l’église elle-même : il incarne la communication avec la mer, il est le lieu des fêtes religieuses ; même ceux qui ont été transformés en place traditionnelle évoquent encore l’arrivée des missionnaires lors de leurs « tournées ». Des démonstrations de dévotion et des activités communautaires, des fêtes religieuses et des activités d’entraide telles que les mingas (travail communautaire bénévole) sont les principales composantes des valeurs immatérielles de la relation entre les communautés et les églises. Le sous-sol des églises a également une certaine importance, il pourrait en effet révéler des informations sur la relation entre l’emplacement choisi pour construire les églises et les sites où se déroulaient les rites indigènes préhispaniques.

Critère (ii) : Les églises de Chiloé sont des exemples exceptionnels de fusion réussie des traditions culturelles européennes et indigènes pour produire une forme d'architecture en bois unique.

Critère (iii) : La culture métisse résultant des activités des missionnaires jésuites des XVIIe et XVIIIe siècles a survécu intacte sur l'archipel de Chiloé, et trouve sa plus haute expression dans les remarquables églises de bois.

Intégrité

Tous les éléments nécessaires à l’expression de la valeur universelle exceptionnelle de ce bien en série qui s’étend sur 26,2 hectares sont situés à l’intérieur de ses limites. L’espace est cependant très restreint et la plupart des composantes du bien ne bénéficient pas d’une zone tampon homogène.

L’effondrement de la tour de l’église de Chonchi, suite à un orage en mars 2002 a mis en évidence l’état de conservation et la vulnérabilité des églises qui sont moins bons que lors des précédentes évaluations, en particulier lors de la proposition d’inscription. Ces églises requièrent que des efforts constants de conservation soient entrepris ; la nature même du matériau de construction et les caractéristiques de l’environnement rendant leur entretien permanent impératif. De tout temps, les communautés ont assuré la conservation des églises mais des phénomènes actuels, auxquels se rajoutent la modernisation et la mondialisation, sont responsables d’une plus grande vulnérabilité des églises.

Authenticité

Les églises de Chiloé présentent un haut degré d’authenticité par leurs formes, leur matériau de construction et leur solidité ainsi que par leur emplacement et leur cadre. Leur architecture, leur matériau et leur technique de construction constituent l’apogée d’une évolution typologique et ont été sauvegardés sans modification substantielle. Leur fonction en tant que lieu de culte a également été sauvegardée. Des interventions ont permis de conserver toute la richesse de la typologie des assemblages de pièces de bois et de la menuiserie, la technologie datant de l’époque de la construction a été retrouvée et mise en œuvre, et on a découvert une association exceptionnelle de liens singuliers et profondément liés au territoire. Les traditions, les techniques et les structures de gestion ont été conservées au même titre que les caractéristiques essentielles du bien. De récentes restaurations ont ouvert la voie a une importante réflexion sur le rôle du patrimoine immatériel.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Les seize églises de Chiloé font partie du diocèse de l’Église catholique d’Ancud. Elles sont administrées par l’Évêque d’Ancud et par les prêtres des paroisses qui bénéficient du soutien de la Fondation des amis des églises de Chiloé, une entité privée dirigée par l’Évêque lui-même et créée spécialement dans le but de conserver et de mettre en valeur les églises.

La Fondation a été créée par le diocèse afin de répondre aux besoins de la communauté en matière de conservation, pour attirer des professionnels vers les actions de conservation et pour obtenir des contributions de l’état nécessaires à la protection et à la restauration des églises. Les seize églises de Chiloé ont été déclarées « Monument national chilien » par divers décrets dans le cadre de la Loi N° 17.288 (de 1970). Le contrôle et la protection des ces biens sont assurés par le Gouvernement chilien par l’entremise du Conseil national des monuments. Le problème lié à l’absence d’une zone tampon homogène pour les composantes du bien est actuellement pris en compte par les mesures de protection et de réglementation des zones environnantes.

