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L'église et le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie avec « La Cène » de Léonard de Vinci

Brève description

Partie intégrante d'un ensemble architectural édifié à Milan à partir de 1463 et remanié à la fin du XVe siècle par Bramante, le réfectoire du couvent de Sainte-Marie-des-Grâces conserve sur sa paroi nord un chef-d'œuvre incontesté, La Cène, peint de 1495 à 1497 par Léonard de Vinci, qui a ouvert une ère nouvelle dans l'histoire de l'art.

© OUR PLACE The World Heritage Collection

Description longue

La ville de Milan, fondée par les Celtes, a connu quatre périodes particulièrement brillantes. Entre le IVe et le Ve siècle, elle fut la capitale de l'Empire romain d'Occident, et devint l'un des centres du nouveau monde chrétien. La période comprise entre le XIe et le XIIIe siècle a été marquée par la constitution et la consolidation des « communes libres » qui s'imposèrent vite sur les territoires environnants, et conduisirent la lutte pour la liberté contre les souverains germains qui mena à la bataille de Legnano (1176). Entre le XIVe et le XVIe siècle, la ville, gouvernée par les Visconti, puis par les Sforza, fut le centre du duché de Milan qui fut occupé d'abord par les Français, puis par les Espagnols. Au cours de la Renaissance, Gian ler Visconti, Francesco Sforza et Ludovico il Moro réalisèrent leurs principaux monuments, le Duomo, le Castello Sforzesco, Santa Maria delle Grazie et San Satiro. Deux grands artistes, Bramante et Léonard de Vinci, étaient alors particulièrement actifs. Milan devint progressivement une ville moderne, et l'on commença au XIXe siècle à y construire de magnifiques palais néoclassiques. Devenu la capitale du royaume d'Italie sous Napoléon, il fut au cœur d'un mouvement patriotique au cours du Risorgimento.

En 1463, le capitaine des troupes de Francesco Sforza donna aux Dominicains un terrain sur lequel se trouvait un cloître dont les fresques représentaient la Madonna delle Grazie. Les moines demandèrent à Guiniforte Solari de construire une église et un couvent, et le travail commença en 1463. Le nouveau seigneur de Milan, Ludovico il Moro, fit détruire l'abside et le presbytère pour agrandir l'église, et chargea Donato Bramante de superviser les travaux. Bramante, qui venait d'Urbino, agrandit l'église et lui ajouta de grandes absides semi-circulaires, une belle coupole à tambour entouré de colonnes, un magnifique cloître et un réfectoire.

La fresque, commandée à Léonard de Vinci en 1495, fut terminée en 1497. Le peintre choisit de représenter le moment immédiatement postérieur à celui où le Christ déclara « l'un de vous me trahira ». Les douze apôtres réagissent de différentes manières : leurs mouvements et leurs expressions ont été particulièrement bien saisis par Léonard qui souligne l'impact des mots du Christ sur les apôtres et leurs réactions, en rompant avec la représentation traditionnelle du passé, et en balayant des idées jusqu'alors bien ancrées.

Le génie de l'artiste se révèle notamment dans le rendu de la lumière et dans la construction de la perspective. Les trois fenêtres qui ouvrent derrière les compagnons de table et le paysage qu'elles révèlent créent une lumière qui, depuis l'arrière-plan, enveloppe les personnages. Il en résulte une combinaison de clair-obscur et de perspectives classiques florentines bien particulière.

La différence entre cette composition et celle d'artistes comme Castagno est manifeste. Dans l'interprétation classique, Judas était représenté seul, avec les autres apôtres et Jésus de l'autre côté de la table, les uns derrière les autres. Refusant ce schéma, Léonard a placé Jésus au centre des apôtres, et créé quatre groupes de trois personnages disposés autour du Christ. Depuis l'extrémité gauche, on reconnaît Barthélemy, Jean le Mineur et André, stupéfiés par la déclaration de Jésus. Le deuxième groupe est formé de Pierre, de Judas et de Jean ; Pierre se penche vers Jean, qui est assis à côté de Jésus, et repousse Judas. L'accent est placé sur le personnage de Judas, sans mettre pour autant les autres dans l'ombre. Le groupe de droite est composé de Matthieu, de Thadée et de Simon, engagés dans une discussion aminée, et qui ne regardent pas Jésus. Au centre, se penchant avec une expression perplexe vers Jésus, se trouvent Thomas, Jacques le Majeur et Philippe, qui se pressent pour assurer le Christ de leur fidélité. Au centre, Jésus occupe le point de fuite de la fresque.

Malheureusement, Léonard ne travailla pas sur huile, mais à la détrempe, sur une double couche d'enduit qui n'était pas protégée contre l'humidité. Vasari fut le premier à attirer l'attention, dès 1568, sur le problème posé par cette technique picturale. La fresque a fait l'objet de différents programmes de restauration, dont le plus récent s'est déroulé au cours des vingt dernières années.

Source : UNESCO/CLT/WHC