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Sanctuaires et temples de Nikko

Brève description

Les sanctuaires et temples de Nikko, ainsi que le cadre naturel qui les entoure, constituent depuis des siècles un lieu sacré où se sont élevés des chefs-d'œuvre d'architecture et de décoration artistique. Ils sont étroitement liés à l'histoire des shoguns Tokugawa.

© OUR PLACE The World Heritage Collection

Justification d'inscription

Critère i : les sanctuaires et temples de Nikko portent la marque du génie architectural et artistique ; ce caractère est renforcé par la parfaite intégration des édifices dans une forêt et un site naturel aménagés par l'homme. Critère iv : Nikko offre une parfaite représentation du style architectural de la période Edo appliqué aux sanctuaires shintoïstes et aux temples bouddhistes. Le style "Gongen-zukuri" des deux mausolées, le Tôshôgû et le Taiyû-in Reibyô, connaît à Nikko son illustration la plus aboutie, qui allait exercer dans la suite une influence déterminante. L'ingéniosité et la créativité des architectes et des artistes décorateurs s'y révèlent d'une manière singulière et éminente. Critère vi : les sanctuaires et temples de Nikko et leur environnement évoquent un espace religieux traditionnel japonais, associé à la perception shintoïste des rapports avec la nature, où les montagnes et les forêts ont une charge sacrée et sont objets de vénération, dans une pratique religieuse encore vivante aujourd'hui.

Description longue

Le complexe de Nikko illustre à la perfection le style architectural de la période Edo, tel qu'il a été appliqué aux sanctuaires shinto et aux temples bouddhiques. La spontanéité et la créativité de ses architectes et décorateurs s'y révèlent dans toute leur ampleur et dans toute leur perfection. Les sanctuaires et les temples, avec leur environnement, forment un remarquable exemple de lieu sacré japonais, procédant du concept shinto de relation entre l'homme et la nature, dans lequel montagnes et forêts ont un caractère sacré et sont un objet de vénération, selon une croyance religieuse demeurée très vivace de nos jours.

C'est à la fin du VIIIe  siècle qu'un moine bouddhique, Shodo, construisit les premiers édifices sur les pentes du Nikko, montagne qui avait été considérée comme sacrée depuis des temps immémoriaux. Le shogunat de Kamakura s'établit à la fin du XIIe  siècle dans la région de Kanto, permettant ainsi à Nikko de renforcer ultérieurement sa position comme principal site sacré de Kanto. Toutefois, le complexe fut abandonné au XVIe  siècle en raison des troubles de la période Muromachi. Il a été choisi comme site pour la construction du Tôshôgu, sanctuaire formé de différents édifices destinés à abriter le mausolée de Ieyasu, fondateur du shogunat de Tokugawa. Ce régime parvint à se maintenir pendant deux siècles et demi de l'histoire du Japon. Depuis cette période, Nikko a joué un rôle très important comme symbole de souveraineté nationale, non seulement pour les autorités locales, mais aussi pour ceux des dirigeants des régions voisines qui envoyèrent leurs émissaires payer tribut à Ieyasu, divinisé entre-temps.

En 1871, le gouvernement Meiji décida de diviser le site et ses monuments sacrés en trois zones, relevant d'autorités religieuses différentes : Futarasan-jinja et Tôshôgu pour le culte shinto, Rinnô-ji pour le bouddhisme. Cette réorganisation entraîna le déplacement et la restauration de différents édifices.