Les défis les plus évidents à relever pour maintenir la valeur universelle exceptionnelle au cours des temps sont : le rétablissement et la promotion d’une « culture locale d’entretien » des bâtiments ; l’utilisation à des fins religieuses et communautaires des églises par la population ; et la participation active des populations locales aux efforts de conservation. À cet égard, la participation désintéressée et commune de la communauté à la conservation et à la sauvegarde de la sagesse, de l’expertise et des connaissances ancestrales des charpentiers, ainsi que la participation à des actions d’entretien préventif et de restauration indispensable, sont essentielles.

La durabilité des efforts entrepris pour la conservation est un grand défi à relever :les églises sont situées au centre du développement économique de leur communauté et une solution doit être trouvée afin de garantir la conservation des églises dans un contexte de développement économique communautaire. Depuis 2003, le Gouvernement chilien, avec l’aide de la Banque interaméricaine de développement, a mis en œuvre un programme de grande envergure qui est arrivé à contrecarrer les conséquences des dommages subis par les églises, en particulier les tours de façade. Des équilibres doivent être trouvés afin de garantir, par exemple, que le tourisme puisse générer des bénéfices palpables pour les communautés et les églises tout en évitant, dans un même temps, les risques de commercialisation abusive et de dévalorisation.

Une pénurie de bois durs et nobles et la protection de certaines espèces auxquelles on a eu recours pour la construction des églises constituent des problèmes auxquels le bien doit actuellement faire face. En conséquence, l’utilisation alternative de bois qui ont les mêmes propriétés exceptionnelles que le mélèze et le cyprès est actuellement à l’étude. La recherche, l’enregistrement et la transmission aux jeunes générations des techniques de construction sont essentiels. Il en va de même pour la recherche sur les propriétés des divers bois et sur les traitements qui atténuent les effets des conditions climatiques et des attaques par des insectes xylophages. Enfin, il est nécessaire de faire des progrès dans le domaine de la préparation aux risques et dans celui de la protection environnementale de ces églises.

Les églises de Chiloé sont le témoignage d’un fragile équilibre entre facteurs sociaux, environnementaux, physiques et spirituels. C’est la valeur spirituelle inhérente à ces seize églises qui est à l’origine de la complexité de leur conservation. Il ne s’agit pas de simplement réparer des bâtiments ; le défi à relever est beaucoup plus grand, c’est le sens même de l’ensemble des activités patrimoniales qui pose question.

Description longue

Les églises de Chiloé représentent un remarquable exemple de fusion réussie entre des traditions culturelles européennes et indigènes, qui a porté à la création d'une forme d'architecture en bois tout à fait unique. La culture mestizo , née de l'activité des missionnaires jésuites aux XVIIe et XVIIIe  siècles, s'est conservée intacte dans l'archipel de Chiloé ; ses extraordinaires églises en bois en sont l'expression la plus accomplie.

Au cours du XVIe  siècle, les habitants de l'archipel de Chiloé, qui s'étend du canal de Chacao au golfe de Corcovado, menaient une vie sédentaire, fondée sur une économie combinant agriculture et pêche. Les navigateurs espagnols avaient découvert l'archipel vers le milieu du XVIe  siècle, mais sa colonisation ne débuta qu'en 1567, lorsque Martín Ruiz de Gamboa fonda les villes de Santiago de Castro, de Chacao et de Isla Grande de Chiloé.

Après une visite d'exploration, en 1608, la Société de Jésus commença à envoyer ses membres entreprendre l'action d'évangélisation qui devait forger le faciès culturel de l'archipel. Au départ, ces missions n'étaient pas habitées de manière permanente, mais les Jésuites construisirent progressivement des chapelles et des maisons pour leurs membres, que les communautés locales bâtirent pour eux en utilisant les techniques et les matériaux locaux. Ils engagèrent des gens du lieu, choisis dans les meilleures familles, les fiscales , qui étaient chargés de veiller sur l'église et son cimetière, et de faire face aux besoins spirituels de base de la communauté. Ils se conformaient ainsi à la tradition jésuite qui encourageait le développement actif de la vie sociale et religieuse par les communautés indigènes. Vers la fin du XIXe  siècle, plus d'une centaine d'églises avaient ainsi été bâties, dont cinquante à soixante sont conservées aujourd'hui. Parmi elles, quatorze forment le bien classé sur la Liste du patrimoine mondial : Achao (Quinchao) ; Quinchao ; Castro ; Rilán (Castro) ; Nercón (Castro) ; Aldachildo (Puqueldón) ; Ichuac (Puqueldón) ; Detif (Puqueldón) ; Vilipulli (Chonchi) ; Chonchi ; Tenaún (Quemchi) ; Colo (Quemchi) ; San Juan (Dalcahue) ; Dalcahue.