  • Le Futarasan-jinja , consacré aux trois divinités du mont Nantai, est formé d'un groupe d'édifices. La plupart d'entre eux ont été restaurés ou construits au XVIIIe  siècle dans la tradition locale, et ils ont exercé une importante influence sur la construction de nouveaux sanctuaires dans tout le Japon. Parmi ces édifices, on retiendra en particulier le Honden et le Haiden, le cœur du sanctuaire, le Betsugû Takino-o-jinja Honden, dont le plan remonte à l'an 825, et le Shin-yosha, qui sont les plus anciens exemples de style architectural inspiré des premières phases de construction du Tôshôgu. Le Shinkyô fait également partie du Futarasan-jinja ; ce pont sacré, qui enjambe la Daiya, semble remonter à la période Muromachi. Son aspect actuel, avec ses massifs piliers de pierre et son revêtement de laque vermillon, remonte 1636.
  • Le Tôshôgu est un sanctuaire fondé au XVIIe  siècle, formé d'un grand nombre d'édifices. Une suite de trois chambres sacrées offre une illustration parfaite du plan architectural en H connu sous le nom de Gongen-zukuri. Le Shômen Karamon avec le Haimen Karamon, chef-d'œuvre de l'artisanat, est inspiré d'un style étranger qui lui a valu son nom de « porte chinoise ». Le Yômeimon, construit en 1636, est probablement le meilleur exemple de style architectural de Nikko : il présente un décor d'une ampleur et d'une variété extraordinaires. Le Tôzai Sukibe, qui remonte également à 1636, est un mur de quelque 160 m de long, entourant le groupe formé par le Honden, l'Ishinoma et le Haiden. Le Tôzai Kairo, un couloir de 220 m de long dont la partie sud est formée de 25 panneaux sculptés, entoure trois des côtés des bâtiments de ce même groupe.
  • Le Rinnô-ji , temple bouddhique dont les origines remontent au VIIIe  siècle, est toujours demeuré un lieu de culte. D'importants édifices lui ont été adjoints au commencement de la période Edo, notamment en 1653, avec le mausolée du troisième shogun, Togukawa Iemitsu. Ce complexe, qui présente la forme et le style Gongen-zukuri, est formé du Taiyû-in Reibyô Honden, de l'Ainoma et du Haiden, et a été classé comme Trésor national. C'est un remarquable chef-d'œuvre d'architecture et de décoration.

Grâce à des siècles d'architecture des jardins, temples et sanctuaires se mêlent harmonieusement à leur environnement naturel. Les édifices se disposent sur les pentes de la montagne en sorte de créer des effets visuels variés. Des milliers de cèdres japonais y ont été plantés au cours de la période de construction Tôshôgu, au début du XVIIe  siècle ; cette forêt de Cryptomeria constitue une barrière naturelle exceptionnelle pour les sanctuaires et les temples, et ajoute considérablement à la beauté et au caractère sacré du site.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Le bien culturel proposé à l'inscription a une destination liée au culte qui remonte à la fin du VIIIe siècle, quand un moine bouddhiste, Shôdô, érigea les premiers édifices au flanc de la montagne de Nikko, laquelle était vénérée comme montagne sacrée depuis les temps les plus anciens. Certains édifices des deux ensembles Futarasan-jinja et Rinnô-ji remontent à cette période.

A la fin du XIIe siècle, le shogunat Kamakura s'établit dans la région du Kanto. Nikko s'affirma davantage encore, tant par son site montagneux que par les édifices religieux, comme un lieu sacré majeur du Kanto. Mais les troubles de la période Muromachi, au XVIe siècle, entraînèrent un relatif délaissement du site.

Au début du XVIIe siècle, il fut procédé à une réhabilitation des temples. Nikko fut choisi comme site pour la construction du Tôshôgû, un sanctuaire avec plusieurs édifices destiné à accueillir le mausolée de Tokugawa Ieyasu, le fondateur du shogunat Tokugawa. Ce régime devait exercer le pouvoir durant plus de 250 ans de l'histoire japonaise. Depuis cette époque, Nikko a rempli un rôle politique très important en symbolisant la souveraineté nationale, aussi bien aux yeux des autorités locales qu'à l'égard des dirigeants des pays voisins, dont les émissaires venaient rendre hommage à Ieyasu, personnage déifié.

En 1871, le gouvernement Meiji décida de répartir le site et les édifices religieux qui relevaient d'une seule entité religieuse, en trois ensembles, confiés à trois organisations religieuses distinctes : Futarasan -jinja et Tôshôgu au culte shintoïste, et Rinnô-ji au culte bouddhiste. Cette réorganisation entraîna le déplacement et la restauration de certains édifices. Le caractère sacré et prestigieux du site permit de garantir la sauvegarde de Nikko qui, dès 1897, fut placé sous une protection légale renforcée ensuite à plusieurs reprises.

Source : évaluation des Organisations consultatives