Les églises traditionnelles de Chiloé se trouvent près du rivage, face à une esplanade qui s'est souvent transformée en une véritable plaza (Achao, Dalcahue), mais qui n'est ailleurs qu'un espace ouvert délimité par des palissades ou par des arbres (Quinchao). Sa taille est déterminée par l'importance des fêtes religieuses qui s'y déroulaient. Les églises, de vastes dimensions, présentent un toit pointu. Leur caractéristique principale est leur façade principale dotée d'une tour, donnant sur l'esplanade : elle est formée d'un portique d'entrée surmonté, au sommet, par un pignon ou par un fronton, et de la tour proprement dite, qui devint le centre du développement urbain de ces communautés.

Le portique, qui est un trait caractéristique des premières églises, manque dans celles construites au XXe  siècle. La tour, structure verticale dominante, est à la fois un élément religieux sur lequel se dresse la croix et un point de référence pour les marins. Beaucoup d'entre elles ont deux ou trois étages, et présentent une forme hexagonale ou octogonale, de manière à réduire leur résistance au vent. Seule celle de Tenaún comporte de petites tours latérales. Le plan de ces églises varie, mais la profondeur est toujours privilégiée par rapport à la largeur. Elles adoptent le plan basilical à trois nefs, dont seule la principale se prolonge jusqu'au mur postérieur. Les nefs sont séparées les unes des autres par de solides colonnes en bois qui reposent sur des blocs de pierre et soutiennent l'énorme poutre qui forme le faîte du toit. Dans beaucoup de cas, la nef principale est couverte en berceau, tandis que les nefs latérales présentent des couvertures planes. Achao, avec son plafond segmenté, et Rilán, avec sa voûte en éventail, constituent de rares exceptions. Cette dernière est manifestement influencée par l'architecture gothique, tandis que d'autres présentent des traits empruntés à différents styles architecturaux majeurs - le classicisme à Chonchi, la Renaissance à Nercón et le baroque à Achao. On trouve partout des preuves de la maîtrise chilota dans le travail du bois. L'aspect de ces églises et les matériaux employés n'ont subi presque aucun changement pendant quatre siècles.

Le décor des églises est riche et varié. Toutes ont été habilement insérées dans leur environnement naturel. Elles sont construites sur des collines, pour éviter d'être inondées pendant les périodes de fortes pluies, et surélevées par rapport au terrain. Leur côté nord est protégé contre les tempêtes, qui viennent généralement de cette direction. Ces structures entièrement fermées offrent un abri contre le vent et la pluie, souvent violents dans cette région.

Source : UNESCO/CLT/WHC
Description historique

Au XVIe siècle, les habitants de l'archipel de Chiloé avaient un mode de vie sédentaire et une économie basée sur l'agriculture et la pêche. Les navigateurs espagnols avaient découvert l'archipel au milieu du XVIe siècle mais la colonisation ne commença qu'en 1567, lorsque Martín Ruiz de Gamboa fonda les villes de Santiago de Castro et de Chacao sur Isla Grande de Chiloé.

Les Espagnols furent impressionnés par le caractère doux et réceptif des populations locales. Le système universel de l'encomienda fut appliqué, selon lequel les peuples indigènes payaient tribut à la couronne d'Espagne en travaillant pour les colons en échange de nourriture et d'une instruction religieuse. Il y eut des révoltes occasionnelles de la part des autochtones, dont la plus grave survint en 1712, provoquée par les mauvais traitements qu'ils reçurent des encomenderos ; ces derniers accusèrent d'ailleurs les jésuites d'avoir suscité la révolte qui fut brutalement réprimée.

Les missionnaires des ordres de saint François et de Notre Dame de la Miséricorde étaient arrivés avec les premiers colons. Après une première exploration en 1608, la Compagnie de Jésus commença l'évangélisation qui fut le processus fondateur des particularités culturelles de l'archipel et allait conduire à la construction des églises qui font l'objet de la présente proposition d'inscription.

La stratégie jésuite reposait entièrement sur la prédication itinérante. Des visites annuelles étaient organisées par des groupes de jésuites qui sortaient de leur collège à Castro pendant les mois tempérés. Ils passaient quelques jours dans chacune de leurs missions selon un calendrier préétabli ; les missions avaient été fondées près du rivage, de manière à permettre leur accès par bateau. Pendant le temps de leur présence dans chaque mission, les jésuites se préoccupaient du bien-être matériel et spirituel de la communauté. Au début, ces missions n'étaient pas occupées en permanence, mais au fil du temps, les jésuites y firent construire des chapelles et des maisons pour loger leurs membres, édifiées par la communauté locale avec les matériaux et les techniques autochtones. Ils choisissaient des laïcs parmi les familles dirigeantes pour assumer le rôle de fiscal qui consistait à prendre soin de l'église et du cimetière et à pourvoir aux besoins spirituels de base de la communauté. Par tradition, les jésuites encourageaient les communautés indigènes à participer activement à leur propre vie religieuse et sociale. À la fin du XIXe siècle, plus d'une centaine d'églises avaient été édifiées, dont il reste actuellement entre cinquante et soixante édifices.

Les raids des pirates étaient très courants au XVIIe siècle, et les Espagnols vivant dans les villes commencèrent à les déserter pour la campagne qui offrait une plus grande sécurité. Ce faisant, ils s'emparèrent des terres des populations autochtones, accroissant l'assimilation interculturelle des deux groupes. Le groupe majoritaire des Chilotes dans l'archipel est le résultat de ce métissage. Les autochtones embrassèrent la religion catholique tandis que les Espagnols adoptèrent la langue du pays, le veliche, qui n'est plus parlée de nos jours. Les Espagnols adoptèrent le mode de vie des populations locales, vivant de la pêche et de l'agriculture et utilisant leurs techniques.

Lorsque les jésuites furent expulsés en 1767, leur oeuvre fut reprise par les Franciscains qui apprécièrent la valeur du travail mené par les jésuites et le poursuivirent. Ceux-ci reprirent l'usage de la prédication itinérante et créèrent neuf centres possédant chacun son rayon d'action. Créé en 1840, ce système est à la base de l'organisation des paroisses actuelles.

Malgré les efforts du pouvoir colonial espagnol, les villes ne furent plus que des centres administratifs et à la fin de l'époque coloniale, il n'y avait plus que cinq villes (villas) à Chiloé. L'importance stratégique de l'archipel -qui dépendait de la capitainerie générale de Lima et non pas du Chili - fut toutefois reconnue. Une garnison militaire était stationnée dans la forteresse de San Carlos de Ancud, fondée en 1768.

La population chilote était profondément loyale à la couronne d'Espagne. Lorsque la lutte pour l'indépendance du Chili commença en 1810, Chiloé devint le quartier général des opérations espagnoles pour tenter de récupérer le Chili et le Pérou. Chiloé demeura une enclave espagnole après l'indépendance du Chili en 1818 et resta fidèle à l'Espagne jusqu'à son incorporation à la nouvelle République du Chili huit ans plus tard.

Chiloé connut une période de prospérité au XIXe siècle. Ses ports étaient des escales pour les navires allant vers le sud et son bois fut l'objet d'un commerce d'exportation important. Cette période florissante prit fin au tournant du siècle au moment de l'ouverture du canal de Panamá et l'archipel fut victime de la surexploitation des cyprès et des mélèzes des îles. Au cours de la première moitié du XXe siècle, l'activité agricole et l'élevage souffrirent d'une grave crise. Il y eut une importante émigration des Chilotes vers le sud, la Patagonie et la région du détroit de Magellan. Actuellement, l'économie de l'archipel se développe sur la base d'une exploitation contrôlée des ressources naturelles (bois et poisson) et des activités traditionnelles de pêche et d'agriculture.

Source : évaluation des Organisations consultatives